Comme ça s'écrit…


Chambéry festival (magie avec truc)

Posted in Admiration,Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 31 mai, 2015
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Il y a près de chez moi une petite ville – bon, une ville moyenne – qui a trouvé la formule magique de l’événement littéraire réussi.
J’en sors, je peux vous donner la martingale, car dans chaque tour de magie réussi il y a un truc, mais la vraie magie commence quand tout le monde y arrive.

D’abord, c’est un festival qui fonctionne avec, par et pour des lecteurs. Pas des acheteurs de livres, comme la plupart des salons alibi librairies, mais de vrais lecteurs : des vrais gens qui ont tous lu le vrai livre des auteurs invités. Comment se fait-ce ? Patience.
Ensuite, c’est un festival qui réunit des auteurs ayant un vrai point commun : ici, il s’agit de leur premier roman. Cela pourrait être autre chose. Ce n’est pas important en soi, mais ça l’est pour les lecteurs.
Car les lecteurs sélectionnent les auteurs invités. Les lecteurs. Pas les libraires ou les éditeurs. En fait, voilà le vrai point commun entre tous les invités : avoir été lu et apprécié par les lecteurs.
Le mot clé est sélection : on n’invite pas la clique habituelle des grands auteurs à la mode pour servir de locomotive aux écrivains régionaux, non. Ici, on ne fait venir qu’un nombre restreint d’auteurs, tous vraiment attendus.
Et il n’y a plus de compétition, de grand prix ni de mention, de proclamation des résultats : les auteurs sélectionnés ont tous le Prix du Premier Roman, tous lauréats, on peut se détendre et passer aux vraies relations.
Enfin, c’est un festival qui néglige l’actualité pour s’intéresser aux livres de l’an passé. Cela peut paraître idiot dans une époque où l’on court après le scoop, mais ça ne l’est pas, loin de là. Je dirais même que ça change tout. Vous verrez.

Le principe, donc : pendant un an, on propose aux lecteurs volontaires tous les premiers romans qui sortent.
Les lecteurs en parlent entre eux ou décident seuls, mais établissent une liste de 15 auteurs.
L’année suivante, les 15 auteurs les plus cités sont invités pendant quatre jours pour présenter leur livre et rencontrer les lecteurs (petits déjeuners, tables rondes, ateliers, dédicaces…).
Rien de révolutionnaire… et pourtant.

Pourquoi ça marche ?
D’abord parce que les lecteurs ont choisi les auteurs, ils les attendent pendant un an, ils ont aimé (ou pas, ou pas tous) leur livre et rêvent de rencontrer enfin la personne derrière la plume, pour lui dire ce qu’ils pensent de son travail. Quand les auteurs sont enfin là, c’est la fête. Personne ne boude son plaisir, pas de passants indifférents qui tirent la lippe sur des étals de dédicaces infertiles. Il s’agit plus de retrouvailles émues. C’est beau.
Ensuite parce que les auteurs sont jeunes, certes – c’est leur premier roman publié – mais qu’ils sont déjà aguerris par un an de salons et dédicaces (si leurs éditeurs ont bien travaillé). Ils sont à mi chemin entre l’amateur et l’écrivain, avec souvent un autre métier à côté et des sourire jamais blasés, mais aussi quelque chose à dire sur leur nouveau statut. Ils sont dans le bain, sans être ramollis.
Enfin parce que ce festival donne un coup de fouet revigorant à ces primo-romanciers.
Multi-primé ou sorti confidentiellement, en termes de librairie leur premier roman est déjà loin derrière eux. Il a souvent déserté les rayons, on n’en parle plus. Et là, alors que les auteurs sont souvent en train de peiner sur l’épreuve du deuxième roman, voilà que le premier renaît. Voilà qu’ils retrouvent les sunlights, les honneurs de la presse, la foule avide. C’est merveilleux, pour un auteur. C’est la vie qui vous sourit deux fois, c’est l’espoir et la joie et le rire et le contact et le sourire et le partage qui renaissent. Ce sont aussi les ventes qui redécollent. C’est magique. Ne boudons pas !

Voilà. C’est peu de chose, ce festival. Il suffit d’une bonne idée et d’une équipe motivée – la préparation s’étale sur un an, avec 4 permanents, des stagiaires et des dizaines de bénévoles – et d’un seul coup, baguette magique, un bouche-trou culturel se transforme en événement à succès. C’est facile, y a qu’à ! C’est à se demander pourquoi il n’y en a pas plus sur ce modèle…
Alors des idées du même type, vous m’appelez et je vous en donne à la pelle. Tant que le triple principe lecteurs/auteurs/temps est respecté, on peut trousser des salons de toutes les tailles et tous les styles.
Tenez, juste un qui me vient, comme ça : Le Salon de Poche. Un festival où les lecteurs sélectionnent des auteurs parmi ceux dont le roman est republié en format poche. Pour les lecteurs, c’est moins cher, pour les auteurs cela se croise souvent avec de nouvelles sorties en grand format, le temps fait son œuvre, le succès se profile.
Ne me remerciez pas, c’est cadeau.

Bon, j’ai l’air de vous avoir fait découvrir la source magique, mais le Festival du Premier Roman de Chambéry est est quand même cette année à sa 28ème édition. Quand même. Un truc qui aurait dû faire des petits, non ? Si oui, dites-le moi, en com, que je précise ici. Merci.

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Pendant le Festival, je lisais Buvard, de Julia Kerninon, mais j’ai aussi été fortement marqué par les personnalités de Slobodan Despot et Gauz.

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