Comme ça s'écrit…


30 ans et un jour…

Posted in Admiration par Laurent Gidon sur 19 septembre, 2011
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J’ai un problème avec la peine de mort.
J’ai un problème pour argumenter contre la peine de mort : cela me paraît tellement évident que je n’arrive pas à trouver les mots.

Lorsque quelqu’un évoque devant moi la nécessité de condamner à mort, puis exécuter, certains criminels pour des tas de raisons qui lui semblent très sensées, je reste sans voix et ne peux que bégayer « Mais… Non ! C’est pas bien ! »
La peine de mort me pétrifie.
Cet acte définitif de tous contre un seul me paraît nier l’humain, détruire le lien entre humains. Avec tellement de force et de violence que je n’arrive pas à exprimer ce qu’elle bouleverse en moi.

Heureusement, voici trente ans et quelques jours, Robert Badinter a trouvé suffisamment de voix, de mots, d’arguments, pour que les députés de la République Française votent l’abolition de la peine de mort.
Par 363 voix contre 117. Encore une affaire de voix. Je reste toujours ébahi que l’on puisse se donner le droit, se donner des raisons valables, d’exécuter un être humain. Et que l’on puisse soutenir ce droit aberrant devant la nation.

Alors merci M. Badinter. Merci.

Cette voix-là

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18 Réponses to '30 ans et un jour…'

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  1. Kirawea said,

    Bienvenue au club ! C’est quand ça nous parait trop évident que c’est le plus difficile d’argumenter. Alors que si on écoute certaines conversations, il est encore nécessaire aujourd’hui de convaincre certains à ce sujet !
    Ceux qui pensent que la Justice doit exercer une vengence des victimes, ceux qui pensent qu’on est capable d’estimer que tel être humain est à ce point un cas desespéré que la société n’a plus qu’à s’en débarrasser, ceux qui estiment qu’untel n’est même plus un être humain à la vue des atrocités qu’il a commises, ceux qui ne se rendent pas compte qu’une décision de mise à mort prise par la Justice nous engage tous (moi j’ai pas envie qu’on mette à mort en mon nom même implicitement), ceux qui tentent de dissimuler leur voyeurisme derrière de belles paroles, ceux qui trouvent que tous ces criminels qui se la coulent douce en prison ça coûte cher à la société, ceux qui pensent qu’au moins ça dissuade les autres de commettre des crimes, ceux qui ont peur de ce mec bizarre là-bas et qui préfèrent avoir peur d’un Etat qui donne la mort (même s’ils s’estiment irréprochables) plutôt que de leur voisin dont on ne sait même pas ce qu’il pense, ceux qui sont contre la peine de mort sauf pour ce type qui a violé et tué une fillette …


    • C’est ça, plus le nombre de fois où on m’a dit « quand on aura chopé le mec qui a violé ta femme, abusé de ton fils, torturé ta fille (et rayé ta bagnole, tiens !) tu n’auras qu’une envie : le tuer ! »
      C’est peut-être vrai. C’est justement parce que c’est vrai que la société doit trouver une autre solution.

  2. LULU said,

    ===>Le journal d’un condamné .. je l’ai lu en français!!

    • LULU said,

      Euh le dernier jour d’un condamné plutôt u_u


      • Pas de problème 😉

  3. Oph said,

    Le grand public se focalise sur la victime, pense « réparation », donc quelque part « loi du talion »…
    … alors que la justice est centrée sur l’accusé, sur « comment faire en sorte que cet homme, cette femme, ne soit plus un danger pour la société ». Décalage des attentes, déception, forcément, de ceux qui veulent qu’un criminel subisse ce qu’il a fait subir comme dans une vengeance de cour de récré…

    On peut se dire qu’en guillotinant à tour de bras, on élimine effectivement le danger, mais ça revient à jeter le bébé avec l’eau du bain.
    La justice est victorieuse quand elle a purgé l’homme du mal qu’il a fait et/ou qu’il représente, pas quand elle détruit le mal en tuant l’homme par la même occasion !
    La perpétuité, c’est un peu pareil, en un sens. Son seul « avantage » est sa réversibilité. Mais c’est éliminer le mal en écartant à tout jamais l’homme qui lui est associé.

    La sujet revient sur le tapis à cause des récidives dont on a beaucoup parlé ces derniers temps. À ce sujet, pour une fois, je serai d’accord avec une candidate à la présidence, en l’occurrence Eva Joly, disant au micro de France Info qu’il était irréaliste d’espérer que la justice empêche le crime.
    Ou alors on met perpète à tout le monde, au moindre pet de travers.
    Et on finit tous en prison.

    Oph,
    bisounours


    • Ben… Bisounours aussi, alors !

    • Kirawea said,

      On peut se dire qu’en guillotinant à tour de bras, on élimine effectivement le danger, mais ça revient à jeter le bébé avec l’eau du bain.
      La justice est victorieuse quand elle a purgé l’homme du mal qu’il a fait et/ou qu’il représente, pas quand elle détruit le mal en tuant l’homme par la même occasion !

      D’autant qu’en tuant un homme, elle perpétue le mal par la douleur qu’elle provoque chez les proches de celui-ci, qui ne sont nécessairement coupables de rien.

  4. Maere said,

    Tiens, y a pas longtemps j’ai lu dans un bouquin des documents d’archives au sujet de crimes commis en Corse au 19ième siècle. Dans l’un de ces documents, un procureur (ou un juge, ou un préfet, je sais plus) déplore le peu d’effet des exécutions publiques sur la population Corse. Ben oui, dit-il, alors qu’on guillotine d’affreux criminels sous leurs yeux, les Corses se montrent peu enthousiastes, ils rentrent chez eux sans regarder ou alors – impensable – ils s’appitoient sur le sort du condamné ! Ils ont vraiment la tête dure.
    Les Corses à l’époque n’étaient pourtant pas des âmes sensibles, il était fréquent comme chacun sait de se faire justice soit-même à coup de fusil. Mais curieusement, voir la mort donnée par l’État ne les emballait pas plus que ca. Je pense que ce qui les choquait était l’impossibilité de se défendre.
    Quand un type tue un autre type, c’est une affaire entre humains. Quand l’État tue un type, c’est une espèce de machine infernale qui s’abbat sur toi et qui ne te laisse pas la possibilité de te défendre. Ils prennent le droit de te couper la tête. C’est légal. On te dépouille du droit d’être en vie.
    La vendetta corse était cruelle et injuste mais elle laissait au moins aux victimes le droit de défendre leur vie. Le désir de vengeance est une chose humaine et normale mais qui n’a rien à voire avec cette chose qu’on appelle la justice.


    • Le désir de vengeance ne me paraît pas si « humain et normal » que ça. c’est de l’ordre du réflexe, certes, comme de retirer sa main d’un truc brûlant, mais dans la vengeance à froid le facteur temps intervient : c’est le ressassement de l’agression qui entretient le désir de vengeance et nous n’y sommes pas tous également (ou normalement) soumis.
      Certains laissent le passer véroler leur présent, d’autres non, ou moins.

      • Maere said,

        Je n’ai pas dit le contraire.

  5. Silk said,

    Ce que je ne comprendrais sans doute jamais, c’est cet argument du « C’est dissuasif » utilisé par les partisans de la chose alors que les faits et l’Histoire prouvent aisément le contraire des milliions (milliards ?) de fois, pendant que de l’autre côté, on sait parfaitement qu’une personne exécutée ne pourra jamais se relever même si son innocence finit par être démontrée.
    A 16 ans, Patrick Dils l’a en quelque sorte échappé belle : quand il fut condamné à la réclusion à perpétuité, les parents de ses deux victimes supposées demandaient le retour à la peine de mort spécialement pour lui
    Puis 16 ans de prison, où il en a bavé et où sa jeunesse s’est perdue, plus tard, il est acquitté suite à de « nouvelles preuves » démontrant qu’il ne pouvait pas être sur les lieux au moment du meurtre des deux gamins.
    Si les parents des victimes avaient été écoutés, leurs enfants n’en seraient jamais revenus à la vie pour autant mais un innocent serait en revanche mort par leur faute !
    En ce qui me concerne, il ne fait pas de doute que de nombreux autres condamnés ont été exécutés alors qu’ils étaient innocents.
    Ca arrive même encore fréquemmment aux Etats-Unis « le pays de la Liberté » où pas plus tard qu’hier soir (mercredi 21 septembre 2011), un certain Troy Davis, citoyen noir dans un état où il ne fait pas vraiment bon de l’être encore aujourd’hui, la Georgie, a été condamné et exécuté pour le meurtre d’un policier blanc malgré une arme jamais retrouvée, des témoins bidons s’étant rétractés et autres aberrations d’enquête…
    34 états américains sur 50 pratiquent toujours la peine capitale et pourtant, les Etats-unis est le pays « en paix » où on trouve le plus grand nombre de personnes tuées par armes à feu, alors ne parlons même pas des autres armes…
    La peine de mort n’a donc jamais été et ne sera jamais dissuasive.
    Ceux qui l’appliquent pourront en revanche souvent être coupables de meurtre d’innocents.


    • Je n’aime pas l’argument du « possible meurtre d’innocent » contre la peine de mort. Le jour où l’on garantira la culpabilité du condamné la peine de mort sera toujours indigne de l’humanité. D’ailleurs, un autre condamné à mort a été exécuté au Texas, quelques heures avant Troy Davis. C’était un sale type, membre du KKK et coupable garanti de ce dont on l’accusait (torture et meurtre raciste).
      Son exécution me glace autant que celle de Troy Davis. Il s’appelait Lawrence Brewer. J’ai eu de la chance de trouver l’info aujourd’hui, parce qu’un vilain coupable ne fait pas la une.
      La peine de mort me tétanise l’argumentation, ses défenseurs me font de la peine, mais la partialité de ses détracteurs (pour la plupart) me laisse aussi pantois.

      • Silk said,

        Je pense qu’on ne s’est pas compris sur le « possible meurtre d’innocent » : loin de moi l’intention de vouloir minimiser l’horreur de la peine capitale dans le cas d’un coupable clairement reconnu !
        Je me suis sans doute mal expliqué.
        Mais permets-moi tout de même dans cette histoire de penser d’abord à ceux qui ont été condamné à tort.

        Aujourd’hui que Dils a été totalement disculpé, que pensent les parents des victimes de leurs discours de l’époque, eux qui ont voulu l’exécution d’un adolescent qui n’était pour rien dans la mort de leurs enfants…? Car il ne fait quasiment aucun doute que, moins de dix ans plus tôt, Dils aurait bien été guillotiné malgré son âge, lui qui fut condamné à vie comme un adulte.
        Il y a de nombreuses raisons d’être contre la peine de mort mais qu’elle puisse mener à la mort d’un innocent est pour moi la plus importante. Pour autant, cela ne veut pas dire que je pense que l’exécution d’un coupable est plus « acceptable ».


      • Pour moi, c’est un peu comme de dire « parmi toutes les raisons de ne pas être raciste, la plus forte est le risque de se montrer raciste envers quelqu’un qui ne nous est pas inférieur », tu ne crois pas ?

      • Silk said,

        Non, désolé : personne n’est inférieur.
        En revanche, des personnes coupables de crimes abominables, ça existe, et des personnes emprisonnées ou exécutées à tort, ça existe aussi.


      • Justement.
        Personne ne nous étant inférieur, le racisme n’a pas lieu d’être même s’il existe et se répand. Ce n’est pas une question de raison, mais de nature.
        C’est pourquoi le problème de la peine de mort est pour moi totalement indépendant de la raison qui fait mettre un individu à mort. Que ce soit pour crime, ou pour toute autre raison, comme d’avoir dépassé l’âge légal de vie (Logan’s Run !), la société ne doit pas désigner quelqu’un pour le mettre à mort. Point.

      • Silk said,

        C’est là malheureusement un argument plutôt philosophique qui est rarement, voire jamais, écouté par les partisans de la peine de mort, ce que, je te le rappelle, je ne suis pas.
        L’argument de l’erreur judiciaire irréparable leur parle bien mieux ! C’est pourquoi c’est celui que j’utilise le plus souvent, même si sa « partialité », comme tu l’as écrit, peut gêner certains.

        PS. L’AGE DE CRISTAL a très méchamment vieilli, surtout visuellement (Déjà qu’à l’époque…). Voilà un film qui pourrait être « remaké ».


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