Comme ça s'écrit…


Plus qu’à poil

Posted in L'Abri des regards par Laurent Gidon sur 25 juillet, 2011

La véranda découpe le paysage en split screen. Premier plan de pelouse chargée de rosée ou de crachin matinal. Le vert vient buter dans un muret de pierre zébré de pêchers en espalier. Ensuite, c’est le pré à vaches, lui-même coupé par plusieurs haies qu’il faudrait tailler pour apercevoir le haut de la colline. Après seulement, c’est le ciel. Normand, le ciel : il va plus loin que mon ciel savoyard, lequel en revanche va plus haut, soulevé par les montagnes. Il y a encore quelques fils électriques qui se croisent, et sans doute un filet de traînées d’avions, mais loin au-dessus des nuages alors je ne peux que les imaginer. Pas un bruit. On m’a dit qu’un couple de piverts se partage le coin avec une dizaines d’hirondelles et une famille de faucons. Je n’ai pas encore vu les piverts, mais je leur attribue ce tac-tac-tac tout juste perceptible, à moins que ce soit un de mes fils, dans la maison, derrière les murs dont l’épaisseur de granit me sidère : que craignait-on, voici deux siècles, pour construire aussi lourd ?

La réponse n’a pas d’importance, c’est aujourd’hui qui compte. Si je vous décris aussi complaisamment le détail de ce matin calme, c’est justement pour cela : le présent. Ce maintenant synonyme de cadeau. Je ne sais pas comment les amateurs de salopes à gros seins (ils sont encore un ou deux chaque jour à tomber sur ce blog par erreur) vont prendre la chose, mais le présent du jour ce sera moi, tout nu. Et ce le sera pour les 72 jours qui viennent.

J’ai en effet entrepris la prépublication en ligne de L’Abri des regards. Au rythme d’un nouveau passage tous les deux jours, l’intégrale du manuscrit va y passer d’ici le 10 octobre prochain. Ce livre, je le porte en moi depuis plus de 2 ans. Et lui porte bien son nom de livre : ce n’est pas un roman, à peine une enquête, peut-être un témoignage, mais c’est surtout le lieu où je me livre, totalement et sans fausse pudeur, à l’exploration de ce qui ne fonctionnait pas dans ma tête, au moment même où cela ne fonctionnait pas.

Plus qu’à poil, donc, puisque je n’ai pas retravaillé le texte. Ce n’est pas l’auteur qu’il faut chercher là-dedans, mais le bonhomme, qui pourrait être vous ; sa voix, qui pourrait être la vôtre.
Petite explication du titre. L’Abri des regards, ce n’est pas l’endroit où l’on se cache des autres, c’est justement l’inverse. Ce lieu intime où l’on se sent suffisamment soi pour se être bien, sans fard, sous le regard des autres enfin compris comme le seul abri qui vaille. N’y voyez pas une exposition malsaine, mais une invitation à me voir tel que je suis, et à vous montrer tels que vous êtes, tels que nous sommes tous.
Petit extrait du texte (à la page 88 du manuscrit, qui sera donc en ligne autour du 4 septembre) pour clarifier :

Une nouvelle idée de titre m’est venue, en lisant un article. La forêt y était présentée pour les SDF comme le dernier endroit où aller dormir, mais aussi comme le lieu où l’on peut se reconstruire, bien caché, à l’abri des regards. L’abri des regards… J’ai immédiatement eu envie d’inverser la proposition. Non pas se cacher des regards, mais s’y blottir, s’y abriter. Se sentir en sécurité, protégé par le regard bienveillant d’autrui. Est-ce possible ? Même pour un SFD ? Et cela dépend-il du regard ? Peut-être.
Peut-être cela dépend-il aussi de l’image que l’on se fait de soi. Cadre-t-elle avec celle que l’on croit – ou voudrait – donner de soi ? J’imagine brièvement les survivants des camps nazis. Sales, squelettiques, tondus, malades : ont-ils craint le regard de leurs libérateurs ? Je ne sais pas, mais je ne pense pas. Ils avaient été en enfer sous le regard de leurs geôliers, et se trouvaient vivants sous d’autres regards, des yeux peut-être compatissants, peut-être effrayés, voire écœurés, mais moins mortels. Ces survivants étaient à l’abri de ces nouveaux regards, sauvés.
Alors oui, ce livre pourrait s’appeler L’Abri des regards. Entre les premières lignes et celles-ci, j’ai changé et appris à me sentir à l’abri dans le regard de l’autre. Tant mieux pour moi. Vous le pouvez aussi. Ceux qui ont trouvé le bon miroir d’eux-mêmes, la bonne image, dans le regard de l’autre savent ce que je veux dire.

Les trois premiers passages sont déjà en ligne, ainsi qu’une page Contributions où je recense les avis ou apports, non pas sur le livre mais sur le sujet de la dépression et du suicide. Tout contributeur est appelé à s’exprimer, par mail ou dans les commentaires.

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  1. […] c’est le chemin choisi par Laurent Gidon, un auteur qui avait publié chez le regretté Navire le roman Aria des Brumes, et qui a depuis […]


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