Comme ça s'écrit…


Tellement + qu’un jeudi (4)

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 4 avril, 2017


Une publicité dans un magazine de psychologie m’arrête par l’énormité de son titre : Bien plus qu’un anticerne !
Énorme parce qu’imprimé en corps cinquante sur toute la largeur de la page.
Énorme par sa promesse : il y aurait bien plus, voyez-vous, tellement plus, que tout ce que le nom générique du produit nous vend.
Pourtant, écrire anticerne, c’est déjà énoncer tout un programme. Le combat contre les matins difficiles. La résorption de ce qui nous alourdit le regard. La reddition de ce qui nous assiège la vie : vous étiez cernés ? L’anticerne vous libère de tout ennemi supérieur en nombre.
On rêve d’évasion rien qu’à écouter vraiment les sonorités de ce mot.
Et pourtant, il y aurait encore « bien plus ». Pfff !
Ce n’est pas le temps qui fait retomber le soufflé, c’est notre attente fracassée sur la réalité.
Une publicité qui titre « bien plus que… » tourne en rond. Elle ne fait que mettre sur le devant de la scène l’arrière cuisine de sa tambouille.
Toute publicité promet « bien plus » que ce que l’on attend du produit vanté.
Tout dragueur promet tellement plus qu’un coup d’un soir, alors que, finalement… Mesdames, céderiez-vous à une entame du genre : « tu sais, je suis quand même bien plus qu’un gros lourd en manque » ? Peut-être, par pure pitié. Sinon, vous conseilleriez au gars de rentrer chez lui travailler son discours.
Cher publicitaire du type « bien plus que… » : tu retournes dans ton bureau et tu travailles !
Clamer « Bien plus qu’un anticerne » c’est admettre que l’on n’a pas fait son boulot, comme si le chef nous amenait les ingrédients sur la table du restaurant en nous disant de cuisiner nous-mêmes le menu.
Tout, dans la vie, est « bien plus que… ». L’aube est bien plus que le résultat de la rotation de la Terre qui fait apparaître le soleil à l’horizon. Un sourire est bien plus que l’action de muscles zygomatiques sur des lèvres.
Jeudi dernier, c’est bien plus qu’un changement d’heure saisonnier qui était à l’œuvre sur le lac pour y jeter au retour ces lumières à l’or fin. Je n’avais pas pris mon appareil photo, mon téléphone est pourri, mais croyez-moi : bien plus qu’un instant de beauté parfaite dans le calme du soir et les derniers chants d’oiseaux.
Pendant l’atelier, j’avais proposé aux participants de réfléchir à l’enjeu de leur histoire : ce qui est important pour le personnage, ce qu’il cherche à obtenir.
Ils ont très bien compris l’idée et l’ont mise en pratique.
Une jeune fille a décrit ainsi l’enjeu de son personnage : « Elle veut que son ennemi redevienne son meilleur ami. » Moi, candide, je demande qui est son ennemi. Elle tend le doigt vers l’autre côté de la table : « C’est lui ! » La suite leur appartient.
Bien plus qu’un atelier d’écriture !

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