Comme ça s'écrit…


Jeudi (à quelques minutes près)

Posted in Admiration,Jeudi par Laurent Gidon sur 17 mai, 2012

Retour rapide de la citation du jeudi en l’honneur de Nicolas Fargues.
D’ici deux semaines j’espère avoir le plaisir de le rencontrer. Je me suis penché sur ses livres et viens de dévorer Beau rôle sans pouvoir le lâcher, non à cause d’un suspens à la thriller, mais pour ses contre-pieds permanents, sur toutes les positions sociales, raciales ou culturelles. J’attaque ensuite J’étais derrière toi, et dès les premières pages, ça résonne.

En fait, j’ai attendu la trentaine pour comprendre que j’étais exactement comme tout le monde et qu’on était tous dans la même galère, que j’avais été un sacré abruti de me croire au-dessus de la mêlée. D’ailleurs, ma psy c’est ce qu’elle m’a dit dès notre première séance, au mois de juin : « maintenant, vous n’êtes plus au-dessus des autres, vous êtes parmi les autres », en insistant bien sur parmi. Les autres, avant, moi, je pensais que je n’avais rien à leur dire. Mais, les autres, j’ai été bien content de les trouver quand j’ai eu besoin de parler. Parce que, tu sais, avant, je ne parlais pas. Monsieur pas de problèmes, je te dis. Et, aujourd’hui, je peux te dire que c’est parce que j’ai parlé des heures, à des oreilles attentives ou non d’ailleurs, peu importe, que je m’en suis tiré. Oui, je le dis haut et fort : Merci les autres, merci !

J’étais derrière toi – Nicolas Fargues, P.O.L – 2006

Voilà pour Nicolas Fargues, en attendant d’aller voir en vrai ce qu’il veut dire dans sa dernière Ligne de courtoisie.

Citation du jeudi : 1Q84

Posted in Admiration,Jeudi par Laurent Gidon sur 23 février, 2012
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Avec pas mal de retard sur le reste du monde, je lis en ce moment 1Q84 de Haruki Murakami. Ce livre m’intrigue. Son statut de phénomène au Japon et peut-être ailleurs. Son apparente platitude qui pourtant fait émerger, presque de force, des personnages auxquels on peut s’attacher. Ses redondances qui m’interrogent : un éditeur est-il passé par là avec ses ciseaux ? J’ai beau chercher, je ne vois pas – pas encore ? – de glissement entre les descriptions parallèles et répétées de certains éléments de l’histoire. Mais après tout, la plupart des œuvres musicales sont construites sur le retour d’un même thème, alors…

Et puis de toute façon la musique de Murakami me plaît suffisamment pour continuer et avoir envie du tome 2 alors qu’approche la fin du premier. Donc, foin de critique, citons un passage qui m’a fait tilt, surtout au moment où la candidature d’Eva Joly peine à décoller :

… ce n’était ni le lieu ni l’heure qu’advienne la révolution. Ce qu’il gardait en tête, au fond, c’était la révolution en tant que possibilité, ou, plus encore, en tant qu’hypothèse. Aussi était-il persuadé que l’exercice d’une pensée destructrice, anti-système, était indispensable à une société saine. En d’autres termes, comme une épice salubre.

 Haruki Murakami – 1Q84 – éditions Belfond

Merci à tous ceux qui tentent d’épicer le brouet fadasse de la campagne présidentielle.

Vous avez vu ? La prochaine est verte...

Jeudi (après lundi)

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 5 mai, 2011

Depuis lundi dernier, toute la presse est unanime pour relater un fait d’importance : on a tué un homme.
Il y en a pour se réjouir, d’autres pour chercher la justice, d’autres encore pour en douter. Bien que ma première réaction aux manifestations de joies enregistrées ici ou là ait été l’effroi, j’ai préféré prendre un peu de recul avant d’en penser quoi que ce soit, ou d’en parler.
Le recul pris, l’effroi demeure : comment peut-on ainsi conditionner soulagement, liesse, justice, à la mort d’un homme ? Certains argumenteront qu’il s’agissait d’un symbole, mais quand même, l’homme sous le symbole…
Et j’ai bien fait d’attendre, parce qu’un livre ouvert mercredi soir m’a donné au détour d’une page un semblant de traduction littéraire de ce que je ressentais. Alors voilà, Erri De Luca, pour la citation épisodique du jeudi.

« Tu cherches à tout prix un saint. Il n’y en a pas, pas plus que des diables. Il y a des gens qui font quelques bonnes actions et une quantité de mauvaises. Pour en faire une bonne, tous les moments se valent, mais pour en faire une mauvaise, il faut des occasions, des opportunités. La guerre est la meilleure occasion pour faire des saloperies. Elle donne la permission. En revanche, pour une bonne action, aucune permission n’est nécessaire. »

Erri De Luca – Le Jour avant le bonheur

Simon says « It’s jeudi ! »

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 14 avril, 2011
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Ce n’est ni mon maître à penser, ni mon maître à danser, mais j’aime bien sa musique, depuis longtemps, et je ne suis pas le seul. Il paraît que Paul Simon n’a pas sorti d’album depuis 2006, ce qui ferait pas mal d’années… Je ne sais pas, je ne m’étais pas aperçu de son silence puisque chaque fois que je mettais un disque sur la platine du Simon sortait des enceintes. Bon, disons que c’est long pour un marchandeur de musique qui veut marchander du frais tout le temps histoire de faire croire que le vieux est trop vieux déjà et plus bon. Bon.

Ce que vaut « So beautiful or so what » je ne sais pas non plus. La chanson titre me glisse dessus, avec un air de déjà entendu « Oh, encore ce genre de truc dominé par la rythmique ? » et il faudra que j’y revienne pour laisser le texte faire son boulot. Parce que dire qu’il faut une vie so trop belle ou à quoi bon ? me laisse un arrière-goût (Papa, vie pas so trop belle, suicide, tout ça…), sauf s’il s’agit de la trouver so trop belle même dans les moments à quoi bon. Enfin, l’avantage d’un nouveau disque c’est qu’on entend Paul Simon parler partout.
Donc aujourd’hui c’est Simon says :

Je pense que le monde est dans un état bien pire qu’en 1969.

Well… merci Paul.

Ce qui compte devient évident. Quand on est jeune, notre écriture est forcément plus maladroite. D’abord parce qu’on ne maîtrise pas encore la technique. Surtout, on manque d’expérience, on n’a pas assez vécu. On est persuadé que nos idées sont neuves et fraîches, elles le sont rarement. Mais c’est normal d’être arrogant et prétentieux quand on est jeune. A un âge avancé, ça devient pathétique. Et impardonnable.

Ouf, il me reste quelque temps avant de devenir pathétique et impardonnable. Mais suis-je encore neuf et frais ? Je vais écouter un peu so trop belle ou à quoi bon et je reviens vous dire.

Les citations sont extraites d’un entretien recueilli par Hugo Cassavetti pour Télérama. Grand-Pa’ Simon parle de son disque ici.

Jeudi critique

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 31 mars, 2011

Le magazine Télérama offre cette semaine une refonte graphique mais aussi (un peu) conceptuelle de son cahier critique. Et introduit le changement par un article rubriqué « Le Débat » et titré « Faut-il brûler les critiques ». De débat il n’y a point, puisque le papier – même signé par Pierre Murat et Juliette Bénabent – est univoque. Mais des idées il y en a, quelques-une offrant matière à citation :

Or, la critique, la vraie, celle à qui il arrive de faire progresser l’opinion, a besoin de place et de temps. (…) Son honneur, il est là. Aujourd’hui, blogueurs de Web et rédacteurs de magazines devraient tous se souvenir que leurs aînés, jadis, ont imposé Bergman. Fellini. Hitchcock. Et que c’est à leur tour d’en découvrir de nouveaux. De les susciter, au besoin, s’ils manquent à l’appel.

Pierre Murat et Juliette Bénabent – Télérama n°3194

D’en découvrir de nouveaux et de les susciter, au besoin ? Autant j’adhère à l’idée que la critique a besoin de temps, de recul, d’analyse et de bagage pour se démarquer du simple « j’aime » / « J’aime pas » accessible à chacun, autant je ne lui reconnais ni le droit ni le talent de provoquer la naissance du « nouveau qui que ce soit dont l’avenir se pâmera ». Ce sera beau, un artiste formaté par la critique !
Et pourtant, qui suis-je, moi, pour siffler le hors-jeu d’un journaliste critique en affirmant que son papier empreint de vérités bonnes à dire sort soudain du droit chemin ?
J’ai l’impression que le problème du critique est un peu le même que celui du politique : on ne croit plus ce qu’ils disent parce qu’on ne sait plus d’où ni de quoi ils parlent, si ce n’est d’eux-mêmes. Alors on fait de la critique dans son coin, entre soi, comme on fait de la politique de comptoir. Ce qui n’a jamais fait progresser les opinions.

Il y a certainement d’autres belles Citations du Jeudi à découvrir en passant un coup de Chiffonnette.

Jeudi qui tremble

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 17 mars, 2011

Retour d’une citation jeudiesque, non pas littéraire mais radiophonique. On peut l’entendre ici, mais voici ce que j’en ai retenu :

… Le député Vert Noël Mamère a d’ailleurs répliqué, cinglant : « Ce qui est indécent, c’est de vendre des centrales nucléaires à Kadhafi ». Pour qu’une catastrophe de ce type ne puisse plus se reproduire à l’avenir, il est sain, utile et responsable de chercher à comprendre et à imaginer comment faire autrement. La solidarité à l’égard des Japonais doit s’accompagner d’un débat digne de ce nom sur le nucléaire, qui mériterait de ce clore par un référendum. Car le sujet est grave : nous devons savoir, et nous devons trancher.

Clémentine Autain – France Culture, 17/03/11

Savoir et trancher : j’aime ça.
J’aime d’autant plus la conclusion de cette chronique, qui appelle non à un simple retrait du nucléaire, mais à beaucoup plus : « Il n’y a pas de sortie de crise sur ce terrain sans un changement radical de nos comportements et de notre modèle de développement… »
Changer est difficile, surtout dans notre culture qui a inventé une fausse permanence. Pourtant, il suffit de se regarder soi-même pour voir que seul le changement est permanent. C’est la règle commune, de la cellule à l’univers.
Refuser de changer conduit seulement à l’accumulation de tensions diverses, jusqu’au craquement, cassure prévisible, obligatoire. Alors, voir notre société non comme un idéal figé qu’il faudrait juste aider – par nos vaillants efforts – à retrouver sa perfection constitutive, mais comme une tectonique de plaques en mouvements et frottements permanents, qui ne se grippent sur une position que pour mieux casser une fois la pression trop forte. Tremblement de terre, tsunami, du Japon à ici les signes ne manquent pas.

 

 

Une des très belles images du blog Tsunami

Paroles de jeudi

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 10 février, 2011
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La démocratie fout le camp, la République est une catin que se payent les financiers par la procuration de leurs valets politiques, plus personne n’a le moindre respect pour nos institutions ni pour leurs garants, et c’est bien mérité, mais…

Mais nous vivons quand même dans un pays où quelqu’un comme Emmanuel Todd a le droit, sur une radio publique (France Culture) pouvant être considérée comme une « certaine voix de la France », de tenir très fort et multiplement, sans qu’on lui coupe le micro ou apporte de contradiction, des propos qui lui auraient valu d’avoir ailleurs la langue tranchée, pour commencer. Mais non, personne ne s’offusque, ça glousse même dans le studio. Florilège (valant citation du jeudi) :

La France méprise Sarkozy, les sondages d’opinion sont là…
C’est toujours le même problème avec le régime Sarkozy, à quel moment il est plus égaré qu’à d’autres…
La droite a un programme de mise au pas sécuritaire qui s’appuie sur les segments âgés de la population. Au-delà des blagues sur les gesticulations de Sarkozy en tant que personne…
Je peux dire que ce type fait n’importe quoi.
On est dans un univers de fou… Je refuse de faire semblant de m’intéresser à ce que va dire Sarkozy ce soir.
Nicolas Sarkozy est quelqu’un qui se couche… C’est un gamin qui débarque dans la cour de récré, qui lâche des boules puantes, et puis après il obéit à la maîtresse.

Yeah, Rock’n Roll !

J’entends encore des gloussements au fond de la classe, mais je vois deux choses dans les paroles de Todd.
D’une part, aussi grippée serrée que soit notre démocratie elle garde encore assez de souplesse pour laisser s’exprimer sur ses ondes des opinions positionnées contre les personnes au pouvoir, à la limite de l’insulte. Donc une certaine satisfaction quant à cette liberté, c’est chouette, jouissons-en. D’autant qu’il s’agit là d’un sociologue et non d’un humoriste assermenté provoc dont le lancé de crotte serait le fonds de commerce. Aujourd’hui, en France, on peut agrémenter un point de vue scientifique d’un lâché de bombabouses sans risque de Bastille.
Ensuite, et après avoir fait taire mes propres gloussements (c’est vrai que ça fait du bien de l’entendre se faire rhabiller pour l’hiver), je me suis demandé si le mépris des institutions était uniquement dû aux errements du pouvoir. Certes, l’attitude et les expressions de notre président incitent à lui répondre sur le même ton, mais quand même. Il a quitté l’estrade sur laquelle sa fonction le plaçait pour descendre dans un caniveau déjà bien encombré. Est-ce qu’on ne se sentirait pas plus grand en le laissant s’y ébattre pour lui répondre au niveau présidentiel qu’il aurait dû conserver ? Des arguments, des idées, un peu de respect même pour ceux qui n’en montrent aucun, bref une fidélité à ce que l’on croit être.
Le mépris est plus contagieux que la démocratie : je recommande l’auto-vaccination.

Self thursday

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 3 février, 2011

Une auto-citation ce jeudi-ci, parce qu’une anthologie parue il y a deux mois manque de visibilité à mon goût (pas qu’elle en trouve beaucoup plus ici, mais au moins j’aurai fait ce que j’aurai pu).

Nous étions des surhommes. La savane douce à nos pieds, le vent toujours indulgent, à nos courses comme à nos rires. Nous étions des Seigneurs. Tout nous donnait plaisir à vivre. La faim trouvait sa chair, la soif toujours sa source. Nous étions grands et forts, et libres autant que libre se peut. La mort même sonnait comme une aventure, heureusement lointaine. Oui, le temps nous était clément. Il nous était compté aussi.

Toumaï Transfert, dans Afrique-s,
anthologie des éditions Parchemins&Traverses

Tous les autres jeudis, chez Chiffonnette.

Jeudi au hasard

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 27 janvier, 2011
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Pour ce jeudi, je pioche au hasard dans un gros livre de ma PàL : La Bibliothèque nomédienne. C’est un collectif au thème intriguant (générer l’histoire, la nature et la littérature d’un archipel caché), avec un copain aux commandes (Alfred Boudry) et des copains au clavier. Et c’est publié depuis 2 ans chez l’Atalante. J’ai ouvert une page au pif, la page 133 :

Je n’en suis pas sûre, c’est peut-être seulement un mythe familial, une de ces vieilles histoires que racontent toutes les familles et qui, à chaque nouvelle récitation, se voient augmenter de quelque chose selon l’humeur de l’orateur ou selon ses besoins d’obtenir quelque chose de la part de ceux qui l’écoutent, approbation, incrédulité, faveurs sexuelles, qui sait ? Bien sûr, dans ma famille, il y a toujours un autre facteur : l’alcool – soyons francs, là -, le degré d’intoxication de l’orateur doit être pris en compte. Mais c’est ma grand-mère – qui n’a jamais taquiné la bouteille, comme on dit – qui m’a raconté l’histoire ; aussi je lui accorde quelque crédit. Et puis, j’ai tout le temps d’y réfléchir, ici sur ce navire en route pour le continent égaré de Nomédie, et quel meilleur sujet de réflexion que cet autre voyage mal organisé ?

 

La Bibliothèque nomédienne – Elémént 9 : l’Expérience impossible, Poppy Burton, traduit de l’anglais par Alfred Boudry

Banque des citations du jeudi : Chiffonnette.

 

 

 

 

La balance du jeudi

Posted in Jeudi par Laurent Gidon sur 20 janvier, 2011
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Je lis en ce moment, à petites gorgées gouleyantes, un pavé que le père Noël a eu la bonne idée de secouer de sa hotte dans mes chaussons. L’auteur y balance à la diable ses souvenirs d’enfant du rock et n’hésite pas à tremper le clavier dans l’acide, à l’occasion. A la fin de cette retranscription partielle d’une rencontre décevante avec un Mick Jagger cacochyme qui marche en s’appuyant douloureusement sur une canne, mes lèvres ont fait ‘Pouffff’ avant de partir dans un long sourire que j’ai envie de partager en ce jeudi, même si c’est méchant.

L’entretien se poursuit ainsi jusqu’à son terme. Pas grand chose à en retenir. Mondanités, papotages de surface. Il s’acharne à parler français, persuadé à tort de maîtriser notre dialecte. On dirait du Birkin deuxième année. Du coup, déjà qu’il n’avait pas grand chose à raconter, il met deux fois plus de temps à le faire. En fait, le seul souvenir marquant de cette journée, c’est la métamorphose de Jagger lorsqu’il monte sur scène, quelques instants plus tard. ça se passerait à Lourdes, on crierait au miracle… Sur le coup des sept heures on était prêt à sonner l’assistance médicale pour lui filer son gâteau de riz… Une demi-heure plus tard, on dirait un jeune pur-sang sortant du box les naseaux fumants. Alors dopage ? Pas dopage ? La différence entre les cyclistes et les rockers, c’est qu’on ne leur fait pas faire pipi au bout de l’épreuve. Et puis, au fond, on s’en fout. Le concert fut stonien en diable, c’est-à-dire foutraque, bordélique, réjouissant, et tellement rodé qu’il ne courait aucun risque de couler une bielle. La vérité de cette métamorphose doriangrayesque est, je crois, beaucoup plus prosaïque. En fait, il s’économisait. Parce que, en plus, Jagger a la réputation d’être un gros radin.

Antoine de Caunes, Dictionnaire amoureux du Rock – Plon

Il n’y a pas qu’Antoine de Caunes qui balance le jeudi : allez voir chez Chiffonnette.

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