Comme ça s'écrit…


Jack in the box

Posted in Admiration par Laurent Gidon sur 30 mai, 2013
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Jack Vance, autour de 1946

Un jour, je me suis agenouillé publiquement devant Pierre Bottero – sur demande de mon fils – pour le remercier du plaisir qu’il lui avait donné grâce à ses livres. Quelques mois plus tard, Pierre mourait.
J’aurais dû faire pareil devant Jack Vance. Hélas. Maintenant, il est trop tard pour lui exprimer le bonheur que j’ai éprouvé à le lire. Trop tard pour tailler une bavette avec lui, sur n’importe quel sujet, même la météo.

C’est bizarre, la mort. Ça vous incite à des retours en arrière qui ouvrent des gouffres dans la mémoire. Je ne me souviens pas du premier livre de Jack Vance que j’ai lu. Il a dû me plaire, parce que j’en ai lu d’autres, beaucoup d’autres, et souvent plusieurs fois. Si, ça me revient : Un Monde d’azur, dans l’édition Ailleurs et Demain, pris à la bibliothèque d’Annecy. Mais je ne l’ai pas lu comme un « Vance », pas encore. Il m’a fallu plusieurs de ses autres romans pour commencer à repérer les couleurs et les reliefs d’un monde qui n’appartient qu’à lui. Lire du Vance est une démarche constructive de lecteur parallèle à la démarche de l’auteur. Elle appartient à chacun.

C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais offert ni conseillé un livre de Jack. Longtemps, j’avais toujours un ou deux exemplaires de Dune ou de 2001, pour les donner à ceux qui me disaient ne pas aimer la SF et dont l’éducation du goût m’importait. Herbert et Clark, cela s’offre, pas Vance. C’est trop personnel.
Vance, cela se garde comme un trésor caché, comme une histoire entre lui et soi, avec ses hauts et ses bas, ces petits livres qui font murmurer en secouant la tête « Non, là, Jack, tu te fous de moi ! » sans pour autant ternir la relation. On entre dedans comme on explore un pays où tout est à la fois proche et étranger. On écarquille, on se remplit, parfois on recrache un peu, quand c’est trop épicé ou pas assez. Mais on ne peut pas tracer soi-même les limites du pays Vance. Seul Jack le pouvait, et il me semble qu’il a sereinement négligé de le faire.

Juste une observation, encore. Le tour de force du Seigneur des Anneaux m’a vite lassé, alors que la trilogie Lyonesse m’a embarqué pieds et poings liés au-delà de tous ce que j’aurais pu imaginer. Le test est simple : entre une histoire écrite dès le début – on sait qu’il faut jeter ce foutu anneau dans ce foutu trou et que ça va prendre 3 tomes – et une qui s’invente à chaque page, laquelle vous tiendra en haleine ? Pas de doute pour moi, la Fantasy c’est Vance.
Et une dernière question : Jack, 3 tomes de Lyonesse ? Seulement ?
OK, merci quand même. Pour tout.

Les esprits curieux n’auront pas manqué de repérer une petite parenté entre un certain Djeeb et les héros vanciens. Mais aurez-vous remarqué un hommage à ce que j’appelle les « dialogues hors phase » du maître, à la page 162 de Djeeb le Chanceur ?

2 Réponses to 'Jack in the box'

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  1. We hope the dying of Mr. Jack V. is not unbearable for his best freinds and family. Please all of us, lets not forget about this excellent writer.


    • Death is part of life, and Jack Vance’s life was quite extraordinary, as was his writting. He just arrived at the end of this book, and perhaps allready starts a new one somewhere else…


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