Comme ça s'écrit…


Résister par plaisir

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 27 décembre, 2010

L’avantage d’être loin de chez soi, c’est aussi qu’on ne trimbale pas sa bibliothèque (papa Noël ayant oublié l’e-reader) ou ses abonnements, et donc qu’on lit d’autres choses. Le Nouvel Obs par exemple. En particulier une chronique de Jean-Claude Guillebaud titrée « Empire du cynisme ». En trois petites colonnes, ce texte décrit de façon assez sensible ce qui est à l’œuvre dans beaucoup d’esprits.

Ainsi entrons-nous dans une période soupçonneuse, désenchantée, critique jusqu’à la dérision. […] La crise devient psychique. Elle porte en elle la raillerie générale, le sarcasme et la désespérance.[…] Tout est pourri, tous des salauds, tout est faux , rien n’est estimable, etc.

J’aurais envie d’abonder dans le sens de Guillebaud : à trop voir la pourriture qui gangrène la terre, on oublie le grain qui y germe. On cherche surtout à se débarrasser de ses propres faiblesses sur les faiblesses des autres. Drapé dans une lucidité acquise à peu de frais, on juge et condamne le monde à spectre large.
Pourtant, si tout va si mal, si aucun dirigeant, aucun projet, aucune conviction ne trouve grâce à nos yeux, n’est-ce pas aussi parce que nous n’avons pas suffisamment agi pour les faire correspondre à nos aspirations ? Ou pire : gabegies, défiances et fraudes ne correspondent-elles pas exactement à nos aspirations de petits malins toujours prêts à en tirer parti à hauteur de nos propres compromissions ?
Guillebaud croit en quelque chose. Moi aussi, sans doute. Sans y mettre le même nom ni les mêmes règles (pour ne pas dire dogme) je peux au moins partager sa conclusion : un autre monde est possible.
Une autre vie plutôt ? Oui : plus que de monde (qui est un peu comme notre corps, sorte de véhicule unique et irremplaçable) c’est de vie que nous pouvons changer.
Soupçon et désenchantement sont des signes, pas une maladie. Signes qu’il faut se regarder agir soi-même (ou ne pas agir, d’ailleurs) avec lucidité et non se soigner. Le plus important se passe dedans, là où chacun peut se voir et s’écouter à l’abri de l’image qu’il veut donner. Et se donner une chance. Se convaincre de l’autre, lui accorder confiance et respect, l’estimer pour l’humain qu’il est, voilà ce qui peut, j’espère, aider à évoluer.
Un peu théorique ? Pourtant, Internet et les forums (dont vous êtes tous friands, hein, coquins) offrent un bel espace de mise en pratique. En plus on ne se mouille pas, le respect ne coûte rien, la révolution personnelle ne fait aucun mort et je garantis un retour sur image de soi à tout hésitant. Après, on peut étendre à la vie réelle.
En gros, la seule attitude vraiment subversive de nos jours, serait de se sentir bien avec ses contemporains. Résistance, oui, mais résistance par le plaisir de vivre ensemble.


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4 Réponses to 'Résister par plaisir'

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  1. Silk said,

    Quand tu vis dans un quartier où, à chaque période de Noël depuis des années, puisqu’on y est, des caves et des garages des immeubles sont « visités », où souvent durant les week-ends, en plein milieu de la nuit, tu es réveillé par des « petits c… » qui jouent à « j’ai la bagnole la plus grosse » dans la rue au risque d’exploser au passage des voitures stationnées ou de malheureux passants tardifs, que chaque fois que quelqu’un tente de faire quelque chose pour calmer leurs « jeux », ça dégénère, et que les « autorités » voient leurs voitures transformer en terrain de jeux pour gamins et ados mais n’osent pas vraiment intervenir pour « ne rien embraser » (Et je passe sur d’autres faits bien plus sordides), le « plaisir de vivre ensemble », je t’avoue qu’on a parfois beaucoup de mal à le sentir.
    Même s’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, loin de là bien sûr.

    Il y a un an ou deux, un centre culturel local a même organisé une opération « J’aime mon quartier, je veux que ça change » suite à de nombreux problèmes de détérioration de hall d’immeubles et de voitures, et de problèmes d’encombrants et autres ordures déposés n’importe comment dans les rues.
    L’envie que beaucoup de « vieux » habitants ont eu en voyant les affiches de l’opération fut de corriger le texte et d’écrire : « J’aimais mon quartier, j’aurais bien aimé qu’il ne change pas ». Mais combien auraient vraiment compris parmi les « petits c… » ?

    Le respect pour vivre ensemble, ça ne peut vraiment marcher que si tout le monde y met du sien en même temps. En individuel, ce sont toujours les mêmes qui se font avoir au final et paient les pots cassés. Bien sûr, il faut bien que quelqu’un commence, mais voilà… l’Humain n’est pas raisonnable.

    • Don Lorenjy said,

      J’ai mis longtemps à répondre à ton com parce qu’il me questionne profond.
      Qu’est-ce qu’on dit à quelqu’un que les autres emmerdent ? Surtout quand il a de sacrées raisons d’être emmerdé ? Surtout quand on n’est ni Mère Térésa ni le Dalaï Lama (laissez Gandhi tranquille pour cette fois) ?
      J’ai des formules toutes faites, du genre « le respect ne s’exige pas, il s’accorde », mais là ça ne prend pas. Alors quoi ?

      Il y a qu’une chose qui marche pour moi : même dans le pire, chercher l’humain dans l’autre. Qu’est-ce qui, chez celui qui m’agresse, me ressemble quand même ? Qu’est-ce que je fais, moi, sans y penser, qui s’apparente de près ou de loin à l’attitude ou l’action que je trouve inacceptable chez l’autre.

      Je te garantis que ça n’aide pas à se sentir mieux. ça ne rembourse pas les pots cassés ni ne console ceux qui ont toujours l’impression de se faire avoir. Mais ça aide à se focaliser sur ce qu’on peut faire de mieux plutôt que sur ce qui se fait de mal.
      Et ce n’est pas de la morale à 2 balles, plutôt une pratique que je suis encore loin de maîtriser.

  2. Silk said,

    « chercher l’humain dans l’autre »… »ça n’aide pas à se sentir mieux ».
    Tu me pardonneras bien ce raccourci qui, je te l’accorde, ne résume pas exactement ce que tu as écrit, mais donne bien au final un aperçu du problème et du propos.
    Si le manque de respect est aussi agaçant ou même « emmerdant », c’est bien parce qu’il provient d’humain comme soi.
    Quand un parisien, ou un autre urbain du même acabit, passe ses vacances dans la maison de campagne qu’il a acheté et va porter plainte contre son voisin à cause du coq de ce dernier qui le réveille tous les jours à l’aube, le manque de respect n’est pas chez le voisin et encore moins chez le coq !
    Que des imbéciles irrespectueux n’aient rien de mieux à faire la nuit que de réveiller un quartier et risquer de tuer quelqu’un avec leurs voitures ne les rend pas moins humains pour autant.

    Puisqu’on est là…
    Inhumain… Voilà un mot « intéressant » dont l’utilisation abusive en lieu et place de horrible, cauchemardesque, monstrueux ou autres adjectifs équivalent m’horripile depuis longtemps. Les médias adorent ce mot : « inhumain ». Comme si son utilisation permettait de rendre les terribles faits d’une ou d’un groupe de personne plus facile à accepter par « l’humanité ».
    Sauf que les nazis étaient humains. Les khmers rouges étaient humains. Tous ceux qui se sont entretués au Rwanda étaient humains. En Irak, en Afghanistan et partout ailleurs dans le monde, seuls des humains détiennent des armes et s’en servent. Les terroristes passés, présents et à venir ont toujours été, sont et seront toujours des humains s’en prenant à d’autres humains.
    Cette facilité à qualifier « d’inhumains » tous ceux dont le comportement peut choquer tout ou partie du reste de la population est une monumentale hypocrisie qu’il faudrait bien corriger un jour.

    Bon… Crois-le ou non, mais pendant que je digressais un brin, une bagarre a encore démarré au bas de la rue… Je sens et je crains que, malheureusement, cette nuit de Saint-Sylvestre ne termine cette année 2010 comme la précédente l’a débuté…
    M’enfin…

    Passez tous et toutes le meilleur réveillon possible et, comme il a été rappelé récemment ailleurs dans ces pages : « Aimez-vous les uns les autres ! ». Ce sera toujours un bon début pour la suite…
    Et à l’année prochaine !

    • Don Lorenjy said,

      Bravo pour ta conclusion : tu es dans le mood, quel que soit le nombre de voitures qui crament.


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