Comme ça s'écrit…


Ouf, tout est foutu !

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 12 avril, 2022
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L’espoir (allégorie)

Dans Mémo sur la nouvelle classe écologique , Bruno Latour constate : « Aujourd’hui, la certitude de la catastrophe semble plutôt paralyser l’action. »
La certitude, ou l’espoir ?
L’espoir que cette catastrophe sans cesse annoncée vienne enfin nous libérer de notre impuissance.

Après les Indignés, Nuit Debout, les différents Occupy any place, nous avons eu les Gilets Jaunes estropiés, les pompiers et soignants gazés, la COVID confinée, la guerre à proximité et maintenant le second tour téléguidé.
Dans un article de Mediapart, Joseph Confavreux estime que, pour ceux qui « partagent sincèrement et simplement le minimum syndical qu’est censée être notre devise républicaine – Liberté, Égalité, Fraternité », le sentiment dominant ne peut guère être que la rage.

La rage ? Une colère rentrée, plutôt. Quelque chose d’un effondrement intérieur silencieux, un repli sur soi.
S’agit-il de tourner le dos au réel et à ses dangers ? Même pas.
Savoir et ne pas y croire ? Non plus.
Le très éculé cliché (pléonasme) de la sidération du lapin pris dans les phares ? Encore moins.

À force de s’énerver sur les réseaux sociaux, de manifester sur le pavé, de prendre à partie nos députés, et de ne voir rien changer, peut-être que naît peu à peu une forme d’espoir dans le chaos.
Puisque nous n’arrivons plus à infléchir, même collectivement, ces tendances de fond que nous déplorons, il peut y avoir une impression de soulagement à se dire que le changement va nous être imposé de l’extérieur. Et surtout, que même nos dirigeants les plus brutalement conservateurs n’y pourront rien.
Une bifurcation vers l’inconnu climatique, politique, social ou militaire : inconnu certes, mais qui vaudra mieux que tout le connu.
Nous avons essayé d’obéir aux injonctions ou de nous y soustraire, de travailler moins et de travailler plus, de gagner plus et de coûter moins, d’accueillir les migrants et de les rejeter, d’avoir froid l’hiver et chaud l’été, de résister ou d’accepter, sans que jamais ne s’allège le sentiment d’exaspération qui nous étreint.

Et soudain, tout semble foutu… Ouf !
Plus besoin de m’informer, réfléchir, chercher à prévoir, choisir, me préparer, m’impliquer…
L’avenir est en chemin, il va me rouler dessus, je l’attends avec un peu de peur, mais aussi de soulagement, puisque je n’y peux plus rien. Les cartes vont être rebattues, je n’ai pas la main.
Enfin, je n’ai plus d’effort à faire. L’apocalypse (n’ayons pas peur des mots) annoncée m’exonère confortablement et par avance de tout le boulot que la situation – déjà un peu dramatique, mais réparable si on s’y met – fait peser sur moi.
Je n’ai plus à bouger, je peux rester là, attendre la catastrophe qui passera sur moi et sur tous les autres, équitablement.
Nihilistes de tous pays, asseyez-vous : le spectacle va commencer.


Ironiquement, je viens de lire S’adapter, de Clara Dupont-Monod

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