Comme ça s'écrit…


Tout pourrit, tout fleurit

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 22 septembre, 2011
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Il est de bon ton de critiquer le pouvoir en place comme ceux qui veulent lui prendre sa place. Élus ou candidats, tous pourris, tous guidés au mieux par leurs intérêts et au pire par l’intérêt de puissances cachées dans l’ombre. La France – que dis-je, la France : le monde ! – est aux mains d’arrivistes sans scrupules qui la mettent en coupe réglée pour leur profit et celui de quelques-uns.

D’accord. C’est vrai. Mais nous, les petits, les sans pouvoir, les « propres », de quoi profitons-nous ? Combien d’entailles dans nos contrats moraux personnels ? Combien de petits carottages, d’excuses autoadministrées sur l’air du « puisque tout le monde le fait » ou du « je serais bien bête de me priver tant que je ne me fais pas gauler » ? Et aussi, combien de renoncements, de mains tendues qu’on ignore, de justification bien senties sur le mode « s’il en est là c’est qu’il l’a bien cherché » ou pire « je n’y peux rien, je n’ai pas assez de pouvoir pour agir, laissons les vrais responsables s’en charger » lorsqu’on croise plus mal loti que soi ? Combien de peurs banales, d’habitudes tranquilles, de petits conforts qui font les grands dégâts, d’ambitions mal placées qui nous éloignent de ce que nous pourrions être ?

Il n’y a pas de mystère. Si l’on continue de choisir des dirigeants et des modes de vie que nous savons être nuisibles, c’est d’abord parce que nous espérons y gagner quelque chose. Pas parce que nous n’avons pas le choix.
Ce que nous avons à gagner ? Rien de bon, ou presque. Seulement ce que nous connaissons, qui nous mine la vie mais nous fait croire que demain sera pareil – donc rassurant – et peut-être un peu mieux. Que peut-être quelqu’un d’autre fera le sale boulot. Que peut-être on gagnera au loto. Que peut-être nos petits rêves verront un peu de réalité. Que peut-être on va s’en sortir un peu mieux, demain. Ou après-demain.

Cette ambition petite, si partagée, qui pourrit tout, peut devenir aussi celle qui fera tout fleurir. Commencer par soi. Se dire que demain on sera mieux. Pas le monde mieux, pas la France mieux, pas mon patron, mon boulot, mes proches mieux, ma maison ou ma voiture mieux, juste moi, en mieux.
Un moi mieux, c’est un moi qui se respecte. Donc qui se connaît, qui sait ce qu’il veut, ce qu’il accepte et ce qu’il refuse. Un moi mieux, c’est un moi qui sait ce qui est bon pour lui en profondeur, et qui le fait. Un moi mieux, c’est un moi qui se crée en mieux. Un moi qui se rapproche de la plus haute idée que je me fais de moi.
Commencer par se changer soi, balancer toutes les règles et les habitudes qui ne sont pas soi et se retrouver vraiment, se renaître. Refaire l’intérieur, ce qui est à portée de main ou d’âme, au lieu de placer tout espoir dans l’extérieur, hors de portée.
Petite ambition, grands résultats.

6 Réponses to 'Tout pourrit, tout fleurit'

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  1. Kirawea said,

    Et y a pas de coach pour ça ! On se sort les doigts, on introspecte, on remet en question, on laisse de côté son petit orgueil et sa peur de devoir déconstruire et refaire ce pour quoi on a déjà passé tant de temps, de sueur et d’espoir !

    Pendant mon adolescence j’ai fait une petite fixation sur ce poème de Rudyard Kipling : http://fr.wikisource.org/wiki/Si
    Loin d’être un manuel de virilité (pour ça il y a les aventures de Pascal Brutal 🙂 ), une leçon d’humanité !

    Plus proche de nous, cette citation d’un de mes auteurs de bande dessinée préférés, alias Lewis Trondheim : « C’est la somme des individus de bonne volonté qui fait changer le monde à long terme, pas les mini-Napoléon à vision étroite. Merde ! J’espère que je n’en suis pas un ! »


    • Le poème de Kipling propose à mon sens la première étape du programme « être soi-même ». Étape primordiale, indispensable, et qu’oublient souvent ceux qui ne pensent qu’à l’amour des autres en oubliant l’amour de soi.
      La citation de Trondheim me paraît intéressante sur ce point, mais je crois aussi beaucoup à la notion « d’homme providentiel » : celui (ou celle, bien sûr) qui n’est pas forcément meilleur que d’autres mais qui réussit – par sa qualité comme par sa position – à cristalliser le changement potentiellement porté par la somme des individus de bonne volonté.


      • Ce brave Kipling ! FM.’. d’ailleurs… en droite ligne dans ses pensées, et ses actes avec ce que pensent et font – en principe – la majeure partie des FM.’. du monde entier.
        Ré apprendre à être soi, se connaître et être honnête avec soi-même pour pouvoir rayonner à l’extérieur.. mais avant, il faut avoir fait le tour de « soi », avoir poser « les métaux encombrants » d’une vie inadaptée à nos attentes, pour pouvoir passer à autre chose.
        Cela demande du temps, du travail, mais donne tellement d’espérance, de tolérance et de fraternité !

      • Kirawea said,

        Pour l’homme providentiel, ce n’est pas que je n’y crois pas, mais c’est une notion qui me pose un peu problème, parce que :
        – si on se met ça en tête, ou plutôt si beaucoup de personnes se mettent ça en tête, elles auront tendance à attendre l’apparition de l’élu en se tournant les pouces ;
        – en admettant que l’élu se pointe, ou quelqu’un qui y ressemble, tout le monde va lui mettre ses espoirs (et se éventuelles déceptions) sur les épaules alors que le gars aura peut-être rien demandé à la base.

        Je caricature évidemment, mais il me semble que dès qu’il s’agit d’un grand nombre de personnes la réalité se rapproche souvent dangereusement de la caricature.

        « Homme providentiel », ça me semble être un titre très lourd à porter ! Mais du coup ça nous ramène au développement personnel tel qu’on l’évoque ici, car si chacun réussissait à atteindre le genre d’objectifs décrits par Kipling, cet effet de nombre auquel j’attribue des conséquences néfastes ne serait plus à craindre.


      • C’est vrai que c’est lourd à porter, et qu’il vaut donc mieux endosser le costume a posteriori. On sait qu’on a eu un homme providentiel en mesurant les changements qu’on lui attribue, bien qu’il n’ait rien accompli seul, ni même parfois rien demandé.
        C’est un catalyseur, un parmi d’autres, et on peut « se laisser catalyser » par ceux que l’on croise si l’on sait leur reconnaître cette capacité. Se fermer à leur potentiel serait dommage, non ?

      • Kirawea said,

        Oui, après c’est une question de contrôle de l’orgueil : être capable d’accepter les bienfaits qu’un autre apporte même s’ils semblent dévaloriser ceux qu’on génère soi-même avec difficulté.


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