Comme ça s'écrit…


Faire société

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 10 mai, 2014

En milieu naturel je n’aurais pas survécu.
Déjà, je suis né mort et il a fallu me ranimer. À la suite de quoi j’ai un peu cumulé : asthme, coliques, diarrhées, dents pourrissant jusqu’à la racine, appendicite dégénérant en péritonite, dépression, accidents divers.
Si je m’en suis tiré, ce n’est pas grâce à ma volonté, ni même seulement une question de chance : je le dois à notre société. Elle m’a ranimé, soigné, protégé, entretenu autant que je m’entretenais moi-même.
Notre société ne m’a peut-être pas toujours encouragé, mais elle m’a permis de continuer jusqu’à aujourd’hui et encore plein de demains. Je lui en suis reconnaissant.
Cette gratitude n’est pas un vain mot. Chaque fois que j’ai envie de critiquer les dysfonctionnements de notre civilisation, je me rappelle ce que je lui dois aussi. Certes, dans de nombreux domaines et depuis très longtemps nous nous y prenons mal, nous souffrons et faisons souffrir, parfois aussi nous allons dans le mur. Mais sans la société de mes frères humains, je n’irais nulle part. Je ne serais même pas là.
Voilà ce qui me soutient quand je pense que nous exagérons. Quand le nombre me pèse. Quand la masse des exactions semble vouloir cacher l’espoir. Gratitude et compassion. Sans cela, toute analyse critique tourne à l’amertume revancharde dont ne sont jamais loin l’affliction, le dégoût et la haine de soi à travers celle de l’autre.
Je crois qu’il ne s’agit pas là de morale ou de bien-pensance, mais plutôt d’une juste économie des sentiments. Cette gestion émotionnelle n’empêche pas les colères, les peurs et les hontes, mais elle les calme pour les remettre à leur place : de simples signaux attirant notre attention là où une prise de conscience pourra être utile. Une fois le signal pris en compte, on décide et agit mieux s’il cesse de nous corner aux oreilles.
Merci donc à vous tous qui faites société avec moi. Je veille à vous le rendre. Et nous allons continuer ensemble.

———-

Profitant d’un surf trip, j’ai lu le tome 1 de Perdido Street Station, de China Miéville. L’auteur ayant tenté de transformer le décor de son histoire en cloaque d’immondices, une moue de dégoût ne m’a pas quitté malgré une histoire et surtout une approche des différentes races que j’ai trouvées intéressantes. Le second tome attendra, 1 – que je me sois rétamé les boyaux ; 2 – que j’en aie fini avec Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey, Le Chardonneret de Donna Tart et Wonderful de David Calvo (c’est les vacances, j’ai droit à autant de livres que je veux).

7 Réponses to 'Faire société'

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  1. « Perdido Street Station » reste l’une de mes meilleurs expériences de lecture. Je l’ai lu durant de merveilleuses vacances (justement !) près de Carcassonne et je n’arrivais pas à le lâcher. Comme on était en tente, j’allais, tard le soir, sous la lumière des réverbères du camping afin de prolonger au maximum mon plaisir de lecture. « Wonderful », en revanche… Mais bon, on est tous des lecteurs différents…

    A.C.


    • C’est ça : nous sommes des lecteurs différents. d’autant que je n’ai pas trouvé Perdido mauvais, mais un peu chargé dans le suintant et le sordide. Un choix d’auteur qui s’est ressenti jusque dans mes tripes. J’ai donc sauté beaucoup de descriptions…


      • Alors que je m’en suis délecté. Bon, j’avoue que, arrivé à la fin du deuxième tome, il y avait quand même un petit côté too much ! C’est une écriture baroque…

        A.C.


  2. Comme d’habitude mon « cher petit Laurent », j’aime ce que mes yeux peuvent lire de tes mots et phrases dans lesquels je retrouve la conscience profonde de l’individu mais aussi, l’âme compatissante envers elle-même de celui qui la porte.
    Puisses-tu transmettre cette forme de réflexion à tes enfants.. je te rassure, ils absorbent très vite et très bien, l’exemple de leurs parents, quel que soit celui-ci d’ailleurs,
    Bisous
    Marraine

  3. Estelle said,

    Bonjour Laurent
    la sérendipité m’amène chez vous cet après-midi.
    Il n’y a pas de hasard.
    Merci pour cette réflexitude🙂


    • Merci à vous. Je me demande quelle invention géniale ou découverte majeure naîtra de cette rencontre… Ou peut-être juste une belle journée de plus.


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