Comme ça s'écrit…


Jeudi (après lundi)

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 5 mai, 2011

Depuis lundi dernier, toute la presse est unanime pour relater un fait d’importance : on a tué un homme.
Il y en a pour se réjouir, d’autres pour chercher la justice, d’autres encore pour en douter. Bien que ma première réaction aux manifestations de joies enregistrées ici ou là ait été l’effroi, j’ai préféré prendre un peu de recul avant d’en penser quoi que ce soit, ou d’en parler.
Le recul pris, l’effroi demeure : comment peut-on ainsi conditionner soulagement, liesse, justice, à la mort d’un homme ? Certains argumenteront qu’il s’agissait d’un symbole, mais quand même, l’homme sous le symbole…
Et j’ai bien fait d’attendre, parce qu’un livre ouvert mercredi soir m’a donné au détour d’une page un semblant de traduction littéraire de ce que je ressentais. Alors voilà, Erri De Luca, pour la citation épisodique du jeudi.

« Tu cherches à tout prix un saint. Il n’y en a pas, pas plus que des diables. Il y a des gens qui font quelques bonnes actions et une quantité de mauvaises. Pour en faire une bonne, tous les moments se valent, mais pour en faire une mauvaise, il faut des occasions, des opportunités. La guerre est la meilleure occasion pour faire des saloperies. Elle donne la permission. En revanche, pour une bonne action, aucune permission n’est nécessaire. »

Erri De Luca – Le Jour avant le bonheur

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6 Réponses to 'Jeudi (après lundi)'

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  1. Kirawea said,

    Je pense qu’on peut se réjouir de la chute d’un symbole qui cessera au moins d’alimenter la folie des hommes, même si c’est bien insuffisant pour la faire disparaître.
    On peut regretter en revanche la mort de l’homme qui aurait moins mérité d’être confronté à la justice de ce monde.
    Je crains que beaucoup de gens ne fassent pas la différence entre l’homme et le symbole.

    • Don Lorenjy said,

      C’est dissocier l’homme du symbole qui m’est difficile. La fin des Ceaucescu m’avait fait le même effet, celle de Sadam aussi, et tant d’autres…

  2. Kirawea said,

    Je pense que c’est beaucoup plus difficile quand on n’en a entendu parler qu’à travers le prisme des média, comme la plupart d’entre nous.

  3. Azarian said,

    L’homme en question était un homme nourrit et nourrissant la violence, celle-ci la rattrapé. Faut-il s’en réjouir ? Probablement pas, mais c’est certainement plus facile de s’en apercevoir lorsque l’on est pas directement pris dans la spirale de la violence.

  4. Don Lorenjy said,

    Oui, c’est bien ça la difficulté : sortir de la spirale de la violence, reconnaître le prisme des médias pour ne pas trop le subir. Difficile mais pas impossible.

  5. Marco said,

    Les scènes publiques de liesse aux Etats Unis lors de l’annonce de la mort de Ben Laden répondent en grande partie aux scènes publiques de liesse dans certains pays arabes lors de l’annonce de la chute du WTC (et des milliers de morts avec) en 2001.
    Je ne dis pas que c’est « bien » _ ce n’est évidemment pas un spectacle que j’apprécie _ disons que ça limite mon effroi, parce que c’est assez compréhensible à défaut d’être enthousiasmant..


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