Comme ça s'écrit…


La Bonne Année

Posted in Admiration,Vittérature par Laurent Gidon sur 17 janvier, 2020

J’éprouve une forme de plaisir primal à croiser de gros animaux sauvages près de là où je vis. Signe peut-être que nous n’avons pas tout salopé et que des bestioles imposantes tolèrent notre impact sur leur environnement.

Photo Mickael26

Ce matin de janvier frisquet nous prenons la route qui trace à travers la montagne au-dessus de la maison. Nous allons grimper. Au sortir d’un bois je jette un coup d’œil au pré sur la gauche et alerte tout de suite mon fils à mes côtés : « Là, regarde, deux biches. » Elles broutent à quarante ou cinquante mètres de notre passage bruyant et fumeux.

Un kilomètre plus loin c’est toute une harde de chamois qui a quitté la forêt et arpente le pré dans le brouillard de l’aube. Je ralentis, bercé par cette magie matinale. L’occasion pour mon fils de me rappeler ce chamois solitaire qui avait traversé en longues foulées, juste devant nous, la piste de ski de Fernuy à la Clusaz, l’hiver dernier.
Notre terrain de jeu est aussi son espace vital. Notre présence lui a fait un peu peur, il n’a pas traîné pour disparaître dans le bois des Encarnes. C’était la première fois que j’en croisais un ici, étant plus habitué à les voir sur les rochers ensoleillés qui dominent le chemin de retour en bas de la combe de Borderan.

Ce soir encore, je tourne la tête vers le pré de gauche en rentrant derrière la montagne qui me cache le soleil couchant, l’œil attiré par une envie. Je fais bien : un grand héron cendré me suit du bec.

Au moment où les hommes entre eux semblent ne se vouloir que du mal, la présence de ces grands animaux à valeur de double message pour moi. D’une part, s’ils peuvent voisiner avec nous c’est que nous ne sommes pas si néfastes. D’autre part, ils reprennent possession du territoire d’où nos excès les avaient chassés, peut-être dans l’attente de notre prochaine disparition.

Cette ambivalence du présent, toujours prêt à basculer d’un côté ou de l’autre me semble être l’annonce contenue dans la forme numérale de l’année. 2020, l’année d’équilibre, 20 d’un côté, 20 de l’autre, et nous sur le moyeu, à nous demander dans quel sens faire pencher la balance.

C’est un peu l’idée qui traverse la petite nouvelle que j’ai écrite, comme chaque année, pour saluer l’an nouveau : 2020 est entre nos mains.

Alors, qu’elle vous soit douce !

—————

C’est justement Hommes entre eux de Jean-Paul Dubois que je lisais lors de ces rencontres animales.

5 Réponses to 'La Bonne Année'

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  1. olympemarie said,

    La nature reste prioritaire sur nos sensations et révélations… elle nous ramène régulièrement à l’essentiel, à ce qui doit être et non ce qui paraît… A nous d’en saisir le sens et de donner à ce constat toute l’attention qu’il mérite…. bises mon Laurent

  2. malyloup said,

    je ne me lasse pas d’admirer (et de faire admirer par mes photos 😉 ) faune et flore sauvages car je vis dans un coin privilégié où les hommes sont peu présents……jusqu’à maintenant
    les forêts de chez moi sont devenues onzième parc national français (depuis novembre 2019) alors je verrai si 2020 garde ou rompt l’équilibre homme/animal qui y a présidé jusqu’à présent
    quoi qu’il en soit belle année 2020 à toi et aux tiens, Laurent


    • Oui, il faut aller voir tes photos. J’ai pensé à toi en écrivant ce post : les petites et grosses bêtes méritent ton œil artiste !

      • malyloup said,

        merci 😉


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