Comme ça s'écrit…


À l’article

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 26 février, 2012

Il reste quelques taches de neige dans les coins d’ombre du jardin. Le reste a fondu bouillasse. On dirait que l’hiver tire à sa fin : pas besoin d’allumer le poêle en journée, le soleil cogne aux fenêtres. Cela fait maintenant plus de quatre semaines qu’il n’a ni plu ni neigé, à part un bref épisode bruineux dimanche dernier. Partout, les panneaux lumineux proclament le sacro-saint pic de pollution et exige une réduction de vitesse.
Réduire la vitesse. Ne plus s’obséder du mouvement. Et si un panneau pouvait avoir raison? Raison contre les politiques, les économistes et les entrepreneurs ?
En skiant la semaine dernière, je voyais la couleur jaunasse qui entachait la neige sur les flanc du Mont-Blanc : plus je m’en éloignais, et plus le jaune s’assombrissait. Pollution aussi visible que piquante. L’air empoissé au-dessus de Courmayeur criait la trace des voitures et des camions permanents dans l’entonnoir du tunnel. La vallée suffoque. Rien n’arrête le trafic. Il faut tenir l’horaire, lancer le diesel au maximum de ses chevaux pour remonter la rampe jusqu’à l’entrée du gouffre horizontal, puis percer la montagne sur douze kilomètres avant de redescendre de l’autre côté, encrasser une autre vallée. Je l’ai fait, comme les autres. Content.
Le moteur est synonyme de liberté. En démarrant chaque jour il répète la preuve que nous sommes libres, que rien ne nous retient ancré au sol, que nous pouvons avoir une maison ici mais aller là, ailleurs, partout, sans entrave, pour travailler surtout, mais aussi en croyant nous détendre, toujours en exerçant ce droit inaliénable à rouler en voiture.
Cette liberté, nous sommes prêts à la défendre en rugissant. Un peu comme la liberté du fumeur, évoquée dans l’incroyable Golden Holocaust de Robert Proctor. Un mythe entretenu par ceux-là même qui nous fournissent notre came d’esclavage quotidien et qui savent bien que nous avons la foi : au commencement était le moteur, et le moteur était dieu.
Le moteur est grand, le constructeur automobile est son prophète. Pas besoin de prosélytisme, nous sommes tous convaincus. À l’article de la mort par suffocation, nous rions de plaisir en appuyant sur le champignon. Vivement le prochain salon de l’auto !

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17 Réponses to 'À l’article'

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  1. Personnellement, j’ai trouvé une solution à tout cela : aller au boulot (de merde) en vélo. Ca ne va pas révolutionner le monde, mais ça donne quand même une autre vision des choses.

    A.C.


    • C’est déjà une démarche personnelle importante, mais je me pose la question de la promesse de liberté : on nous vend une liberté de déplacement, qui implique que la société entière soit inféodée à cette « liberté » par le biais conjoint de la production automobile et pétrolière. Et nous avons tous envie de cette « liberté », que ce soit en pratique au quotidien, ou simplement comme idée générale : aucun endroit du monde ne doit nous être inaccessible, et rien ne doit nous empêcher de nous déplacer au plus vite, partout. Même si nous n’utilisons pas ce droit inaliénable, il fait partie de notre conception du monde moderne.


      • Tu sais, je vis mon travail (alimentaire) comme une aliénation. Je ne suis pas libre car j’ai signé un contrat avec mon patron qui me lie à lui et à son usine, un engagement avec mon banquier à qui je dois rendre tant par mois… A ce niveau-là, mes choix sont assez limités (même si c’est très dur parfois, je veux pouvoir permettre à mes enfants de faire de la musique, du théâtre, etc.). A contrario, il y a des choses qu’on nous vend comme des vecteurs de liberté, et qui n’en sont pas. La voiture, les voyages en avion et les téléphones portables en font partie. J’ai réduit de moitié mes déplacements en voiture, ne prends jamais l’avion, et fais partie de ces irréductibles sans portable. Ce sont des choix qui sont encore possibles. C’est, à mon sens, les dernières libertés qui nous restent. Peut-être suis-je en train de me gourer, mais je tiens à ces choix.

        A.C.

  2. katerinad3316 said,

    les habitants de la vallée de Cluses sont dans la pollution depuis le début de l’hiver; que dire, quand le travail se trouve à Genève puisque la délocalisation des usines de décolletage de la vallée a laissé des ouvriers sur le carreau! est-ce cela le progrès?


    • Le pire, c’est que malgré – ou grâce à – ces dysfonctionnements ponctuels dont des gens bien réels souffrent, le système fonctionne de mieux en mieux selon ses propres critères. Plus d’efficacité, plus de productivité, plus de fluidité, c’est le progrès ! Un progrès qui ne sers à rien, sinon tracer de belles courbes de croissance globale.


      • La croissance se fait très souvent aux dépends des êtres humains.

        A.C.

  3. Silk said,

    J’aime beaucoup le vélo et les chevaux, mais pour rendre visite en famille à la famille résidant à l’autre bout du pays, c’est peu pratique, surtout quand on a que 10 jours de congés…

    Qu’un moteur pollue ou pas, ça ne doit pas changer grand chose pour les constructeurs automobiles.
    En revanche, ça change énormément de choses pour les compagnies pétrolières, leurs actionnaires et leurs lobbyistes…
    Tout comme le nucléaire est conservé « parce qu’il est le plus rentable » et que « rien ne peut vraiment le remplacer » pour nos besoins électriques quotidiens, les hydrocarbures demeurent la source principale de notre « liberté de déplacement » parce que les recherches pour de vraies solutions alternatives à tout ça sont bloquées de multiples façons depuis des décennies.
    Dans les années 70 étaient promises pour « avant l’an 2000 » des voitures électriques solaires. En 2012, où sont-elles ? Sûrement bien rangés au fin fond d’un hangar sous haute surveillance.
    Et seulement sous forme de dossiers…?


    • En fait, chacun trace la ligne entre ce qu’il trouve indispensable et ce dont il peut se passer (de façon héroïque, à n’en pas douter). Pour toi, c’est l’éloignement de la famille qui justifie le déplacement, pour moi c’est juste d’aller faire du ski (la honte).
      Tant que nous n’aurons pas vraiment accepté de changer notre façon de voir et de faire pour nous-mêmes, les solutions alternatives resteront dans les hangars ou dans les archives des brevets.

  4. Paule said,

    Pas de panique ! La voiture électrique solaire, c’est pour très bientôt…..


    • Et la téléportation, Scotty ?

      • Silk said,

        Depuis que j’ai vu le STAR TREK de Robert Wise et sa scène de téléportation ratée, et sans même parler des deux versions de LA MOUCHE (Brrrr….), Je me dis que je saurai me contenter de la voiture solaire. Et, à la rigueur, de la DeLorean version 2.0 ! 😉

    • Silk said,

      On l’attend depuis au moins 40 ans, on peut bien patienter encore un petit peu… 😉

  5. Paule said,

    ça se fabrique chez moi, dans ma petite ville que j’habite…
    http://www.roulonspourlavenir.com/emission_de_solution.php?id_vid=251

    Reste plus qu’à l’adapter au solaire.

    • Paule said,

      Et sur le même site :
      http://www.roulonspourlavenir.com/emission_de_solution.php?id_vid=153

      Ces gens-là finiront bien par se rencontrer…

      • Silk said,

        Très ntéressant !
        Les deux vidéos laissent beaucoup de questions en plan (Combien de temps pour recharger par induction, et quelle puissance nécessaire, par exemple) mais les principes sont intéressants.


      • Et vous croyez ce que vous voyez dans les pubs ?!!!

        Je fais le vilain juste pour le fun, alors que je crois très fort au parking solaire – ou éolien d’ailleurs, suivant les sites. Ce sera d’autant plus efficace que se développera la voiture partageable.
        Mais sommes-nous prêts à abandonner notre titre de propriété inaliénable sur nos 5 m2 d’auto ?

      • Silk said,

        Dans l’absolu, je me fous du titre de propriété : pour moi, une voiture n’est qu’un outil évolué servant à se déplacer.
        Mais, comme pour tout outil, j’aime, avant de m’en servir, être sûr qu’il fonctionne bien parce qu’il a été convenablement entretenu et utilisé.
        Mais quand on voit l’état des caddies de supermarché ou celui de beaucoup de Vélos Bleu (ou Vélib’ ou peu importe leurs noms selon les villes…) : il y a encore de la marge avant que les voitures deviennent des outils aisément « partageables » par tous.
        Et je ne parle même pas de la mentalité des couples où chacun a la sienne mais où se prêter la voiture tient du Monde Imaginaire !
        Mouaip’… C’est pas gagner !
        Et pourtant, je souhaite depuis longtemps un développement du solaire bien plus étendu à de nombreux secteurs.


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