Comme ça s'écrit…


Jeudi chronique

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 16 mai, 2017

Ce jeudi-ci commence un mercredi pour cause d’atelier supplémentaire en matinée : la plupart des participantes sera en stage début juin, il faut caser des séances dans tous les trous de leur emploi du temps pour leur donner une chance de finir leur nouvelle en pente trop raide.
Sur la route je prends un auto-stoppeur portant barbe et planche à roulette long board. On dirait une carapace de lucane, antennes comprises, montée sur des roulements réunis par un axe vertical inédit pour moi.
Je n’ai jamais vu un tel modèle et c’est normal. Il l’a fabriqué lui-même – planche et trucks – et cherche maintenant à développer cette activité artisanale en mettant ce produit très haut de gamme sur le marché. Selon le créateur, dès qu’on l’a essayé il n’est plus possible de revenir sur une planche de série.
J’ai oublié mon appareil photo et n’ai pas la présence d’esprit de la shooter avec mon téléphone. Dommage : l’affluence légendaire sur ce blog lui aurait fait une publicité à tout casser (sauf la planche qui avait l’air plutôt solide).
Pas un mot sur le nouveau président pendant l’atelier. Nous sommes là pour écrire, pas pour rêver.
Au retour je m’arrête dans une boulangerie qui offre un canapé, quelques fauteuils profonds et une bibliothèque fournie à ceux qui veulent prendre le temps de déguster. Je déguste donc quelques pages de Ian McEwan et une tartelette aux pralines qui remettrait sur le sentier de la paix le djihadiste le plus endurci.
J’aurais dû en garder un peu pour le lendemain : quatre participants à l’atelier du collège déclarent vouloir faire sécession.
Leur nouvelle est finie, ils ne voient pas l’intérêt de la corriger et l’idée de l’améliorer les fait sourire narquois. J’ai beau leur proposer des activités spécifiques, c’est confirmé, ils s’ennuient et le font savoir en développant des arguments gesticulés sous forme d’un souk à faire pâlir des punks berlinois en plein pogo.
N’étant pas là pour jouer l’inspecteur Harry je leur rends leur liberté. Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux, leurs plumes sont faites pour voler et n’écriront que plus tard si l’envie revient.
Il faisait un soleil riant à l’aller, pas un murmure de vent. Sur le lac des optimistes en fil indienne se faisaient tracter par un hors-bord pour rejoindre d’éphémères risées.
Le soir, je rentre sous une pluie tonitruante. Même le printemps s’oublie.

Vu que ça verse à pleut, photo depuis la voiture

Il me reste trois jeudis pour profiter de cette route magique et du contact roboratif avec les jeunes de Faverges. Je vote pour.

———

En attendant jeudi prochain, je lis encore Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé.

Jeudi 6 et un signe

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 5 mai, 2017

Pour le premier tour nous sommes allés voter sous un soleil radieux. L’après-midi même je grimpais en t-shirt à la falaise au-dessus de la maison.
Depuis, une peste de vent et de neige nous a giflé.
Winter is comming… back. Il a fallu rallumer le poêle, scier un peu de bois, ressortir les polaires.

Mon téléphone n’est PAS un appareil photo

Sur la route de Faverges ce jeudi matin le lac est calme. Le ciel filtre une lumière aux couleurs plates. Je vais retrouver mes jeunes écriveurs après deux semaines de leurs vacances.
Moi, j’ai travaillé. Un nouveau projet de roman bien lancé grâce à deux lecteurs qui ont accepté de suivre le work in progress. Savoir que mes chapitres sont attendus aide à ne pas me disperser.
Et puis une résidence d’auteur, loin, l’an prochain, pour laquelle je bétonne mon dossier. Je sens que je vais adorer cela. Merci.
Les élèves du collège sont agités. Je dois faire de la discipline, ce qui n’est pas mon rôle.
Ceux du lycée, plus calmes, me semblent aussi plus anxieux : comment écrire mon histoire ? Sera-t-elle bien ? Et là, après ce mot difficilement sorti, qu’est-ce que je mets, monsieur ?
Je n’ai pas les réponses à leurs questions. Je ne suis là que pour leur donner les outils et les aider à trouver eux-mêmes quelque chose qui les satisfasse. Je ne fais pas de politique.
Mais je me souviens de ces deux beaux documentaires sur l’histoire des anarchistes. De la vision des individualistes, laissant naître par une éducation juste l’être véritable de chacun, et surtout acceptant le risque que les enfants ainsi éduqués leur échappent, développent une pensée contraire à la leur, libres.
Au bord du lac, là où je prends la photo rituelle, deux cygnes se dépouillent de leurs plumes d’hiver en les arrachant d’un bec patient.


Ils croient en l’été, c’est en eux.
Quelques duvets de confort font encore obstacle. Ils s’en délestent.

——–

J’attends l’été en lisant Écoutez nos défaites, de Laurent Gaudé chez Actes Sud.

Jeudi n°5… et pourquoi « pas lui ».

Posted in Jeudi,Réflexitude par Laurent Gidon sur 9 avril, 2017
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Il y a parmi les candidats un présidentiable dont le programme économique est tout à mon avantage personnel. En tant que profession libérale j’y gagnerais beaucoup. Et pourtant je ne voterai pas pour lui.
Pourquoi pas lui ? Parce qu’il ne veut pas mettre la France en marche, mais bien tous les Français dans une course stupide. Grâce à cette compétition permanente, il espère que les plus rapides d’entre nous se détacheront du peloton et parviendront à courir à la vitesse du monde. Stupide car nous irons encore plus vite dans le mur, aveuglés de surcroît par cette illusion de victoire, tout en laissant, distancés sur le côté, toujours plus de Français au pas plus lent mais plus sûr.
Toute victoire ne fait que fabriquer des perdants.
Ce n’est pas cela, l’avenir que je souhaite et auquel je travaille.
Nous en avons parlé indirectement dans la voiture pour Faverges ce jeudi. Je véhiculais Pierre, réalisateur et animateur d’ateliers audiovisuels, et Simon, en service civique auprès de l’association le Labo des Histoires.
Au cours de nos échanges pas pressés – nous nous sommes arrêtés pour la photo rituelle du château de Duingt – nous sommes convenus que non, l’important dans nos ateliers n’était pas le résultat restitué dans les temps mais la qualité du lien créé, et sa pérennité. Ce qui dure après nous.
Ce qui durera après la course présidentielle, ce ne peut pas être la défiance et le goût du mensonge.
Les débats officiels cachent ce qui relie les électeurs hébétés ou convaincus : nous n’en sortirons que par le haut, mais pas en courant après les ouineurs, attisés par les fausses règles libérales.
Dans la course présidentielle, on nous agite un épouvantail à poil blond pour bien nous pousser à fuir la réalité, en courant. Mais courir derrière celui-ci pour échapper à celle-là n’a rien d’une solution sans alternative. Il suffirait peut-être de s’arrêter un moment.
Notre course économique ne le permet pas. Il faut travailler, tout le temps, parce que même nos pauses, nos week-ends, nos vacances, ne se font que sur l’exploitation du travail des autres.
Certaines communautés vivent autrement. Le jour de repos est consacré, justement, à ne pas travailler pour de l’argent, à ne rien faire d’économique.
Se retrouver pour discuter spiritualité, philosophie, arts ou ce qu’on veut : oui. Payer quelqu’un pour animer cela, non.
Partager un repas préparé ensemble ou séparément, oui. Payer les cuisiniers et les serveurs d’un resto : non. Peindre, faire de la musique, lire, jouer une pièce de théâtre, parcourir la nature les sens grands ouverts : oui. Payer des musiciens, des acteurs, des accompagnateurs… non.
C’est la pause du porte-monnaie. On fait ou on ne fait pas, mais on n’achète pas. Le lien se joue sur un autre critère que l’argent des uns et le besoin des autres d’en gagner.
Voilà, pour sortir de cette course, pour reprendre le temps d’être avec les autres, voilà pourquoi pas lui.

Tellement + qu’un jeudi (4)

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 4 avril, 2017


Une publicité dans un magazine de psychologie m’arrête par l’énormité de son titre : Bien plus qu’un anticerne !
Énorme parce qu’imprimé en corps cinquante sur toute la largeur de la page.
Énorme par sa promesse : il y aurait bien plus, voyez-vous, tellement plus, que tout ce que le nom générique du produit nous vend.
Pourtant, écrire anticerne, c’est déjà énoncer tout un programme. Le combat contre les matins difficiles. La résorption de ce qui nous alourdit le regard. La reddition de ce qui nous assiège la vie : vous étiez cernés ? L’anticerne vous libère de tout ennemi supérieur en nombre.
On rêve d’évasion rien qu’à écouter vraiment les sonorités de ce mot.
Et pourtant, il y aurait encore « bien plus ». Pfff !
Ce n’est pas le temps qui fait retomber le soufflé, c’est notre attente fracassée sur la réalité.
Une publicité qui titre « bien plus que… » tourne en rond. Elle ne fait que mettre sur le devant de la scène l’arrière cuisine de sa tambouille.
Toute publicité promet « bien plus » que ce que l’on attend du produit vanté.
Tout dragueur promet tellement plus qu’un coup d’un soir, alors que, finalement… Mesdames, céderiez-vous à une entame du genre : « tu sais, je suis quand même bien plus qu’un gros lourd en manque » ? Peut-être, par pure pitié. Sinon, vous conseilleriez au gars de rentrer chez lui travailler son discours.
Cher publicitaire du type « bien plus que… » : tu retournes dans ton bureau et tu travailles !
Clamer « Bien plus qu’un anticerne » c’est admettre que l’on n’a pas fait son boulot, comme si le chef nous amenait les ingrédients sur la table du restaurant en nous disant de cuisiner nous-mêmes le menu.
Tout, dans la vie, est « bien plus que… ». L’aube est bien plus que le résultat de la rotation de la Terre qui fait apparaître le soleil à l’horizon. Un sourire est bien plus que l’action de muscles zygomatiques sur des lèvres.
Jeudi dernier, c’est bien plus qu’un changement d’heure saisonnier qui était à l’œuvre sur le lac pour y jeter au retour ces lumières à l’or fin. Je n’avais pas pris mon appareil photo, mon téléphone est pourri, mais croyez-moi : bien plus qu’un instant de beauté parfaite dans le calme du soir et les derniers chants d’oiseaux.
Pendant l’atelier, j’avais proposé aux participants de réfléchir à l’enjeu de leur histoire : ce qui est important pour le personnage, ce qu’il cherche à obtenir.
Ils ont très bien compris l’idée et l’ont mise en pratique.
Une jeune fille a décrit ainsi l’enjeu de son personnage : « Elle veut que son ennemi redevienne son meilleur ami. » Moi, candide, je demande qui est son ennemi. Elle tend le doigt vers l’autre côté de la table : « C’est lui ! » La suite leur appartient.
Bien plus qu’un atelier d’écriture !

Jeudi (à quelques minutes près)

Posted in Admiration,Jeudi par Laurent Gidon sur 17 mai, 2012

Retour rapide de la citation du jeudi en l’honneur de Nicolas Fargues.
D’ici deux semaines j’espère avoir le plaisir de le rencontrer. Je me suis penché sur ses livres et viens de dévorer Beau rôle sans pouvoir le lâcher, non à cause d’un suspens à la thriller, mais pour ses contre-pieds permanents, sur toutes les positions sociales, raciales ou culturelles. J’attaque ensuite J’étais derrière toi, et dès les premières pages, ça résonne.

En fait, j’ai attendu la trentaine pour comprendre que j’étais exactement comme tout le monde et qu’on était tous dans la même galère, que j’avais été un sacré abruti de me croire au-dessus de la mêlée. D’ailleurs, ma psy c’est ce qu’elle m’a dit dès notre première séance, au mois de juin : « maintenant, vous n’êtes plus au-dessus des autres, vous êtes parmi les autres », en insistant bien sur parmi. Les autres, avant, moi, je pensais que je n’avais rien à leur dire. Mais, les autres, j’ai été bien content de les trouver quand j’ai eu besoin de parler. Parce que, tu sais, avant, je ne parlais pas. Monsieur pas de problèmes, je te dis. Et, aujourd’hui, je peux te dire que c’est parce que j’ai parlé des heures, à des oreilles attentives ou non d’ailleurs, peu importe, que je m’en suis tiré. Oui, je le dis haut et fort : Merci les autres, merci !

J’étais derrière toi – Nicolas Fargues, P.O.L – 2006

Voilà pour Nicolas Fargues, en attendant d’aller voir en vrai ce qu’il veut dire dans sa dernière Ligne de courtoisie.

Citation du jeudi : 1Q84

Posted in Admiration,Jeudi par Laurent Gidon sur 23 février, 2012
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Avec pas mal de retard sur le reste du monde, je lis en ce moment 1Q84 de Haruki Murakami. Ce livre m’intrigue. Son statut de phénomène au Japon et peut-être ailleurs. Son apparente platitude qui pourtant fait émerger, presque de force, des personnages auxquels on peut s’attacher. Ses redondances qui m’interrogent : un éditeur est-il passé par là avec ses ciseaux ? J’ai beau chercher, je ne vois pas – pas encore ? – de glissement entre les descriptions parallèles et répétées de certains éléments de l’histoire. Mais après tout, la plupart des œuvres musicales sont construites sur le retour d’un même thème, alors…

Et puis de toute façon la musique de Murakami me plaît suffisamment pour continuer et avoir envie du tome 2 alors qu’approche la fin du premier. Donc, foin de critique, citons un passage qui m’a fait tilt, surtout au moment où la candidature d’Eva Joly peine à décoller :

… ce n’était ni le lieu ni l’heure qu’advienne la révolution. Ce qu’il gardait en tête, au fond, c’était la révolution en tant que possibilité, ou, plus encore, en tant qu’hypothèse. Aussi était-il persuadé que l’exercice d’une pensée destructrice, anti-système, était indispensable à une société saine. En d’autres termes, comme une épice salubre.

 Haruki Murakami – 1Q84 – éditions Belfond

Merci à tous ceux qui tentent d’épicer le brouet fadasse de la campagne présidentielle.

Vous avez vu ? La prochaine est verte...

Jeudi (après lundi)

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 5 mai, 2011

Depuis lundi dernier, toute la presse est unanime pour relater un fait d’importance : on a tué un homme.
Il y en a pour se réjouir, d’autres pour chercher la justice, d’autres encore pour en douter. Bien que ma première réaction aux manifestations de joies enregistrées ici ou là ait été l’effroi, j’ai préféré prendre un peu de recul avant d’en penser quoi que ce soit, ou d’en parler.
Le recul pris, l’effroi demeure : comment peut-on ainsi conditionner soulagement, liesse, justice, à la mort d’un homme ? Certains argumenteront qu’il s’agissait d’un symbole, mais quand même, l’homme sous le symbole…
Et j’ai bien fait d’attendre, parce qu’un livre ouvert mercredi soir m’a donné au détour d’une page un semblant de traduction littéraire de ce que je ressentais. Alors voilà, Erri De Luca, pour la citation épisodique du jeudi.

« Tu cherches à tout prix un saint. Il n’y en a pas, pas plus que des diables. Il y a des gens qui font quelques bonnes actions et une quantité de mauvaises. Pour en faire une bonne, tous les moments se valent, mais pour en faire une mauvaise, il faut des occasions, des opportunités. La guerre est la meilleure occasion pour faire des saloperies. Elle donne la permission. En revanche, pour une bonne action, aucune permission n’est nécessaire. »

Erri De Luca – Le Jour avant le bonheur

Simon says « It’s jeudi ! »

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 14 avril, 2011
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Ce n’est ni mon maître à penser, ni mon maître à danser, mais j’aime bien sa musique, depuis longtemps, et je ne suis pas le seul. Il paraît que Paul Simon n’a pas sorti d’album depuis 2006, ce qui ferait pas mal d’années… Je ne sais pas, je ne m’étais pas aperçu de son silence puisque chaque fois que je mettais un disque sur la platine du Simon sortait des enceintes. Bon, disons que c’est long pour un marchandeur de musique qui veut marchander du frais tout le temps histoire de faire croire que le vieux est trop vieux déjà et plus bon. Bon.

Ce que vaut « So beautiful or so what » je ne sais pas non plus. La chanson titre me glisse dessus, avec un air de déjà entendu « Oh, encore ce genre de truc dominé par la rythmique ? » et il faudra que j’y revienne pour laisser le texte faire son boulot. Parce que dire qu’il faut une vie so trop belle ou à quoi bon ? me laisse un arrière-goût (Papa, vie pas so trop belle, suicide, tout ça…), sauf s’il s’agit de la trouver so trop belle même dans les moments à quoi bon. Enfin, l’avantage d’un nouveau disque c’est qu’on entend Paul Simon parler partout.
Donc aujourd’hui c’est Simon says :

Je pense que le monde est dans un état bien pire qu’en 1969.

Well… merci Paul.

Ce qui compte devient évident. Quand on est jeune, notre écriture est forcément plus maladroite. D’abord parce qu’on ne maîtrise pas encore la technique. Surtout, on manque d’expérience, on n’a pas assez vécu. On est persuadé que nos idées sont neuves et fraîches, elles le sont rarement. Mais c’est normal d’être arrogant et prétentieux quand on est jeune. A un âge avancé, ça devient pathétique. Et impardonnable.

Ouf, il me reste quelque temps avant de devenir pathétique et impardonnable. Mais suis-je encore neuf et frais ? Je vais écouter un peu so trop belle ou à quoi bon et je reviens vous dire.

Les citations sont extraites d’un entretien recueilli par Hugo Cassavetti pour Télérama. Grand-Pa’ Simon parle de son disque ici.

Jeudi critique

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 31 mars, 2011

Le magazine Télérama offre cette semaine une refonte graphique mais aussi (un peu) conceptuelle de son cahier critique. Et introduit le changement par un article rubriqué « Le Débat » et titré « Faut-il brûler les critiques ». De débat il n’y a point, puisque le papier – même signé par Pierre Murat et Juliette Bénabent – est univoque. Mais des idées il y en a, quelques-une offrant matière à citation :

Or, la critique, la vraie, celle à qui il arrive de faire progresser l’opinion, a besoin de place et de temps. (…) Son honneur, il est là. Aujourd’hui, blogueurs de Web et rédacteurs de magazines devraient tous se souvenir que leurs aînés, jadis, ont imposé Bergman. Fellini. Hitchcock. Et que c’est à leur tour d’en découvrir de nouveaux. De les susciter, au besoin, s’ils manquent à l’appel.

Pierre Murat et Juliette Bénabent – Télérama n°3194

D’en découvrir de nouveaux et de les susciter, au besoin ? Autant j’adhère à l’idée que la critique a besoin de temps, de recul, d’analyse et de bagage pour se démarquer du simple « j’aime » / « J’aime pas » accessible à chacun, autant je ne lui reconnais ni le droit ni le talent de provoquer la naissance du « nouveau qui que ce soit dont l’avenir se pâmera ». Ce sera beau, un artiste formaté par la critique !
Et pourtant, qui suis-je, moi, pour siffler le hors-jeu d’un journaliste critique en affirmant que son papier empreint de vérités bonnes à dire sort soudain du droit chemin ?
J’ai l’impression que le problème du critique est un peu le même que celui du politique : on ne croit plus ce qu’ils disent parce qu’on ne sait plus d’où ni de quoi ils parlent, si ce n’est d’eux-mêmes. Alors on fait de la critique dans son coin, entre soi, comme on fait de la politique de comptoir. Ce qui n’a jamais fait progresser les opinions.

Il y a certainement d’autres belles Citations du Jeudi à découvrir en passant un coup de Chiffonnette.

Jeudi qui tremble

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 17 mars, 2011

Retour d’une citation jeudiesque, non pas littéraire mais radiophonique. On peut l’entendre ici, mais voici ce que j’en ai retenu :

… Le député Vert Noël Mamère a d’ailleurs répliqué, cinglant : « Ce qui est indécent, c’est de vendre des centrales nucléaires à Kadhafi ». Pour qu’une catastrophe de ce type ne puisse plus se reproduire à l’avenir, il est sain, utile et responsable de chercher à comprendre et à imaginer comment faire autrement. La solidarité à l’égard des Japonais doit s’accompagner d’un débat digne de ce nom sur le nucléaire, qui mériterait de ce clore par un référendum. Car le sujet est grave : nous devons savoir, et nous devons trancher.

Clémentine Autain – France Culture, 17/03/11

Savoir et trancher : j’aime ça.
J’aime d’autant plus la conclusion de cette chronique, qui appelle non à un simple retrait du nucléaire, mais à beaucoup plus : « Il n’y a pas de sortie de crise sur ce terrain sans un changement radical de nos comportements et de notre modèle de développement… »
Changer est difficile, surtout dans notre culture qui a inventé une fausse permanence. Pourtant, il suffit de se regarder soi-même pour voir que seul le changement est permanent. C’est la règle commune, de la cellule à l’univers.
Refuser de changer conduit seulement à l’accumulation de tensions diverses, jusqu’au craquement, cassure prévisible, obligatoire. Alors, voir notre société non comme un idéal figé qu’il faudrait juste aider – par nos vaillants efforts – à retrouver sa perfection constitutive, mais comme une tectonique de plaques en mouvements et frottements permanents, qui ne se grippent sur une position que pour mieux casser une fois la pression trop forte. Tremblement de terre, tsunami, du Japon à ici les signes ne manquent pas.

 

 

Une des très belles images du blog Tsunami

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