Comme ça s'écrit…


Nuit lumière

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 2 juin, 2011

Est-ce le massage qui a clos la séance de tatami, ou simplement la douceur de l’air lors du retour en scooter ? L’air, on aurait eu envie de l’embrasser, écrivait Kerouac. Il était onze heures et un reste de jour fuyait loin devant, vers l’ouest. J’étais bien, j’avais envie de le rester.
Sans même poser le blouson, je me suis installé sur la terrasse. Deux pommes en quartiers épépinés et un ballon de Laphroaig à peine éteint à l’eau clair.
Notre jardin ne dépasse pas la surface d’un demi terrain de tennis. Les haies qu’il faudra bien finir par tailler le plongent dans un noir bruissant. Je devine le chalet annexe au fond, une petite table blanche que le vent a renversé, et bien sûr l’arbre à rien. Nous l’appelons arbre à rien parce que nous ne connaissons pas son nom – même nos amis botanistes n’arrivent pas à se mettre d’accord – et parce qu’il ne produit aucun fruit, rien d’autre que de l’ombre et beaucoup de feuilles à l’automne. Elles ont une face pelucheuse presque argentée. Ce soir, les plus hautes attrapent un éclat de lune et s’agitent en frissant dans l’air mobile. Comme pour repeindre en lumière le bleu nuit du ciel. Les étoiles s’en moquent et percent la voûte. Le calme n’est pas d’ici. Je compte jusqu’à six avions qui clignotent en même temps. Leurs mouvements divergents donneraient presque le mal de l’air, un vertige céleste tombé sur terre. Ou alors le Whisky à jeun ?
La chatte du voisin sort de sous l’abri à bois. La semaine dernière, elle nous a amené sa portée du printemps. Le voisin devra revoir ses standards d’accueil. Nous avons installé une cache entre les bûches pour les chatons. Elle vient juste prendre une caresse, je l’entends laper un peu d’eau et retourner à son œuvre magique. Le vent dans les branches, la Ola des grillons, la tiédeur et le ballet céleste qui me caressent. Tout me paraît cohérent, à sa place. Je peux me retirer.

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9 Réponses to 'Nuit lumière'

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  1. Silk said,

    C’est quand on sait que ce genre de moment peut exister qu’on se dit que tout n’est peut-être pas perdu pour cette planète et ses habitants…
    Merci.

    • Don Lorenjy said,

      C’est vrai. Ce genre de moment, on peut déjà essayer d’en être conscients, ensuite on peut aussi tenter de les créer.

      • Silk said,

        Habitant un immeuble d’un quartier bruyant avec pas mal de circulation et autres nuisances sonores, c’est impossible à créer…
        Reste bien sûr à prendre la voiture et rouler une heure pour se retrouver dans un coin perdu mais tu admettras que ce n’est pas vraiment la même chose que de pouvoir savourer un tel moment de paix chez soi.

      • Don Lorenjy said,

        Les créer, c’est aussi trouver son calme intérieur même dans le vacarme.
        (je sais que c’est facile à dire, mais j’ai ma part de fracas)

      • Oph said,

        Un système qui marche bien pour ce genre de moments, c’est une fête avec du monde, mais pas trop, des discussions qui vont bon train, un peu de musique… et puis sortir, sur une terrasse ou un balcon, et regarder la nuit.
        Ça fait six ans que je n’ai plus de balcon.

      • Silk said,

        Trouver son calme intérieur pour ne plus entendre le bruit environnant ressemble pour moi beaucoup à une façon de se fermer au monde et ce n’est pas ainsi que j’envisage de jouir d’un moment de paix, bien au contraire.
        Mais j’en demande peut-être trop… 😦

      • Don Lorenjy said,

        Silk, tu es un saint homme (en même temps, je parlais de trouver son propre calme au milieu du monde, pas de s’en abstraire).

      • Silk said,

        Oh non, je ne suis pas un saint, ne prétends pas l’être et… n’ai pas du tout envie de l’être !
        Non, merci ! 🙂
        Ceci étant éclairci, je comprends ce que tu veux dire et trouver mon propre calme, je peux le faire (en général grâce à de la musique et de la lecture).
        En revanche, ce dont je parlais et qui est impossible à avoir ici en ville, c’est obtenir ou trouver la paix pour pouvoir profiter d’un instant comme tu l’as bien décrit : « Le vent dans les branches, la Ola des grillons, la tiédeur et le ballet céleste qui me caressent. »
        Il y a de très nombreuses raisons pour lesquelles j’aime habiter en ville, mais la première raison qui me ferait en partir pour habiter à la campagne ou en montagne, c’est bien le calme paisible qui y est en général bien plus facilement accessible (Testé et approuvé durant des vacances ;-)).

      • Don Lorenjy said,

        Faut reconnaître, j’ai choisi de m’accorder plus de chance que d’autres…


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