Comme ça s'écrit…


Comment votons-nous ?

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 9 août, 2011
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Après avoir parlé de sexe et de fleurettes, il m’a semblé judicieux d’aborder la politique de front.
Je n’ai pas voté pour notre actuel président, et pourtant cela n’a rien changé.
Je n’ai pas voté pour l’intensification du trafic d’armes.
Je n’ai pas voté pour l’extension du réseau autoroutier, l’abandon du fret ferroviaire, les cadeaux aux camionneurs, aux pétroliers et aux constructeurs automobiles.
Je n’ai pas voté pour les idioties que l’éducation nationale apprend à nos enfants.
Je n’ai pas voté pour que nos soldats aillent se faire tuer ou tuent d’autres humains.
Je n’ai pas voté pour entretenir la complaisance envers les pires dictatures, ni pour rompre ces complaisances le temps de se refaire une virginité.
Je n’ai pas voté pour que notre police et notre justice soient astreintes à une politique du chiffre.
Je n’ai pas voté pour qu’on travaille plus et plus longtemps au service d’une économie qui pourrit tout, des individus à la planète.
Je n’ai pas voté pour une finance ravageuse et une politique binaire du « ta gueule ou casse-toi ! »
Je n’ai pas voté pour les reconductions aux frontières, les circulaires anti-roms et les blagues contre la double nationalité franco-norvégienne.
Je n’ai pas voté pour une médecine de labo pharmaceutique qui découpe l’humain en tranches rentables, la suivante tombant malade à peine la précédente rafistolée.
Je n’ai pas voté pour le fichage généralisé, la surveillite et tout ce qui incite le voisin à jalouser son prochain.

Et ce matin cela m’est tombé dessus comme une révélation : je n’ai pas voté pour tout ça, vraiment pas… parce que je n’ai pas payé d’impôts depuis le début de ce quinquennat inepte.

Certes, j’ai payé mes taxes locales, pour mes routes de campagne, la gestion du collège et le service d’urgence de notre hôpital. J’ai cotisé à la caisse de retraite et de sécurité sociale, aux allocations familiales, tout ça. Mais pour l’État et les services du président, rien, macache, ballepeau, nada !
Ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait sans ma voix, sans mon accord, et surtout sans mes sous. J’ai voté contre à ma manière. En ne leur donnant aucun moyen supplémentaire pour agir. Et toc !

D’accord, j’ai un truc : je n’ai pas fraudé, j’ai juste pas gagné assez d’argent pour être imposable. On peut m’envoyer les sbires de l’administration fiscale, ils ne trouveront rien, je suis clean. Il m’a suffi de m’arrêter de bosser dès que j’avais atteint la limite imposable. Pas pour aller faire du black (ce ne serait pas honnête), mais pour faire autre chose, comme écrire des livres. Lesquels ne se sont pas assez vendus pour que je sois imposable dessus. Ce qui conduira sans doute notre président à me considérer comme un mauvais citoyen, pas même un de ses sujets : je n’ai aucune valeur économique.

Bon, d’accord aussi, c’est un choix que je ne vante à personne. Ce n’est pas facile de tirer le diable par la queue, de dire « non » aux enfants qui demandent le dernier truc à la mode, et de faire resto ou vacances à la maison. Mais ça donne du poids aux vraies choses importantes : les amis ou la famille qui aident et qu’on aide, les trucs qu’on fait plutôt que ceux qu’on achète, et surtout les trucs qu’on partage parce qu’on n’a pas les moyens de les avoir pour soi tout seul.
Et franchement, voter comme ça, ça me plaît bien. Je sens que je récupère tout le poids politique que ma semi indigence financière m’avait ôté.

Et vous, comment votez-vous ?

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23 Réponses to 'Comment votons-nous ?'

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  1. Silk said,

    Dans un sens, j’ai voté pareil…
    Mais, même si c’était de pas grand chose, jusqu’à ce que l’Etat fasse disparaître mon job l’an passé juste avant la rentrée pour faire des économies sur le dos de l’Education Nationale (400 emplois supprimés dans le département, 20 000 à l’échelle nationale et… les médias n’en ont fait aucun écho !), j’ai malheureusement été obligé de contribuer par quelques sous à la politique actuelle.
    Mon problème maintenant sur le sujet, en dehors du chômage qui s’éternise, c’est de savoir pour qui je vais voter l’an prochain. Parce que jusqu’à présent, il n’y en a absolument AUCUN qui me fasse me dire : « Oui ! LUI / ELLE, ça va le faire ! ». Rien. Et les choses ne s’arrangent pas avec le temps qui avance.


    • Finalement, c’est une bonne chose qu’aucun(e) politique providentiel(le) ne se détache : au lieu de placer tous nos espoirs en quelqu’un d’autre, on va devoir faire les choses nous-mêmes, chacun selon sa conscience.

      • Silk said,

        Faire les choses nous-mêmes selon notre conscience, ça a beau sonner juste, vu que personne n’a jamais exactement le même avis que son voisin, les mêmes idées, les mêmes principes à vouloir appliquer, c’est déjà compliqué à vivre au niveau d’un immeuble alors j’ai dû mal à voir comment cela pourrait être à l’échelle d’un pays.
        Faire une chose qui sera détruite immédiatement par un autre qui n’en veut pas ou qui veut faire autrement, ça ne fait rien avancer. Parfois bien au contraire.
        Trouver un consensus assez large pour être accepté par tous avec plus ou moins de bonne volonté, alors ? Ca finit toujours par ne satisfaire personne. Voire pire.
        Les humains ne sont pas raisonnables.
        Et si on ne votait pour personne pour faire comme les belges qui font tourner leur pays sans gouvernement depuis bientôt deux ans ?
        … 😦
        Bon… Je sens bien que je sonne sombre et pessimiste ici. Sans doute l’air et les news que je suis obligé de respirer depuis trop longtemps.
        Je vais me refaire un B.B.King, tiens…


      • La conscience n’est pas un avis transitoire ou la vision d’un intérêt à court terme. Je crois que c’est ce qui permet de choisir ce que l’on veut faire (mais surtout être) en regard de ce que l’on est vraiment. Peu de gens sachant ce qu’ils sont vraiment ou ce qu’ils veulent être, la première chose nécessaire est probablement cette « prise de conscience ». Mais je suis sûr que cela peut arriver à n’importe qui, n’importe quand. Et il y a un effet de synergie intéressant à observer.

      • Silk said,

        Ce qui est étrange pour moi en lisant ta dernière réponse, c’est que j’ai vraiment l’impression que sur le fond nous sommes d’accord. Mais nos expériences de vie, sans aucun doute très différentes, nous font avoir des regards et des fois (pas au sens religieux dans ce propos) différents sur le monde qui nous entoure.


      • Je pense surtout que mon regard et mon point de vue ont beaucoup évolué : les mêmes expériences prennent un sens très différent.
        De plus, j’ai l’impression que cette évolution m’a remis aux manettes de ce que je vis. Il n’est plus question de chercher des responsabilités en dehors de moi.

  2. calomel said,

    ELLE, je ne veux qu’ELLE, chantait Ringo Willy Cat dans les années septantes, mais vous êtes sûrement trop jeune pour avoir connu ce bel âge tendre, et elle, c’est qui ? la seule, l’unique, la viking qui ferait fondre un fjord plus rapidement que le réchauffement climatique… mais je m’arrête là, car je viens d’apprendre la mort de charlie bauer.

  3. Kirawea said,

    Je ne sais plus où j’en suis … Est-ce qu’il faut que j’achète tes bouquins ou pas alors ? :p

    Dans ce que tu nous dis je comprends, et j’abonde dans ce sens, que le vote n’est pas le seul acte politique qui soit à la portée du citoyen. Dès lors que l’on effectue un choix conscient en rapport avec notre implication dans la société, c’est un acte politique. Bon, je surinterprête un peu, et puis je prends le risque que n’importe qui se targue d’agir politique pour n’importe quelle raison fallacieuse. N’empèche, je préfère ça à la philosophie « j’en sais rien / je m’en fous ». C’est le mot « conscient » qui est important, c’est lui qui donne la mesure du degré de poloitisation.


    • Voilà : conscience !
      Et puis si tu veux lire mes bouquins, tu peux toujours les emprunter, non ?

      • Kirawea said,

        En fait je ne saurais pas trop à qui … Quoique, ils sont probablement à la bibliothèque de Bonlieu.
        Mais la question ne se pose pas en fait, quand j’ai envie d’acheter un livre je l’achète (de mon côté je paie des impôts alors je jouis raisonnablement de l’aspect positif que ça comporte ^_^), et ça arrive régulièrement même si c’est plus souvent avec images et phylactères.

        Tiens, je vais quand même m’inscrire sur les listes électorales, des fois qu’un candidat m’inspire quelque chose de positif …

  4. Irène said,

    Je n’ai pas voté pour ce gouvernement et pour sa politique, mais les impôts que j’ai payé ont servi à les mettre en œuvre, hélas… D’où l’impression d’avoir été dévalisée ><


    • Dévaliser, c’est le mot. Et à l’échelle d’un pays, c’est le crime démocratique le plus courant…

  5. Kirawea said,

    Hors-sujet : tu savais que tu avais ton propre article Wikipedia ? C’est la consécration ! 🙂


    • Oui, j’ai vu ça.
      Il faudrait le compléter un peu, mais je crois que ce n’est pas à moi de le faire…

  6. Augustin said,

    Bonjour,

    Tout d’abord bravo pour l’ensemble du blog.

    Au risque de faire du mauvais esprit, vous avez payé des impôts pour les services de l’Etat. Et oui, toutes les impôts indirects ! (La TVA représente plus de la moitié des recettes fiscales de l’Etat).

    Blague à part, je comprends votre point de vue et je
    le partage (n’ayant pas payé d’impôts directs non plus) avec une nuance : l’éducation fait partie des services de l’Etat, et je regrette de ne pas y avoir participé (alors que de n’avoir pas contribué au budget de la « défense » me laisse la conscience relativement tranquille, allez comprendre).
    Ça permet de se recentrer sur les choses importantes, comme vous le dites, et de sortir, un peu, de la spirale de la consommation.
    C’est vrai que c’est un choix de vie, mais ce choix est déjà un acte politique, et un acte courageux qui plus est.

    Bref, continuez à résistez, et bonne continuation !

    Augustin


    • Merci pour les bravos !
      Pour la TVA, c’est dur, mais c’est comme ça. Ma seule façon de limiter mon vote en ce domaine rejoint celle des impôts directs : moins je gagne, moins je dépense, donc moins je paye de TVA… ça se tient ?
      Pour l’éducation nationale, pas d’accord avec toi (on se tutoie ?). Je paye localement pour l’entretien des locaux où mes enfants passent une bonne partie de leur vie, mais je ne cautionne pas l’institution en l’état, qui me paraît préparer de bons petits soldats pour la guerre économique et non ouvrir les êtres (profs et élèves) sur ce qu’ils ont de meilleur en leur donnant les moyens de l’atteindre. Je rêve tout haut ? Tant mieux !

      • Augustin said,

        Je préfère aussi le tutoiement mais j’aime mieux te laisser le choix, vu que c’est chez toi (j’aime bien cette image : un blog c’est un « chez-soi » où on lance une conversation, fait un petit discours et ensuite on discute avec tous ceux qui veulent venir, la porte est ouverte. C’est peut-être un peu naïf comme vision mais je la trouve parlante – fin de la digression).

        La TVA, c’était une boutade, il est impossible de ne rien consommer. Mais ton calcul se tient, effectivement.
        Autre méthode, comme la TVA est sur la valeur ajoutée, essayer de consommer des produits « bruts », par exemple acheter des fruits plutôt que des compotes toutes faites. Je pense que ça se tient aussi.

        Pour préciser mes propos sur l’éducation, je n’aime pas sa façon de fonctionner (méthodes et buts) mais je pense que c’est un mal nécessaire, pour l’instant, tant qu’une solution n’aura pas été trouvée (bon, honnêtement, je ne sais pas quel gouvernement aura le courage de tout remettre à plat et de dire : « plus de moyens pour plus d’accompagnement » au lieu de prôner la réussite à tout prix, mais passons). Du coup, comme ce n’est sans doute pas pour demain, je préfère que l’école permette d’apprendre quelque chose aux élèves plutôt que de laisser la télé le faire. Je suis peut-être trop terre-à-terre.
        Mais je comprends ta vision.

        Hum, je suis déjà pas mal long. Je conclurai seulement par : tant que l’on vit en accord avec ce qu’on pense, tout va bien.

  7. lolo said,

    et la tva ? tu la paye comme tout le monde, et c’est l’impot indirect le plus important…et le plus inégalitaire aussi!!


    • On me l’a déjà reproché… mais, moins je gagne, moins je dépense et moins j’en paye. Il y a d’autres circuits que le monde marchand.

      • lolo said,

        ouais lesque? je précise que je n ai pas de voitures, et que j habite en ville…a tours (ville bourgeoise par excellence)


      • Selon ma conception des choses (philo de comptoir, sans doute), personne n’est « obligé » de subir ce qui ne lui convient pas. Mais, même à Tours et sans voiture, on peut se débrouiller. Il doit y avoir tout un éventail de moyens, de la simple recherche Internet au contact direct.
        Je n’ai pas de leçon à donner : subir ou ne pas subir est l’affaire de chacun. Encore faut-il croire en sa propre liberté.

  8. lolo said,

    Mouais. encore un libertarien qui pense qu’il peut tout tout seul.


    • Ah tiens ?
      Face aux àquoibonnistes, c’est vrai qu’on se sent un peu seul…


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