Comme ça s'écrit…


Grands

Posted in Admiration,Vittérature par Laurent Gidon sur 13 juillet, 2012

Tous les jours, je regarde mon fils devenir. C’est une erreur.
Nous avons commencé à la commettre avant même qu’il soit né. On dit « attendre un enfant », alors qu’on attend juste sa naissance : lui est déjà bien là. Mais le pli est pris. La suite n’est qu’une longue attente de quelqu’un qu’on a sous les yeux mais qu’on ne voit qu’au futur.
Je m’aperçois que, depuis treize ans maintenant, j’attends qu’il devienne… au lieu de voir ce qu’il est.
Si je cherche une excuse, c’est peut-être dans notre ressemblance troublante que je peux la trouver. En mélangeant ses photos d’enfance et les miennes, difficile de retrouver qui est qui, ni même d’être sûr qu’il s’agit bien de deux personnes différentes avec plus de trente ans d’écart.
Heureusement, le chamboulement de l’adolescence balaie cette excuse. Il change et devient autre chose que moi. C’est idiot, je le sais depuis longtemps, mais là je le vois.
Il a sa tête, sa coiffure, ses expressions, son humour bien à lui.
Et surtout, il me regarde un peu avec un air de me demander : qui t’es, toi ?
Comme je n’ai pas la réponse, je m’intéresse à lui. Au présent. Et j’aime ça.

J’ai un deuxième fils, je ne l’oublie pas. Il court derrière son grand frère (sur la photo du billet précédent, par exemple) sans mettre les pieds dans les mêmes traces. Nous l’avons pourtant attendu comme le premier, nous l’avons aussi projeté dans le futur, mais la donne avait changé.
Lorsqu’il est arrivé, j’étais déjà un papa, j’assumais ma différence de statut. Il ne m’a jamais ressemblé, n’a pas eu les mêmes maladies que moi (le premier, si), a été immédiatement un être à part, lui-même. Pas de confusion possible, cela s’est tout de suite imposé comme une évidence. Je le regarde être au présent, souvent sans bien le comprendre. Heureusement, lui comprend tout.
Il complète parfaitement le tableau.

Mon épouse et moi nous demandons parfois comment les choses auraient tourné si nous avions eu une fille. La question ne se pose plus. Passé 9 milliards, un de plus c’est sans doute un de trop.

****************************

Je n’aime pas trop donner mon avis sur les livres que je lis. En revanche, je peux les mentionner. En ce moment, je lis Rêves de Gloire de Roland C. Wagner, No et moi de Delphine de Vigan et Le pouvoir du moment présent de Eckhart Tolle.

8 Réponses to 'Grands'

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  1. Oph said,

    Je pense en effet que la forte ressemblance joue beaucoup dans cette tendance à projeter au lieu de s’intéresser au présent.
    Je prends mes enfants au jour le jour, tant bien que mal (heureusement que le grand part en vacances demain, ça me reposera les nerfs), sans chercher à voir la graine d’adulte en eux. La question de leur futur se pose régulièrement et c’est normal, mais je les vis vraiment au présent. Le fait est que mon fils n’a pas la tête de son père, et que ma fille ne me ressemble pas du tout.

    Mais le temps est farceur.

    Pour l’anecdote, j’ai ressemblé à ma mère comme deux gouttes d’eau… mais seulement pendant une poignée d’années, aux alentours des vingt ans.
    Quant à ma fille, quand mon beau-père a retrouvé un paquet de vieilles photos, nous avons découvert avec stupéfaction qu’elle avait été une copie conforme de son papa vers l’âge de deux ans. Là, elle s’éloigne du modèle. Ça vaut mieux.


    • « La question de leur futur se pose régulièrement et c’est normal » : oh, oui ! J’ai même un peu l’impression que la façon dont on envisage l’éducation est entièrement tournée vers ce futur : on ne leur donne pas l’opportunité d’être ce qu’ils sont, mais on leur apprend à devenir ce que l’on voudrait qu’ils soient plus tard.

      • Oph said,

        Le « ce qu’on voudrait qu’ils soient » n’est-il pas très largement conditionné par le « ce qu’on sait, ou au moins pense, qu’ils sont aujourd’hui » ?
        En tout cas, si on me demande « ton fils, dans quinze ans, tu le vois où et comment ? », je n’ai pas de réponse. Le blanc total. Je ne peux pas le projeter comme je projetterais un personnage de fiction. Il est réel, lui, et suit son propre chemin.

        Restent des espoirs : qu’il soit respectueux de lui-même et d’autrui, assez sûr de lui pour faire ses propres choix mais capable de se remettre en question s’il le faut… S’il est tout cela, alors il sera un homme, mon fils. Le reste, c’est sa vie.


      • « qu’il soit respectueux de lui-même et d’autrui, assez sûr de lui pour faire ses propres choix mais capable de se remettre en question s’il le faut… » c’est ce que je voulais dire. Mais si ton fils se construit un destin de salaud, tu n’y pourras rien.

  2. Jane Kerouac said,

    bon, désolée, je suis une blogueuse qui donne uniquement ses avis de livres et films..🙂
    Mais je me suis retrouvée dans votre texte, ayant un fils de 14 et demi. L’année dernière fut très difficile entre nous, et j’ai tout recadré, le regard du présent (obligée de recadrer vers le haut, il fait déjà 1m86).
    Pour ma part, je retrouve aussi son père en lui, mais nous sommes séparés depuis plus de dix ans🙂
    Je n’ai pas de deuxième enfant..
    Histoire différente mais une grande similitude : l’amour de nos enfants qui nous pousse à vouloir bien faire.
    Bon week end

    Ps : No et Moi, superbe, je l’ai travaillé en cours avec mes ados, film à l’appui aussi. Lisez le dernier « Rien ne s’oppose à la nuit »..


    • Joli nom (ou pseudo) Jane. Merci d’avoir évoqué la similitude de nos expériences. Si partager un peu plus vous intéresse, n’hésitez pas à feuilleter L’Abri des Regards ici.

      J’ai lu Rien ne s’oppose à la nuit, et c’est ce livre qui m’a donné envie de poursuivre un bout de chemin avec Delphine de Vigan.
      Si je me retiens de donner mon avis sur les livres, c’est qu’ils sont souvent écrits par des auteurs amis. Et puis en tant qu’écriveur moi-même cet avis paraîtrait biaisé, non ?

  3. Jane Kerouac said,

    Pseudo of course ! Kerouac et moi, c’est une histoire d’amour filial🙂
    Je suis confuse, je ne vous connais pas encore beaucoup, j’ai suivi un lien de chez Koryganne.
    Je vous lirais, au gré de mes solitudes virtuelles🙂
    d’aliieurs, je vous mets en lien chez moi !:)


    • Merci pour le lien… même si je suis habitué à une certaine confidentialité. Amitiés à Koryganne.


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