Comme ça s'écrit…


Face au bouc

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 9 juin, 2011
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Une tactique électorale efficace et qui a déjà fait ses preuves consiste à désigner les responsables ou les bénéficiaires indus d’une situation perçue comme anormale ou détestable.
La réaction vertueuse est donc de s’insurger contre cette stigmatisation de boucs émissaires. Attiser la jalousie et le ressentiment, c’est mal, très mal, on sait où ça mène (droit sur le point Godwin).
C’est d’autant plus mal qu’en général cela détourne les yeux et les pensées du vrai problème.
Mais comme ça marche à court terme, on recommence dès que le besoin (la chute ?) se fait sentir.

On l’aura tous vu, ce printemps le bouc est fainéant. Il capte le bon argent de nos impôts et taxes pour se la couler douce dans le drapeau.

Une image, un message : propagande

L’image est superbe. Elle représente pour moi le seul usage sensé qu’on puisse faire d’un drapeau.
Mais dans l’esprit des lecteurs déjà conquis à la cause et des simples passants qui doutaient encore (n’oublions pas qu’une couverture de magazine fonctionne comme une affiche et a le même impact), ce magazine – qu’on ne peut plus appeler organe de presse mais outil de propagande – concrétise l’idée que les « assistés », non seulement dorment en comptant sur notre fric, mais en plus le font en foulant du cul tout ce que la douce France représente (Ah, ce drapeau !).

Bien sûr, les vertueux professionnels se récrient. Pour rien : tout le monde s’attend à ce qu’ils bêlent, ils font juste opiner leurs affiliés (et j’en suis, j’opine, mais merde : le problème n’est pas là !) et ricaner le camp adverse.
Camp qui a doublement raison de ricaner.

Car il y a bien un problème avec le RSA : en juillet 2010, près de 1,8 millions de foyers le touchaient. Soit, en gros, un quinzième des foyers français. Vous trouvez ça normal ? Je veux dire : trouvez-vous normal qu’un foyer sur quinze doive compter sur la solidarité nationale pour seulement survivre ? Qu’un foyer sur quinze soit constitué de personnes considérées comme inutiles ?

Le vrai problème, masqué par la stigmatisation comme par les bêlements, me semble là : notre société ne sait pas reconnaître et valoriser l’utilité de ses membres. Lorsqu’on fustige les assistés, en espérant bien que les vertueux vont foncer sur ce chiffon rouge, on gagne les voix de tous les jaloux sans que personne ne se pose la question des causes et des responsabilités imbriquées.
Et en déplaçant le débat de ce problème de fond vers une contestation de forme sur la stigmatisation, les salopiots qui nous dirigent et voudraient continuer à le faire organisent encore une fois le hold-up sur la pensée.

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6 Réponses to 'Face au bouc'

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  1. isaguso said,

    Y a l’image. Y le poids des mots aussi. Ces allocs qui découragent le travail. Ça s’appelle de l’info ou de la propagande ?
    Dans le même ordre d’idées, on a les gens qui font des gosses pour les allocs. Mieux encore, les plus doués (comme nous) qui arrivent à faire des gosses handicapés (faut les bercer souvent près du mur, parfois ça finit par marcher) et qui touchent l’AEEH, jackpot !
    La vérité c’est que quand on élève bien ses enfants, les allocs ne couvrent pas tous les frais (loin s’en faut), quant à faire du bénéf… Idem pour un enfant handicapé qu’on aide réellement. Quant au RSA, qui peut vivre avec une telle somme par mois ? Non mais faut quand même pas déconner. Les seuls qui peuvent sont ceux qui bossent au noir à côté. Ces fraudeurs sont rares et les premiers que ça arrange, ce sont les patrons.

    • Don Lorenjy said,

      C’est ça : les assistés sont en plus des cumulards !
      Salauds de pauvres !

      • isaguso said,

        La question avait été soulevée récemment par je ne sais plus quel ministre en mal de polémique, à savoir le cumul des aides. Allez, mettons que tu aies trois enfants, que le handicap de l’un d’eux t’ait poussé à quitter une place sûre pour le grand gouffre du chômage. Tu bénéficies 1/ du chômage ; 2/ des allocations familiales ; 3/ de l’AEEH… Oh, le mégaglandeur profiteur ! Y a des gens comme ça, heureusement qu’ils sont français depuis plusieurs générations, sinon on les renverrait chez eux. Seule solution choisir au hasard l’aide qu’ils toucheront et ils s’adapteront (soit on bouffe, soit on fait bouffer les mômes, soit on soigne celui qui en a besoin)
        Comme prochain billet par contre, je suggère : comment trouver une location quand vous vivez des minima sociaux ? Parce que bon, notre bon chômeur père de famille qui berce ses enfants trop près du mur a dû finir par payer un an de loyer d’avance pour qu’on consente enfin à lui donner un toit (faut dire qu’il faisait des trous dans ses murs). Donc, le RSAiste moyen en plus de tous ses abus vit encore chez ses parents. Y en a vraiment qui sont profiteurs jusqu’au bout du drapeau !

  2. Silk said,

    Le RSA…
    J’en recevais 92 euros depuis juin 2009… qui m’ont été retirés par la CAF dès que mon contrat « aidé » (CAV) n’a pas été renouvellé sur changement de politique gouvernementale et ministérielle dans l’Education Nationale l’an passé.
    Après un licenciement économique en 2003 et diverses autres aventures dont je vous passes les détails, depuis le 1er novembre 2008 et jusqu’au 31 Octobre 2010, je gagnais « royalement » 820 euros par mois grâce à un CAV (Contrat aidé dit « d »AVenir) auxquels s’ajoutaient donc les 92 euros du RSA…
    Depuis le 1er novembre 2010, désormais sans emploi puisque la promesse du renouvellement de mon contrat (en attendant de trouver mieux ailleurs) n’a pu être tenue (au grand dam et désespoir du directeur de l’école qui m’a depuis contacté plusieurs fois pour savoir comment faire certaines choses récemment mises en place par Internet par l’administration et dont j’avais été le seul à m’occuper durant 2 ans !), je « vole » à l’Etat et « profite » de la somme considérable de 21.54 euros par jour, vivant ainsi comme un prince avec un brin plus de 600 euros par mois (Ce montant dépassant le plafond de la CAF pour une personne sans emploi, environ 465 euros, « mon » petit RSA s’est envolé).
    A l’heure qu’il est, je suis donc toujours sans emploi malgré CV et lettres envoyés en nombre et avec moins de moyens pour plus de démarches à faire…
    Un truc écoeurant étant en plus que je viens d’apprendre, lors d’un entretien obligatoire à Pôle-Emploi (autre joyeuseté…), que ces contrat aidés dans l’Education Nationale, supprimés l’an passé et ayant laissé sur le carreau environ 20 000 personnes en France, vont être rétablis (Présidentielle en vue…) à partir du 1er juillet 2011 !
    Mais comme je ne suis désormais considéré en recherche d’emploi complète que depuis moins d’un an et donc plus considéré comme chômeur de longue durée (Bien qu’inscrit depuis juin 2003 !!!! L’astuce étant que dès que tu bosses en CDD ou tu fais une formation, tu n’es plus un simple chômeur et ton statut change…), non seulement on m’a sucré le RSA mais en plus je ne peux plus prétendre à récupérer ce poste à l’école où j’ai travaillé pourtant pendant deux ans à la satisfaction générale (Et ça fait plaisir de se l’entendre dire par L’inspecteur De Circonscription en personne !) parce que je ne suis plus considéré comme « mec-à-caser-d’urgence-pour-faire-baisser-les-chiffres-des-fainéants-de-chômistes-de-longue-durée-qui-font-tâche-dans-les-statistiques-officielles-avant-des-élections ».

    Au final, je considère que l’Etat et le Gouvernement m’ont spolié d’un emploi qui était plus qu’utile et pour moi et pour le directeur de l’école (Qui, comme nombre de ses collègues d’école aux effectifs importants est débordé par le travail administratif auquel il doit désormais faire face seul au point d’en venir travailler les week-ends ou les mercredis sans être rémunéré en conséquence), en attendant d’en trouver un plus stable et à temps plein, et qu’il fait maintenant plus de 300 euros d’économie sur mon dos tous les mois tout en me livrant à la vindicte populaire en me faisant passer pour un profiteur/glandeur né.
    Et je suis malheureusement bien conscient de ne pas être du tout le seul dans cette situation…
    Désolé d’avoir étalé ici un petit bout de ma vie en vrac et de manière un brin brute, mais je me suis dit qu’un exemple concret, même si pas parmi les pires, ferait peut-être mieux comprendre à certains lecteurs de passage, ayant la chance de n’avoir jamais eu à vivre ce type d’expérience, une certaine réalité du terrain.

    Bon, je vous laisse avant qu’on vienne me reprocher de blablater en ligne au lieu de continuer à surfer utile les annonces en ligne pour retrouver enfin un vrai boulot…

    Paix et Prospérité, mes amis…! 🙂

    • Don Lorenjy said,

      Ben voilà : les glandeurs de ta vile espèce viennent perdre leur temps sur des blogs de glandeurs de ma vile espèce.
      Zyva t’chercher du taf pendant que d’autres cherchent à éviter l’ISF !

      • Silk said,

        ‘de Zeus…! 😦
        Je savais qu’il y aurait quelqu’un pour me le reprocher !

        😉


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