Comme ça s'écrit…


Ce qui vient et ce qu’on en fait

Posted in Promo,Réflexitude par Laurent Gidon sur 4 septembre, 2016
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Le passé me semble sujet à caution. C’est ce qu’on se raconte, avec tant de variations subjectives d’un raconteur à l’autre que… Bon, c’est le passé.
Le présent ne dure pas. Malgré la forme du mot « maintenant » – ce qui est en train de maintenir – on ne maintient pas le présent, il nous file entre les doigts, c’est déjà du passé, n’en parlons plus.
Et le futur ? Chassons d’emblée le point Lapalisse : il suffirait d’attendre assez pour que le futur devienne présent. Donc passé. Cela semble idiot, mais j’y reviendrai. Sinon, le futur, c’est ce qu’on en fait. Tous.
Si on y réfléchit, assez peu de d’événements se produisent de façon fortuite. À part la météo, la tectonique, les éruptions solaires, les chutes d’astéroïdes et les pannes (encore que, obsolescence programmée, tout ça)… cela me semble tout, corrigez-moi si je me trompe.
Le reste, la politique, la guerre, l’économie, même l’accident ou la maladie, est de notre fait, directement ou indirectement, personnellement ou globalement. Et peut donc être défait avant de se précipiter dans le présent.

Cette longue introduction pour rappeler qu’il n’y a rien de définitif ni d’inévitable dans ce qui se profile. Nos décisions modifient l’avenir à chaque seconde.
Dans son édito du We Demain n°15, François Siegel rappelle que « Non, la résignation serait notre plus grande erreur. Plus que jamais, l’antidote réside dans notre capacité à bâtir un futur désirable… »
Notre capacité, ou notre envie ?
Depuis quelque temps, des initiatives fleurissent dans le monde de la SF pour inciter les auteurs à inventer des futurs désirables. Il y a eu Contrepoint, le concours des Indés bien sûr, et ce tout nouveau Avenirs Radieux chez Rivière Blanche. En avez-vous croisé d’autres ?
Ne sont-ce que des trucs de Bisounours ? De la littérature marginale et sans poids ? Non. Il nous faut des Houellebecq pour mettre le sel sur la plaie, nous dire là où ça va mal. Mais il nous faut aussi des Éric-Emmanuel Schmitt. Et je ne cite que deux auteurs dont le talent m’a touché, vous compléterez la bibliographie. Il nous faut donner du poids aux histoires qui donnent envie de faire l’avenir au lieu de s’en défier. Décrire l’utopie, ce n’est pas ailleurs et demain, c’est ici et maintenant, sinon demain n’existera nulle part, ou sans nous.

L’avenir n’est pas qu’aux politiques, aux ingénieurs et aux financiers. Personne ne fait rien tout seul, et les politiques, les ingénieurs, les financiers, devront s’appuyer sur énormément de monde pour atteindre leurs objectifs. Faire croire énormément de monde à ce qu’ils proposent. Ou au moins compter que ce monde s’y laisse entraîner, résigné, vaincu par les histoires et les mythes qu’on lui raconte depuis des siècles.
Écrire ou filmer des histoires d’un demain qui donne envie, d’un avenir désirable, ou au moins vivable, voilà ce qui fera évoluer les croyances, les décisions, les actes. Apporter une alternative à ce qui paraît inévitable pour qu’un plus grand nombre de nos contemporains se sentent concernés, acteurs et non esclaves de ce qui vient. Réveiller l’envie de décider et agir.
C’est l’affaire des artistes, auteurs, scénaristes, mais aussi des éditeurs, des producteurs, de tous ceux qui font exister ces histoires à grande échelle, mais encore de ceux qui les lisent ou les regardent et in fine « font le marché ».
Chacun a sa responsabilité. Celui qui invente, celui qui diffuse, celui qui reçoit. Chacun, de son côté et à son niveau d’influence, agit sur ce qui vient. Arrêtons de nous plaindre, et votons par nos actes quotidiens POUR l’avenir que nous désirons. Pas contre.

Et attendre pour laisser l’avenir passer, alors ? Aussi bête que cela puisse paraître, il me semble y voir une forme de présence spirituelle au monde. Attendre, c’est le privatif a- devant le verbe tendre : celui qui attend n’est pas tendu. Il se détend, il regarde passer le temps, ne cherche pas à y imprimer sa marque, fait confiance à la bénignité des choses et des êtres.
Attendre et regarder avant d’agir, au lieu de courir et ne plus pouvoir que réagir avec un temps de retard.

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Pendant que je regarde passer le temps, je lis We Demain bien sûr, et aussi La Physique de la Conscience de Philippe Guillemant et Jocelin Morisson.

Quant à vous, lisez Dimension Avenir Radieux, ma nouvelle Sous leurs regards y est, avec plein d’autres utopies. (c’est de la promo, ça ne tache pas)

Venez pas me gratter sous le genre !

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 11 janvier, 2008
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Il faudra vous y faire, à partir de dorénaguère je m’en vais vous coller la couverture dans chaque billet. À vous d’aller en librairie pour voir ce qui se cache derrière, et toc ! (au moins, on ne me reprochera pas d’être biaiseux dans mes incitations à l’achat ; le second degré et moi ça fait un drôle d’angle).

Et si on parlait d’autre chose qu’Aria des Brumes. Allez, topons-là !

Attention, scoop, accrochez-vous à vos œillères : non content d’être un écriveur qui écrit, il m’arrive aussi de lire. Ouais. Des vrais livres, hein ? avec pas d’image et autant de pages que dans le Bottin (un petit Bottin, disons celui de la Creuse). Et même parfois des livres de grande littérature, pas des trucs imaginaires à faire rêver les moins de douze ans. Pourquoi vous raconter ça ? Que vous vous en doutiez ou vous en foutiez, mon statut de lecteur n’a rien d’émoustibloguant. Et pourtant…

Par exemple, le dernier Bottin que je viens de me taper et que je m’apprête à vous commenter vient fort à propos en illustration d’une idée qui m’est chère : les genres, je m’en fous ! Mais d’autres ne s’en foutent pas, les coquins, qui n’osent nous vendre de la SF pur sucre et nous la maquille en Aspartam littéraire (je sais, je suis le king du procès d’intention, et ce n’est pas fini).

Donc, « Chronique des Jours à venir », de Ronald Wright, chez Actes Sud. Je l’ai lu, et j’ai à moitié bien fait.
D’accord, ce n’est pas d’aujourd’hui, ni même d’hier, puisque la traduction d’Actes Sud date de l’an dernier et la sortie originale au Canada de 1997. D’accord. Mais j’ai envie de parler de ce livre dans un contexte où les littératures dites « blanches » me paraissent de plus en plus chiantes (je généralise, bien sûr, j’ai le droit je suis chez moi) et les littératures « de genre » de plus en plus oubliées ou dénigrées (pareil, c’est trop général).

Alors, sur les Chroniques…
Donc voilà un gars qui se réclame d’HG Wells et de l’appellation originale de ce type de « romans scientifiques » (scientific romance, nom du genre à la fin du XIXème siècle et titre du bouquin en VO) pour nous servir de la SF sous couvert de littérature.
Et il fait bien, parce que de la SF, il y en a dans son (gros) bouquin, mais hélas de la littérature aussi, beaucoup. Tactiquement, c’est imparable, vous verrez pourquoi.

Le pitch : à l’aube de l’an 2000, un type croise un canular concernant la machine à remonter le temps de Wells, puis la machine elle-même, s’en sert pour aller voir cinq cents ans dans le futur, lequel futur n’est qu’une vaste jungle mangrove où serpente la Tamise sans le moindre petit d’homme dedans. Pourquoi ? Comment ? C’est tout le sujet SF du book, et il tient sacrément la route.

La où le bât blesserait si je n’étais d’un naturel accommodant, c’est que cette histoire âpre et forte se noie dans des croisements sans fin avec les souvenirs amoureux et les questionnements sentimentaux du bonhomme, seul en scène pendant les 3/4 des pages. C’est érudit, bien écrit, bourré de références et de citations propres à faire classer le tout en « littérature », mais d’un chiant…
Voilà pourquoi je voulais en parler. Le gars Wright sait écrire, et très bien. Son personnage est archéologue, ce qui lui permet de nous exhumer les traces de notre futur de façon tout à fait convaincante. Mais je le soupçonne, pour éviter d’être classé en rayon SF et donc ne pas dépasser les 1500 ex vendus, d’avoir fait un deuxième bouquin « littéraire » entrelardé avec le premier, épuisant toutes les lourdeurs de la « non histoire » (on dirait du Angot). Si c’est fait exprès, c’est réussi !

Vous inciterai-je à le lire ? Oui, parce que toutes les histoires de fin du monde qui ont un peu de répondant valent leur pesant de bésicles. Mais alors, si les atermoiements du héros vous gonflent, sautez, sautez allègrement, l’intrigue n’y perd rien.

Pourquoi vous raconter ça ici ? Parce que, de nos jours, on ne peut plus écrire tranquillement de la SF sans être casé dans un reléguoire sans lumière d’où ne viennent nous dépoussiérer que quelques rares lecteurs de Bragelonne qui veulent se faire des émotions en sortant de la Fantasy balisée (je caricature, comme toujours).
Parce que les grands auteurs de littérature blanche qui se fourvoient (je carixagère, comme d’hab’) à écrire de la SF (« La Possibilité d’une île », « le complot contre l’Amérique », le tout récent « La route » de Cormac McCarthy) nous sont toujours vendus comme des romans « forts, visionnaires… » mais jamais comme ce qu’ils sont : de la bien grosse SF qui tache, souvent bien écrite et même parfois intéressante. Mais pas un mot, faut pas le dire, c’est dans le rayon coup de cœur. Comme si les lettres S et F devaient être bannies, non seulement du discours des éditeurs, mais aussi des médias qui continuent d’ignorer le genre même lorsqu’ils en ont un pavé sous les yeux (la preuve ? lisez l’article en lien sur le titre des Chroniques, plus haut : ils vont jusqu’à dire que « Ronald Wright embrasse de multiples genres » sans avoir les lucioles de préciser SF, ce qui me brises les miennes menu).
Mais surtout parce que, pour Aria, déjà que je vais me tirer les commentaires sur « les auteurs pour la jeunesse ne sont pas de vrais auteurs », je sens, je sais, que vont s’y ajouter les a priori sur « la SF c’est pas de la vraie littérature ». Alors Prout ! Aria des Brumes, c’est de la SF, mais désolé, j’ai essayé de l’écrire aussi bien que si cela n’en était pas. Et j’espère que les faiseurs d’opinion à qui je viens de le dédicacer par douzaines le liront ainsi, avant de le rentrer au chausse-pied dans une case sans pointure. Re-Prout !

Je ne vous demande pas ce que vous en pensez, je sais que vous allez me le dire.


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