Comme ça s'écrit…


Les foudroyés

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 27 septembre, 2015

Cet été la foudre est tombée, pas loin de la maison, sur un arbre. Je m’en suis aperçu en montant à la falaise : des éclats de bois blanc, longs de un à trois ou quatre mètres, éparpillés tout autour du sentier. Comme si quelqu’un avait voulu tailler des cure-dents géants et avait tout laissé sur place.
L’arbre, un épicéa, était fendu de la cimes aux racines. D’un côté on ne voyait qu’un trait de scie sur toute la hauteur. De l’autre, tout avait explosé. Un tiers du tronc avait été épluché et propulsé par l’éclair sur plus de trente mètres alentour. Le sous-bois est dense. Ces dards d’épicéa blanc avaient tout traversé comme des éclats d’obus, hachant des branches et des feuillages, se fichant parfois dans d’autres troncs.
On recommande de ne pas s’abriter sous un arbre en cas d’orage. Je constate qu’il ne faut pas non plus se mettre autour.
Plusieurs semaines plus tard, le haut de l’arbre s’est brisé, peut-être sous un coup de vent. Il s’est abattu en travers du sentier, appuyé sur ses branches qui forment une herse infranchissable. Il faut en faire le tour pour accéder à la falaise. En suivant ce nouveau chemin il m’arrive encore de trouver des éclats du tronc, bien plus loin que je n’aurais cru possible.
Pourquoi cet arbre a-t-il reçu la foudre ? Il n’est pas isolé ni plus grand que ceux qui l’entourent ; j’ai compté au moins quatre voisins plus hauts que lui dans un rayon de dix mètres. Il poussait à flanc d’une montagne, sous une falaise formant comme une marche avant de nouvelles pentes boisées où poussent d’autres épicéas, beaucoup plus accessibles si l’on est un nuage en colère. Et même, en cherchant un autre trajet facile pour la foudre, on trouve le clocher de l’église et son paratonnerre à moins de cent mètres.
Alors, pourquoi ce tronc-là, fendu somme une allumette dans un déchirement sec du ciel ? Cela n’a pas de sens. Il faudra que je m’en occupe, que je revienne avec une tronçonneuse ou une bonne scie pour dégager le sentier. En attendant, le tronc éclaté et la cime brisée se rappellent à moi chaque fois que je monte.
Que faisons-nous pour ceux qui ont pris la foudre, près de nous ou plus loin ?
Est-ce qu’on se contente de faire un détour avant de reprendre notre route ?
Est-ce qu’on s’en occupe, même si c’est juste pour déblayer le chemin ? Ce en quoi je vois au moins une reconnaissance de leur présence dans notre monde.

—————

Pendant que tombe la foudre et les arbres et les hommes, je tente de lire Danser les Ombres, de Laurent Gaudé, et suis toujours à la recherche de l’émerveillement qui m’avait saisi au Soleil des Scorta.

2 Réponses to 'Les foudroyés'

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  1. Silk said,

    Considérations philosophiques mises à part, la foudre ne passe pas forcément par le point le plus haut comme le mythe le laisse croire encore trop souvent : elle passe par le chemin le plus facile et le plus efficace pour elle. Cela favorise les points hauts mais n’exclue pas les autres pour autant. C’est pourquoi il est aussi faux de croire que la foudre ne « frappe » jamais deux fois au même endroit.


    • C’est juste et c’est la réponse à la question « pourquoi la foudre est-elle tombée là ? »
      Ben… parce que c’était le trajet le plus facile, à ce moment-là, dans les conditions locales.
      Ce qui n’empêche pas d’y chercher quelque considération philosophique😉


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