Comme ça s'écrit…


Après le silence

Posted in Admiration,Vittérature par Laurent Gidon sur 25 septembre, 2013

Le tintamarre ambiant est plus qu’effrayant : sidérant. Il se dit tout et son contraire, l’un et l’autre argumentés à vomir, de façon à ce qu’il ne soit plus possible de se référer aux faits ou à leur analyse pour se positionner. Alors, soit on agit par réflexe en laissant parler son idéologie propre, soit on se replie et se tait, sidéré. C’est ce qui m’est un peu arrivé cet été.
Cet afflux d’informations contradictoires n’est pas une douche tombée du ciel. Il y a des robinets, que l’on peut couper. J’ai notamment fermé celui de ce blog, n’ayant rien à ajouter au concert planétaire.
Ce matin, j’ai croisé un lien renvoyant sur une interview de Thomas Day, auteur dont j’ai déjà apprécié quelques nouvelles, publié un texte dans Contrepoint, et croisé de loin à Épinal. Ce qu’il dit résonne assez juste, que ce soit sur l’état de la planète :

On pourrait répondre « rien de cela me concerne ; Fukushima c’est loin, je roule avec une voiture équipée d’un pot catalytique, j’ai bien changé toutes les ampoules de la maison, etc »… Mais en fait chacun de ces trucs nous concerne. Nous tous. Le plus petit dénominateur commun ? C’est notre appartenance à l’espèce humaine et le fait qu’aujourd’hui l’espèce humaine n’existe que sur Terre.

ou sur l’acte d’écrire en vu d’être publié :

J’ai toujours considéré qu’écrire (pour être publié) était un acte politique, dans le sens « un acte qui prend sa place dans la vie de la cité ». Si ce n’est pas le cas, pourquoi publier, pourquoi infliger aux autres ses embryons de pensée, toutes ces déjections esthétiques ?

Que faire, alors ? Je me le demande, je cherche, je tente de travailler dans mon coin à ce qui peut avoir un peu d’importance, au moins pour moi, avant même de le proposer à quiconque, ainsi que je l’exprimais voici déjà un an dans une interview pour Géante Rouge, que le blog de la revue vient de mettre gratuitement en ligne ici.

Le prochain Géante Rouge proposera d’ailleurs une de mes nouvelles, un vieux texte inédit que j’ai retravaillé pour l’occasion et qui, étonnamment, posait déjà un peu les bases non conflictuelles explorées dans Contrepoint six ans plus tard.

Et la vie dans tout ça ? J’avais 8 ans lors du premier choc pétrolier. J’ai vécu toute ma vie consciente sous le poids du mots crise. Pendant tout ce temps, j’ai vu et entendu le monde proposer et mettre en œuvre toutes sortes de solutions à cette crise permanente, et j’ai pu constater leurs effets : aucun.
Avec un peu de recul… disons une bonne quarantaine d’années, je constate également que ces solutions avaient toutes pour objectif de maintenir le mode de fonctionnement qui, partout, avait conduit à cette crise perpétuelle. On appliquait avec diligence, enthousiasme, dévotion même, le célèbre principe Shadok : ce n’est qu’en essayant continuellement que l’on finit par réussir, donc plus ça rate, plus on a de chances que ça marche.

Le docu vu hier soir sur Arte semble montrer que malgré les résistances les plus fortes du vieux monde, une  approche différente est en train de prendre racine jusque dans les allées du pouvoir. La politique n’est pas aux mains des seuls ambitieux accrochés de toute force au pouvoir. Même sans se sentir responsable ou compétent, chacun peut garder une certaine forme d’espoir et changer, sinon le monde, au moins son point de vue et sa place dans ce monde. Garder le silence ne veut pas dire approuver.

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Cet été, j’ai eu le plaisir de lire Un Verger au Pakistan de Peter Hobbs, Ravel de Jean Echenoz et Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard, chacun en moins de 150 pages valant toutes les 500 pages boursoufflées et inutiles de Un avion sans elle de Michel Bussi, malgré les commentaires énamourés de La Griffe Noire. Quitte à lire du gros, autant qu’il y ait un peu de talent dedans, comme par exemple Le Polygame solitaire de Brady Udall et ses 750 pages nécessaires.

En ce moment, je me partage entre Tous mes vœux de Anne Weber et Les Poissons ne ferment pas les yeux de Erri de Luca. Après ? Je ne sais pas.

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