Comme ça s'écrit…


Miroir du temps

Posted in Admiration par Laurent Gidon sur 3 mars, 2018

Une jeune femme se prépare dans sa salle de bains, face à son miroir.
Elle fait tomber un bracelet, le ramasse, et lorsqu’elle se relève ce n’est plus son image dans le miroir, mais celle de l’enfant qu’elle était, 10 ou 15 ans plus tôt.
La jeune femme s’agace de retrouver cette enfant (« T’es encore là, toi ! ») qui lui demande pourquoi elle fait la gueule, pourquoi elle est souvent triste en ce moment.
La jeune femme réfute et reproche à l’enfant de manger des bonbons : « Tu m’étonnes que j’ai un gros cul maintenant ! »
Dénégations de la fillette : non, son soi à venir n’a pas un gros cul, non l’enfant n’est pas déçue de l’adulte qu’elle est devenue, elle en est même plutôt fière.
L’adulte, perturbée, lui demande de se taire.
L’enfant traverse le miroir et se blottit contre le ventre de son soi adulte : « Ça va aller, je t’aime toujours. »
L’adulte, soudain soulagée, lui caresse les cheveux : « Merci… »
Depuis l’extérieur une voix masculine demande si elle est prête.
La jeune femme répond oui, puis répète comme pour elle-même en se regardant dans le miroir : « Je suis prête. »

Prête à quoi ? On ne le saura pas, mais est-ce important ?
Il me semble qu’en moins d’une minute cette petite vidéo de Emma Chaïbedra, présentée au Mobile Film Festival, concentre quelques clés de l’estime de soi.
Il est facile de se demander si l’adulte que l’on est devenu a trahi les promesses de l’enfance.
Facile aussi d’accuser les erreurs passées pour les échecs ou les doutes présents. Le regard adulte sur l’enfant qu’on était fonctionne avec de la mémoire et des regrets.
Plus difficile est d’imaginer le regard que l’enfant d’hier porterait sur l’adulte d’aujourd’hui.
Et plus difficile encore de se convaincre que oui, l’enfant peut regarder avec étonnement, admiration, amour, l’adulte qu’il sera. Sans regrets.
Ce regard-là, nous l’avons sans doute tous en nous, et même triplement selon l’analyse transactionnelle.
L’accepter, le cultiver même, aide sans doute à se préparer… À quoi ?

————-

Pendant que je me prépare, je lis La Serpe, de Philippe Jaenada, entre agacement et éblouissement.

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