Comme ça s'écrit…


2013… sans faute !

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 31 décembre, 2012

Chaque année, je tapote une micro-nouvelle pour fêter l’an nouveau et je l’adresse à mes proches, alors qu’ici je vous gratifie de celle d’il y a deux ans. Vous pouvez vérifier.

Le texte pour 2013 résonne avec le projet mis en chantier l’an dernier et abouti grâce à neuf auteurs de talent, et à l’aide de Jérôme Vincent chez ActuSF. Il s’agissait d’une anthologie de textes d’un imaginaire non-conflictuel. SF, Fantastique, Fantasy, ce que chaque auteur voulait, mais sans utiliser les techniques du thriller pour happer le lecteur. Ils ont réussi. L’anthologie s’appelle Contrepoint, et elle a été plutôt bien reçue.

Saurons-nous, tous, faire aussi bien que Sylvie Lainé, Charlotte Bousquet, Stéphane Beauverger, Xavier Bruce, David Bry, Lionel Davoust, Thomas Day, Laurent Queyssi et Thimothée Rey ? Saurons-nous écrire 2013 sans faute, sans conflit, sans menace et sans compétition ?

Bien sûr !

En attendant, voici ce que je souhaitais pour 2011 :

L’an nouveau, pas à pas

Il marche dans tout ce blanc depuis si longtemps qu’il ne sais plus si c’est de la neige ou du sable. Peu importe, ses pas y laissent leur empreinte, preuve qu’il avance. Où il va ? Il ne sait pas, ou il ne sait plus. Cela l’inquiète parfois un peu. Un peu plus depuis que la fatigue l’oblige à penser à la fin. C’est certain, il va finir par tomber d’épuisement. Au milieu de tout ce rien. Il ne sait ni où ni quand, alors il aimerait au moins savoir pourquoi. Aura-t-il atteint son but avant d’être terrassé ?
Pas facile à dire, s’il ne sait même vers quoi il avance…
Il se pose trop de questions, ce n’est pas bon. Chaque fois qu’il met un pied devant l’autre, il se demande s’il a raison, s’il a au moins une raison. Il lui faudrait un but. Même s’il ne le voit pas, se dire qu’il va là. Être sûr d’être dans la bonne direction. Savoir qu’il a fait du chemin et réduit la distance avant de s’arrêter. Mais, aucune certitude. Chaque pied est plus lourd à déplacer que le précédent. Pesant d’indécision. Et ça l’épuise.
Plusieurs fois déjà, il s’est arrêté pour se retourner. Il aime voir ses traces : elles montrent le chemin parcouru, c’est rassurant. Elles forment une belle ligne dans tout ce blanc. Une ligne à suivre ? C’est vrai que c’est tentant. Au moins il aurait une idée d’où il va. Et puis, revenir c’est toujours avancer… dans l’autre sens. Il essaye.
C’est bien, il aime ça. Il n’a qu’à remettre les pieds dans ses pas d’avant. C’est facile. Le blanc autour ne le gêne plus : il regarde ses empreintes, ça lui suffit, le reste n’existe pas.
C’est confortable, ça le libère et il en profite pour être précis.
Se concentrer sur le geste. Bien se poser sur chaque marque de semelle. Ne pas déborder dans l’inconnu. Il est déjà passé par là, il peut le refaire, facilement, en confiance. Quel soulagement !
Ça ne dure pas. Il n’a rien senti, mais un coup de vent a dû passer, parti de loin devant. Ses traces sont de moins en moins profondes. Elles ont été soufflées. Leurs bords se diluent dans le blanc. Il n’y aura bientôt plus le moindre repère. Il ralentit, pour en profiter le plus longtemps possible. Peine perdue. Il est rattrapé par le blanc. Plus de ligne à suivre. Pas de raison de faire un pas de plus. Perdu.
Il a failli bêtement s’effondrer de désespoir… quel idiot !
Alors qu’il lui suffit de repartir dans l’autre sens. Il rit, autant de sa peur que de la solution. Et il repart en avant.
Des traces toutes fraîches, bien marquées, facile à suivre.
Il est déjà passé deux fois sur ce trajet. Terrain connu, le vent qui effacera ses repères n’est pas encore levé.
C’est plein d’un courage renouvelé qu’il avance, toisant fièrement le blanc.
Cela ne l’effraye plus. Rien ne peut lui faire peur. Il adore cette impression de ne plus avoir de limite. L’idée même de la fatigue a disparu. Rien ne peut l’arrêter.
Sauf sa dernière trace.
Il a déjà remonté toute la piste. Il allait si vite qu’il n’a pas senti le vent. L’air suivait son mouvement. Il recouvrait son chemin à mesure qu’il avançait.
Derrière, devant, du blanc. Partout du blanc.
Il regarde ses pieds, enfoncés dans le rien. Figés. Aucune raison de les bouger. Pour aller se perdre où ? Dans encore plus de blanc ?
Il se sent faible. Le vent, jusque là caressant, le pousse plus fort, jusqu’à en perdre l’équilibre. Un réflexe lui fait placer un pied sous sa chute. Libérant une empreinte. Il la regarde avec ravissement.
Il n’y avait rien, et grâce à lui il y a quelque chose. Un reste de lui. Il suffit de recommencer. Une nouvelle empreinte, superbe. Le vent efface déjà la précédente, mais il sait maintenant quoi faire. Un pas de plus, une trace créée.
Vite recouverte, mais aussi vite remplacée par un nouveau pas.
Et puis un autre, et un autre encore, chacun justifié par sa fugacité. C’est suffisant, et si facile.
Il ne sait même pas s’il a fini par sortir du blanc, pas à pas.
Ce n’est plus la question.

————

A l’année prochaine

L’anthologie n’est pas en vente : cadeau pour deux achats chez ActuSF

2 Réponses to '2013… sans faute !'

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  1. BALDASSARI said,

    Comme je garde précieusement chacune de ces nouvelles qui marque le déut de l’année nouvelle, j’attends avec impatience la prochaine… afin d’en profiter et de la transmettre à mes enfants et petits enfants. Merci d’avance Petit Laurent, bises de marraine


    • Merci Marraine. Les histoires de cette année partent dès notre retour de Normandie. Bises aussi.


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