Comme ça s'écrit…


Le temps qui va

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 12 janvier, 2011

Mon père avait de très bons outils. Il m’en a laissé quelques-uns, dont cette pince qui vient de débrancher un gros thuya et que m’envierait tout serial killer un peu soucieux de désosser proprement ses poupées. Je ne sais pas si on en fabrique encore de pareilles : celle-ci a plus de trente ans. En fait, je suis à peu près sûr que non.

Les outils d’aujourd’hui ne sont pas faits pour durer, mais pour être vendus. Dans un documentaire vu il y a déjà quelque temps, un taillandier concevait et fabriquait des binettes au tranchant inusable puisque autoaffûtable. On va me dire que des binettes, c’est rien, ça ne sert plus. Lui les faisait bien, savait qu’il les vendait pour une vie et passait régulièrement chez leurs heureux propriétaires pour voir comment l’outil se portait. Il était capable de lire sur la lame l’usage qu’on en faisait, aussi bien le bras du bineur que la qualité du terrain.
Aujourd’hui…
Les hommes sont des outils, vendus pour s’user et être remplacés. Qui sait encore lire la morale de l’employeur ou la qualité de l’entreprise sur un visage d’ouvrier ? Pas parce qu’ils sont illisibles, mais parce qu’ils disent tous le même mépris ou dédain. L’argent est un mauvais bras.

Et les livres ? Sont-ils toujours aussi bien conçus et fait pour durer ? Sont-ils autoaffûtables pour garder leur tranchant à chaque nouvelle lecture ? Peut-on lire en eux aussi bien le travail de l’auteur que le plaisir du lecteur ?

2 Réponses to 'Le temps qui va'

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  1. Azarian said,

    Oui, l’argent, ce qui nous lie tous ! Un salaire comme pot de vin et soutien au dieu monnaie. Il faut de l’indignation me dit-on mais aussi du mépris pour ce vilain papier que tans de mains ont palpé. L’argent est une arme, un pistolet chargé, qu’il faut savoir manier pour ne point s’éborgner. Les livres sont-ils épargnés du fléau sus-cité, le lecteur saura lire entre les lignes s’il est éclairé !

    • Don Lorenjy said,

      L’argent ne me paraît ni bien ni mal. Comme tu le dis très bien, c’est ce qui nous lie, un lien entre nous : ce que je dépense est une façon de reconnaître ce que l’autre fait mieux que moi et dont j’ai besoin.
      Il me semble qu’il faut en user, de cet argent, mais ne pas lui laisser les commandes. A titre individuel ou collectif.


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