Comme ça s'écrit…


Corps, prison ouverte

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 3 octobre, 2011

Parfois, tout se détraque. Un pincement dans le cou grippe les trapèzes, vrille les dorsaux, chibre les reins, gagne les boyaux qui se bloquent et coupe la respiration. Plus aucune position confortable. On craint le nez qui chatouille et annonce l’éternuement implacable; se plier jusqu’au pied pour passer une chaussette tient de l’impossible ; on passera la journée en tongues.
Pour peu qu’on s’intéresse au dialogue entre corps et esprit, cette douleur prison enferme dans une vision très désagréable. À la pénibilité s’ajoute l’angoisse responsabilisante : mais pourquoi m’infligé-je cela ? Quel décalage inconscient entre ce que je fais de ma vie et ce que je voudrais en faire vient s’exprimer dans ces douleurs et me hurle de changer ? Se tromper, ça fait mal. Et se torturer pour trouver l’erreur fait encore plus mal.

J’ai lu quelque part qu’on obtient toujours exactement ce que l’on demande, même sans le savoir. J’ai sans doute demandé ce carcan physique et mental. Il faut arrêter de lutter, accepter le message et laisser le sens apparaître sous une forme lisible ou non.
Je me sens comme ces amis ou collègues, nombreux, qui pestent contre leur portable lorsque celui-ci sonne. Pourtant, il leur suffisait de l’éteindre s’ils ne voulaient pas être dérangés. Mais ils le veulent : ils veulent que le partout et tout le temps puisse faire irruption dans l’ici et maintenant. Ils râlent, mais ne peuvent s’empêcher de sauter sur l’appareil, au moins pour y lire le nom de l’intrus chéri venu leur rappeler qu’ils existent aussi là-bas, dans un autre esprit, dans une bulle d’ailleurs. Pourquoi râler quand on obtient exactement ce qu’on demande ?
Alors je ne râle pas. Ça fait mal, au cou, au dos, au ventre, partout… cela doit bien vouloir dire quelque chose. Je laisse allumé mon corps récepteur et j’accuse réception du message. L’éteindre serait mourir. La prison est ouverte sur l’éternité, mais je préfère rester encore un peu ici.

Au fait, à force de déposer tous les deux jours un chapitre de L’Abri des regards, nous arrivons bientôt à la fin. C’est prévu pour le 10 octobre, date anniversaire du suicide de mon père. Voici 17 ans bientôt qu’il a coupé la réception.
Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, cela se lit ici.

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Une Réponse to 'Corps, prison ouverte'

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  1. Merci.
    C’est agréable d’être lu.


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