Comme ça s'écrit…


La saveur douce

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 11 octobre, 2016
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Vienne ce moment de grande fatigue où nous ne pourrons plus opposer aux déchirures du monde que la saveur douce d’un baiser malgré tout.
Ce temps de l’abandon, de n’y plus rien pouvoir, rien qu’un peu de plaisir cueilli au creux de l’autre.
On mêlerait là ce qui palpite au lieu de se livrer à la douleur.
Retrouver l’évidence que la vie se danse, pas à pas, câlin-caha.
Que les mains sont pour rendre la caresse et le fruit.
Les frissons de la nuit sur les corps, la foison de l’envie dans les cœurs,
et puis doubler nos allers simples.
Et danse, et danse, dans ce brouillard dispersé de bourrasques.
L’air clair ensoufflerait nos gorges rauques.
Sous les silences de la mitraille vienne le rire d’un enfant.
Il faudra bien un jour sécher ses larmes, mais elles sécheront, elles sécheront.
Alors il partira plus loin pour voir si lui aussi se lie et se libère.
Les traces de ses pas comme un chemin à lire.
Le sable fin, le sel cristal, chaque vague en reflux lissant ses propres fracas.
Et nous, apaisés, aux lèvres la saveur douce d’un rivage enlacé.
Des mots contre l’oubli de tout ce qui unit au temps des grands clivages.
Un murmure, un miracle.
Vienne la graine qui poussera demain.
Qui nous rendra le goût

saveur-douce

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Tout en cherchant ce goût j’ai lu Soleil de nuit, de Jo Nesbø (si quelqu’un sait où trouver au clavier ce ø, merci, ça me facilitera la vie)

Demain commence aujourd’hui

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 7 décembre, 2015
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La première fois que j’ai vu une salle entière se lever pour applaudir un écran vide, c’était dans un cinéma de Chambéry après Les Uns et les Autres. Pourtant, ni Lelouche ni Jorge Donn n’étaient présents. J’avais une quinzaine d’années et je ne me suis pas demandé ce que nous applaudissions tous. Sur le coup, je me suis levé comme les autres et j’ai battu des mains comme un gosse.
Depuis, je me suis posé et reposé la question. Notamment lors du festival du film d’animation, quand la grande salle applaudit à tout rompre les films en compétition alors que les même films, rediffusés deux heures après dans d’autres salles de la ville, s’achèvent dans un silence à peine troublé par le claquement des fauteuils. Qu’avions-nous partagé de plus dans la grande salle ? Quelque chose qui se joue à plusieurs, qui demande à chacun de s’ouvrir un peu, de sortir du rôle de simple spectateur.

Hier soir, pendant le générique du film Demain, j’ai commencé à taper des mains en rythme sur la musique. D’autres mains m’ont rejoint, puis une bonne partie de la salle, peut-être tout le monde. Un dimanche, à 21h00, soir d’élections.
À la télé, un type qui porte mon prénom et croit s’être fait un nom en chassant l’assistanat et l’étranger malvenu (il appelle ça « communautarisme » dans ses éléments de langage), devait être en train de plastronner : il avait gagné, une bonne partie de ce que la région compte de haineux et jaloux avait voté pour lui plutôt que pour la nouvelle Foi Nationale (vous me direz trente « Je crois en Marine ! »).  Pyrrhus aurait applaudi.
Mais dans cette petite salle de cinéma, deux cents personnes applaudissaient un film dont la seule ambition est de montrer ce qui marche, aujourd’hui, pour demain.
Deux cents personnes qui n’étaient pas devant leur télé à se demander pourquoi le FN et les autres partis continuent de truster l’audience alors qu’aucun ne propose de vraies solutions.
Deux cents personnes qui n’applaudissaient pas un écran vide.

Je sais ce que nous applaudissions, hier soir : le fait d’être là ensemble, d’avoir partagé quelque chose qui échappe à la politique, au pouvoir, à l’avidité, à la peur, à la haine.
Nous nous applaudissions les uns les autres, parce que nous étions synchrones dans nos émotions et nos espoirs.
Ce film ne sauvera pas l’humanité, mais il nous a permis d’exprimer un peu de la nôtre.
Et il nous a rappelé que demain commence aujourd’hui, alors que les élections c’était hier.

Demain


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