Comme ça s'écrit…


L’économie du tas de bûches

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 22 janvier, 2012

Nous chauffons toute la maison avec un poêle dont le design, si vous en croyez mon sens esthétique provincial, confine à l’œuvre d’art. Mais je vous en ai déjà parlé, et ce n’est pas directement le sujet du jour.

Pour nous chauffer, ce poêle brûle du bois. Simple et renouvelable. N’empêche que ce bois, l’hiver venu, il faut l’avoir. Et le gérer pour qu’il dure toute la saison froide.
Savez-vous quel volume de bois nous devrons brûler pour nous chauffer correctement tout cet hiver ? Non ? Eh bien moi non plus. Et c’est tout le sujet.
L’expérience aidant, nous savons qu’en gros une dizaine de stères peut suffire. Mais nous ne savons pas si l’hiver sera exceptionnellement froid, ni quand et combien de temps il sera froid. Car cela change tout. Trois mois avec des températures tout juste négatives ou trois semaines à moins dix, en moyenne c’est pareil. Mais cela tape très différemment dans le tas de bûches. Soit on entretient un petit foyer constant, soit on crame par paniers entiers tout en claquant des dents au matin. Avec en plus la crainte du tas qui baisse.
Alors il faut économiser.

On commence à allumer régulièrement dès fin octobre. Juste une grosse flambée le soir, pour tenir en respect l’ogre de la nuit. Pas trop, pour pas faire baisser le tas avant les vrais froids. Il y a deux moments clé où l’on prend conscience que le tas baisse : au tout début, lorsque chaque bûche de moins fait une dent creuse, et à la toute fin, lorsqu’on peut compter celles qui restent. Mi-novembre, le poêle commence à tourner matin et soir, en deux gros feux quotidiens qui chargent la masse d’accumulation et maintiennent la température autour de 18°. Et puis viennent les semaines de froid sec en janvier, où l’on jongle entre poêle et soleil pour profiter de tout ce qui chauffe. Ça brûle toute la journée, avec plus ou moins de charge et de tirage.
Nous avons déjà passé la moitié du bois. Il nous reste encore tout février, souvent glacial, puis mars, froid et humide, avril parfois, qui regèle… La bonne gestion recommande l’économie, l’usage de sources annexes (cagettes, palettes, récupérations diverses) pour être sûr de tenir. On accepte d’avoir un peu froid toute en se disant que si l’hiver dure moins longtemps on se retrouvera avec un excès de bois et la tentation de cramer sans compter.

C’est tout le problème de l’économie du tas de bûches. Au début, on en a beaucoup et peu besoin, mais on se retient de l’utiliser par peur de gaspiller et de manquer plus tard. Au milieu, on en a un besoin énorme et heureusement il en reste, mais on ne sait pas s’il en restera assez, alors on se retient. Vers la fin, tout ce qui reste est presque de trop. On voudrait se faire plaisir à flamber, mais ça ne sert plus à rien.
Chaque année ça recommence.
Et chaque année je me demande si on ne gère pas nos vies comme un tas de bûches. À toujours croire qu’on va manquer. À toujours craindre de tomber en panne plus tard. À ne pas profiter à temps, et puis c’est trop tard.

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3 Réponses to 'L’économie du tas de bûches'

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  1. Oph said,

    Et pas un commentaire là-dessus ?

    En tant que salariée, je fais un peu pareil avec mes congés : je gère à l’économie en prévision des pépins (par exemple, aujourd’hui, où j’ai rebroussé chemin juste devant le bureau parce que l’école venait de m’appeler pour récupérer mon fils zombifié, c’était un pépin mange-RTT), jusqu’à la fin de l’exercice où, fatalement, je ne peux pas prendre tout ce qui me reste.
    Sauf que la vie, contrairement à l’entreprise, ne propose pas de compte épargne temps.


    • Et ton fils va mieux ?

      • Oph said,

        Difficile à dire. Toute la journée, il a été normal, pas de fièvre, disparition rapide du mal de ventre initialement invoqué et oubli total du « je me suis fait mal au bras au tae kwon do ». Et puis ce soir, au moment du coucher, 39°C.
        (3615 JERACONTEMAVIE)


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