Comme ça s'écrit…


Tellement + qu’un jeudi (4)

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 4 avril, 2017


Une publicité dans un magazine de psychologie m’arrête par l’énormité de son titre : Bien plus qu’un anticerne !
Énorme parce qu’imprimé en corps cinquante sur toute la largeur de la page.
Énorme par sa promesse : il y aurait bien plus, voyez-vous, tellement plus, que tout ce que le nom générique du produit nous vend.
Pourtant, écrire anticerne, c’est déjà énoncer tout un programme. Le combat contre les matins difficiles. La résorption de ce qui nous alourdit le regard. La reddition de ce qui nous assiège la vie : vous étiez cernés ? L’anticerne vous libère de tout ennemi supérieur en nombre.
On rêve d’évasion rien qu’à écouter vraiment les sonorités de ce mot.
Et pourtant, il y aurait encore « bien plus ». Pfff !
Ce n’est pas le temps qui fait retomber le soufflé, c’est notre attente fracassée sur la réalité.
Une publicité qui titre « bien plus que… » tourne en rond. Elle ne fait que mettre sur le devant de la scène l’arrière cuisine de sa tambouille.
Toute publicité promet « bien plus » que ce que l’on attend du produit vanté.
Tout dragueur promet tellement plus qu’un coup d’un soir, alors que, finalement… Mesdames, céderiez-vous à une entame du genre : « tu sais, je suis quand même bien plus qu’un gros lourd en manque » ? Peut-être, par pure pitié. Sinon, vous conseilleriez au gars de rentrer chez lui travailler son discours.
Cher publicitaire du type « bien plus que… » : tu retournes dans ton bureau et tu travailles !
Clamer « Bien plus qu’un anticerne » c’est admettre que l’on n’a pas fait son boulot, comme si le chef nous amenait les ingrédients sur la table du restaurant en nous disant de cuisiner nous-mêmes le menu.
Tout, dans la vie, est « bien plus que… ». L’aube est bien plus que le résultat de la rotation de la Terre qui fait apparaître le soleil à l’horizon. Un sourire est bien plus que l’action de muscles zygomatiques sur des lèvres.
Jeudi dernier, c’est bien plus qu’un changement d’heure saisonnier qui était à l’œuvre sur le lac pour y jeter au retour ces lumières à l’or fin. Je n’avais pas pris mon appareil photo, mon téléphone est pourri, mais croyez-moi : bien plus qu’un instant de beauté parfaite dans le calme du soir et les derniers chants d’oiseaux.
Pendant l’atelier, j’avais proposé aux participants de réfléchir à l’enjeu de leur histoire : ce qui est important pour le personnage, ce qu’il cherche à obtenir.
Ils ont très bien compris l’idée et l’ont mise en pratique.
Une jeune fille a décrit ainsi l’enjeu de son personnage : « Elle veut que son ennemi redevienne son meilleur ami. » Moi, candide, je demande qui est son ennemi. Elle tend le doigt vers l’autre côté de la table : « C’est lui ! » La suite leur appartient.
Bien plus qu’un atelier d’écriture !

Aspiration divine

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 1 avril, 2017

Je fréquente par Internet un curieux personnage, auteur d’un beau roman d’apiculture publié par Gallimard.  Sur facebook il s’affirme héraut d’une réflexion libre et plurielle aux antipodes de ce qu’il qualifie de pensée unique,  fustige les médias dominants pour leur opposer des voix alternatives présentées comme étouffées, réinforme une cour avide de vérités sur les complots qui minent l’Occident. Assez fréquent, n’est-ce pas ?
Là où il devient vraiment curieux, c’est en faisant cohabiter sa réinformation virulente avec le message répété d’une foi très orthodoxe et une dévotion totale pour son clergé.
Vouloir ouvrir les yeux de ses contemporains et clore les siens pour croire : je ne comprends pas.
Je le comprends d’autant moins que dieu est un aspirateur.

Dieu en pleine inspiration

Oui, le seul vrai dieu est aspiration !

En conséquence, et je le professe ici publiquement, j’ai une foi totale et sincère en la liturgie sacrée des vendeurs d’aspirateurs.
Pas n’importe lesquels, bien sûr. Certains aspirateurs sont dans l’erreur et leurs vendeurs diffusent un discours hérétique.
La seule vérité est incarnée par Dyson, pape de l’aspiration cyclonique.
Ses représentants m’ont fait voir la lumière sans poussières, et j’y crois. Ils sont convaincants, sans taches, possèdent sur le bout du doigt le grand livre des caractéristiques techniques et le mode d’emploi le plus récent, seuls textes de la vraie foi approuvés par le pape Dyson.
Je sais, il s’agit de traductions, mais je les crois fidèles à la parole sacrée originale. Elle répond à toute question sans jamais faillir.
Je sais aussi que certaines études contestent la supériorité, voir l’antériorité de l’aspirateur Dyson. Dieu n’aurait pas cette puissance cyclonique miraculeuse et même n’apporterait rien de révolutionnaire : il n’aurait pas créé le monde propre. Selon ces études pseudo-scientifiquess, ma foi ne reposerait que sur un storytelling malin et un habile prophète ayant su animer tout un réseau à sa dévotion.
Ces études ne remettent pas en cause ma foi. Elle sont le fait du démon, il convient de lutter contre ses détournements. Je compte sur Dyson et son clergé pour montrer la seule voie vers la lumière à notre populace enténébrée par des médias aux ordres et un scientisme mortifère.
Si je disposais du pouvoir nécessaire, je saurais faire taire les détracteurs et restaurer la foi en l’aspiration cyclonique dans notre Occident dégénéré. Car c’est bien la seule foi propre à notre civilisation, base de notre culture du ménage, et donc capable de la dépoussiérer.
Croire en Dyson, c’est rassembler nos sociétés à la dérive et les cimenter  autour d’un réseau de distributeurs solides et intègres, dévoués à la parole de notre pape.
Vous qui aspirez à la vraie foi et au renouveau de l’Occident nettoyé de ses moutons, détournez-vous des médias usurpateurs de vérité, et croyez !

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Lorsque je repose mon calendrier, c’est pour lire encore Sur les Chemins noirs de Sylvain Tesson.

Les « Malgré Tout »

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 28 mars, 2017

Dans la presse, sur Internet et peut-être même dans les meetings, la campagne fait mollement rage.
Est-ce le brassage quotidien des programmes et des révélations qui éteint l’enthousiasme aussi fort que l’indignation ? On se laisse porter.  On attend l’isoloir sans plus y croire. Malgré soi et ses rêves.
Il y a eu les « malgré nous » incorporés de force dans l’armée allemande. Sommes-nous les « malgré tout » de ce temps qui nous incorpore à une bêtise d’une tout autre échelle ? Le monde, rien de moins. Et l’avenir tout entier.

En ouvrant les volets ce matin-là j’ai frissonné de plaisir à l’inspiration du premier bol d’air. Jour de printemps, radieux.
Les saisons se foutent de nos avanies électorales. La nature au réveil devrait nous rappeler le peu d’importance de nos emportements circonstanciels.
Les jonquilles redressent la tête sans souci des dégâts que nous infligeons au climat. Ou peut-être s’en soucient-elles mais, malgré tout…
Ce malgré tout qui nous fait nous lever, nous fera sortir voter, nous fera croiser nos voisins humains quel que soit le résultat des urnes, lequel de toute façon tombera à côté.
Malgré tout les volets s’ouvriront et l’air vif ravira mes poumons.
Nous passerons ; quelque chose continuera. Malgré nous.
Et pourtant, nous pourrions.

Il faudrait sortir de la sidération et des idées imposées.
Quelle idée, d’ailleurs, que de vouloir « faire barrage » au Front National !
Un parti s’appelant Front est déjà un barrage à lui tout seul.
Un front contre ce qui est autre, contre ce qui complète ou interroge, contre ce qui est facile à désigner comme ennemi.
Un front contre les questions, contre les nuances, contre l’évolution.
Un Front sidérateur, coup de boule contre la pensée personnelle qui pourrait se déployer derrière l’os convexe de chacun.
Au lieu d’ouvrir de vraies pistes de solution, nos autres candidats réclament notre vote utile et se réclament de barrer la route à une barrière.
Faire barrage au Front : pléonasme politique ! L’inutilité à plein mots, l’inaction batailleuse. Front contre Front.

Face à ce bégaiement du barrage je ne vois que le bief comme alternative. Un canal de dérivation qui relâche la pression en proposant une voie de sortie. Une soupape à idées.
En cessant de fixer l’épouvantail à pensée, nous pourrions nous poser avec justesse sur le monde comme dans nos vies.
Sortir de ce qui nous peine, de l’économie piège, du combat permanent, du confort écrasant, des saloperies cachées.
Oser des évolutions qui ne ménageraient pas la chèvre et le chou mais donneraient un cap enviable.
Oser la proposition d’écoute et de rapprochement au lieu de s’insoumettre à un sempiternel combat.
Pas de facilité immédiate, non, mais au moins de quoi participer, au lieu d’envier ou haïr.
Parier sur la bonne volonté, même chez ceux qui profitent à outrance : ils y viendront.
Réveiller les vrais besoins et savoir pourquoi on se lève, on se parle, on se déplace, on produit. Avoir enfin une bonne raison de se reposer, un vrai pourquoi.

Pourquoi ? Aïe, aïe, aïe ! Oui, oser la question du sens, mais pas seulement la nuit, pas seulement debout.
Et écouter les réponses, toutes les réponses, les faire jouer ensemble : jamais il n’y a de solution unique. Ne pas chercher le consensus, mais l’interculturalité.
Retrouver une culture que l’on pratique au lieu d’en promouvoir le spectacle béant.
On saurait pourquoi on se lève : pour chanter ensemble, jouer ensemble, écrire ensemble, cuisiner ensemble, et bien sûr pour apprendre les gestes et les sensations, apprendre à faire à plusieurs sans pour autant cesser d’être soi. Être un peu fiers enfin de ce que l’on fait plus que de ce que l’on croit.

Et cela ne coûterait pas tant. Juste du temps, et il y en a.
Malgré tout, malgré la course, la compétition, les menaces, les convoitises, les ambitions, les faiblesses, les jalousies, malgré tout nous pourrions. Erreur : nous pouvons !
Mais pas malgré nous : cette responsabilité est la nôtre. Même les urnes ne peuvent nous en dépouiller.
Malgré tout, il faudra bien assumer notre responsabilité et relever la tête.
Les jonquilles y arrivent, pourquoi pas nous ?

Dix jeudi je dis deux

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 22 mars, 2017

L’animateur d’atelier d’écriture est un peu comme le professeur en collège ou lycée : il prépare soigneusement ses interventions pour ne pas se trouver démuni face au groupe.
Là où la comparaison s’arrête, c’est lorsque l’animateur s’aperçoit que toute cette préparation n’a qu’un but, bien éloigné de celui d’un professeur : laisser faire aux jeunes ce qu’ils veulent.
Les aider, même. Leur donner les outils de cette liberté.
Voilà à quoi je me suis préparé, jeudi dernier. Je crois – j’espère – que cela a marché.
Parce que être libre c’est le contraire d’être bloqué dans un schéma, même très personnel.
Être libre c’est le contraire de ne pas pouvoir marcher parce qu’on n’a pas appris à se tenir debout et avancer un pied puis l’autre.
Être libre c’est le contraire de gratter une corde de guitare sans rien en tirer d’autre que toujours la même note. C’est savoir jouer de l’instrument pour interpréter la partition qu’on se choisit ou improviser sans contraintes, surtout techniques.
Être libre, cela s’apprend. Et un groupe qui apprend sa liberté, c’est beau à voir.

Il faisait beau aussi sur la route de Faverges. Pour faire la photo j’ai trouvé une nouvelle façon de ma garer, plus pratique. Le soleil câlinait les montagnes. J’ai failli changer de cadrage pour y faire entrer quelques sommets enneigés.
Mais non, Auggie veille.
Sur le retour, j’ai pris deux auto-stoppeurs à la sortie de Saint-Jorioz. Tentative de conversation :
— Vous venez d’où ?
— Ben… Saint-Jorioz.
Silence.
— Non, mais avant : travail ? Lycée ?
— Lycée.
Silence
— Lequel ?
— Pfff… Lafontaine.
— Ah, mais j’en viens, justement. J’ai animé un atelier d’écriture là-bas. Vous saviez qu’il y a un atelier d’écriture tous les jeudis à Lafontaine ?
Silence.
— Pfff… ouais.
— Et ça ne vous dit pas de participer ?
Silence.
— Vous pouvez nous poser, là ? Merci, au revoir.
La liberté, ça s’apprend.

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En attendant jeudi prochain, je lis Sur les Chemins noirs, de Sylvain Tesson.

De 10 jeudis l’1

Posted in Textes,Vittérature par Laurent Gidon sur 20 février, 2017

Chaque jeudi, hormis lors des vacances scolaires, on m’a proposé d’animer deux ateliers d’écriture dans un collège et un lycée situés à l’autre bout du lac.
Chaque jeudi je vais donc m’offrir la route des berges et les éclairages changeants sur le miroir d’eau tendu aux montagnes.
Des foules vacancières se déplacent en toute saison pour y jeter un œil touristique, et moi j’aurai le privilège d’en profiter chaque semaine à des heures suffisamment creuses pour nourrir l’impression que le spectacle ne se jouera que pour moi.
Lors d’un premier rendez-vous j’avais pu admirer les efforts du soleil d’hiver à percer une brume tenace. On sentait la neige et le givre à la lutte.
En trouvant la route si belle je m’étais dit qu’il y aurait matière à série : dix jeudis au bord du lac, un peu comme les 36 vues du Mont Fuji de Hokusai (quitte à convoquer des référence, autant qu’elles aient de la gueule).
La magie du paysage et la rencontre d’un jeune autostoppeur m’ont d’ailleurs donné l’idée d’une nouvelle bien terre à terre, dès mon retour.
Cela commence ainsi :

Ce matin, une superbe lentille de brume couvre tout Annecy. Vu depuis la rocade d’accès qui surplombe la ville son aveuglant miroir renvoie les premiers rayons du jour tout juste passés par dessus les crêtes enneigées. J’en prends le flash pleine face au débouché d’une ligne d’arbres. Cela brille comme une visite divine. Tenir, au moins un moment, pour profiter du spectacle, avant de rabattre le pare-soleil : j’ai besoin d’y voir pour conduire. La route plonge vers les rues, je traverse la brume comme un rêve cotonneux, l’air scintille de brouillard givré. Les –5° affichés par le thermomètre de bord justifient ces milliards de diamants en suspension. Magnifique ! Derrière la colline, le lac se cache en coulisse pour faire le plein de magie matinale. Une chance qu’on m’ait proposé ce rendez-vous à Faverges : à moi la route des berges en heure creuse, près de vingt kilomètres à pleurer de beauté.
Au sommet du Crêt du Maure s’offre le premier point de vue sur la baie d’Albigny, miraculeuse dans sa tonalité turquoise glacé, mi-iceberg mi-lagon hawaïen. La descente de l’ancien hôpital me permet de constater l’avancée des travaux. Les anciens bâtiments ont été jetés à terre, réduits en poussière. S’en relèvent des squelettes de béton encore manipulés par des grues aux bras longs. Il y aura ici de bien beaux immeubles qui domineront le bout du lac niché sous la montagne. Les bonnes gens qui auront les moyens de s’en payer quelques mètres carrés s’offriront bien du bonheur à contempler le spectacle depuis leurs baies vitrées imprenables. Avant, seuls les malades et leurs infirmières s’en partageaient l’exclusivité. Le capital dominant n’a pas pu tolérer plus longtemps pareille injustice. J’en suis jaloux d’avance.
Pour étaler les aigreurs de cette pensée envieuse, je décide de prendre l’autostoppeur qui agite une main au bas de la côte, juste après le rond-point.

La suite dérive vertement mais garde un contact sporadique avec les bords du lac.
Chaque jeudi, donc.
Le premier atelier a eu lieu la semaine dernière. Tout à l’émotion de cette rencontre avec les jeunes écrivants, je n’en ai gardé qu’un souvenir aussi affolé qu’enthousiaste. Et cette photo terne, aux antipode de mon remue-ménage intérieur.

1-jeudi-2
Chaque jeudi, je prendrai la photo du même endroit, à la même heure. Un peu comme Auggie Wren, dans Smoke. Chacun son coin de rue : au mien, il y a un château.

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Quand je ne longe pas le lac, je lis Toutes ces grandes questions de Douglas Kennedy.

Toutes ces années

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 17 février, 2017

Quelques banalités, désolé…
Il y a eu le 11 septembre, Katrina et Fukushima, il y a eu des sourires, des berceaux gazouillants et des aubes magnifiques. Des trucs qui nous sont tombés dessus et d’autres qui nous ont relevés.
Il y a eu des larmes, des horreurs et des pires encore, chacun s’en souvient.
Pas besoin de chercher loin pour retrouver aussi une musique, un film, un livre, une rencontre, un instant de joie. Ou plusieurs, et d’autres encore, faisons l’effort.
Rien ne s’efface, rien ne s’équilibre, se souvenir de tout ne justifie rien, mais c’est là, en chacun de nous.
Toutes ces années nous les avons vécues, ce qui les rend merveilleuses, même les plus dures.
Toutes ces années mon père n’a pas voulu les vivre. Il n’aura vu ni Chirac, ni Sarkozy ni Hollande présidents. Il n’aura vu ni Smoke, ni Gladiator, ni grandir mes enfants. Il n’aura pas entendu Dogora sur la pelouse du Pâquier et ne l’aura pas chanté avec nous. Tout ce qu’il n’a pas… si je devais lui raconter il ne me croirait pas.
Toutes ces années que rien n’est venu arrêter, toutes ces années à vouloir tout changer, ou que rien ne change, ce qui revient à la même façon de ne pas voir ou pas vouloir.
Toutes ces années à rattraper du bout des doigts ce qui nous échappe et parfois tombe et se brise, pas de retour en arrière, pas besoin de pleurer.
Toutes ces années partagées sans jamais se croiser, ou rarement, à croire parfois qu’on est seul alors que non, bien sûr.
Toutes ces années à se séparer, à se retrouver, à s’attendre, à se manquer, à trouver le temps long alors que non.
Toutes ces années, et puis des mois, et puis des jours, et puis des heures, et puis fini.
Mais pas encore, oh non, pas encore.
Toutes ces années à venir, à faire exister, à jouir. Et ça commence maintenant…

Toutes ces années et une de plus...

Toutes ces années et une de plus…

On dirait des perles

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 9 décembre, 2016

Hier j’ai fait passer des entretiens de recrutement pour de faux à des Terminales qui préparaient des concours d’entrée en études supérieures et ils étaient tellement bons et attachants que je les aurais tous pris dans mon école de la vie.
Le problème avec la liberté d’expression commence dès que l’opinion de l’autre devient tellement autre qu’elle nous paraît insupportable (imaginez qu’en plus il ait raison, l’horreur !), et par temps de peur cela commence de plus en plus près.
Partager un espoir le multiplie, ce qui est aussi vrai – hélas – pour la peur.
On aimerait bien que les politiques ne soient pas tous des salauds ou des vendus, mais il faudrait alors faire la politique nous-mêmes, ce qui est au mieux fatiguant et au pire salissant.
La fin du pic de pollution est prévue pour ce week-end à Paris, ce qui n’est pas une si bonne nouvelle d’abord parce qu’il ne pue pas qu’à Paris, ensuite parce que la pollution ne disparaît pas, elle se déplace seulement, et aussi parce que cela va donner l’impression qu’on peut repartir comme avant, voir plus vite pour rattraper le temps perdu, au lieu de s’arrêter pour respirer un peu mieux.
Lire un bon livre – un livre qui vous plaît – fait exister un univers dont on regrette la finitude, ce qui incite à lire lentement pour approcher l’éternité.
La sensation d’exister m’appartient : si ça se trouve vous n’avez pas la même, voire pas du tout.
Si vous ne voulez rien faire, dites-vous que moi non plus et ne culpabilisez pas.
Manger ne serait-ce qu’un steak de moins reste beaucoup plus efficace en termes d’environnement que de couper l’eau en vous brossant les dents ou de co-voiturer (continuez de couper l’eau et de partager votre voiture, mais considérez aussi la réduction de steak).
Au commencement il n’y avait rien et il est probable qu’il n’y aura plus grand-chose à la fin.
Noël commence de plus en plus tôt, il y a déjà des galettes des rois au supermarché, je me demande si tu m’offriras des œufs de Pâques à la Saint-Valentin.

Pourquoi monter puisqu’il faudra redescendre (merci Samivel), pourquoi commencer puisqu’il faudra s’arrêter ; questions auxquelles je répondrai seulement par une autre : et le plaisir, mon bon monsieur ?
Grâce aux bibliothèques publiques nous pouvons tous nous octroyer sans risque la découverte de livres dont nous n’avons pas lu la dernière de couverture : délicieux frisson de l’aventure immobile.
La vérité révélée par l’anagramme : de la démocratie = art de la comédie.

S’il m’en vient d’autres je les déposerai ici jusqu’à disposer d’assez de perles pour boucler le collier. Et chacun peu m’aider en déposant les siennes en commentaire. On se donne jusqu’à la fin de l’année ?

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Tout en enfilant des perles je lis Les Lisières d’Olivier Adam, paru chez Flammarion en 2012… et je ne regrette pas ces retrouvailles.

Sur la route du lundi

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 15 novembre, 2016
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Aucun rapport avec le texte

Aucun rapport avec le texte, mais c’est joli

Au bord de la route qui conduit de chez nous à la ville une pancarte clame en lettres peintes à la main : « Que votre journée soit belle ». Un soleil jaune aux rayons découpés pointus en dépasse.
Ce panneau blanc presque rectangulaire sent la récup’. Il égaye un paysage étrange : d’un côté une zone d’activité comme on en voit de pires, et de l’autre une déchetterie séparée des voies par un ruisseau rectiligne bordé d’arbres.
C’est à l’un de ces arbres que quelqu’un a pris la peine d’accrocher son vœu à la beauté du quotidien.
De sept à dix mille véhicules par jour y sont exposés. Et souvent dans un ralentissement qui décuple l’effet du panneau, à n’en pas douter.
Chaque fois que, comme ce lundi, je suis pris dans le bouchon matinal je remercie ceux qui se sont donnés le mal de nous souhaiter ainsi une bonne journée.
Il a fallu qu’ils s’y mettent à plusieurs. De loin, ce panneau n’a l’air de rien, surtout comparé aux immenses affiches pour les enseignes de la zone. Il mesure tout de même dans les deux mètres de large, doit peser son poids, et une bonne échelle a sans doute été nécessaire pour le fixer en hauteur par de solides colliers qui veillent à ne pas abîmer le tronc de l’arbre.
La pancarte est là depuis des années. Elle a tenue le temps ou a été régulièrement entretenue.
En rentrant ce matin, j’ai vu un autre panneau, tout récent, visible pour ceux qui reviennent au village ou continuent vers Paris. Il y est écrit, dans le même lettrage manuel sur le même fond blanc, mais sans soleil rapporté : « Nous vous souhaitons tout le bonheur du monde ».
La pancarte est cette fois-ci fixée aux branches griffues d’un arbuste jouxtant une grande surface dédiée au matériel de sport à bas prix.
Je ne sais pas combien d’automobilistes passent en remarquant ces panneaux, combien en remercient les auteurs et combien se gaussent de cette inutilité.
C’est en effet gratuit, mais pas inutile.
J’y vois une façon de faire franchir au message les limites de la bulle Internet dans laquelle chacun est enfermé par de savants algorithmes. Encore faut-il regarder de côté par les vitres de l’auto.
Se donner du mal pour faire passer un message alors que l’on n’attend ni reconnaissance personnelle ni même une réponse, voilà qui vient à contre-courant de notre ère du rentable.
Où est la productivité ? Le retour sur investissement ?
Qu’en dirait Donald Trump ?
Ne comptez pas sur moi pour dire du mal du prochain président des États Unis d’Amérique. L’insulter conforterait tous ceux qui ont voté pour lui dans leur choix. Ils n’ont sans doute pas remarqué les panneaux.
Je préfère leur souhaiter une belle journée et tout le bonheur du monde.
Les gens heureux, même à l’encontre de l’air du temps, éprouvent une certaine difficulté à être méchants et sont sans doute plus enclins à tendre la main à leur prochain. N’est-ce pas ?

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Je ne lis pas que des panneaux au bord des routes, mais aussi Freedom, de Jonathan Franzen. C’est de saison.

 

Supplique à messieurs Sarkozy, Hollande et consorts

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 25 août, 2016
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La chaise vide, notre dernier espoir !

La chaise vide, notre dernier espoir !

Je vous en supplie messieurs qui avez déjà eu le pouvoir et l’avez gâché, ne vous présentez pas à l’élection présidentielle de 2017.
C’est un cri du cœur, un cri de l’âme, entendez-le !
Je sais que vous avez annoncé votre candidature ou que vous vous préparez à le faire. Je connais votre tactique qui consiste à espérer, non pas arriver en tête du premier tour, mais être second, en position d’affirmer « Moi ou le FN, moi ou le chaos ! »
Votre calcul est juste et se vérifiera pour l’un au moins d’entre vous. Pourtant, messieurs Hollande, Sarkozy et consorts (personnes qui partagent le même intérêt dans une procédure), je vous supplie de ne pas poursuivre.
Vous serez élu – l’un d’entre vous le sera – mais sans adhésion, ni à vos idées, ni à vos promesses, et encore moins à votre personne.
Vous allez encore obliger tout un pays à voter contre.
Depuis 15 ans déjà, nous votons contre. Pas tous, certains vous croient, mais la grande majorité d’entre nous a voté «contre pire que vous» à chaque élection présidentielle, et cela tue l’espoir.
Votre persistance mortifère au sommet des appareils et en tête de sondages biaisés nous enferme dans cette situation sans issue.
Faites un geste pour la France, un vrai, je vous en supplie.
Faites le seul geste utile encore en votre pouvoir : ne vous présentez pas.
Retirez votre candidature !
Laissez place, laissez-nous voter pour nos espoirs et non contre le pire.
Retirez-vous avant d’ensemencer encore 5 ans de désespoir.

Si vous restez en lice, je m’engage et j’appelle tous les électeurs qui voteront pour un autre candidat au premier tour à respecter leurs convictions, et donc ne pas voter au second. Ce, quel que soit votre adversaire, même le pire.
Vous serez seul, il n’y aura personne pour voter contre.
Personne d’autre que les quelques derniers croyants de votre religion du pouvoir.

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Tout en suppliant à genoux, je lis Le Club des miracles relatifs, de Nancy Huston. C’est de saison.

Bienvenue dans la bande à Basile

Posted in Admiration,Vittérature par Laurent Gidon sur 11 août, 2016
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Une petite baie de la côte ouest du Cotentin. Le croissant de plage s’étend sur deux à trois kilomètres, face à la Manche d’abord, mais au-delà c’est l’Atlantique et ses tempêtes houleuses. À l’une des extrémités de la baie, un banc de sable lève une vague qui s’ouvre en droites et en gauches intéressantes. Pas tous les jours : il faut que le coefficient de marée dépasse 70. C’est ce que me dit Basile avec son sourire indécrochable.
Basile… Une jeune femme rencontrée sur le parking me l’a présenté comme « le meilleur surfeur de Normandie ». Je lui attribuerais aussi la plus belle moustache. Difficile, moulé comme il est dans une combinaison de Néoprène sans distinction, d’assumer une prestance de dandy anglais. Pourtant Basile y parvient, sans une once d’accent britannique.
Nous ramons ensemble vers la vague. J’ai l’air d’un phoque échoué sur un espar, lui d’un prince caressant l’onde amère. On m’a dit aussi qu’il shape lui-même ses planches – c’est-à-dire qu’il les conçoit, dessine et réalise – et je veux bien le croire. Celle qu’il chevauche ressemble à une Moby Dick de poche. On dirait une longboard lorsqu’il danse vers l’avant et vient en agripper le nez rond de ses deux pieds (les initiés reconnaîtront un hang ten) pendant que la vague casse généreusement sur l’arrière. Mais l’arrière, justement, semble avoir été raboté, aminci, pour filer comme la queue d’une goutte d’eau. Dessous, un effet de papier à la cuve dessine des volutes à dominante d’orange. C’est artisanal, plutôt joli, sans prétention, unique.
Basile ne prend pas la vague : il l’épouse. Une ondulation que mon manque de pratique me pousse à mépriser se lève doucement devant nous. Lui fait « Ho, ho… » sans cesser de sourire, tourne sur place et se coule en deux brasses dans un creux apparu par magie là où il n’y avait rien.
La danse commence. Elle durera quelques secondes, donc une vie de couple féconde qui déposera des graines de bonheur dans le regard de tous ceux qui partagent ce moment. C’est souple, vif, enlacé, intense mais sans brusquerie, cela n’exploite pas mais révèle et magnifie, c’est beau et cela meurt, d’autant plus beau que c’est bref.

L'ami patineur

L’ami patineur

Nous sommes une quinzaine à profiter du spectacle, et des vagues que Basile nous désigne d’un clin d’œil quand il n’est pas le mieux placé. Parfois il échange quelques mots avec un autre surfeur, et je comprends à les entendre qu’il a aussi sculpté cette planche-ci, multicolore et courte comme une savonnette. L’ami de Basile danse également, à sa façon plus vigoureuse, en pompant l’énergie de la vague avec des gestes imitant le pas du patineur… qui n’aurait qu’un patin.
D’autres échangent des saluts lointains, les yeux brillent du plaisir de se retrouver et de célébrer chaque surf comme autant de cadeaux. Aucune hâte ou précipitation, encore moins de compétition. Chacun communie dans ce qu’il a et ce qu’il peut. Un costaud souriant attend la prochaine à mes côtés. Je préfère le prévenir : il m’arrive de faire des erreurs de priorité et il ne doit pas hésiter à me les signaler.
On ne prend pas la vague si quelqu’un d’autre est mieux placé au pic. Mais pour cela, il faut savoir la juger avant que le pic se creuse, justement. Tout un art dans lequel je balbutie malgré ma bonne volonté.
Ici, on me répond qu’il y a en bien assez pour tout le monde et cela me rappelle ce dicton irlandais : quand dieu a créé le temps, il en fait suffisamment. Pour la bande à Basile, les vagues et le temps c’est tout un.
Il me prend de rêver que toute notre belle humanité entre dans la bande. Il y aurait toujours assez de vagues, et de temps, et de tout.

 

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Entre deux sessions, j’ai tenté de lire Check-Point de Jean-Christophe Rufin. Tenu en échec, j’ai relu avec ravissement L’Abyssin, du même. C’est bon, un bon livre bien écrit. Très bon.

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