Comme ça s'écrit…


7 voix de trop

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 7 juillet, 2011
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Hier à Durban, Annecy 2018 a recueilli les voix de 7 membres du CIO, contre 25 pour Munich et 63 pour les Coréens victorieux de  Pyeongchang. Dans un ensemble très Français, la presse et les commentateurs ricanant en font des gorges chaudes. C’est à mon sens ne pas voir l’enseignement de cette belle aventure.

Il y a près de 10 ans, une association pour la candidature d’Annecy en 2014 m’avait demandé de la rejoindre. J’avais alors refusé, estimant que limiter les JO à Annecy était une aberration au train où va le monde, alors que nous aurions pu proposer un dossier révolutionnaire avec les Jeux du Mont-Blanc, événement co-organisé autour du plus haut sommet des Alpes par la France, l’Italie et la Suisse. Coopération plutôt que compétition, concertation et synergie pour les infrastructures, coûts partagés, message fort adressé au monde, tout ça…
On m’avait répondu que ce n’était pas possible, les règles du CIO étant strictes : une ville requérante, appartenant à un seul pays. J’avais alors argumenté : en proposant un excellent dossier hors règles, on avait une chance de faire bouger le CIO, de l’inciter à modifier son règlement. Ou au moins de le mettre face à ses contradictions sclérosantes.

Que s’est-il passé avec Annecy 2018 ?
La même chose en pratique, bien que la démarche n’ait pas été aussi ouvertement assumée. Avec un budget bien inférieur à ceux de Munich et Pyeongchang, Annecy s’est concentré sur la qualité de sa candidature, et moins sur la communication et le lobbying. Car organiser les JO d’une manière respectueuse aussi bien pour les populations que pour l’environnement, c’est avant tout une question de réflexion et de solutions techniques. Mais aussi de respect de certaines valeurs. Annecy avait une vision, même si elle manquait de moyens.
Annecy 2018 n’a pas respecté les « règles » du CIO, qui veulent qu’on doit dépenser son argent dans les couloirs et les restaurants, se montrer dans les manifestations dispendieuses, ouvrir des marchés juteux, flatter, négocier, promettre. De ce point de vue, les 25 petites voix accordées à Munich pour une candidature qui a joué le jeu du sponsoring et du lobbying est une gifle beaucoup plus retentissante.

En ne donnant que 7 voix à Annecy, les membres du CIO ont montré au monde entier la cas qu’ils font de leurs propres valeurs.
7 voix de trop.
Un superbe 0 aurait été encore plus parlant, plus représentatif de ce qui est à l’œuvre, et aurait peut-être poussé plus fermement les instances dirigeantes du CIO à faire évoluer ses « règles ».
Une autre fois ? Peut-être, mais sans Annecy, qui n’a pas pour unique vocation de faire l’éducation de Lausanne.

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5 Réponses to '7 voix de trop'

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  1. Kirawea said,

    Le monde ne sait pas ce qu’il veut, c’est encore un nourrisson.

    Si on zoome au maximum, on trouve quelques individus suffisament matures pour être considérés comme des adultes, mais ils sont beaucoup moins nombreux qu’ils ne le croient.
    Si on recule un petit peu on voit que la plupart des pays, y compris parmi ceux dits « développés », sont à peine des adolescents, qui tentent de se socialiser tant que possible avec leurs voisins mais en essayant d’imposer une supériorité prétentieuse.
    Et quand on arrive à l’échelle mondiale, on ne voit plus qu’un gros bébé qui agite les bras de manière hasardeuse pour essayer de saisir ce qui rentre dans son champ de vision, et éventuellement le porter à sa bouche.

    Je trouve que c’est compliqué pour un ensemble de pays d’agir en cohérence, je parle des valeurs qui sont supposées être portées par les JO. Encore plus compliqué que pour un ensemble d’individus qui déjà sont tentés de prioriser leurs intérêts personnels par rapport aux valeurs qui les ont pourtant réunis.

    Les leçons à tirer de cette expérience sont sans doute amères, mais il y a sûrement moyen de les accomoder avec quelque chose qui leur donne meilleur goût !


    • Pas d’amertume dans mon propos. Juste la conviction qu’il vaut mieux perdre en défendant certaines valeurs, quitte à ce que soient exposés (une fois de plus) les errements sous les faux discours.

  2. Silk said,

    J’aime vraiment beaucoup l’idée des Jeux du Mont Blanc.
    Nice avait présenté pour 2018 un dossier au même moment que Annecy.
    Les sites alors proposés étaient tous (et sont toujours) des stations situées autour du Parc National du Mercantour.
    En discutant avec un ami du coût de tout ce qui devrait être cependant créé ou aménagé, on en était arrivé à la conclusion que si les deux pays frontaliers, France et Italie, via deux régions et deux parcs, le Mercantour et l’Argentera, à travers leur Histoire commune et leur géographie reliée au même massif alpin, parvenait à mettre leurs ressources en commun, il y aurait ainsi aussi dans l’organisation ce qui est sensé être dans l’esprit olympique des compétiteurs : respect, partage, ouverture au monde…etc.
    Mais bon, vu ce qui vient de se passer, et qui avait déjà présidé au choix de Pékin pour 2008, grâce au lobbying et au service d’une certaine propagande, on peut parier que ce genre d’organisation « multi-nationale » se monte dans un avenir proche est une statistique 0.
    D’autant plus dommage que ça aurait pu enfin donner à ce « mot » un sens bien plus noble que celui qu’il porte aujourd’hui… :-\


    • L’argument financier des anti-JO me fait toujours pleurer : comme si ça ne coûtait RIEN de ne pas faire les JO…
      A part quelques dépenses de circonstances, la plupart des budgets auraient de toute façon été alloués, mais en ordres dispersés, sans synergie, sans retombées autres que techniques… et surtout trop tard !
      Avec l’organisation de grands événements on se met à niveau ou on prend de l’avance, avec la fête en plus

      • Silk said,

        Je ne suis pas « anti-JO », mais l’argument fiancier ne peut pas ne pas être pris en compte.
        Utiliser les Jo pour améliorer des infrastructures routières ou certaines installations sportives dans les stations, c’est intéressant. Mais créer spécifiquement pour les JO des bâtiments ou des installations qui risquent ensuite de ne jamais être rentabilisés, voire plus utilisés, c’est autre chose, surtout en prenant en compte l’impact sur l’écologie locale et le patrimoine naturel.
        Dans les Alpes Maritimes, avant la création du Parc National du Mercantour en 1979, plusieurs stations de sport d’hiver ont été créées sans aucune précaution pour l’environnement. Je veux bien croire que les mentalités ont depuis changé, mais le business restant du business, on n’est jamais à l’abri de nouvelles cagades… Il suffit de voir ce qui s’est passé encore récemment (2008) avec le projet « estrosien » des « Balcons du Mercantour » !


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