Comme ça s'écrit…


Ce que

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 5 avril, 2018

J’aimerais vous caresser jusqu’aux larmes, les miennes peut-être.
J’aimerais vous faire déposer les armes, sans argument, juste parce que.
J’aimerais adoucir ce qui ronge, même les grandes ambitions, les miennes aussi.
J’aimerais cesser de me rendre malade, et vous aussi, tous aux abris.
J’aimerais ramener le sourire par la main et l’asseoir là, yeux grands ouverts.
J’aimerais qu’il nous voie et s’élargisse encore, parce que, oui, juste parce que.
J’aimerais que la vie soit la seule cause, la vôtre, la mienne, la leur.
Pas d’autre « parce que… », la vie, c’est tout.
Un gros battement irréaliste mais en plein cœur.
« Mais ça ne marchera pas, Monsieur, faut bien se battre pour se défendre. »
J’aimerais n’avoir aucun ennemi, et en moi-même non plus.
« Ça marchera pas, Monsieur, faut bien bosser pour que ça bouffe. »
J’aimerais que nos progrès nous donnent enfin mieux, plutôt que toujours plus.
J’aimerais qu’on aille vers meilleur temps, meilleure vie, meilleurs nous et ciao le boulot !
J’aimerais qu’on sache au moins pourquoi, même si on ne sait pas où on va.
J’aimerais tout ça, c’est pas grand-chose, ça tient dans la main, pas besoin de serrer.
Ce que j’aimerais n’est pas bien loin, faut juste arrêter de repousser à demain.

Tenez, j’aimerais aussi que le grand moufti d’une religion (n’importe laquelle) reconnaisse enfin publiquement :
« Excusez-nous, on s’est trompés ou on vous ment depuis le début, veuillez ne plus croire en nos fables ni tenir compte de nos enseignements, essayez juste d’être heureux, merci et encore désolés. »
Et vous, qu’aimeriez-vous ?

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J’ai bien aimé La Petite Femelle de Philippe Jaenada, mais pas le titre ni quelques insertions redondantes qui tentent de le justifier dans le texte.

Djeeb le Fanficteur

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 1 avril, 2018
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Certaines choses vous arrivent de surprenante façon. Il faut toutefois les accepter pour les gnoquer dans leur pleinitude, comme dirait Valentin Michael Smith.
Alors que l’ami Djeeb me semblait mort et enterré par défaut d’éditeur (même la version numérique n’est plus en vente, Multivers étant passé par un trou de ver), voilà que je reçois par mail un lourd fichier qui m’est adressé par un L. Jack Handulbar m’écrivant d’Angleterre ou de plus loin.
Dans son message le personnage se présente rapidement comme « reader and writer of all sorts », ce que je traduirais par lectécriveur pour faire plus court.
Il affirme avoir eu sous les yeux un exemplaire des deux volumes parus des aventures de Djeeb Scoriolis et en être suffisamment fan pour avoir voulu leur donner une suite, qu’il m’envoie avec une demande personnelle.
Comme il lit le français mais ne le parle pas suffisamment, il a rédigé sa fanfiction en langue de Shakespeare.
Jusque là c’est curieux, mais assez normal pour un Anglais.
C’est la demande assortie au fichier qui m’a un peu étonné. L. Jack me supplie de traduire son roman en français afin, dit-il, de pouvoir le présenter à un éditeur chez nous.
Pourquoi en France ? Il ne le précise pas.
Que Djeeb ait des fans, passe encore, qu’ils prennent sur eux de lui assurer une descendance est touchant, mais qu’ils réitèrent en anglais ce que j’ai fait subir à la langue de Molière me semble ahurissant. Dois-je céder et trahir, forcément trahir, plus que traduire ? Je n’ai pas encore accepté.
Toutefois, l’idée de me retrouver en position d’interpréter à ma sauce, non pas mes propres pulsions écriveuses, mais tout un roman inspiré par un personnage et – d’après ce que j’ai pu en lire – par un style que j’ai développé, m’a paru assez bizarre et foutraque pour être tentante.
Avant de répondre définitivement oui à M. Handulbar j’ai fait l’exercice sur les premiers paragraphes. Si quelqu’un souhaite me donner son avis, aussi bien sur la prose de L. Jack Handulbar que sur ma traduction, je suis preneur.
Voici donc le texte original :

Djeeb the Oldtimer
A twilit of blood drowned the city under its stretched shadows as a figure slipped out of an alley to the forecourt of a new building whose facade swore against the misery of the decor. Around, this downgraded area was nothing but ruins, rubble and waste from better times, exhausted by the years. In contrast, and perhaps also for lack of light, the building could look impressive. A few steps of light wood, passed in a silent jump by the discreet passer-by, led to a high double door, surmounted by a panel as wide as a wedding bed sheet. It could be read in letters to the engraving of the scorching sun: COLLECTION SCORIOLIS. A more talkative subtitle announced: Museum of Wonders and Prodigies collected along the Coastal Arc, or Beyond.
The figure turned an indecipherable face toward the street before opening the door to sneak in. The interior, vast and dark, was lit only by a candle placed on a pedestal table beside an armchair of dimensions so pretentious that one would have said a theater accessory, a throne of farce. Djeeb Scoriolis was slouching there, a morose expression lengthening his chiselled face. In his hair as always capped in raven wings glittered silver threads more and more numerous.
Although silent and almost invisible, the appearance of the intruder made him raise his head. Djeeb’s gaze glowed with a dim light as he detailed the outfit – jacket and tight pants, long wrap-around cape – and the impenetrable white mask only pierced with two pupil-sized holes.

Et la traduction rapide que j’en propose.

Djeeb l’Ancientempeur
Un crépuscule de sang noyait la ville sous ses ombres étirées lorsqu’une silhouette se glissa hors d’une ruelle jusqu’au parvis d’un bâtiment neuf dont la façade jurait contre la misère du décor. Alentour, ce quartier déclassé n’était que ruines, gravats et déchets issus de temps meilleurs, épuisés par les ans. Par contraste, et peut-être aussi par manque de lumière, la bâtisse pouvait paraître imposante. Quelques marches de bois clair, que le discret passant franchit d’un bond silencieux, menaient à une haute porte à double vantail surmontée d’un panneau aussi large qu’un drap de lit nuptial. On pouvait y lire en lettres à la gravure accusée par le soleil rasant : COLLECTION SCORIOLIS. Un sous-titre plus disert annonçait : Musée des Merveilles et Prodiges collectés de par l’Arc Côtier, voire Au-Delà.
La silhouette tourna un visage indéchiffrable vers la rue avant d’entrouvrir la porte pour entrer furtivement. L’intérieur, vaste et sombre, n’était éclairé que par une chandelle posée sur un guéridon aux côtés d’un fauteuil de dimensions si prétentieuses qu’on aurait dit un accessoire de théâtre, un trône de farce. Djeeb Scoriolis y était avachi, une expression morose allongeant son visage buriné. Dans sa chevelure comme toujours coiffée en ailes de corbeau brillaient des fils argentés de plus en plus nombreux.
Bien que silencieuse et quasi invisible, l’apparition de l’intrus lui fit lever la tête. Le regard de Djeeb s’alluma d’une lueur mauvaise alors qu’il en détaillait la tenue – veste et culotte serrées, longue cape enveloppante – et le masque blanc impénétrable seulement percé de deux trous de la taille des pupilles.

N’étant pas traducteur de profession, le travail sur ce lourd texte devrait me prendre une bonne année.
Rendez-vous donc l’an prochain à la même date pour savoir ce qu’il en est.

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En attendant, je lis toujours La petite Femelle, de Philippe Jaenada (700 pages d’enquête serrée).


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