Comme ça s'écrit…


Toujours Plus

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 8 juin, 2016

 

Toujours plus PriseC’est une courte voie d’escalade de la falaise qui surplombe la maison. Courte mais intense. L’ouvreur l’a appelée Toujours Plus.
Le départ paraît évident : au sommet d’une conque à colonnettes, une cassure horizontale invite à enfoncer d’une phalange tous les doigts des deux mains, paumes vers le haut, puis à monter les pieds sur des à-plats grenus afin de se verrouiller sur le bras gauche et dégager la main droite pour la lancer vers une autre fissure, verticale celle-ci, plus d’un mètre cinquante au-dessus et à droite. L’ensemble est évidemment en dévers.

Tout le poids dans les mains.Toujours plus 033
Le problème vient du fait que cette prise clé du départ, la cassure horizontale à prendre en inversé, est située trente bons centimètres plus haut que ma tête. Mon collègue de grimpe mesure moins d’un mètre soixante-dix et doit, lui, empiler plusieurs cailloux pour atteindre la prise.
Bras en l’air, on a beaucoup de mal à faire travailler cette crevasse. On doit monter les pieds au plus vite, en perdition, puis placer le pied droit loin à droite pour se tirer de la pointe et tenter de soulager les mains ou au moins de s’équilibrer.
La tentation est grande de se jeter vers la fissure. Mais ses bords crénelées se pincent en un V aigu qui écrase le bout des doigts. Il faut y aller doucement, négocier l’introduction phalange par phalange. Le bras gauche verrouillé brûle, puis lâche peu à peu. Ça chibre, comme on dit chez nous.

Toujours plus Pince

La fissure pince-doigt

Après ce premier pas tonique, on prendra soin de mousquetonner le point d’assurage avant de remonter le long de la fissure verticale, les pieds trouvant quelques grattons pour faire opposition. Le corps tient dans cette mécanique de pince entre les jambes qui appuient et les bras qui tirent. La fatigue gagne déjà du terrain.
Le problème change de nature. La fissure s’évase, ses bords arrondis n’offrent plus de prise franche, les mains glissent, les pieds aussi, le cœur tape. Il faut continuer, forcer, se démener, transpirer de hargne et de peur mêlées. Une fois redressé au sommet de la fissure, on pourra clipper le deuxième point et éviter un méchant retour au sol en cas de chute.
Toujours plus 025La suite est plus sympathique, avec des pas de dalle moins inclinée où il faut jouer fin du chausson, se placer sur de petites bossettes, visser le bout d’un doigt dans des trous mordants travaillés par les pluies. Mais c’est beau, ça passe. Rien à voir avec la bourrinade du début.
L’autre soir nous avons passé près d’une heure à négocier le premier pas. Nous avons réussi, en force. Une fois la corde placée au relais, une jeune femme qui grimpait avec nous a remarqué une prise à droite – certes loin du départ – et s’en est servi pour d’abord s’élever à bonne hauteur, puis y placer un talon afin d’atteindre la fissure pincée sans risque. C’est inventif et élégant, avec un bonus sécurité appréciable.
Avis à ceux qui veulent Toujours Plus : l’argument TINA* ne marche plus, il y a toujours au moins une autre façon de s’y prendre. Parfois meilleure.
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Tout en récupérant un peu de bras, je lis Le Goût des pépins de pomme de Katharina Hagena.
*There Is No Alternative

Toujours plus cailloux

Les cailloux de Gillou

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