Comme ça s'écrit…


Dans le bruit du monde

Posted in Admiration,Vittérature par Laurent Gidon sur 20 novembre, 2011

En jetant un coup d’œil aux derniers billets de ce blog, j’ai bien peur de donner l’impression d’avoir sévèrement replongé dans la dépression la plus crasse. Et de ne plus rien écrire d’autre que ces récriminations lassantes contre le monde tel qu’il va. Il m’arrive pourtant de m’extasier sur un matin brumeux givré ou sur le rire d’un de mes fils chatouillé par un chaton, mais je ne l’écris pas ici.
Est-ce ma faute si le bruit du monde me casse les oreilles et me tétanise la plume ?

Objectivement, oui.
Écrire ne correspond pas à un besoin chez moi, mais à une envie. Cette envie (en vie ?) se nourrit de ma vie, un peu comme si je m’essorais l’encre du bain quotidien dans lequel je trempe. Il faut alors que j’isole une ligne mélodique, ou au moins une couleur dans le mélange, pour que l’écriture soit possible : je ne peux pas écrire sur tout à la fois, le tout est trop vaste. Certains jours, le monde est une cacophonie telle que je n’entends plus rien. Les encres du bain se sont brassé en une couleur indistincte qui tire sur le sombre. Ces hurlements m’éclaboussent et je reste hagard, indécis : que puis-je en dire ? Rien, sinon régurgiter les vibrations qui résonnent encore en moi une fois le calme revenu. Et n’en dire rien du tout, si le calme ne revient pas.
Parce qu’il faudrait tout dire, suivre tous les fils (ah zut, une 3ème métaphore) dans une histoire totale aussi dense que la trame du monde. Tâche impossible.
Même en simplifiant, les idées de textes se bousculent, se chevauchent, s’ajoutent au tintamarre et finissent par s’annuler comme des interférences en opposition de phase.
Parfois pourtant une note s’extrait de cet océan mal tissé (yess, voilà mes trois métaphores réunies !). Je l’attrape par la queue, je la montre à mon clavier ; mon clavier me dit : tente-la tranquille, tente-là presto, tu auras un écrito tout chaud !

Mais une note ne s’extrait pas toute seule (sauf catastrophe), et c’est bien à moi de la sélectionner pour pister les quelques sujets que je veux traiter. Objectivement, c’est subjectif, et c’est donc à moi de m’y mettre. Alors je m’y suis remis.

D’abord une nouvelle, Une Éternité personnelle, qui suivra sous vos yeux ébahis la réactivation du dernier homme sur Terre. On verra si c’est drôle ou mélancolique, j’avance doucement.
Ensuite, un roman autofictif qui viendra faire pendant à L’Abri des regards : si mon père n’était pas mort il y a quinze ans, mais allait mourir dans quinze jours, qu’aurions-nous à nous dire ? Pas de titre pour l’instant, et un mode d’écriture – au crayon, dans un cahier – qui me fait changer ma façon d’envisager le texte dans son ensemble (j’y reviendrai, n’hésitez pas à me le rappeler).
Et enfin… rien d’autre.
Trop de projets tue les projets. Aucun n’avance. À chaque accroc, on se jette sur le projet d’à côté au lieu de ravauder celui qui se déchire. Trop facile ! Et puis ce serait reproduire dans mon écriture la cacophonie centripète du monde.
Donc voilà, deux plages de calme dans la tempête du monde.

Pour parler d’autre chose (encore que…), je suis en train de lire le Goncourt de cette année. Quand je l’ai commencé, ce n’était pas encore le Goncourt, mais il l’est devenu, tant mieux.
Je ne veux pas dire par là qu’en 100 pages lues (et parfois pas plus d’une à la fois) je peux juger des 400 autres, mais pour l’instant ce livre me fait plaisir à lire, à son rythme. Pourtant, Télérama l’avait assassiné d’une notule où il n’était question que de lourdeur et d’ennui insondable. Mazette ! Puissé-je m’ennuyer ainsi dans chacune de mes lectures.

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