Comme ça s'écrit…


Crimes d’imagination

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 7 octobre, 2011
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Voici un peu plus d’une dizaine d’années, j’avais vu Warriors, un film formidable qui suivait des soldats britanniques dans leur incapacité à empêcher des Yougoslaves (ou ex-Yougoslaves) de s’entre-tuer. C’était humain et pathétique, insupportable, dérisoire, réaliste jusqu’à l’extrême, comme quand un des soldats revenu au pays ne peut s’empêcher d’insulter un gamin qui fait son caprice dans les allées d’un supermarché alors que là-bas d’autres meurent sous les tirs.

Le film posait des questions, nombreuses.
Peut-on empêcher les gens de s’entre-tuer ? Peut-on empêcher la haine et la violence de s’exprimer ? Peut-on réduire la force au silence par la force ? Peut-on masquer nos faiblesses morales derrière une apparente rigueur militaire ? Peut-on envoyer des hommes concrétiser une stratégie faible et espérer qu’ils réussissent là où la pensée échoue ? Peut-on revenir entier d’un voyage aux frontières de l’humain ? Est-ce que, justement, la facilité n’est pas de traiter d’inhumain ce que l’on n’arrive pas à contrôler ou empêcher ?
Les questions étaient bien posées. Warriors ne donnait pas de conseil, mais suggérait que les réponses mises en place par les politiques et les stratèges militaires n’étaient pas appropriées.

Seulement, nos politiques et nos stratèges n’ont sans doute pas vu Warriors. Et sont toujours adepte des réponses pas bonnes, ou pas assez bonnes.

Alors il a fallu faire un autre film.
Occupation, que j’ai vu la semaine dernière, suit des militaires britanniques dans leur incapacité à empêcher les Irakiens de s’entre-tuer. C’est humain et pathétique, insupportable, dérisoire, réaliste jusqu’à l’extrême, comme quand un ex-indic irakien versé dans l’intégrisme tue une femme simplement parce qu’elle a échangé un regard avec un soldat anglais.

Nos politiques et nos stratèges verront-ils Occupation ?
Peut-être. Peut-être reconnaîtront-ils les questions posées et l’insuffisance des réponses apportées. Puis il se draperont dans leur supériorité d’information pour affirmer que «c’est bien plus compliqué que ça» et que «de toute façon on ne pouvait pas faire autrement».

On ne pouvait pas faire autrement.
On ne pouvait que s’en remettre aux armes et au fric pour assurer notre si lointaine sécurité.
On ne pouvait qu’imposer nos valeurs en bloc pour que les beaux bébés « démocratie », « droits de l’humain » ou « liberté de conscience » partent avec l’eau sale du bain « liberté de profit à outrance », « consommation et gaspillage de masse », « perte de sens », « pornographie »…
On ne pouvait que livrer les terres, les corps et les âmes aux spéculations et à l’activisme des manipulateurs de tout poil.

On ne pouvait pas faire autrement.
À ce niveau, le manque d’imagination est criminel. Un crime pour lequel la peine de mort est loin d’être abolie, bien que ce soit rarement les criminels seuls qui en meurent.

12 ans plus tard... un air de famille.

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