Comme ça s'écrit…


Temps d’oublis

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 25 juin, 2017

Les hannetons sont revenus. Ils sortent littéralement de terre. J’en vois un remonter le long d’un brin de pelouse qui mériterait d’être tondue, essayer ses ailes et s’envoler lourdement. Le vol lourd du hanneton est un cliché, tant pis.
Ils sont des dizaines à tourner autour du noyer, de l’arbre à rien et du vinaigrier. Ils se cherchent, maladroits. Je les entends se cogner dans les feuilles en grésillant des élytres. Sous ces multiples chocs le noyer paraît secoué d’un vent intérieur, ou alors il s’ébroue de ses puces volantes.


Voici cinq ans déjà, la mort prématurée de hannetons mal formés m’avait ému. Ils n’avaient pas pu se reproduire. Leur cycle de vie dure trois ans et je n’arrive pas à me souvenir si l’an dernier ou l’année d’avant j’avais remarqué leur absence.
Cela me rappelle une interview d’Anne-Caroline Prévot sur l’amnésie environnementale générationnelle : de génération en génération, la dégradation de l’environnement augmente, mais chaque nouvelle génération considère l’état de dégradation dans lequel elle vit comme un niveau « normal ». Chacun compare le présent à ce qu’il a connu dans l’enfance, et non par rapport à une situation ou un équilibre antérieurs à sa propre expérience. Cette amnésie collective relève d’une erreur d’initialisation : nous ne prenons pas en compte l’antériorité des conditions du système.
Qui écoute encore son père ou son grand-père radoter sur « c’était mieux avant » et sur ce qui se vivait alors, la qualité de l’air, l’étendue de champs ou de forêts accessibles, la distance à parcourir pour les atteindre, combien de hannetons sortaient de terre ? Si nous avions conservé cette chaîne de mémoire et de savoirs, nous pourrions peut-être mieux mesurer l’état réel de notre présent.
L’humain est équipé pour réagir à un danger immédiat, mais il ne perçoit pas le danger à évolution lente. Au pire il l’ignore, au mieux il s’adapte, sans prendre vraiment conscience de la dégradation des conditions. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard ?
Les hannetons sont revenus cette année, j’ai l’impression que tout va bien. Leur ballet de camionneurs dure une vingtaine de minutes avant qu’ils replongent vers le sol, s’insinuent entre les herbes, disparaissent jusqu’au lendemain soir. C’est le retour du silence. Ah, non : un grillon stridule tout seul. Je ne me souviens pas en avoir entendu si tôt dans la saison.
Effectivement, le lendemain matin mon pote de grimpe Gillou est surpris par le bruit qui s’élève du pré que nous longeons vers la falaise. Comme un sifflement de vent dans les herbes.
Nous nous arrêtons pour écouter mieux. Des grillons, par milliers. Déjà de retour, par 600 mètres d’altitude !
Il paraît que le moustique tigre remonte aussi la vallée du Rhône.
Craindra-t-on bientôt le requin bouledogue dans les Landes ?
Nous nous adapterons en minimisant le changement, puisque dans notre enfance c’était déjà un peu comme ça, et avant nous c’était le Moyen-Âge, non ?
Selon Anne-Caroline Prévot, voilà des décennies que nous disposons de toutes les informations sur la crise de la biodiversité et le bouleversement climatique : pourquoi est-il si difficile de sortir du déni et modifier nos comportements ? Parce que l’information ne suffit pas : il nous faut un contact émotionnel avec la nature pour secouer le carcan des normes sociales qui régissent nos comportements. Nos obligations vis-à-vis du travail, des enfants, de la société, sont plus profondes que l’insertion de surface.
Compter les hannetons, les papillons, chronométrer le retour ou le départ des hirondelles, s’émouvoir d’un retard ou d’une perte, se sentir concerné, voilà qui aide à mieux acheter, mieux se déplacer, mieux vivre dans la réalité. Car chaque geste s’insère soit dans le déni, soit dans la conscience.

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Je lis La Mémoire du Monde, de Stéphanie Janicot, et je vous conseille Le Souci de la Nature, sous la direction de Cynthia Fleury et Anne-Caroline Prévot aux éditions du CNRS.

Jeudi dernier

Posted in Jeudi,Réflexitude par Laurent Gidon sur 21 juin, 2017
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Voilà, c’est fini, plus d’allers-retours vers Faverges, plus de photos au bord du lac. Le onzième des 10 ateliers prévus au collège s’est achevé sur quelques jeux très disputés.
N’ayant plus de discipline à faire je prends mon plaisir à participer. Il faut vraiment se lâcher le crayon pour épater des collégiens avec l’histoire de la lettre K (celle qui a été inventée pour faire des blagues douteuses sur les plaques d’immatriculation en association avec le C).
Je m’amuse, je laisse courir les idées folles tout en gardant un œil sur la montre. « Il ne vous reste que 30 secondes… Attentions… Stop ! Qui a besoin de quelques secondes de plus ? Qui veut lire son texte ? »
Je m’amuse en écoutant l’histoire écrite par d’autres. Je m’amuse en lisant la mienne.
On écrit et on lit, sans crainte de jugement, sans limite d’âge ni de position.
On échange autre chose que du savoir ou de l’autorité, quelque chose qui touche à l’intérieur de chacun, et ça me plaît.
Qu’en est-il des autres participants ? Que sont-ils venus chercher à l’atelier, ces élèves qui autrement seraient allés courir en récréation ou auraient travaillé en étude ?
Pas une promesse de succès, de gloire ou de fortune. Pas même une bonne note.
C’est autre chose qui nous lie et nous enivre parfois.
Cette promesse, peut-être, que chacun saura faire. Chacun suffira à la tâche, quel que soit son talent, son expérience, sa qualité d’être.
En atelier d’écriture il n’y a pas d’erreur possible, pas d’échec. Lorsqu’il suffit à chacun d’écouter ce qui raconte en soi, le simple fait de prendre le crayon ou le clavier est signe indubitable de réussite.
Il n’y a pas d’échec (je le répète, c’est important). Tous ceux qui ont accepté de s’écouter et de laisser couler ont réussi. Et ils savent qu’ils ont réussi, pas besoin de diplôme ou de félicitations. Ils ont suffi.
Et pour chacun, c’est bon à savoir.

Une goutte de miel dépasse sous le couvercle du pot. J’ai l’air de sauter du coq à l’âne, mais non, vous verrez.
Une goutte de miel, donc, à l’air libre. Je regarde une mouche tourner autour et s’y poser. De près, je vois sa petite trompe pomper tant qu’elle peut.
Je me retiens de chasser l’insecte : cette goutte est hors du pot et même si je sais que la mouche y injecte des millions de bactéries elle ne contaminera pas le reste du miel.
Je regarde de plus près, la mouche ne bouge pas et pompe. J’approche mon doigt. Je touche ses ailes. La mouche pompe tant et plus, ivre de miel. Elle ne voit pas la menace. Je peux la caresser, la déplacer, elle tourne autour de sa trompe et néglige tous les signes de danger, droguée au miel. Je finis par la décoller d’une chiquenaude, sans qu’elle réagisse.
Quelles sont les promesses qui nous enivrent au point que nous n’arrivions plus à voir les doigts qui nous manipulent ?
Qu’avons-nous cru, collectivement, lors des dernières élections ? Quel miel de renouveau, de succès, de grandeur, avons-nous pompé benoîtement ?
La course à la fortune de quelques-uns est une usine à perdants. Ivres de ce miel, nous ne voyons pas ce qui va nous éjecter d’une chiquenaude.
Pourtant, la vie pourrait être un atelier d’écriture.
Un espace-temps privilégié où chacun s’écouterait, en profondeur, et écrirait sa vie comme il l’entend. Celui qui court après le succès ou la croissance se retrouverait vite à courir seul, à la poursuite de ses chimères.
Les autres le regarderaient avec bienveillance tant que l’homme au grand projet ne se mettrait pas en tête de les faire tous courir avec lui, ou pour lui.
Ce serait chouette.
Et c’est possible.

Après l’atelier je suis allé grimper sur une falaise en dalle pas loin du lac, avant d’y plonger avec bonheur, ivre de sa fraîcheur.
L’autostoppeur du retour était bien d’accord avec moi : quelques plaisirs simples qui n’enlèvent rien à personne rendent la vie plus belle et plus digne. J’ai fait un détour pour le poser plus près de sa destination.
Du temps, j’en avais. Et il m’en reste encore pas mal.

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Mon miel du moment c’est le dernier Pennac, sans ivresse particulière. Je vais me mettre en quête de Voyage en Misarchie d’Emmanuel Dockès aux éditions du Détour, après en avoir entendu parler ici.

Pourquoi lui, malgré tout

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 1 mai, 2017
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Près de chez moi j’ai vu quelques affiches sauvages d’un candidat au second tour des Présidentielles.
Petit aparté : je donne d’avance mon prochain vote au premier candidat environnemental qui promettra dès le début de sa campagne – et qui tiendra promesse – de ne pas coller ou faire coller la moindre affiche sauvage.
Donc, cette affiche énonce un slogan sous forme de rapprochement entre le nom du mouvement dudit candidat, et le pays dont il brigue la présidence.
C’est adroit, mais il avait le choix entre deux façons de les combiner, et il a choisi la mauvaise, forme de lapsus révélateur.
« La France En Marche », c’est un peu vieillot et on peut y lire la description d’un pays à deux vitesses, une partie en marche à laquelle s’adresse le candidat, et l’autre à l’arrêt, tant pis pour vous. D’ailleurs, n’est-ce pas un peu sa promesse ? Mais bon, il y avait aussi l’idée de France qui bouge, toute la France, c’était pas mal. Raté, le randonneur s’est trompé.
Il a choisi « En Marche, La France ! » que je ne peux m’empêcher de lire comme une injonction de cocher à son attelage.
Allez, hue ma France !
Et nous, les bourrins, de piétiner sous la cravache, et de nous évertuer à garder le carrosse en mouvement, les œillères bien ajustées pour ne pas voir où nous allons, mais les oreilles dégagées pour bien entendre le claquement du fouet. Belle promesse, bien joué. Celle-ci, je sens qu’il va la tenir.

Un moment, j’ai caressé l’idée de voter blanc, puisque les votes blancs sont désormais comptabilisés, ce qui n’a rien à voir avec l’abstention. Une façon de dire « ni l’un, ni l’autre » et d’être entendu.
Mais j’ai changé d’avis.
Entre la peste brune et le choléra libéral j’apprécie d’avoir encore le choix, et ce choix je vais le faire valoir. Lorsqu’une candidate se présente comme la seule solution pour vivre entre Français, on peut être certain qu’une fois au pouvoir elle s’arrangera effectivement pour faire disparaître les autres solutions. Je ne veux pas cela, je voterai donc, pour l’autre.

La Farce Tranquille ?

En redescendant de la montagne où j’étais allé trotter à la rencontre des chamois, je suis tombé sur cette vue de mon village qui m’a rappelé l’affiche de M. Miterrand en 1981.
Sauf qu’aujourd’hui le slogan serait « La Farce Tranquille ».

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Avant d’aller voter, je lis L’Origine des Victoires, de Ugo Bellagamba.

Ce qui compte, ce qu’on vit

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 19 avril, 2017
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Si j’étais candidat à la présidentielle, je crois que j’en profiterais pour parler de la vie des gens et de ce dont ils ont besoin pour vivre heureux, en parler sans violence de langage, au lieu de me positionner sur les deux seuls grands sujets qui semblent s’imposer : l’économie et l’allégeance à Trump ou Poutine via l’Europe.
Trump ou Poutine ? Je n’ai pas d’avis, j’évacue la question. Reste l’économie. Qui n’a rien à voir avec la vie des gens.
La vie des gens, c’est d’abord le temps qu’ils passent au travail – ou à chercher du travail, ou même à ne pas trouver de travail – et c’est donc un sujet de droit du travail, pas d’économie.
Pareil pour ce que les gens gagnent en travaillant – par exemple évoquer un salaire minimal pour la plus petite durée de travail hebdomadaire et non pour ce qu’on appelle un temps plein – ce qui est encore un sujet de droit du travail, pas d’économie.
Oui, les gens ont besoin de temps et d’argent pour vivre, et si l’économie actuelle ne leur fournit pas ce temps et cet argent, c’est qu’elle ne fait pas son travail. Il faut chercher ailleurs. L’économie n’est qu’un moyen, pas une fin.
La vie des gens, c’est aussi se loger, avoir de la place, de la lumière, au sec, au chaud l’hiver et au frais l’été… ce qui n’est pas non plus un sujet économique. Tolérer que certains vivent dehors ou dans des conditions moyenâgeuses n’est pas une question de coûts ou de moyens : c’est une question de choix moral. Donc de droit. La ramener dans le domaine restreint de l’économie actuelle tue le débat, restreint le choix, escamote les responsabilités et la morale, fait croire qu’il n’y a pas d’alternative : on ne pourrait pas. C’est faux. On peut. Mais on préfère regarder ailleurs.
Parler de ce que les gens vivent à l’école aussi. Oui, les élèves comme les professeurs sont des gens, dont la vie est façonnée par l’école, le collège, le lycée. S’ils y sont malheureux, ce n’est pas une question de moyens ou de budget. C’est parce que l’on a mal répondu à la question : à quoi sert l’éducation nationale ? Ce n’est pas l’économiste qui nous donnera la réponse, ne le laissons pas s’emparer de la question.
Parler aussi de ce que vivent les gens en prison. Oui, les incarcérés et les surveillants sont des gens. Qu’ils soient malheureux en prison n’est pas une question économique, c’est une question de morale, et de droit. Alors que plusieurs pays européens se détournent de la prison comme réponse unique, il semblerait que le sujet ne soit abordé en France que sous l’angle comptable : combien de places, combien ça coûte. Ce n’est pas de cela que vivent les gens.
Parler de l’air que les gens respirent, de l’eau qu’ils boivent, de la nourriture qu’ils ingèrent, de la santé qu’ils perdent, ce n’est pas une question économique. C’est une question d’environnement, de transports, d’agriculture, de soins. Donc de choix et de droit. L’économie n’arrive qu’au second plan, pour nous aider à mettre nos choix et nos droits en œuvre. Pas pour nous limiter a priori.
Si j’étais candidat à la présidentielle, je crois que je mettrais les Français devant leurs vrais choix, leurs vraies responsabilités, leurs vrais droits, leur vraie vie.
Et j’inviterais à se taire tous les économistes qui ont réussi à nous faire croire que leur discipline – tellement compliquée que nous serions incapables d’y rien comprendre, vu qu’eux-mêmes…* – est la seule réponse à la seule question que poserait le monde.

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Comme je ne suis pas candidat à la présidentielle, j’ai le temps de lire Cet Instant-là, de Douglas Kennedy.

* J’ai eu par mes études, une assez bonne formation en économie, culture fondamentale que j’entretiens et mets à jour régulièrement. Je me permets donc de vous conseiller, outre l’Antimanuel d’économie du regretté Bernard Maris, les Mythologies économiques de Éloi Laurent : vous gagnerez un temps précieux et pourrez vite penser à autre chose.

Jeudi n°5… et pourquoi « pas lui ».

Posted in Jeudi,Réflexitude par Laurent Gidon sur 9 avril, 2017
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Il y a parmi les candidats un présidentiable dont le programme économique est tout à mon avantage personnel. En tant que profession libérale j’y gagnerais beaucoup. Et pourtant je ne voterai pas pour lui.
Pourquoi pas lui ? Parce qu’il ne veut pas mettre la France en marche, mais bien tous les Français dans une course stupide. Grâce à cette compétition permanente, il espère que les plus rapides d’entre nous se détacheront du peloton et parviendront à courir à la vitesse du monde. Stupide car nous irons encore plus vite dans le mur, aveuglés de surcroît par cette illusion de victoire, tout en laissant, distancés sur le côté, toujours plus de Français au pas plus lent mais plus sûr.
Toute victoire ne fait que fabriquer des perdants.
Ce n’est pas cela, l’avenir que je souhaite et auquel je travaille.
Nous en avons parlé indirectement dans la voiture pour Faverges ce jeudi. Je véhiculais Pierre, réalisateur et animateur d’ateliers audiovisuels, et Simon, en service civique auprès de l’association le Labo des Histoires.
Au cours de nos échanges pas pressés – nous nous sommes arrêtés pour la photo rituelle du château de Duingt – nous sommes convenus que non, l’important dans nos ateliers n’était pas le résultat restitué dans les temps mais la qualité du lien créé, et sa pérennité. Ce qui dure après nous.
Ce qui durera après la course présidentielle, ce ne peut pas être la défiance et le goût du mensonge.
Les débats officiels cachent ce qui relie les électeurs hébétés ou convaincus : nous n’en sortirons que par le haut, mais pas en courant après les ouineurs, attisés par les fausses règles libérales.
Dans la course présidentielle, on nous agite un épouvantail à poil blond pour bien nous pousser à fuir la réalité, en courant. Mais courir derrière celui-ci pour échapper à celle-là n’a rien d’une solution sans alternative. Il suffirait peut-être de s’arrêter un moment.
Notre course économique ne le permet pas. Il faut travailler, tout le temps, parce que même nos pauses, nos week-ends, nos vacances, ne se font que sur l’exploitation du travail des autres.
Certaines communautés vivent autrement. Le jour de repos est consacré, justement, à ne pas travailler pour de l’argent, à ne rien faire d’économique.
Se retrouver pour discuter spiritualité, philosophie, arts ou ce qu’on veut : oui. Payer quelqu’un pour animer cela, non.
Partager un repas préparé ensemble ou séparément, oui. Payer les cuisiniers et les serveurs d’un resto : non. Peindre, faire de la musique, lire, jouer une pièce de théâtre, parcourir la nature les sens grands ouverts : oui. Payer des musiciens, des acteurs, des accompagnateurs… non.
C’est la pause du porte-monnaie. On fait ou on ne fait pas, mais on n’achète pas. Le lien se joue sur un autre critère que l’argent des uns et le besoin des autres d’en gagner.
Voilà, pour sortir de cette course, pour reprendre le temps d’être avec les autres, voilà pourquoi pas lui.

Les « Malgré Tout »

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 28 mars, 2017

Dans la presse, sur Internet et peut-être même dans les meetings, la campagne fait mollement rage.
Est-ce le brassage quotidien des programmes et des révélations qui éteint l’enthousiasme aussi fort que l’indignation ? On se laisse porter.  On attend l’isoloir sans plus y croire. Malgré soi et ses rêves.
Il y a eu les « malgré nous » incorporés de force dans l’armée allemande. Sommes-nous les « malgré tout » de ce temps qui nous incorpore à une bêtise d’une tout autre échelle ? Le monde, rien de moins. Et l’avenir tout entier.

En ouvrant les volets ce matin-là j’ai frissonné de plaisir à l’inspiration du premier bol d’air. Jour de printemps, radieux.
Les saisons se foutent de nos avanies électorales. La nature au réveil devrait nous rappeler le peu d’importance de nos emportements circonstanciels.
Les jonquilles redressent la tête sans souci des dégâts que nous infligeons au climat. Ou peut-être s’en soucient-elles mais, malgré tout…
Ce malgré tout qui nous fait nous lever, nous fera sortir voter, nous fera croiser nos voisins humains quel que soit le résultat des urnes, lequel de toute façon tombera à côté.
Malgré tout les volets s’ouvriront et l’air vif ravira mes poumons.
Nous passerons ; quelque chose continuera. Malgré nous.
Et pourtant, nous pourrions.

Il faudrait sortir de la sidération et des idées imposées.
Quelle idée, d’ailleurs, que de vouloir « faire barrage » au Front National !
Un parti s’appelant Front est déjà un barrage à lui tout seul.
Un front contre ce qui est autre, contre ce qui complète ou interroge, contre ce qui est facile à désigner comme ennemi.
Un front contre les questions, contre les nuances, contre l’évolution.
Un Front sidérateur, coup de boule contre la pensée personnelle qui pourrait se déployer derrière l’os convexe de chacun.
Au lieu d’ouvrir de vraies pistes de solution, nos autres candidats réclament notre vote utile et se réclament de barrer la route à une barrière.
Faire barrage au Front : pléonasme politique ! L’inutilité à plein mots, l’inaction batailleuse. Front contre Front.

Face à ce bégaiement du barrage je ne vois que le bief comme alternative. Un canal de dérivation qui relâche la pression en proposant une voie de sortie. Une soupape à idées.
En cessant de fixer l’épouvantail à pensée, nous pourrions nous poser avec justesse sur le monde comme dans nos vies.
Sortir de ce qui nous peine, de l’économie piège, du combat permanent, du confort écrasant, des saloperies cachées.
Oser des évolutions qui ne ménageraient pas la chèvre et le chou mais donneraient un cap enviable.
Oser la proposition d’écoute et de rapprochement au lieu de s’insoumettre à un sempiternel combat.
Pas de facilité immédiate, non, mais au moins de quoi participer, au lieu d’envier ou haïr.
Parier sur la bonne volonté, même chez ceux qui profitent à outrance : ils y viendront.
Réveiller les vrais besoins et savoir pourquoi on se lève, on se parle, on se déplace, on produit. Avoir enfin une bonne raison de se reposer, un vrai pourquoi.

Pourquoi ? Aïe, aïe, aïe ! Oui, oser la question du sens, mais pas seulement la nuit, pas seulement debout.
Et écouter les réponses, toutes les réponses, les faire jouer ensemble : jamais il n’y a de solution unique. Ne pas chercher le consensus, mais l’interculturalité.
Retrouver une culture que l’on pratique au lieu d’en promouvoir le spectacle béant.
On saurait pourquoi on se lève : pour chanter ensemble, jouer ensemble, écrire ensemble, cuisiner ensemble, et bien sûr pour apprendre les gestes et les sensations, apprendre à faire à plusieurs sans pour autant cesser d’être soi. Être un peu fiers enfin de ce que l’on fait plus que de ce que l’on croit.

Et cela ne coûterait pas tant. Juste du temps, et il y en a.
Malgré tout, malgré la course, la compétition, les menaces, les convoitises, les ambitions, les faiblesses, les jalousies, malgré tout nous pourrions. Erreur : nous pouvons !
Mais pas malgré nous : cette responsabilité est la nôtre. Même les urnes ne peuvent nous en dépouiller.
Malgré tout, il faudra bien assumer notre responsabilité et relever la tête.
Les jonquilles y arrivent, pourquoi pas nous ?

Très Chère Politique

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 1 février, 2017
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Première image sortie par une recherche sur le mot

Première image sortie par une recherche sur le mot « politique »

Chers, très chers femmes et hommes politiques (faut-il accorder en nombre ? allez savoir…), voici pourquoi vous m’êtes si chers alors que vous battez la campagne.
Tout d’abord, réglons son compte à l’acception financière : tout ce que vous proclamez, décidez, engagez, gagnez, dépensez, s’est fait et se fera à mes frais. Les politiques sont mes employés. N’y voyez pas un aveu d’imposition, voire d’ISF. Entre la TVA, les taxes locales et la CSG à tous les étages chacun paie pour la politique, et c’est très bien, c’est notre affaire à tous.
Le drame serait que notre droit de regard se limite aux élections. Ne puis-je garder un œil sur vos repas, vos émoluments, vos retraites, vos conflits d’intérêt, vos budgets de fonctionnement ? En cela pourtant vous me coûtez très cher.
Vous m’êtes chers car vous prenez en charge ce qui m’incombe mais dont je ne veux pas m’alourdir. Ceux qui proclament ne pas vouloir faire de politique car « c’est tous pourris et compagnie » ne font qu’entériner sans s’excuser en rien.
Vous m’êtes chers car vous représentez à grande échelle les mamans et papas dont j’ai besoin aussi bien pour m’enthousiasmer que pour râler. Grâce à vous, à vos grandes positions, à vos petites phrases, je reste un perpétuel adolescent disposant d’un réservoir inépuisable de repoussoirs pour passer ma crise.
Vous m’êtes chers car du marigot où vous frétillez se dresse parfois une figure, une personnalité complexe mais droite, un discours et des actes qui me donnent envie de dire oui, au lieu de si souvent non, non, non ! Il en faut de la friction et du fumier pour que cette figure émerge, sinon elle ferait comme moi et resterait au fond, à râler sans se mouiller, croyant ne pas se salir.
Vous m’êtes chers car même si les plus lointains d’entre vous occupent les médias, d’autres plus proches me sont accessibles. Ces femmes et ces hommes vivent là, près de chez moi, et travaillent à faire de ce chez moi un lieu où je peux vivre aussi. Elles et ils font ce que je ne veux pas faire, décider de l’heure du passage des éboueurs comme de l’affectation des crédits à mon mur d’escalade ou l’autorisation de telle parcelle à la construction, faire tourner la cantine comme la ronde policière qui rassure mes voisins, prendre langue avec les communes d’à côté pour tenter de résorber les bouchons quotidiens vers la grande ville et retour (laissez tomber, vous n’y arriverez pas, les conducteurs du matin et du soir adorent leur voiture et le temps qu’ils y passent).
Vous m’êtes chers parce que, pour gérer ces petites questions qui pourtant sont les plus influentes sur ma vie de tous les jours, vous écoutez, réfléchissez, proposez, réécoutez, réfléchissez encore, au lieu de disposer de solutions toutes faites comme la plupart d’entre nous, nous qui ne faisons rien pour nous mettre d’accord, mais savons tout et le clamons au comptoir avec de grands gestes définitifs.
Vous m’êtes chers enfin car, au moment où vos errements incitent le plus grand nombre à ne plus croire en rien et encore moins en vous, je vois justement une opportunité à partager : vous rejoindre, prendre notre part, agir aussi et ne plus seulement contester.
Très chère politique, tu peux compter sur nous. Peut-être pas dans les urnes, il ne faut pas exagérer, mais sur le terrain, là où ça se passe. À tout de suite.

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Ayant laissé à mes vœux tout le mois de janvier pour s’exprimer, je me retrouve en février à lire Le Dieu Fleuve, de Wilbur Smith.

Ce contrebandier de Clint !

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 20 septembre, 2016
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1999, Clint Eastwood produit, réalise et joue dans True Crime, en français Jugé Coupable.

McCormack-Eastwood

McCormack-Eastwood

Dans une des premières scènes, il séduit une collègue journaliste, personnage joué par Mary MacCormack. La femme, bien que très tentée, finit par refuser l’invitation et laisser la star seule au bar.
En 1999, Eastwood  a 69 ans.
Mary MacCormack n’a elle que 30 ans.
Si elle le repousse, ce n’est pas parce que Clint affiche plus du double de son âge, mais parce qu’il est marié et que ce serait une bêtise. Ce qui ne la sauvera pas puisqu’elle meurt dans la séquence suivante.
Le lendemain, la caméra saisit Clint au lit avec une autre femme d’une trentaine d’années, jouant l’épouse du supérieur de la star.
Plus tard dans le film, Clint entre dans une épicerie où une jeune fille habillée d’un boléro de Skaï noir des plus révélateurs se retourne sur lui et le détaille d’un air gourmand. Elle a la vingtaine mais craque visiblement au premier coup d’œil pour se presque septuagénaire.
Enfin, on découvre l’épouse acariâtre du personnage de Clint, incarnée par Diane Venora, 47 ans à l’époque, donc de plus de vingt ans sa cadette.
Si elle lui en veut c’est parce qu’il ne s’occupe pas assez de leur fille de 5 ans.
Parce que, oui, à 69 ans, Clint n’est pas à la retraite mais demeure un journaliste plein d’allant qui parviendra malgré une cuite sévère à sauver le coupable (qui donc ne l’était pas, désolé si je spoile).
La séquence finale voit Clint tenter encore une passe de séduction sur une vendeuse (incarnée par Lucy Liu, 30 ans à l’époque), laquelle, charmée, ne refuse que parce qu’elle a déjà un petit ami.
True Crime relate efficacement l’enquête expresse d’un journaliste qui tente de sauver un condamné à mort quelques heures avant l’exécution. Pourquoi avoir parsemé le film d’autant de scènes parasites laissant entendre qu’un homme plus que mûr représente le fantasme sexuel de toute femme le croisant ?
Quel message Clint voulait-il faire passer ?
Je ne sais pas. Si cela se trouve, c’est un simple réflexe ancré par un siècle de cinéma, hollywoodien ou non. Comme l’avait dit Virginie Despentes lorsqu’on lui demandait s’il avait été difficile de faire jouer des scènes lesbiennes à Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle dans Bye Bye Blondie : elle rétorque en substance qu’il lui aurait été beaucoup plus difficile de leur faire simuler la gérontophilie en les pendant au cou de stars masculines cacochymes rendues irrésistibles par la magie du scénario, ainsi que cela se pratique tant dans le cinéma de mecs. La gérontophilie passant comme plus normale que l’homosexualité.
Et c’est peut-être là le message glissé en contrebande par Clint Eastwood : on vous fait croire n’importe quoi, sans que vous vous en rendiez compte.
Pour que la gérontophilie des starlettes devienne un cliché invisible, il a fallu frapper fort et longtemps.
Mais c’est réussi, on marche, Grace Kelly (1929) craque toujours pour Cary Grant (1904) ou James Stewart (1908), qui sont siiiii craquants avec leur charme grisonnant.
L’inverse ferait rire ou signerait un drame de l’attachement au passé (Sunset Boulevard ou Fedora, sacré Billy !) et ce serait LE sujet du film.
Quand un plan impitoyable montre Clint torse nu, affichant tout l’impact de l’âge sur sa chair, je me dis qu’en tant que metteur en scène il a voulu cela.
Il n’est pas dégoûtant, il est juste très vieux, cela se voit et accentue le décalage avec la fraîcheur de la jeune femme en nuisette allongée sur le lit. Que remarque le spectateur ? Que Clint n’est pas si mal conservé, peut-être.
Et Clint lui-même, habitué des scènes volontiers masochistes, se marre : vous n’avez rien vu de ce que je vous ai montré !
Combien d’autres clichés se sont ancrés en nous, insidieusement, jusqu’à nous sembler évidents ? Des idées naturelles du type « il n’y a pas d’autre solution que le combat à mort contre cette menace » ou « le plus méritant doit l’emporter » ?
Nous baignons dans des mythes qui biaisent nos regards sur le monde, de façon d’autant plus efficace qu’elle est cachée. Et parfois, un raconteur contrebandier nous permet d’en prendre conscience.
Merci monsieur Eastwood, je vous ai reconnu.

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Quand je ne regarde pas de film, je lis La Montagne de Minuit, de Jean-Marie Blas de Roblès.

Ce qui vient et ce qu’on en fait

Posted in Promo,Réflexitude par Laurent Gidon sur 4 septembre, 2016
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Le passé me semble sujet à caution. C’est ce qu’on se raconte, avec tant de variations subjectives d’un raconteur à l’autre que… Bon, c’est le passé.
Le présent ne dure pas. Malgré la forme du mot « maintenant » – ce qui est en train de maintenir – on ne maintient pas le présent, il nous file entre les doigts, c’est déjà du passé, n’en parlons plus.
Et le futur ? Chassons d’emblée le point Lapalisse : il suffirait d’attendre assez pour que le futur devienne présent. Donc passé. Cela semble idiot, mais j’y reviendrai. Sinon, le futur, c’est ce qu’on en fait. Tous.
Si on y réfléchit, assez peu de d’événements se produisent de façon fortuite. À part la météo, la tectonique, les éruptions solaires, les chutes d’astéroïdes et les pannes (encore que, obsolescence programmée, tout ça)… cela me semble tout, corrigez-moi si je me trompe.
Le reste, la politique, la guerre, l’économie, même l’accident ou la maladie, est de notre fait, directement ou indirectement, personnellement ou globalement. Et peut donc être défait avant de se précipiter dans le présent.

Cette longue introduction pour rappeler qu’il n’y a rien de définitif ni d’inévitable dans ce qui se profile. Nos décisions modifient l’avenir à chaque seconde.
Dans son édito du We Demain n°15, François Siegel rappelle que « Non, la résignation serait notre plus grande erreur. Plus que jamais, l’antidote réside dans notre capacité à bâtir un futur désirable… »
Notre capacité, ou notre envie ?
Depuis quelque temps, des initiatives fleurissent dans le monde de la SF pour inciter les auteurs à inventer des futurs désirables. Il y a eu Contrepoint, le concours des Indés bien sûr, et ce tout nouveau Avenirs Radieux chez Rivière Blanche. En avez-vous croisé d’autres ?
Ne sont-ce que des trucs de Bisounours ? De la littérature marginale et sans poids ? Non. Il nous faut des Houellebecq pour mettre le sel sur la plaie, nous dire là où ça va mal. Mais il nous faut aussi des Éric-Emmanuel Schmitt. Et je ne cite que deux auteurs dont le talent m’a touché, vous compléterez la bibliographie. Il nous faut donner du poids aux histoires qui donnent envie de faire l’avenir au lieu de s’en défier. Décrire l’utopie, ce n’est pas ailleurs et demain, c’est ici et maintenant, sinon demain n’existera nulle part, ou sans nous.

L’avenir n’est pas qu’aux politiques, aux ingénieurs et aux financiers. Personne ne fait rien tout seul, et les politiques, les ingénieurs, les financiers, devront s’appuyer sur énormément de monde pour atteindre leurs objectifs. Faire croire énormément de monde à ce qu’ils proposent. Ou au moins compter que ce monde s’y laisse entraîner, résigné, vaincu par les histoires et les mythes qu’on lui raconte depuis des siècles.
Écrire ou filmer des histoires d’un demain qui donne envie, d’un avenir désirable, ou au moins vivable, voilà ce qui fera évoluer les croyances, les décisions, les actes. Apporter une alternative à ce qui paraît inévitable pour qu’un plus grand nombre de nos contemporains se sentent concernés, acteurs et non esclaves de ce qui vient. Réveiller l’envie de décider et agir.
C’est l’affaire des artistes, auteurs, scénaristes, mais aussi des éditeurs, des producteurs, de tous ceux qui font exister ces histoires à grande échelle, mais encore de ceux qui les lisent ou les regardent et in fine « font le marché ».
Chacun a sa responsabilité. Celui qui invente, celui qui diffuse, celui qui reçoit. Chacun, de son côté et à son niveau d’influence, agit sur ce qui vient. Arrêtons de nous plaindre, et votons par nos actes quotidiens POUR l’avenir que nous désirons. Pas contre.

Et attendre pour laisser l’avenir passer, alors ? Aussi bête que cela puisse paraître, il me semble y voir une forme de présence spirituelle au monde. Attendre, c’est le privatif a- devant le verbe tendre : celui qui attend n’est pas tendu. Il se détend, il regarde passer le temps, ne cherche pas à y imprimer sa marque, fait confiance à la bénignité des choses et des êtres.
Attendre et regarder avant d’agir, au lieu de courir et ne plus pouvoir que réagir avec un temps de retard.

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Pendant que je regarde passer le temps, je lis We Demain bien sûr, et aussi La Physique de la Conscience de Philippe Guillemant et Jocelin Morisson.

Quant à vous, lisez Dimension Avenir Radieux, ma nouvelle Sous leurs regards y est, avec plein d’autres utopies. (c’est de la promo, ça ne tache pas)

Question de culture

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 27 juillet, 2016
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Culture chant

Tous les spécialistes l’affirment : même si le système policier et judiciaire permet de déjouer de nombreuses tentatives d’attentat il est impossible de surveiller tous les lieux, toutes les personnes : des candidats au suicide symbolique par meurtre de masse parviendront toujours à perpétrer leur acte terroriste.
La seule solution consiste non à décourager ces candidats, mais à les détourner de ce projet en leur rendant l’envie de vivre parmi nous au lieu de mourir en nous détruisant.
Notre culture de vie contre une culture de mort. Cela peut marcher. Cela doit !
Mais quelle est notre culture, qu’avons-nous envie de partager ?
Est-ce la culture de la course à la consommation, au supermarché, à l’automobile, au smartphone dernier cri, la culture de la star de foot, des fringues et de la frime top swag, du succès facile de la téléréalité ? Cette culture laisse sur le bord du chemin trop de gens qui, au lieu d’espérer en faire partie à force d’efforts et de réussite, ne rêvent plus que de la détruire.
Ou alors, est-ce la culture de la musique, de la danse, du théâtre, de la peinture, de la littérature, de la gastronomie ?
Oui, bien sûr dirons-nous, c’est ça notre culture, regardez tous ces musées, ces expositions, ces concerts, ces théâtres, ces festivals, ces cinémas, ces restaurants…
Eh bien non. Tout cela, c’est du spectacle, de la consommation. Tout cela laisse sur le bord du chemin ceux qui n’ont pas les moyens d’y prendre part, ou d’y prendre plaisir.
Une culture, c’est ce qu’on fait ensemble. C’est faire de la musique, faire du théâtre, faire de la littérature ou de la peinture, faire du sport ou de la cuisine, ensemble. Pas pour viser le succès ou gagner plein de brouzouf, mais juste pour le plaisir de pratiquer. Ensemble.
En 2016, le Ministère de la Culture ne dépensait que 360 millions d’euros à la transmission des savoirs et à la démocratisation de la culture, soit 3 % des 9,4 milliards de son budget.
Réorienter ce budget vers une pratique de la culture par tous me semble être LA priorité nationale. Maintenant. Pas en 2017, pas même à la rentrée de septembre, mais dès aujourd’hui. Cet été, les passages à l’acte se multiplient. Question de saison, ou question de culture et d’abandon ?
Il y faudra des policiers au début, mais si nous pouvions aller là où des Français ne partagent pas notre culture, avec des profs de musique, de dessin, de théâtre, de peinture, de cuisine, d’écriture… et y aller maintenant, combien de candidats à l’attentat retiendrions-nous ?
J’anime des ateliers d’écriture et je donne mon numéro de téléphone à tout fonctionnaire de la culture qui passerait par-là et déciderait que, oui, on peut et on doit.

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Et pendant ce temps, je me cultive avec Check-Point de Jean-Christophe Rufin.

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