Comme ça s'écrit…


Ici, un bon titre

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 14 janvier, 2011

Une manie de journaliste m’horripilait jusqu’ici : celle qui consiste à surmonter une critique de livre, film ou disque d’un autre titre que celui de l’œuvre. Pour faire le malin, montrer qu’on a plus que l’auteur le sens de la formule, ou simplement affirmer que le point de vue sur l’œuvre est plus important que l’œuvre.
En tant que lecteur, cela m’agace beaucoup. Je m’y laisse prendre et cours chez mon libraire ou mon dealer de films, pour demander Afghanistan Now au lieu d’Armadillo, le coup de poing filmique de Janus Metz, ou L’Echo magique du réel, de Xavier Hanotte, alors que c’est Des Feux fragiles dans la nuit qui vient (peut-être plus difficile à énoncer, j’en conviens).

Cette manie n’était qu’énervante jusqu’à ce que j’entende sur France Culture une certaine Brigitte Jardin exprimer le percement de cœur qu’elle a ressenti en lisant « J’ai craché sur vos tombes » en titre d’un article illustré par la tombe d’un certain Jean Jardin. Le père de Brigitte s’appelait Jean, était mort en résistant, et sa tombe ressemblait à s’y méprendre à la photo destinataire du crachat. C’était le 2 janvier. Nous sommes le 14 et la douleur ressentie était encore sensible dans les mots de cette presque septuagénaire, passés tout vibrants à l’antenne.

Qui donc avait craché sur la tombe du père de Brigitte ?
Personne.
Si, un critique qui voulait faire le malin en titrant son papier à la Vernon, au lieu de laisser place à Des Gens très bien, d’Alexandre Jardin. Je n’ai rien à dire sur ce livre que je n’ai pas lu. Alexandre y parle de Jean, son grand-père collaborateur de Pierre Laval et homonyme du père de Brigitte. Je n’ai pas lu non plus l’article du journaleux à gros titre. Mais je sais maintenant (je m’en doutais, mais là c’est prouvé) qu’à faire le malin on perce des cœurs. Quel titre aidera à cicatriser ?

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4 Réponses to 'Ici, un bon titre'

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  1. Lucie said,

    S’il n’y avait que dans le cas de la critique littéraire que le sens de la formule remplace le sens tout court, et déforme tout, à force ! Mais on trouve la même chose dans des articles traitant de faits divers, d’actualité internationale ou de la vie de people-dont-on-se-fout, dans les titres comme dans les contenus, et c’est pareil en audio-visuel. Tout est traité de la même façon, sans recul mais pourtant sans spontanéité. Sans… sincérité. Sans honnêteté ? (et sans respect de la langue française, bien souvent, mais ça en devient accessoire)

    • Don Lorenjy said,

      Bien d’accord sur la tendance… mais ça me paraît encore plus bête quand on parle d’une œuvre qui a déjà un titre.
      Les journaleux pensent quoi ? Que l’auteur n’a pas su trouver les mots pour attirer le public ?

      • Lucie said,

        Ils pensent pas. Ils veulent être plus admirés que l’écrivain qu’ils chroniquent.

        Bon, ceci dit, il est possible qu’un excellent titre de roman n’attire pas de la même manière le lecteur d’un journal. On n’est pas dans le même mode de lecture, quand on choisit un livre en librairie ou quand on clique sur le lien d’un article (sur ordi ou papier). Du coup, il est possible que certains titres soient plus aguicheurs du point de vue journalistique.

        Et dans certains cas, il est possible que ça soit la rédaction qui ait choisi un titre sans même en informer le chroniqueur.

  2. Silk said,

    Cela me rappelle le TENUE DE SOIREE de Bertrand Tavernier que de nombreuses personnes, aujourd’hui encore, 15 ans après sa sortie en salle, s’entêtent toujours à appeler PUTAIN DE FILM à cause de ce que les responsables marketing avaient cru malin d’écrire en plus gros que le titre sur l’affiche originale.
    Au final, plus que pour tenter de faire « mieux » que l’auteur dont ils parlent, les auteurs des phrases d’accroche, qu’ils soient critiques ou responsables marketing, tentent surtout de se faire remarquer et d’amener le lecteur à s’intéresser à ce qu’ils présentent. Face au flot continuel d’informations et de « concurrences », c’est de bonne guerre (Si je puis dire…). Et on sait tous que, dans ce cas, la provoc’ fonctionne souvent… Même s’il peut y avoir des retours de flammes.
    A propos d’Alexandre Jardin et dee cicatrisation, j’ai entendu son interview hier matin sur RTL, dans LAISSEZ-VOUS TENTER : je n’ai pas l’impression qu’il guérira de sitôt de ce qu’il a découvert sur son grand-père et toutes les conséquences que cela a eu sur le reste de la famille depuis lors…


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