Comme ça s'écrit…


Wild clavier

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 6 janvier, 2012

L’automne dernier, Télérama et la biennale d’art contemporain de Lyon avaient lancé un concours de nouvelles avec pour seules contraintes le titre (Une terrible beauté est née) et la taille : 2011 caractères tout juste.

Il m’a fallu longtemps pour me décider à écrire un truc, et puis cela s’est déclenché à 24 heures de la deadline, en écoutant la BO de Into the Wild par Eddie Vedder. Je n’ai pas atteint le podium, mais je me suis fait plaisir à écrire vite et à compter les caractères pour ajuster le tir.

Une terrible beauté est née

J’en tombe à la renverse. Eddie Vedder hurle dans le wild, Emile Hirsh amaigri meurt sur l’écran, suivi par la dernière photo connue de Christopher McCandless et tout s’unit en moi dans un éclair de douceur.
Rien qu’un film… mais un visage, une voix, une musique, une histoire et la réalité sauvage qui se précipitent dans un présent unique comme si tous les liens se nouaient là, pour me dire quoi ?
Cela frappe à la porte de ma mélancolie. Frappe à en briser les murs, libérer ce qui doit l’être et ne sait pas encore voler. Oui, c’est ça : Stendhal marchait avec la crainte de tomber en quittant la Santa Croce, alors qu’il m’est offert des ailes. Ce sourire que je déploie, Valérie ne l’a pas vu depuis des années. Elle se demande d’ailleurs si elle ne l’a jamais vu, je le lis dans ses yeux qui hésitent, et puis rient aussi. Sa main agrippe mon bras, peut-être pour me retenir comme un ballon volant. J’ai failli décoller à la poursuite de cette idée fire and forget qui vient de larguer sa secousse sur mes ruines. Il faut rattraper ce bout d’émotion pour tresser à nouveau l’écheveau.
— Alors, tu as aimé ?
— Attends, je cherche…
Je me cherche dans cette impression fugace. Je me cherche dans le monde.
— Tu comprends, c’est comme si tout avait été à sa place. Le vrai et le faux, le faux disant vrai, le trop qui bouche le manque et moi, surtout moi, pour tout accepter. Maintenant, avant, ailleurs, tout est en lien, je suis au centre et c’est magique, tu comprends ?
Elle se marre franchement, accuse un surdosage de médocs, menace mon toubib de procès, mais elle est heureuse parce que mon sourire à tire d’aile l’autorise enfin à rire de ce qui me tuait. Il a suffit d’une vie terminée dans la solitude effarante de l’Alaska, et ravivée devant moi par toute une chaîne improbable de talents et de hasards, pour me rappeler que présent veut aussi dire cadeau. Alors je l’ouvre.
Je vais vivre et la mort attendra, à moins qu’une autre terrible beauté naisse encore en moi pour la chasser toujours plus loin.

Dernier autoportrait de Christopher McCandless - 1992

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5 Réponses to 'Wild clavier'

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  1. LULU said,

    J’adore ce film!

  2. Silk said,

    Un de mes films préférés absolus depuis sa découverte en salle.
    Pour de nombreuses raisons que je ne développerai pas ici, je n’avais pas été ému autant devant une toile depuis le BIRDY de Alan Parker. Et, pour moi, c’est énorme…


    • Ah, Birdy. J’avais bien aimé, mais depuis il m’agace (pas le film, mais le fait que tant de gens le confondent avec Bird d’Eastwood chaque fois que je veux parler de Charlie Parker)

  3. 10:31 said,

    Un livre paru, lu partager
    adolescence
    moi plus tard
    un film sur écran j ai regardé l enfant
    soif de curieusité sur internet nostalgie
    c était la gloire de mon père , la guerre des étoiles , mais plus tard des films d art et d essais et ensuite s en est suivit des regards hypnotiques :
    – qui suis je interrieurement

    ps. C est renversant!


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