Comme ça s'écrit…


Identité duel

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 24 novembre, 2017

Sur le site du journal Le Monde, en introduction à une interview titrée Il n’y a pas de danger pour la santé à réduire la consommation de viande, il est rappelé «l’objectif d’atteindre un régime alimentaire composé de deux tiers de protéines végétales et d’un tiers d’animales», objectif préconisé par un rapport de l’institut Terra Nova.
On voit donc que nous sommes loin d’une approche vegan radicale (pléonasme, le vegan est par nature radical, ce n’est pas l’insulter que de le dire). L’interviewé, directeur de recherche à l’Inserm, rappelle les seuils hebdomadaires (500 grammes de bœuf, porc, veau, mouton et 150 grammes de charcuterie) auxquels les risques de cancers augmentent significativement, précise que ces mêmes risques (et l’obésité) sont réduits par la consommation de fruits, légumes, céréales non raffinées et légumineuses.
Aucune approche culpabilisante ni arrogance scientiste, le chercheur prévenant même que «sur un plan scientifique, on a du mal à donner des chiffres précis mais il est mieux de privilégier les aliments végétaux et de réduire les aliments d’origine animale.»
Bon, rien de nouveau. Ce qui m’a intéressé, ce sont les commentaires.
Ils se partagent de façon assez égale entre ceux qui voient dans l’article une mise en accusation de leur nature de viandards, et ceux qui le trouvent encore trop «pro-viande» puisqu’il faudrait cesser toute exploitation animale. Les deux camps s’écharpent bien sûr, chacun taclant les excès de l’autre tout en incriminant le journal dans sa tiédeur ou son « militantisme bobo ».
Dès qu’on parle de viande, on agresse tout le monde, ceux qui en mangent beaucoup, en mangent peu, n’en mangent pas du tout… Chacun s’identifie à sa consommation personnelle et prend comme une atteinte à son identité tout fait ou opinion un rien discordante.
Je me demande de quelle façon le simple acte de se nourrir est devenu constitutif d’une identité personnelle que l’on est prêt à défendre dès que le sujet est évoqué. Nous sommes ce que nous mangeons, certes, et manger peut devenir un acte militant. Mais devons-nous entrer en guerre dès qu’il est question de notre bouffe ou de celle du voisin ?
C’est un peu comme si notre identité nutritionnelle ne servait plus à nous sentir bien dans notre assiette mais avait une fonction d’opposition : chaque fois qu’il est question de nourriture, on dégaine son identité pour flinguer celle de l’autre.
Est-ce ainsi pour tout ce que nous consommons – du diesel au blockbuster – ou pensons – de l’égalité des sexes à l’existence de Dieu ? Sommes-nous pris dans une incitation au duel permanent, chacun devant être inébranlable sur son identité pour attaquer celle de l’autre, forcément différente, même d’un gramme de steak ?
Pourtant, l’intérêt d’une discussion – même musclée – me semble double : opportunité de convaincre ET occasion de réviser ses arguments, voire d’en changer.
Mais, si tout fait identité, il n’y a plus de discussion possible. Au lieu de dire « je fais comme ci parce que » ou « je pense comme ça parce que » on en vient à « je suis comme ci, ou comme ça » avec le sous-entendu « je suis ce que je suis, ça ne changera pas, tu n’es pas comme moi, il n’y a pas de terrain d’entente, ta différence m’agresse dans mon fondement identitaire, il faut que l’un gagne et l’autre perde. »
Bon, c’est un peu exagéré, je suis prêt à réviser ma position. Mais tout de même…

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Tout en croquant quelques légumes avant la burger party de ce soir, je lis L’écume des jours (oui, j’ai du retard).

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De la vie encordée

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 7 novembre, 2017

Ce samedi à 15 heures une trentaine de coureurs étaient partis, en solo ou par équipe, pour tourner autour du lac pendant 24 heures. Comme ça, sans rien à gagner, rien d’autre que le défi relevé. On pouvait aussi attendre au chaud et partir pour une course de 6 heures, une de 3 heures et une d’1 heure, mais on finirait tous ensemble le lendemain à 15 heures.
Les droits d’inscription et les recettes de la buvette seraient reversés à une association de soutien à la recherche sur les tumeurs de l’enfant : il y avait donc bien une motivation, mais altruiste.
C’est ainsi que l’ami Fred nous avait présenté l’affaire, pour que le club local de grimpe réunisse assez de volontaires et aligne une équipe.
Assez, il y a eu : nous étions 14. L’idée n’était pas de tenir les 24 heures, mais de prendre le départ des 6 heures et de nous relayer jusqu’au tour final le dimanche.
Des grimpeurs, ça s’encorde. D’où l’idée de faire le premier tour ensemble, tous encordés sur le même brin.
Une fois partis au petit trot et réglés les soucis de longueur de corde et de foulée, nous avons trouvé ça suffisamment chouette pour convenir que la corde qui nous liait, nous allions la garder pendant toute l’épreuve. Ce serait notre témoin.


Je n’aime pas courir. Je ne le fais que lorsque je suis pressé, c’est-à-dire pas souvent. Mais là, les copains couraient, la corde nous reliait, je ne pouvais pas juste défaire le nœud et quitter la course. J’ai couru.

Trotter autour d’un lac sous la pluie, dans le vent et la boue, cela tue la conversation et invite à la pensée réflexive.
On en vient vite à se dire des trucs sur la vie, l’univers et tout le reste.
Cette corde, par exemple. En tant que grimpeur on lui confie sa vie aussi sûrement qu’à celui qui nous assure. La corde relie deux personnes, une qui prend un risque et l’autre qui réduit ce risque. Mais elle ne servirait pas à grand-chose si les deux restaient à la maison. Sortir grimper semble à la fois futile et essentiel : aucun intérêt productif à monter seulement pour redescendre, mais aucun intérêt non plus à vivre sans ce lien solide avec au moins une autre personne.
Grimper, c’est un défi qu’on relève seul avec soi-même et qui pourtant nécessite l’absolue présence de l’autre. Plus encore que sa présence, c’est la confiance en l’autre qui est à l’épreuve, par l’intermédiaire de la corde. Grimper encordé, c’est m’élever à la limite de mes possibilités tout en comptant sur toi mon frère pour parer ma chute par ta seule existence. Par elle-même la corde ne peut rien contre la gravité : c’est l’équilibre de ton poids et du mien reliés par la corde, notre égale présence au monde, qui m’empêche de tomber. Je peux aller plus haut car tu es là, merci.
En courant, la corde nous rappelait aussi que ceux de devant pouvaient aider ceux de derrière, non en les tirant, même doucement, mais en leur offrant un rythme, une foulée, une envie à suivre.
La corde disait aussi, avec une fermeté tendue, que l’équipe n’irait jamais plus vite que les plus lents. Cette double pensée toute bête, rapportée à la Macronerie ambiante, montre bien que la théorie des élites ruisselantes ne marche que sur une patte : il y manque la prise en compte des plus faibles pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils pourraient ou devraient être.
L’expérience de la course encordée apporte encore autre chose. Pour l’équipe complète à 14 nous ne disposions que de 40 à 50 centimètres de corde entre deux coureurs. Sans rien avoir à dire ni besoin de tirer dans un sens ou dans l’autre, on s’aperçoit très vite qu’on suit tous le même chemin pour éviter les flaques de boue. La corde courte n’oblige pas à calquer sa course sur le pas de l’autre : cela se trouve naturellement. La proximité, sans doute. Quand on s’encorde, forcément on s’accorde.
Ce sentiment de cohésion se développe chez chacun et dans l’espace restreint qui nous sépare. Cela nous pénètre et nous entoure, comme dit un certain Obiwan. Cela s’éprouve sans qu’il soit nécessaire de l’exprimer : nous avons tous partagé cette émotion d’ensemble, et à part un merci nous n’avons rien eu d’autre à nous dire là-dessus. Mais c’était là, entre nous et en nous. Moi qui n’aime pas courir pour rien, j’ai couru autant pour moi que pour les autres, soit donc pour tout.
Ces quelques impressions paraissent sans doute bien banales et je suis certain qu’il se trouve bien d’autres situations où l’on peut les ressentir. Mais quand elles frappent, c’est tellement plus beau si on peut le dire à quelqu’un.

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Au retour, après une bonne douche, je me suis replongé dans Tiens ferme ta couronne, de Yannick Haenel.

Quelle réussite !?

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 17 octobre, 2017

Après le pommes tombent les noix. Il aurait fallu couper l’herbe plus tôt : les noix s’y enfoncent et il me faut peigner le pré avec les doigts en griffes sous toute la surface couverte par les branches pour en extraire la récolte de l’année. C’est long et salissant, cintrant pour le dos et les genoux. Mais ça libère l’esprit et en y travaillant je pense à quelques mots entendus récemment dans la bouche de notre président, de notre premier ministre et d’autres conseillers bien avisés. Tous parlaient de réussite et de richesse, ainsi que de la nécessité de laisser leur richesse aux riches pour que ceux-ci n’exportent pas leur réussite dans quelque paradis autre.
Je me demande, les mains fouillant l’herbe humide, de quoi ils parlent.
Leur critère de réussite semble être d’avoir accumulé suffisamment de richesse pour qu’il soit nécessaire de s’expatrier afin de n’en être pas spolié par la France avide.
Mais qui réussit ainsi ?
Prenons mon médecin traitant.
Ses premières consultations du matin lui serviront sans doute à payer le loyer du cabinet.
Les suivantes paieront le salaire de la secrétaire.
Plusieurs consultations à 25 euros seront affectées aux frais divers de gestion.
Une fois tout cela réglé, probablement en début d’après-midi, le médecin commencera à gagner de l’argent pour lui-même, argent sur lequel il devra s’acquitter d’impôts et taxes divers avant de pouvoir le dépenser ou l’épargner.
Ce médecin est-il riche ? Je l’espère pour lui. Il a une belle voiture, une belle maison, de beaux habits, tout cela semble confortable.
A-t-il « réussi » selon les termes sans cesse répétés par ceux qui nous dirigent ?
Certes non, puisqu’il n’est pas tenté de fuir la taxation abusive de son capital et de ses revenus en s’expatriant dans un autre paradis.
Il reste, travaille et paye. Échec patent.
Pourtant, notre pays nous dit-on a besoin de ceux qui ont réussi et encore plus de gens qui rêvent de réussir.
Quand on peut découper, vingt minutes par vingt minutes, 25 euros par 25 euros, la structure et l’affectation de ses revenus, on voit bien qu’aucune réussite au sens présidentiel n’est en vue. Même en recevant les patients la nuit aussi on ne fera jamais assez d’argent pour « réussir ».
Un médecin, bien que notable et vivant dans le confort, ne peut donc pas « réussir ».
Si mon médecin avait eu cette ambition-là, s’il avait rêvé de la réussite au sens présidentiel, il aurait fait autre chose et n’aurait pas été médecin.
Il n’aurait pas soigné mon épanchement de sinovie l’hiver dernier.
Sa secrétaire n’aurait pas pris de rendez-vous jusque vers 19h tous les jours de la semaine.
Les malades du village n’auraient pas bénéficié de son écoute patiente ni de sa sûreté de diagnostic.
Les locaux neufs de son cabinet seraient vides et n’auraient peut-être même pas été construits.
Une réussite, à tous points de vue !
Et si un médecin ne peut pas « réussir », soyons certains qu’un dentiste non plus, une ostéopathe, une infirmière, un podologue, un buraliste, un patron de bar, un avocat, une esthéticienne, un opticien, une coiffeuse, un tatoueur, un vétérinaire, un pizzaïolo, une fleuriste, une boulangère… un raton laveur ?
Cette énumération ne doit rien au hasard. Il s’agit de tous ceux qui travaillent dans la rue principale de mon village, tous ceux qui me sont importants au quotidien, tous ceux qui n’ont aucune chance de « réussir » dans leur activité pourtant productive.
Je conçois que l’économie du pays ira beaucoup mieux lorsqu’ils auront tous décidé de « réussir », mais la vie ici, au village, ce sera quoi ?
Peut-être, Monsieur le Président, n’avons-nous pas tant besoin de gens qui rêvent de réussir au point d’être trop riches et décider de fuir.
Et les noix, vais-je réussir à toutes les ramasser avant de les faire passer en Suisse ?

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Une de mes lectures du moment : Eutopia, dans lequel Jean-Marie Defossez tient aux ados quelques discours proches des interrogations de ce billet (réussirons-nous à ne pas tout foutre en l’air ?)

Pleinement soi

Posted in Lecture,Réflexitude par Laurent Gidon sur 25 septembre, 2017
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Je lis dans un magazine ces mots d’un philosophe et historien, directeur d’étude à l’École Pratique des Hautes Études : « Je ne suis enfin devenu pleinement – sa religion – que le jour où… »
Ces mots m’interpellent.
On ne s’occupera pas de savoir quelle est cette religion et ce qui s’est passé « le jour où », mais plutôt de cette affirmation satisfaite de devenir enfin pleinement quelque chose qui n’est, forcément, qu’une catégorie du genre humain. Comment peut-on se sentir pleinement moins qu’humain, pleinement membre d’un sous-groupe d’humains ?
Peut-être en estimant que la seule façon d’être pleinement humain consiste à appartenir à cette sous catégorie, ce sous-groupe, cette religion.
Ce que croit ce monsieur ne me pose pas de problème, c’est son affaire, même si j’ai de mon côté tendance à penser que me sentir pleinement humain nécessite de me débarrasser de toutes les limitations parasites imposées par les religions, mais aussi les idéologies, les nationalités, les genres, les âges, les états physiques ou mentaux. Être pleinement humain me semble revenir à être pleinement moi et te laisser être pleinement toi, humain aussi (je sais on discutera avec prudence de la tolérance aux extrêmes).

Bref, pour être pleinement j’ai plus envie d’inclure que d’exclure.

(c) Arthus-Bertrand, forcément

Je me sens pleinement humain chaque fois que je respire, bouge, rêve, sans avoir besoin de me sentir pleinement « homme » et me séparer ainsi – par exemple – de la catégorie « femme » du genre humain, qui pourtant elle aussi respire, bouge, rêve…
Ce qui me chatouille, dans les mots peut-être un peu hâtifs de l’historien philosophe, c’est que sa façon de se penser pleinement soi dans le cadre restrictif d’une religion est exactement ce que mettent en pratique les fanatiques de tout poil, en particulier ceux qui font pleuvoir le feu et le sang sur le Moyen-Orient, une partie de l’Afrique, quelques points chauds en Asie, ou pratiquent l’attentat meurtrier dans nos vertes et tolérantes contrées (irony point).
Oui, qu’un directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études partage le mode de pensée d’un enturbanné de DAESH, ça me grattouille.
Je fais peut-être trop attention aux mots en tant que vecteurs et façonneurs de pensée.
Mais faire attention aux mots me semble aussi être ce qui permet d’éviter d’en venir aux mains, aux machettes, aux porte-avions nucléaires…

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Les mots des autres que je lis en ce moment sont ceux de Léo Gantelet – auteur voisin – dans son Sacré Félix !

Sens de régression

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 10 septembre, 2017

Innocence en temps de crimes
De quoi suis-je innocent pour entendre les cris du monde et rester silencieux ? La maladie, la guerre, la torture, le simple dénuement, le mépris policier, tout frappe si près de moi. N’ai-je que de la chance ?
De quoi suis-je innocent pour savoir le sang qui coule, l’avenir détruit, la douleur des mères dont les enfants meurent ou tuent, et continuer à vivre tout de même ?

J’avais commencé ainsi un billet que j’ai su très vite ne pas pouvoir mener à son terme. Il me fallait de la paix, l’exprimer au moins, si je ne peux la créer. Alors j’ai débuté un autre texte par :

Message à la paix :
La paix, tu es sympa mais tu m’ennuies.
Tu nous fais croire que tout serait tellement mieux si tu régnais… et pas un instant tu ne t’approches du trône.
C’est agaçant de croire en toi sans jamais te voir. Ton manque d’ambition me désole.

Encore une fois la fin m’échappe. Peut-être la fin dans son acception d’objectif ou de sens… Quel est le sens de ses phrases jetées dans le vide quand les ouragans balaient tout ?
Peut-être faut-il arrêter de parler, de penser, se remettre en action.
Alors je me suis fait un café.

Avant je buvais de rares cafés en poudre parce que nous en avions dans le placard.
Un jour j’ai acheté une cafetière italienne – et donc du café moulu – juste pour entendre le glouglou du café sur le gaz.
Quand j’ai utilisé une cafetière à piston il m’a fallu un moulin pour moudre les grains de façon moins fine. J’achète depuis mon café chez un torréfacteur, afin de varier les provenances. Moudre à la main c’est plus long, mais j’ai un peu l’impression de participer.
Récemment j’ai trouvé du café vert. J’ai essayé de le griller à la casserole, bien qu’on m’ait prévenu du résultat aléatoire et probablement pisseux que j’obtiendrai. Et pourtant c’était délicieux. De la chance, sans doute

En passant de la poudre industrielle jetée dans une tasse d’eau chaude à la graine verte, j’ai allongé le processus.
Il me fallait dix secondes pour un café, j’y consacre maintenant plus de vingt minutes. Le temps, c’est ce qu’on en fait.
L’étape suivante consistera sans doute à remonter jusqu’à l’arbre.
Du point de vue de la mondialisation performante, je vis en pleine régression. Je tourne le dos au progrès et à tout ce qu’il m’apporte.
L’humanité a évolué sur des centaines de milliers d’années et a lancé une sorte de sprint final au siècle dernier pour que je puisse disposer d’un café le temps d’ouvrir un bocal. Et moi, à quelques mètres de la ligne d’arrivée, voilà que je repars en arrière. Content de moi, en plus.
Satisfait du long rituel que j’ai réussi à mettre en place pour que ma tasse de café ait autant de goût que de sens.
J’entends toujours les cris du monde, mais je tiens une tasse de paix chaude entre mes mains, mains qui sont prêtes à se tendre vers celui qui en aura besoin pour partager cette chaleur.
L’étape suivante ? Avancer bien sûr, maintenant que je sais dans quel sens.

Pour accompagner mon café, je relis Le Meurtre de Roger Ackroyd en VO, incité à redécouvrir ce texte grâce à un documentaire vu sur Arte… et à ma mère. Merci.

Inertie manifestante

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 7 septembre, 2017
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Hier, lors de la collation après le don du sang, un type costaud d’une presque cinquantaine d’années s’enflamme lorsque je lui parle de la boulangère bio locale qui offre une énorme brioche à partager aux donneurs : pour lui, même si c’est plus cher chez l’artisan du coin, on a vraiment intérêt à acheter ce qui améliore les choses, ici et maintenant, et pas à chercher le plus bas prix qui nous conduit forcément à des saloperies polluant autant l’environnement que le social. Et puis, il enchaîne et se lâche.
Je lui laisse la parole, parce que je l’ai entendu clamer ce que je défends, ici ou ailleurs, depuis des années :
« Si on ne va pas acheter au supermarché le dimanche, ils n’ouvriront pas le dimanche.
Si on n’achète pas des merdes industrielles, ils arrêteront de les fabriquer.
Si on veut arrêter les saloperies, c’est facile, pas la peine de sortir casser dans la rue.
On peut tout bloquer et les obliger à réfléchir rien qu’en restant chez soi.
On reste chez soi, sans rien acheter, rien consommer, pas d’électricité, de médias, d’Internet, pas d’eau, pas de voiture bien sûr, on ne bouge plus, on s’arrête.
C’est facile. En deux jours on bloque tout, sans risquer de se faire cogner.
En une semaine on force les choses à changer. »
Voilà ce qu’il disait, en substance et de mémoire, pendant que les autres donneurs sanguins plongeaient le nez dans leur café ou leur sandwich, feignant de ne pas se sentir interpellés pour ne pas avoir à se positionner sur le sujet.
Pour ma part, je suis entré dans la discussion, passionné.
À cette idée de blocage passif que j’avais déjà défendue, j’ajoutai l’impératif de solidarité, parce que nous ne sommes pas égaux face à la consommation.
Certains ont besoin d’acheter – des produits ou des services – pour simplement survivre.
L’objectif de blocage convoque alors la nécessité, pour ceux qui ont – du temps, des réserves, de l’espace, des savoir-faire (médicaux par exemples) – de partager avec ceux qui n’ont pas. Et ce sans autre contrepartie que le fait de peser, tous ensemble.
Ce partage ne peut être que local, indépendant de toute forme de communication technologique.
À chacun de faire le compte de ce dont il dispose, et d’être prêt à le partager avec ceux qui, autour de soi, ont les besoins correspondants. Ce qui implique de s’intéresser à ses voisins.
À chacun aussi de faire le compte des activités non-commerciales dont il peut faire bénéficier sa communauté locale.

Manif en cours

C’est tout, c’est simple, il n’y a pas besoin d’attendre de mot d’ordre général ou de provocation présidentielle, pas besoin d’autorisation de la préfecture, pas de risque de débordements violents. Et un retour à l’action réelle.
Car bloquer en restant chez soi ne signifie pas ne rien faire.
Le temps dégagé permet de faire ensemble ce qui avant ne trouvait place que dans les rares loisirs que nous laisse la consommation systématique. Ne rien acheter, mais bouger ensemble, danser, jardiner, écrire, chanter, apprendre, enseigner ce qu’on sait, discuter, échanger, écouter… Peut-être se demander ce qu’on fera après, et se mettre d’accord.
Bref, la base d’une société qui s’est dégagée de la course factice imposée par nos modes de vie actuels.
La rue déserte, la plus efficace des manifestations.
Avec mon collègue donneur, nous sommes convenus de ne rien faire et mettre à disposition tout ce que nous avons.
Les autres ont terminé leur sandwich et leur café sans oser nous regarder. Nous étions dangereux, sans doute.

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Pendant que je manifeste par inertie, je relis toute ma collection de Valérian Agent Spatio-Temporel (qui ne s’appelle « Valérian et Laureline » que depuis L’ordre des Pierres paru en 2007, tant pis pour la polémique bessonosexiste) et je passe regarder le blog tout neuf de Valérie dont je suis l’époux admiratif.

Temps, espace et dimensions

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 28 août, 2017
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Photo FMAC-Paris

Il m’arrive parfois de rêver de choses à faire ou d’objectifs à atteindre dont les critères me semblent inexprimables dans le langage éveillé. J’en garde la trace, le souvenir d’impressions floues mais persistantes, sans pouvoir ni les raconter ni me les expliquer : elles m’échappent totalement. C’est à la fois frustrant et stimulant, comme s’il y avait quelque chose à découvrir là derrière.
Est-ce que, dans la libération inconsciente du rêve, nous parvenons à vivre des expériences d’une autre dimension – quatrième, cinquième – qu’il nous est impossible de ressentir ou même de conceptualiser lorsque nous réintégrons notre conscience limitée à trois dimensions?
J’y repense après une discussion autour du film Interstellar : le temps n’a-t-il qu’une dimension ?
Pour nous, oui, et une seule direction.
Je ne parviens pas à imaginer ce que serait une autre dimension du temps. Même si elle existe, elle m’échappe. Mais si je tente l’analogie avec l’espace, c’est plus facile.
En visualisant le temps comme une droite horizontale, je peux imaginer de lui adjoindre une autre dimension, disons verticale pour faciliter la visualisation : le temps devient alors un plan où mon déplacement apparent dans un seul sens peut prendre tout un éventail de directions différentes.
Le temps – MON temps – serait alors ce que je perçois d’une surface incluse dans ce plan et coupée par mon segment de droite personnel.
Mais mon déplacement dans le temps, vers l’unique direction du futur, qu’est-ce ?
Peut-être le déplacement de ma surface de temps – une sorte de triangle pointe en bas dont l’un des côtés appartient à l’axe vertical, l’autre étant mon segment de temps – le long d’un axe vertical.
Qu’est-ce qui fait se déplacer ma surface temporelle ? Pourquoi pas force gravitationnelle qui l’attire vers le bas ?
De mon point de vue limité je ne me déplace que sur une dimension de cette surface dont la nature même m’échappe et dont je ne vois que l’apparente évolution sur ma dimension temps personnelle.
Il y aurait une autre forme du temps – l’ensemble de cette surface – accessible ou conceptualisable uniquement par un être capable de percevoir les deux dimensions requises. Il pourrait voir alors tout mon temps, avec ses contractions, ses interruptions (sommeil, anesthésie générale, coma), ses extensions, ses multiples chemins possible, son début et sa fin.
Je profite de cette analogie (plan + gravité) pour me demander si, par hasard, les contractions du temps liées à la vitesse ou à la force gravitationnelle, telles que définies par la relativité, ne seraient pas des modifications du temps 2D (changement dans la gravitation) effectives sur notre temps 1D.
Un physicien me dirait probablement que ça n’a rien à voir, que le temps n’est qu’un paramètre, mais en terme d’imagination, c’est fécond. Une façon de faire la paix avec ce qui nous échappe.
La forme de mon temps est-elle déjà entièrement dessinée ?
M’est-il possible (ou à quelqu’un d’autre) d’intervenir sur cette deuxième dimension dont l’idée même me fuit ?
Et le fait de ne pas pouvoir trancher est-il source de terreur ou d’espoir ?
Nombre de mes contemporains se projettent dans une cinquième dimension pour y trouver les moyens d’action ésotériques sur le monde où nous vivons. Ils disent changer d’état de conscience ou accroître leur taux vibratoire pour accéder à ces plans différents liés au nôtre. Ils travaillent beaucoup afin de sauver l’ici et maintenant à partir de cet au-delà.
Il suffirait pourtant de tellement peu pour que, le long de nos trois petites dimensions, nous parvenions à nous entendre.

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Lorsque je ne me baladait pas dans d’autres dimension, j’ai lu avec respect Le Silence même n’est plus à toi, de Asli Erdoğan.

Que faut-il écrire ? Que peut bien faire l’écriture (la tienne), que peut-elle bien mettre en « mots », et au nom de quel monde peut-elle transformer celui-ci ? Jusqu’où peut-elle se baser sur la réalité ?
[…] Si loin qu’elle puisse s’aventurer dans le pays des morts, l’écriture n’en ramènera jamais un seul.

Asli Erdoğan, Le Silence même n’est plus à toi, page 109

Évolution logicielle

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 26 juillet, 2017

J’avais prévu un intéressant développement à partir de faits et d’impressions glanés ici et là – une femme avec un tatouage « vegan » tenant un chien en laisse (le fait-elle brouter ?), l’explosion de joie du public Black lors du verdict innocentant O.J. Simpson (était-ce la revanche des Noirs, ou la victoire d’un mec très riche parfaitement inséré au système blanc), les arguments désaxés des pro et des anti vaccins (chacun tapant à côté de la crainte de l’autre), le silence des foules face aux projets de loi sur le code du travail alors que tous semblaient dans la rue contre El Khomry voici seulement un an… – faits et impressions qui m’incitaient à revoir mes logiciels de pensée.
Mais une simple photo me semble tout résumer.

Photo Valery Hache/AFP

Oui, on peut lire, bronzer et jouer à la plage alors que le feu fait rage à quelques centaines de mètres.
C’est peut-être odieux, des pompiers sont en train de lutter en risquant leur vie juste là, derrière la colline.
Et pourtant…
Que peuvent faire des familles en bob et maillot de bain contre un incendie de forêt ? Rien. C’est la règle de notre civilisation où vivre en société signifie espérer que quelqu’un d’autre fasse le sale boulot, ici même ou plus loin, ailleurs.
Au lieu de s’offusquer ou de ricaner, on peut mettre à jour son logiciel.
J’ai ainsi appris, par une simple recherche Internet, qu’il est aujourd’hui possible de nourrir son animal de compagnie carnivore sans pour autant participer à « l’exploitation « honteuse » et abominable de l’animal, dans des conditions souvent abominables également. » Oui, des croquettes végétariennes pour chiens et chats afin que leurs maîtres vivent en harmonie avec leurs convictions.
Combien de temps des trucs qui peuvent à première vue paraître stupides vont-il le rester avant de devenir la norme ?
La vie me surprendra toujours, je reste à l’affût.

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Ce qui m’a également surpris c’est le Voyage en Misarchie d’Emmanuel Dockès. Pourquoi avoir confié le regard du candide à un crétin dont les préjugés et frasques sexuelles semblent toujours tomber à côté du propos ou le disperser ? Il va encore me falloir réviser un logiciel…

Temps d’oublis

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 25 juin, 2017

Les hannetons sont revenus. Ils sortent littéralement de terre. J’en vois un remonter le long d’un brin de pelouse qui mériterait d’être tondue, essayer ses ailes et s’envoler lourdement. Le vol lourd du hanneton est un cliché, tant pis.
Ils sont des dizaines à tourner autour du noyer, de l’arbre à rien et du vinaigrier. Ils se cherchent, maladroits. Je les entends se cogner dans les feuilles en grésillant des élytres. Sous ces multiples chocs le noyer paraît secoué d’un vent intérieur, ou alors il s’ébroue de ses puces volantes.


Voici cinq ans déjà, la mort prématurée de hannetons mal formés m’avait ému. Ils n’avaient pas pu se reproduire. Leur cycle de vie dure trois ans et je n’arrive pas à me souvenir si l’an dernier ou l’année d’avant j’avais remarqué leur absence.
Cela me rappelle une interview d’Anne-Caroline Prévot sur l’amnésie environnementale générationnelle : de génération en génération, la dégradation de l’environnement augmente, mais chaque nouvelle génération considère l’état de dégradation dans lequel elle vit comme un niveau « normal ». Chacun compare le présent à ce qu’il a connu dans l’enfance, et non par rapport à une situation ou un équilibre antérieurs à sa propre expérience. Cette amnésie collective relève d’une erreur d’initialisation : nous ne prenons pas en compte l’antériorité des conditions du système.
Qui écoute encore son père ou son grand-père radoter sur « c’était mieux avant » et sur ce qui se vivait alors, la qualité de l’air, l’étendue de champs ou de forêts accessibles, la distance à parcourir pour les atteindre, combien de hannetons sortaient de terre ? Si nous avions conservé cette chaîne de mémoire et de savoirs, nous pourrions peut-être mieux mesurer l’état réel de notre présent.
L’humain est équipé pour réagir à un danger immédiat, mais il ne perçoit pas le danger à évolution lente. Au pire il l’ignore, au mieux il s’adapte, sans prendre vraiment conscience de la dégradation des conditions. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard ?
Les hannetons sont revenus cette année, j’ai l’impression que tout va bien. Leur ballet de camionneurs dure une vingtaine de minutes avant qu’ils replongent vers le sol, s’insinuent entre les herbes, disparaissent jusqu’au lendemain soir. C’est le retour du silence. Ah, non : un grillon stridule tout seul. Je ne me souviens pas en avoir entendu si tôt dans la saison.
Effectivement, le lendemain matin mon pote de grimpe Gillou est surpris par le bruit qui s’élève du pré que nous longeons vers la falaise. Comme un sifflement de vent dans les herbes.
Nous nous arrêtons pour écouter mieux. Des grillons, par milliers. Déjà de retour, par 600 mètres d’altitude !
Il paraît que le moustique tigre remonte aussi la vallée du Rhône.
Craindra-t-on bientôt le requin bouledogue dans les Landes ?
Nous nous adapterons en minimisant le changement, puisque dans notre enfance c’était déjà un peu comme ça, et avant nous c’était le Moyen-Âge, non ?
Selon Anne-Caroline Prévot, voilà des décennies que nous disposons de toutes les informations sur la crise de la biodiversité et le bouleversement climatique : pourquoi est-il si difficile de sortir du déni et modifier nos comportements ? Parce que l’information ne suffit pas : il nous faut un contact émotionnel avec la nature pour secouer le carcan des normes sociales qui régissent nos comportements. Nos obligations vis-à-vis du travail, des enfants, de la société, sont plus profondes que l’insertion de surface.
Compter les hannetons, les papillons, chronométrer le retour ou le départ des hirondelles, s’émouvoir d’un retard ou d’une perte, se sentir concerné, voilà qui aide à mieux acheter, mieux se déplacer, mieux vivre dans la réalité. Car chaque geste s’insère soit dans le déni, soit dans la conscience.

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Je lis La Mémoire du Monde, de Stéphanie Janicot, et je vous conseille Le Souci de la Nature, sous la direction de Cynthia Fleury et Anne-Caroline Prévot aux éditions du CNRS.

Jeudi dernier

Posted in Jeudi,Réflexitude par Laurent Gidon sur 21 juin, 2017
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Voilà, c’est fini, plus d’allers-retours vers Faverges, plus de photos au bord du lac. Le onzième des 10 ateliers prévus au collège s’est achevé sur quelques jeux très disputés.
N’ayant plus de discipline à faire je prends mon plaisir à participer. Il faut vraiment se lâcher le crayon pour épater des collégiens avec l’histoire de la lettre K (celle qui a été inventée pour faire des blagues douteuses sur les plaques d’immatriculation en association avec le C).
Je m’amuse, je laisse courir les idées folles tout en gardant un œil sur la montre. « Il ne vous reste que 30 secondes… Attentions… Stop ! Qui a besoin de quelques secondes de plus ? Qui veut lire son texte ? »
Je m’amuse en écoutant l’histoire écrite par d’autres. Je m’amuse en lisant la mienne.
On écrit et on lit, sans crainte de jugement, sans limite d’âge ni de position.
On échange autre chose que du savoir ou de l’autorité, quelque chose qui touche à l’intérieur de chacun, et ça me plaît.
Qu’en est-il des autres participants ? Que sont-ils venus chercher à l’atelier, ces élèves qui autrement seraient allés courir en récréation ou auraient travaillé en étude ?
Pas une promesse de succès, de gloire ou de fortune. Pas même une bonne note.
C’est autre chose qui nous lie et nous enivre parfois.
Cette promesse, peut-être, que chacun saura faire. Chacun suffira à la tâche, quel que soit son talent, son expérience, sa qualité d’être.
En atelier d’écriture il n’y a pas d’erreur possible, pas d’échec. Lorsqu’il suffit à chacun d’écouter ce qui raconte en soi, le simple fait de prendre le crayon ou le clavier est signe indubitable de réussite.
Il n’y a pas d’échec (je le répète, c’est important). Tous ceux qui ont accepté de s’écouter et de laisser couler ont réussi. Et ils savent qu’ils ont réussi, pas besoin de diplôme ou de félicitations. Ils ont suffi.
Et pour chacun, c’est bon à savoir.

Une goutte de miel dépasse sous le couvercle du pot. J’ai l’air de sauter du coq à l’âne, mais non, vous verrez.
Une goutte de miel, donc, à l’air libre. Je regarde une mouche tourner autour et s’y poser. De près, je vois sa petite trompe pomper tant qu’elle peut.
Je me retiens de chasser l’insecte : cette goutte est hors du pot et même si je sais que la mouche y injecte des millions de bactéries elle ne contaminera pas le reste du miel.
Je regarde de plus près, la mouche ne bouge pas et pompe. J’approche mon doigt. Je touche ses ailes. La mouche pompe tant et plus, ivre de miel. Elle ne voit pas la menace. Je peux la caresser, la déplacer, elle tourne autour de sa trompe et néglige tous les signes de danger, droguée au miel. Je finis par la décoller d’une chiquenaude, sans qu’elle réagisse.
Quelles sont les promesses qui nous enivrent au point que nous n’arrivions plus à voir les doigts qui nous manipulent ?
Qu’avons-nous cru, collectivement, lors des dernières élections ? Quel miel de renouveau, de succès, de grandeur, avons-nous pompé benoîtement ?
La course à la fortune de quelques-uns est une usine à perdants. Ivres de ce miel, nous ne voyons pas ce qui va nous éjecter d’une chiquenaude.
Pourtant, la vie pourrait être un atelier d’écriture.
Un espace-temps privilégié où chacun s’écouterait, en profondeur, et écrirait sa vie comme il l’entend. Celui qui court après le succès ou la croissance se retrouverait vite à courir seul, à la poursuite de ses chimères.
Les autres le regarderaient avec bienveillance tant que l’homme au grand projet ne se mettrait pas en tête de les faire tous courir avec lui, ou pour lui.
Ce serait chouette.
Et c’est possible.

Après l’atelier je suis allé grimper sur une falaise en dalle pas loin du lac, avant d’y plonger avec bonheur, ivre de sa fraîcheur.
L’autostoppeur du retour était bien d’accord avec moi : quelques plaisirs simples qui n’enlèvent rien à personne rendent la vie plus belle et plus digne. J’ai fait un détour pour le poser plus près de sa destination.
Du temps, j’en avais. Et il m’en reste encore pas mal.

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Mon miel du moment c’est le dernier Pennac, sans ivresse particulière. Je vais me mettre en quête de Voyage en Misarchie d’Emmanuel Dockès aux éditions du Détour, après en avoir entendu parler ici.

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