Comme ça s'écrit…


Sens de régression

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 10 septembre, 2017

Innocence en temps de crimes
De quoi suis-je innocent pour entendre les cris du monde et rester silencieux ? La maladie, la guerre, la torture, le simple dénuement, le mépris policier, tout frappe si près de moi. N’ai-je que de la chance ?
De quoi suis-je innocent pour savoir le sang qui coule, l’avenir détruit, la douleur des mères dont les enfants meurent ou tuent, et continuer à vivre tout de même ?

J’avais commencé ainsi un billet que j’ai su très vite ne pas pouvoir mener à son terme. Il me fallait de la paix, l’exprimer au moins, si je ne peux la créer. Alors j’ai débuté un autre texte par :

Message à la paix :
La paix, tu es sympa mais tu m’ennuies.
Tu nous fais croire que tout serait tellement mieux si tu régnais… et pas un instant tu ne t’approches du trône.
C’est agaçant de croire en toi sans jamais te voir. Ton manque d’ambition me désole.

Encore une fois la fin m’échappe. Peut-être la fin dans son acception d’objectif ou de sens… Quel est le sens de ses phrases jetées dans le vide quand les ouragans balaient tout ?
Peut-être faut-il arrêter de parler, de penser, se remettre en action.
Alors je me suis fait un café.

Avant je buvais de rares cafés en poudre parce que nous en avions dans le placard.
Un jour j’ai acheté une cafetière italienne – et donc du café moulu – juste pour entendre le glouglou du café sur le gaz.
Quand j’ai utilisé une cafetière à piston il m’a fallu un moulin pour moudre les grains de façon moins fine. J’achète depuis mon café chez un torréfacteur, afin de varier les provenances. Moudre à la main c’est plus long, mais j’ai un peu l’impression de participer.
Récemment j’ai trouvé du café vert. J’ai essayé de le griller à la casserole, bien qu’on m’ait prévenu du résultat aléatoire et probablement pisseux que j’obtiendrai. Et pourtant c’était délicieux. De la chance, sans doute

En passant de la poudre industrielle jetée dans une tasse d’eau chaude à la graine verte, j’ai allongé le processus.
Il me fallait dix secondes pour un café, j’y consacre maintenant plus de vingt minutes. Le temps, c’est ce qu’on en fait.
L’étape suivante consistera sans doute à remonter jusqu’à l’arbre.
Du point de vue de la mondialisation performante, je vis en pleine régression. Je tourne le dos au progrès et à tout ce qu’il m’apporte.
L’humanité a évolué sur des centaines de milliers d’années et a lancé une sorte de sprint final au siècle dernier pour que je puisse disposer d’un café le temps d’ouvrir un bocal. Et moi, à quelques mètres de la ligne d’arrivée, voilà que je repars en arrière. Content de moi, en plus.
Satisfait du long rituel que j’ai réussi à mettre en place pour que ma tasse de café ait autant de goût que de sens.
J’entends toujours les cris du monde, mais je tiens une tasse de paix chaude entre mes mains, mains qui sont prêtes à se tendre vers celui qui en aura besoin pour partager cette chaleur.
L’étape suivante ? Avancer bien sûr, maintenant que je sais dans quel sens.

Pour accompagner mon café, je relis Le Meurtre de Roger Ackroyd en VO, incité à redécouvrir ce texte grâce à un documentaire vu sur Arte… et à ma mère. Merci.

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