Comme ça s'écrit…


Chat qui chasse, temps qui passe

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 18 mars, 2016

Le chat vient de manquer un oiseau sur la terrasse. Il regarde le volatile sauter la haie à tire d’aile, tourne en rond, se couche sur place, l’œil aux aguets.
Son museau a beau être inexpressif, je ne peux pas m’empêcher d’y lire la déception et l’attente. Le chat y a cru un instant, ce bref instant pendant lequel il tortille des fesses en miauloutant avec un claquement de dents saccadé, avant de bondir.
Le chat n’a pas faim, sa gamelle est pleine de croquettes, mais comme la proie est là quelque chose le pousse à chasser. C’est du présent. Il ne sait pas ce que sera demain, alors il chasse.
Pourtant, le temps existe pour lui… Il attend sur la terrasse un moment, ses oreilles aiguisées suivant les bruits vivants tout autour. L’oiseau était là ; le chat imagine peut-être qu’il y reviendra dans un plus tard mal défini, mais existant.
Chat 002Et puis il rentre se recoucher en rond sur son fauteuil. Demain existe comme un rêve flou peuplé de croquettes et de câlins. Une confiance bien apprise.
Chaque matin la porte s’ouvre, les caresses pleuvent, la gamelle se remplit. Le chat le sait, il y croit et supporte très bien sa défaite face à l’oiseau. Ce n’était qu’un jeu, une manche perdue.
Quelle défiance avons-nous apprise du quotidien, pour toujours vouloir amasser, stocker, sécuriser le temps ?
Le temps passe sur nous bien sûr, poussant devant lui un avenir inconnu, mais par quoi sommes-nous conditionnés à le peupler de peurs ? Que peut-il me manquer de si indispensable dans le temps caché qui vient ?
Dans les prochaines minutes, je n’ai besoin que d’air pour respirer. Un vrai besoin, vital. Mon seul vrai besoin, si j’y réfléchis bien. Qu’est-ce qui fait alors que je n’ai pas peur d’en manquer et respire sans crainte ni réserve ?
Plus tard, on verra bien.

—————-

Le temps de regarder le chat j’ai posé le livre que j’avais pris mardi à la bibliothèque : Quand le Diable sortit de la salle de bain, de Sophie Divry. Je le rendrai ce soir.

5 Réponses to 'Chat qui chasse, temps qui passe'

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  1. Silk said,

    Sans doute qu’un écureuil sauvage qui stocke tous les ans bien plus qu’il ne consommera serait plus à même de te répondre qu’un chat apprivoisé.😉


    • Oui !!! Un cerveau gros comme une noix, et déjà assez de place pour y mettre la peur de manquer😉

  2. malyloup said,

    la peur ou les peurs des premiers hommes est encore en nous….sans doute…..


    • Justement, les premiers chasseurs cueilleurs vivaient sans doute dans la peur de se faire bouffer par d’autres prédateurs, mais la peur de manquer a mis des centaines de milliers d’années à leur faire inventer la domestication du bétail et l’agriculture.

      • malyloup said,

        et ça fait beaucoup ‘des centaines de milliers d’années’ pour construire la peur de manquer…..il est donc d’autant plus difficile de s’en affranchir, pensais-je


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