Comme ça s'écrit…


Djeeb : c’est reparti, et c’est encore mieux !

Posted in Djeeb,Promo par Laurent Gidon sur 8 mai, 2015
Tags: , ,

Avec plus de 1000 ventes, Djeeb le Chanceur est mon plus gros succès. Insuffisant pour l’éditeur original (et surtout pour son diffuseur) qui a préféré arrêter la série, mais une fierté pour l’auteur parce que ce roman a été un pur plaisir d’écriture. Et puis franchement, il n’est pas mal.
Je viens de le relire complètement pour corriger ce qui devait l’être avant sa republication en numérique. Et qu’ai-je relu ? Un roman d’aventures échevelé qui prend son temps pour faire exister les lieux et n’esquive pas la complexité morale du statut de héros. Par modestie mal placée je l’avais décrit comme un roman léger, presque easy reading (que j’ai horreur de ce mot !), une sorte de bulle pétillante. Ce n’est pas cela. Du tout.
Je m’aperçois que j’y ai fait passer en contrebande tout mon questionnement éthique d’auteur : qu’est-ce qu’on s’autorise lorsqu’on est seul maître à bord, Dieu-tout-puissant face à son clavier, qu’est-ce qu’on s’interdit comme facilité ou efficacité trash, qu’est-ce qu’on cherche à transmettre au-delà de l’aspect esthétique…
Cela n’a pas l’air de grand-chose, mais lorsque vous faites métier d’écrire c’est un peu comme décider si vous faites du bio ou si vous traitez avec Monsanto lorsque vous êtes agriculteur.
J’ai choisi bio.

Djeeb le Chanceur, 3€49, tous formats et sans DRM (ni coquilles)

Aujourd’hui, Djeeb le Chanceur reparaît grâce aux éditions Multivers.
Disponible ici (clic).
En numérique.
Sans DRM (l’acquéreur est donc vraiment libre d’en faire ce qu’il veut, même de le lire).
Dans tous les formats de liseuse ou d’écran.
Au prix très abordable de 3€49.
Et enfin débarrassé des coquilles qui encombraient la version papier.
Aussi enivrante qu’ait été l’écriture de ce premier Djeeb, le fait qu’on l’ait imprimé sans tenir compte de mes corrections sur épreuves m’a gâché le plaisir du contact avec le public. Impossible pour moi, lors de dédicaces, de dire «Allez-y, c’est de la bonne, ce que j’ai fait de mieux !»
Je comprends que l’éditeur n’ait pas envoyé ce premier tirage au pilon pour une petite vingtaine de corrections oubliée. Mais aujourd’hui, avec cette nouvelle parution, je peux enfin vous dire «Allez-y, c’est de la bonne, ce que j’ai fait de mieux, parole !»

Enfin, jusqu’à la parution de l’Encourseur, bien sûr…

——————-

Pendant que Djeeb renaît, je lis Bad Girl de Nancy Huston. J’aime bien. J’y vois une démarche parallèle à mon Abri des Regards, ce qui me touche particulièrement.

Publicités

Du rythme, du cadre, et de l’écriture

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 3 août, 2009
Tags: , , , ,

Vous allez voir, c’est passionnant la vie d’écriveur.
Autour de 7h00 : réveil sans artifice, rêvasserie autour des personnages d’histoires en cours
8h00 : préparer le petit déj des kids, prendre le mien sous la véranda face au pré à vaches en regardant les hirondelles
8h30 : écriture de Djeeb 2 (nom de code temporaire : Capitaine Djeeb) dans la grande salle de l’annexe, avec un objectif de 15 000 caractères par jour
10h30, bise à ma douce, activités diverses suivant horaire des marées et conditions de vent (plage, planche, tournoi de ping pong…)
12h00 : écriture à l’ombre de l’annexe (ou à l’abri de la pluie…)
13h00 : apéro avec beau-papa (cave à whisky king size !), repas en famille (12 personnes) sous la véranda ou dans la grande cour
14h00 : écriture pendant que toute la maison sieste, ou planche selon horaire des marées et conditions de vent
16h00 : activités diverses (idem…)
18h00 : footing papote avec mon fils aîné qui suit à vélo
19h00 : écriture, collecte des mails, zonage sur forums, suivant avancée des 15 000 caractères contractuels
20h00 : repas en famille sous la véranda
21h00 : couchage bisou des kids, tarot ou film, pompage de bière, pipe (de bruyère)
23h00 : coucouche câlin si 15 000 caractères précités abattus. Sinon, tape-tape clavier au lit. Puis cap dodo en rêvassant aux scènes et dialogues à écrire le lendemain.

Voilà, dit comme ça, c’est mortel passionnant, non ?

Sauf que c’est ainsi que Djeeb le Chanceur a été écrit l’été dernier, sans s’en faire plus que ça, et que Capitaine Djeeb est en train d’apparaître sur l’écran. On me demande parfois (pas vous, je sais, vous vous en tapez le fion) comment on trouve le temps d’écrire, comment on s’organise. C’est simple : on prend un chausse-pied et on fait rentrer le livre à venir dans la journée type des vacances.
Il paraît que Fred Vargas fait pareil, qu’elle pond ses romans en trois semaines l’été. Pareil.

Après, question cadre, ce n’est pas neutre. En reprenant l’évolution du boulot sur Djeeb 1, je me suis aperçu que les deux premiers tiers, que je pourrais qualifier de solaires, ou d’ascensionnels, ont été écrits ici, dans ce coin de bocage normand. Alors que la fin, plus sombre, a vu le jour (ou la nuit) une fois rentré en montagnie.
On en conclura ce qu’on voudra. J’aime bien mes deux maisons. Mais le temps n’y coule pas pareil. Et l’écriture aussi.

Appelez-moi Steven !

Posted in Djeeb,Promo par Laurent Gidon sur 25 juin, 2009
Tags: , , , , , ,

Oh oui, faites-moi plaisir, appelez-moi Steven : Spielberg ou Soderbergh, je vous laisse le choix mais soyez sympas, appelez-les (moi j’ose pas).

D’ailleurs j’ose à peine vous montrer la vidéo promo que je viens de tourner pour promouvoir Djeeb le Chanceur. Dire que ça craint… pourtant, y a du budget, des effets spéciaux qui décoiffent ta grand-mère, un dragon, un elf, un nain et un marteau, ça brûle comme dans la Tour Infernale, ça flingue comme dans Il était une fois dans l’Ouest (pardon Sergio, pardon) et ça cogne comme dans Warhammer.

Enfin bon, voilà quoi.

Y a pas d’quoi

Mon influence à moi (que j’ai)

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 11 juin, 2009
Tags: , , ,

La taille des événements n’a rien à voir avec leur retentissement, au moins dans l’intime.
Hier, par exemple, j’ai reçu un livre. Rien de bouleversifiant. Et pourtant, ça m’a tout retourné, sur le thème « J’existe, la vache, j’influe sur le monde ! »

J’arrête tout de suite les esprits galopants qui croient voir venir le sujet du billet : non, je n’ai pas reçu les premiers exemplaires de Djeeb le Chanceur. Il est chez l’imprimeur, qui le bichonne. Et si mon allocution du jour est promotionnelle, ce sera par un chemin bien détourné.

Donc, j’ai reçu un livre. Comme deux gouttes d’eau, de Tana French. Ce n’est pas tellement le livre en lui-même qui m’a tout retourné, c’est la raison de sa réception : Silvana Bergonzi, attachée de presse chez l’éditeur du livre (Michel Lafon), m’a repéré comme blogueur d’obédience littéraire, et me considère comme suffisamment influent pour m’envoyer des livres, comme ça, pour que je m’en fasse une idée et que je la partage. Merci, Silvana, vraiment. Ça fait chaud d’exister.

Si vous voulez mon avis, Silvana fait très bien son travail. Ce livre, je vais le lire, et je vous dirai quoi, le moment venu.
Chez Mnémos, il y a aussi une responsable de la communication. Une grande et jolie Claire, qui fait aussi très bien son travail. Elle se démène pour que plein de gens, des libraires, mais aussi des journalistes, des lecteurs influents, des ratons laveurs, soient intéressés par Djeeb le Chanceur, le lisent, s’en fassent une idée et la partagent.

Mon idée sur Djeeb, vous la connaissez déjà (c’est de la balle, pur bonheur, ce que j’ai écrit de mieux, parole !). J’espère juste que j’aurai assez d’influence pour vous donner envie de vous faire la vôtre. Et quand je lirai votre avis, ici ou là, ça va me résonner très fort dans l’intime.

Les libraires, je suis pour

Posted in Djeeb,Promo par Laurent Gidon sur 8 juin, 2009
Tags: , , ,

Les libraires, oui, ces gens qui font commerce de livres, sont forcément les alliés de tout écriveur un peu désireux de voir ses textes franchir la barre du voisinage.

Les libraires plus que les librairies, parce qu’il faut des gens qui parlent à d’autres gens pour qu’ensuite l’écrit puisse être lu.
Des libraires comme ça, des qui lisent, qui aiment, qui s’emballent, qui ont les poils qui se dressent rien qu’à évoquer un titre, des libraires comme ça donc, il y en a. J’en ai rencontré.

Bruna, par exemple, qui trouve sa librairie toute modeste. Moi, je la trouve bien, cette boutique des Lettres Constellées, en plein centre de Thonon-les-Bains. Bruna n’est pas qu’une passeuse, c’est une locomotive, une lectrice à réaction, le moteur à fusion appliqué à booster la littérature plaisir. Il faut la voir prendre ses clients par le bras, leur claquer deux bises (pour les habitués, et il y en a), les tirer vers le rayon en leur murmurant un « J’ai quelque chose pour toi, c’est Wouaou, je te dis que ça ! » qui fait trembler les rayonnages. Bruna murmure comme une chevauchée de Walkyries par temps d’orage.
Bruna m’a dit qu’elle avait aimé Djeeb le Chanceur (c’est… Wouaou !) et m’a demandé si, bien que sa librairie soit modeste, j’accepterais de venir signer chez elle. J’ai dit oui. Avec des alliés comme Bruna, Djeeb n’a plus peur de rien.

Et il y en a d’autres. Prenez Frédéric, de Grenoble. Sa librairie ne s’appelle pas Omerveilles par hasard. C’est un magicien, Frédéric. Alors que tout le monde en sera réduit à se morfondre d’impatience dans l’attente de la parution de Djeeb le 25 juin, lui s’immisce dans une faille du continuum spatio-temporel pour proposer à son public chéri une rencontre dédicace avec l’auteur le samedi 20, soit cinq (5 !) jours avant la sortie officielle. Quelle talent ! Et quel honneur, que d’être invité à sa propre avant-première. Merci Frédéric !

Que vous dire d’autre, sinon que j’y serai, bien sûr. Et content en plus. Si vous passez dans le coin, arrêtez-vous. On prendra le temps de discuter. Vous rencontrerez un libraire. Un vrai.

Ambeliane, take 1

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 1 juin, 2009
Tags: , , ,

Ce week-end, je n’ai pas perdu mon temps : croyant rencontrer l’illustrateur qui fait la couverture de Djeeb le Chanceur, j’ai doublé la mise en retrouvant par la même occasion le tout premier acheteur de Aria des Brumes. C’est le même Marc Simonetti, talentueux artiste et avisé lecteur, que j’avais quasi forcé à prendre mon livre dans les rayons de la librairie Decitre. Je trouve qu’il a un sacré talent, et je me sens honoré qu’il ait accepté de le mettre au service de mon Djeeb. Un bon choix de l’éditeur, sans flagornerie aucune. D’ailleurs, Marc a un pedigree qui parle pour lui, chez Mnémos comme chez d’autres éditeurs.
Marc a bien aimé Djeeb (il essaie de toujours lire un livre avant d’en faire la couverture), et m’a dit qu’il le rapprochait de Fritz Leiber ou Patrick Rothfuss, ce que j’ai trouvé flatteur.
Sachez, puisque ça vous intéresse, qu’on n’a pas fait que boire des bières et être gentils l’un avec l’autre. On a aussi parlé de ça, que je trouve vraiment pas mal :
djeeb_cm-copy
Il faut, pour bien apprécier, se remémorer le début du chapitre 2 :

On aborde le port d’Ambeliane par la passe des Crocs. Ainsi énoncé, cela peut déjà paraître effrayant. Mais il faut voir les dents de basalte déchirer le courant furieux dans le goulet d’entrée du lagon pour savoir ce que jouer sa vie veut dire. La haute falaise qui ceinture la rade semble avoir reçu un violent coup d’une épée gigantesque, et ce coup l’a tranchée jusqu’au dessous des eaux des marées les plus basses. Cette muraille noire, fouettée par les vents et couronnée d’une broussaille d’arbustes teigneux qui semblent lui hausser les sourcils, s’ouvre ainsi à vif pour laisser par temps clair pénétrer les regards vers une baie miraculeuse de sérénité.

Voilà, ça existe, c’est beau, c’est Ambeliane, et ce sera la couverture de Djeeb.
Coupez !

The Djeeb project

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 4 mai, 2009
Tags: , , , , , , , ,

The Djeeb project

Pour anti-citer Gustave – qui m’a offert une de mes plus jeunes et plus belles émotions de lecture avec Salammbô, mais dont je n’ai jamais pu lire Emma Bof ; enfin, merci quand même – « Djeeb Scoriolis, ce n’est pas moi ». Puisque je ne m’appelle pas comme ça.

Au départ, même, Djeeb ce n’était rien. Un ectoplasme. Un support à rêve, pas plus. Le cintre mal épaulé sur lequel j’allais suspendre l’histoire que j’avais bien l’intention de vous tricoter.
Ce n’était donc qu’un nom étiquette posé sur une boîte encore vide.

Quel est le projet, dans tout ça, et surtout dans si peu ?
Je ne sais pas vous, mais je n’ouvre pas un magazine d’écrivure ou une émission littériale sans qu’on ne m’assène à un moment ou à un autre la jolie expression de « projet littéraire ». Avant, un livre devait déjà avoir un thème. Maintenant, c’est l’auteur qui doit avoir un projet. Le plumitif comme petite entreprise, l’écriveur bien inséré dans la vie économique qui parapluise sous l’Hadopi (je suis contre, je vous dirai pourquoi un jour), ne sort pas sans son projet littéraire, histoire de faire sérieux au milieu des journalistes, critiques ou présentateurs télé qui vont parler de lui tout en gagnant dix fois plus.

Donc, n’écoutant que la voix de ma conscience, qui imite à s’y tromper celle de mon banquier, je me suis trouvé un projet en ce qui concerne Djeeb le Chanceur (piqûre de rappel : ce roman d’aventure qui sort en juin prochain, éditions Mnémos, diffusion distribution Harmonia Mundi, auteur Laurent Gidon).

Et ce projet, le voici : partir de rien pour arriver quelque part.

Vous noterez l’intense modestie du propos, mais aussi sa richesse en germe.
Avec un tel projet, s’il se réalise, tout peut arriver. De plus, si je me loupe, ça ne se verra même pas. Parti de rien, j’aurai au moins écrit 500 000 signes, lesquels ont d’abord trouvé leur place sur mon disque dur avant de migrer vers celui de Célia Chazel, puis transiteront par l’imprimeur et finiront par encombrer les rayons et les tables de nombreuses librairies, ce qui fait toujours quelque part. 500 000 signes écrits en été.

Modestie et vastitude, voici donc l’ambition du projet Djeeb.
En piochant l’histoire et en carrelant les lieux qu’elle traversait, je ne me suis attaché qu’une seule règle : faire confiance à mon imagination. Car il a fallu imager, voir les lieux et les gens, percevoir les gestes, les réponses, se poser les questions. À partir de rien.
De Djeeb le Chanceur, rien n’existe, ou plutôt rien ne préexiste. Tout est sorti de là (dis-je en me tapant le front, là), sans recherche documentaire, sans justification, sans autre envie que de voir ce qui sortait. Parce que j’y croyais. Pas comme une performance (Henry the horse dances a waltz) ou un relevage de défi. Non. Vraiment comme un acte de confiance et de curiosité qui pousse vers l’avant.
Je ne sais pas comment les autres s’y prennent. S’ils décident dès le début d’écrire un grand roman. Ou de calibrer un best seller. Et je ne veux pas savoir, pas connaître la recette. Y aller à l’aveugle, réinventer le truc, c’est ma coquetterie à moi. Une sorte de projet, tenez, petit projet de rien.

Et alors ? me direz-vous. Qu’est-ce que ça peut faire. Qu’est-ce que ça peut NOUS faire.
Rien.
Si, du bien, peut-être. Parce que les bons moments passés ensemble font du bien, et parce qu’en lisant Djeeb vous serez un peu avec moi.
C’est la petitesse et la grandeur du projet. En partant de rien et de nulle part, on est tiraillé entre deux forces. L’une, centrifuge, pousse à tourner en rond autour de soi-même. Alors que l’autre – et c’est heureux – vous jette dehors pour aller voir plus loin, inventer ce qu’on croit ne pas encore exister (mais ça se discute, tout a peut-être déjà été écrit), produire des endroits improbables qui tiennent en funambules parce qu’il y a la manière, ce truc qui fait que si je le dis, comme ci et comme ça, en lisant vous y croirez, et brasser, brasser tout ce décor pour lui donner le volume de l’intrigue, le chatouillis du « qu’est-ce qui se passe après ? ». Du plaisir à écrire, et peut-être du plaisir à lire. Voilà ce que ça peut vous faire : plaisir. Un beau voyage vers autre part. Des vacances ailleurs, pendant que le monde tourne. Cet ailleurs, vous le verrez, mais aussi un peu du dedans de moi. Faut vous y faire.
Tenez, un autre jour je vous dirai quoi.

En attendant, le Cabinet de curiosités de Eric Poindron donne l’adress de ce blog, mais aussi celui de Marco, en reprenant un si joli billet de Loïs (qui ne sait pas en faire des moches). Résultat, on a moins de chasseurs de morilles en visite. Allez, courage les gars : c’est capricieux la morille, ça se mérite mais c’est bien bon.

L’enthousiasme du correcteur de fond

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 18 avril, 2009
Tags: , , , , ,

Un truc pas facile à admettre quand on est Dieu, c’est que parfois, même quand Dieu a fait de son mieux, ça peut encore s’améliorer. Heureusement, Dieu a un éditeur, qui fait bien son travail de conseiller littéraire…

Bon, promis, j’arrête avec Dieu, y’en a marre.
D’autant qu’en écrivant Djeeb le Chanceur je me sentais beaucoup moins Dieu que pour Aria des Brumes. Pas une question de qualité ou d’ambition, entendons-nous bien : plutôt un état d’esprit différent.

Pour Aria, j’avais en tête un arrière-plan complexe que je faisais découvrir au lecteur au gré de ma divine volonté (qu’on va appeler l’intrigue, par commodité).
Alors que j’ai plutôt eu l’impression de suivre Djeeb, un peu comme un visiteur dans une maison étrange, qui pousse les portes sans trop savoir ce qu’il va trouver derrière. Une écriture de la cave au grenier, dans laquelle je me surprenais autant que le héros.

Et des surprises, il y en a. Pas toujours bonnes, d’ailleurs. C’est là qu’entre en scène Célia Chazel, de chez Mnémos. Par ses judicieuses remarques, elle me pousse à produire un texte définitif nettoyé de ce qui l’encombre ou le ternit. Sans corriger, juste en surlignant quand ça poisse, quand ça grince, ou – honte ! – quand ça se répète. Après, je me débrouille pour décrasser.

On pourrait croire que c’est énervant de se faire pointer les défauts de son travail. Eh bien pas du tout. Pas là, en tout cas, parce que c’est bien fait. Au contraire, ça donne envie. Plein de petits problèmes, de casse-tête lexicaux ou syntaxiques, à résoudre en les chantant (oui, je me chante mon Djeeb, pour voir si ça sonne). Et c’est cool comme job, je vous le conseille. Célia m’envoie les chapitres annotés par paquets de trois, et dès que j’ai fini de les traiter, je me surprends à attendre la suite avec impatience.
Déjà que je l’avais écrit pour le plaisir, voilà que je le corrige avec plaisir. On va finir par en faire un succès planétaire, non ? Hum… modestie, quand tu m’étreins !

Ah, au fait, pour les chasseurs de morilles (qui sont de loin les plus nombreux à visiter ce blog… qu’est-ce qu’ils doivent être déçus) : ça y est, le signe indien est vaincu, j’en ai trouvé dans la forêt au-dessus de la maison.

Au nom du Djeeb

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 14 avril, 2009
Tags: , , , , , ,

Le problème avec les questions qu’on ne se pose pas, c’est que si un jour on se les pose, on a du mal à y répondre.
Par exemple : Djeeb, pourquoi s’appelle-t-il ainsi ? Hein ?

Quand on écrit une histoire avec des personnages, c’est toujours une vraie plaie de leur trouver des noms. Surtout les histoires de SF lointaine. Il faut que ça sente le futur, mais pas que ça sente l’effort. Pareil pour de la fantasy bien goûtue : pas question de s’embarquer dans une trilogie (que les grands anciens nous en préservent) à suivre la quête d’un jeune héros qui s’appellerait Jean-Paul, ça le fait pas, ou Shalmanhalamdan, ça encombrerait. Alors on cherche, on s’épine la tête, et on finit par trouver, sans trop savoir pourquoi ni comment.

Et puis parfois ça vient tout seul. Pour Aria des Brumes, il s’appelait Carl. C’est court et ça sonne, bien claquant en entame, rugueux au-dedans et coulant sur la finale. En plus, ça s’explique (attention, c’est du lourd) : Carl fait partie d’un commando de clones interchangeables, juste repérés par une lettre. Lui c’est le C. Les lecteurs attentifs l’auront sans doute noté : il y a Alex, Bjorn, Denn et Eric, et donc Carl. Rien que du court, facile à retenir, qu’on peut estimer choisi par les concepteurs du programme Automax pour humaniser un peu leur production, mais pas trop. Voilà pourquoi Carl (oui, c’est celui du milieu, entre AB et DE, un signe). En plus, ça se tape vite au clavier.

Et Djeeb alors ? Ben… rien. C’est venu comme ça, tout de suite, sans explication. Et c’est pour ça que c’est dur à expliquer. Je pourrais dire que c’est court et que ça sonne bien (on prononce Djib), mais ça ne me dit pas pourquoi c’est venu. Alors creusons.

C’est peut-être une référence inconsciente à la célèbre Jeep, pour créer un personnage tout terrain, multi-usages, plus révélé par ce qu’on en fait que par ce qu’il est. Il ne roule pas carrosse, Djeeb. Mais il avance, increvable, quelles que soient les embrouilles. Alors pourquoi pas une Jeep ? Peut-être.
À titre personnel, j’y vois aussi une résurgence du Jibe des véliplanchistes. La figure de base sur planche à voile, la plus simple tout en étant une des plus techniques, qui permet de changer d’amure sans se baigner. J’en ai bouffé, du jibe, avant d’en réussir un de présentable. Un Jibe bien exécuté signale d’emblée le rider upper class. Il faut qu’il soit coulé, bien engagé dans une courbe progressive, en gardant le planning (donc sans perte de vitesse), sans effort au passage de voile (ou alors c’est un racing jibe, rider couché sur la voile en amorce de courbe pour appuyer sur le rail de la planche et éviter la survente), en un mot le bon jibe est simple et élégant (ce qui fait deux). C’est tout Djeeb, simple et élégant, mais cachant une vraie complexité (essayez donc de réussir un jibe correct du premier coup : au mieux, vous empannez lourdement, au pire… open buffet pour les requins). En plus, j’aime bien l’idée de mouvement et de changement de direction. Ça colle aussi au personnage.

Parce qu’il faut vous dire que Djeeb n’est qu’un prénom, le patronyme étant Scoriolis. Cette fois, la référence est évidente. Je vous cite Wikipedia : « La force de Coriolis est une force inertielle agissant perpendiculairement à la direction du mouvement d’un corps en déplacement dans un milieu (un référentiel) lui-même en rotation uniforme, tel que vu par un observateur partageant le même référentiel. »
C’était inconscient de ma part – juste une question de sonorité – mais on retombe sur cette idée de mouvement dans un milieu, avec action à 90°. Djeeb n’est qu’un mouvement. Il se déplace dans un milieu (la ville d’Ambeliane) parcouru de forces et de tensions qui agissent sur lui et l’envoient toujours à angle droit de là où il comptait aller. Ça se tient.
En plus, si on veut psychanalyser le truc, on notera que c’est le nom de famille qui applique cette force inertielle. De là à dire que le passé familial de Djeeb est à l’origine de tout… ce serait un trop grand pas qui en plus nous jetterait dans la plus plate lapalissade.

Voilà, voilà. Tout ça juste pour un nom. Et court, en plus. Je me remercie de m’être posé la question. Et je retourne à mes corrections.

This is not entertainment

Edit : après contact avec Thomas Day, il appert que son message cité ci-dessous n’était rien d’autre qu’une pub très sympa pour la future sortie de Djeeb le Chanceur.

Ce qui fait de moi un grand idiot parano, alors que lui reste l’auteur de This is not America, que je vous conseille.

Je laisse ce billet intact pour bien me rappeler combien je suis bête et prompt à le montrer.

J’ai parfois l’air de faire le malin, comme ça, mais en fait il m’arrive de ne pas être très fin. Je me trompe sur les gens et leurs intentions, je m’engouffre dans les pièges en sifflotant, je me tape sur les doigts avec un marteau (ça n’a rien à voir, mais ça m’arrive). Donc, quand j’ai lu sur un forum que Thomas Day listait le prochain Don Lorenjy parmi les livres SF 100% divertissants à paraître, j’ai d’abord pensé qu’il était sympa, vraiment.

Il faut savoir que Thomas Day, c’est le nom de plume de Gilles Dumay, directeur de la collection Lunes d’encre, chez Denoël. Un pro, respecté pour la qualité de son travail, et qui porte des t-shirts bien trouants à l’occasion. Il avait lu Djeeb le Chanceur, en avait pensé assez de bien pour m’appeler et me dire que, même s’il ne pouvait pas le publier dans sa collection, il était prêt à le présenter chez d’autres éditeurs de ses amis. Entre temps, le contact avec Célia Chazel s’était noué, je n’ai donc pu que le remercier sans aller plus loin. D’où ma joie lorsqu’au détour d’un forum il cite mon Djeeb. 100 % divertissant, en plus. J’adhère.

Et puis… Et puis, quelques questions de forumeurs plus loin, j’ai l’impression que c’était juste une blague, un peu mauvaise, la formulation tendant à rappeler un razzie obtenu par Mnémos. Et comme j’ai tout de suite foncé pour appuyer cette offre de promo gratuite, je passe publiquement pour ce que je suis : provincial.

Maintenant, je ne sais plus. J’ai envie de lui voter la confiance, à Thomas Day.

Je viens de lire son dernier recueil, This is not America. Malgré deux nouvelles que j’ai trouvées dispensables (l’une un peu ennuyeuse, l’autre moralisatrice), il y avait cet American drug trip qui m’a vraiment mis le cœur en joie. Un truc bien vif, sans morale, traité comme un roman noir, gouailleur et plein de mauvais esprit. Tenez, il m’a rappelé l’Apocalypse selon Huxley de Jérôme Noirez, dans Ouvre-toi ! Une référence dans le décalage par rapport à l’environnement. Quelqu’un qui écrit ça sans s’occuper du qu’en dira-t-on ne peut avoir des intentions frauduleuses quant à mon Djeeb.

Mais il y a autre chose. 100% divertissant, ça me va bien comme qualification pour les aventures du Chanceur. Je ne sais pas si Thomas Day donne un tour positif à cette notion de divertissement. Je ne saurai sans doute jamais, sauf à lui demander. Mais moi oui, à 100%. Peut-être qu’il se paie gentiment ma fiole et surtout celle de mon éditeur. Mais ce n’est pas si grave, s’il a raison.

Parce que Djeeb, c’est ça : du pur divertissement, mais traité sérieusement. Pas prise de tête, comme on dit chez les anciens djeuns. C’est une histoire, seulement une histoire, avec du jus, du décor, de l’action, du goût et des odeurs, juste pour passer un bon moment, ailleurs, très ailleurs. Ça se lit sans se poser d’autres questions que « qu’est-ce qui se passe après ? » D’ailleurs, je l’ai écrit comme ça.
Bien sûr, en cherchant, on peut y trouver ma vision de l’homme et du monde, bien sûr. Mais ce n’est pas un dossier, un signal d’alarme ou le livre qui va changer votre vie. Juste l’embellir un peu, le temps de la lecture. En tout cas, c’est ainsi que je le vois.
Alors, si certains veulent s’en moquer en douce, tant pis. Constatant l’affront probable, Djeeb – le personnage – n’irait pas se fourvoyer à en demander réparation sur le pré. Il prendrait une longue inspiration, ferait le vide pour mieux percevoir l’harmonie qui l’entoure et s’imprégner de ce qui la trouble, puis trouverait en lui la pensée, le geste ou le son qui rétablirait l’unité. Il observerait alors avec une douce satisfaction ce retour aux valeurs esthétiques qui guident chaque instant de sa vie, et plus rien n’aurait d’importance.
Et moi… Eh bien, moi je ne suis pas Djeeb. Alors Thomas, Gilles, si vous passez par là, vous m’expliquez ?

Page suivante »

%d blogueurs aiment cette page :