Comme ça s'écrit…


Des nouvelles du mardi

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 21 mars, 2018
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L’an dernier à la même époque je passais tous mes jeudi à Faverges pour y animer des ateliers d’écriture dans le cadre de Fabric’Arts, le projet de développement par la culture du Pays de Faverges aux Sources du lac d’Annecy.
Cette année j’y retourne, mais le mardi, et seulement deux fois, pour un projet qui tient au cœur d’un professeur de mathématiques du collège Lachenal.
L’idée est d’accompagner les futurs collégiens en invitant les 6èmes à leur raconter « C’est comment l’collège ? »
Au cours de quatre séances d’une heure, j’ai donc eu le plaisir de guider une vingtaine d’élèves dans l’expression de leur expérience personnelle du collège.
Ils ont mis à jour les définitions de quelques mots qui n’existent pas encore pour des CM2 mais qu’ils vont rencontrer l’an prochain (Casier : distributeur à bonbons caché derrière une petite porte fermée au cadenas), ils ont rafraîchi leur mémoire des premiers moments au collège par des « Je me souviens… » à la Pérec, ils ont décrit une visite polysensorielle des lieux (les escaliers, ça pue)…
L’ensemble sera mis en page sur plusieurs grandes affiches diffusées dans quelques écoles, puis présentées dans une exposition publique.
Avant la dernière séance il nous a fallu un marathon sprint de correction (nous, la coordinatrice de Fabric’Arts et moi) entre midi et deux pour que les élèves puissent recopier au propre leur prose qui sera affichée manuscrite. Ouf, c’est fait, sur jolis papiers de couleur fluo.
Et moi, j’ai repris la route du bord du lac, aller-retour dans la journée, en profitant de quelques belles lumières.
Un matin à l’aller j’ai retrouvé l’auto-stoppeur véhiculé l’an dernier et qui fabriquait ses propres planches à roulettes. Nous avons parlé des ateliers, notamment à la prison de Bonneville, et de la façon dont notre société commençait par concentrer les déshérités dans les quartiers avant de sélectionner les plus aguerris pour un stage de perfectionnement en prison dont ils sortiraient diplômés en MTS (Menace To Society). Bonheur triste d’être d’accord et de n’y rien pouvoir.
Et au retour hier soir j’ai pris un jeune homme qui attendait depuis 25 minutes dans le froid pour que je le dépose moins de trois kilomètres plus loin. Bon. Même pas de détour à faire pour le rapprocher. Une bise à décrocher les volets secouait les vagues et trouait les nuages, juste de quoi flasher la falaise d’en face, comme un appel à la grimpe.
Je conduisais, je n’ai pas pu photographier, mais voici ce que ça peut donner, sauf qu’il faut imaginer plus de nuages et une dramatisation de la surface lacustre :

Et entre deux ateliers, je lisais La Petite Femelle, de Philippe Jaenada, puisque j’ai fini La Serpe.

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Jeudi mon plaisir

Posted in Jeudi,Vittérature par Laurent Gidon sur 9 juin, 2017
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Peut-être n’y a-t-il pas de honte à être doué pour le bonheur si l’on arrive à le partager un petit peu, ou au moins à l’exprimer.

Un des participants à l’atelier du jeudi ne tient pas en place. Hyper réactif, il a quelque chose à claironner sur tout, même sur le silence quand les autres sont penchés sur leurs textes. Pourtant, il m’a suffi de lui dire qu’il écrit bien, que sa nouvelle à peine ébauchée est déjà intéressante, pour qu’il se calme, se concentre, et ponde en vingt minutes une scène que j’ai en effet vraiment trouvée bien tournée.
Un vrai plaisir à peu de mots.

Sur la route du retour je prends un autostoppeur qui va jusqu’à Saint-Jorioz alors que je m’arrête à Duingt pour y faire une photo et me baigner un peu. Barbe, bonnet commando, veste militaire, Jean noir et rangers, mais un air un peu paumé.
Je lui dis qu’il peut m’attendre ou prendre mon deuxième maillot et se baigner aussi.
Il prend le maillot et va se mettre à l’eau un peu plus loin, tout blanc et maigre une fois débarrassé de sa carapace post-punk.
Quand je suis de nouveau prêt à partir il est assis sur un banc en caleçon. Finalement il préfère rester là et profiter du soleil. Sa liberté me fait plaisir, on se salue et je repars.

La semaine prochaine, ce sera le dernier atelier. Nous avons prévu de faire un point bilan avec l’équipe organisatrice.
Je sais déjà ce que je vais leur dire, combien j’ai apprécié leur soutien ou leur simple présence, tous ces jeudis après-midi que j’ai passés avec eux dans le local de Fabric’Arts, entre deux sessions.
Je sais aussi que toutes les nouvelles ne seront pas terminées, et qu’en vue d’une publication en recueil il serait bien d’ajouter un atelier. Que ça me ferait plaisir, aussi.
Les bons moments ne sont pas si rares, et il suffit parfois de s’en créer.

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Un plaisir ne venant jamais seul, j’ai lu Murmurer à l’oreille des femmes de Douglas Kennedy, traduit par Bernard Cohen.


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