Comme ça s'écrit…


Sur la route du lundi

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 15 novembre, 2016
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Aucun rapport avec le texte

Aucun rapport avec le texte, mais c’est joli

Au bord de la route qui conduit de chez nous à la ville une pancarte clame en lettres peintes à la main : « Que votre journée soit belle ». Un soleil jaune aux rayons découpés pointus en dépasse.
Ce panneau blanc presque rectangulaire sent la récup’. Il égaye un paysage étrange : d’un côté une zone d’activité comme on en voit de pires, et de l’autre une déchetterie séparée des voies par un ruisseau rectiligne bordé d’arbres.
C’est à l’un de ces arbres que quelqu’un a pris la peine d’accrocher son vœu à la beauté du quotidien.
De sept à dix mille véhicules par jour y sont exposés. Et souvent dans un ralentissement qui décuple l’effet du panneau, à n’en pas douter.
Chaque fois que, comme ce lundi, je suis pris dans le bouchon matinal je remercie ceux qui se sont donnés le mal de nous souhaiter ainsi une bonne journée.
Il a fallu qu’ils s’y mettent à plusieurs. De loin, ce panneau n’a l’air de rien, surtout comparé aux immenses affiches pour les enseignes de la zone. Il mesure tout de même dans les deux mètres de large, doit peser son poids, et une bonne échelle a sans doute été nécessaire pour le fixer en hauteur par de solides colliers qui veillent à ne pas abîmer le tronc de l’arbre.
La pancarte est là depuis des années. Elle a tenue le temps ou a été régulièrement entretenue.
En rentrant ce matin, j’ai vu un autre panneau, tout récent, visible pour ceux qui reviennent au village ou continuent vers Paris. Il y est écrit, dans le même lettrage manuel sur le même fond blanc, mais sans soleil rapporté : « Nous vous souhaitons tout le bonheur du monde ».
La pancarte est cette fois-ci fixée aux branches griffues d’un arbuste jouxtant une grande surface dédiée au matériel de sport à bas prix.
Je ne sais pas combien d’automobilistes passent en remarquant ces panneaux, combien en remercient les auteurs et combien se gaussent de cette inutilité.
C’est en effet gratuit, mais pas inutile.
J’y vois une façon de faire franchir au message les limites de la bulle Internet dans laquelle chacun est enfermé par de savants algorithmes. Encore faut-il regarder de côté par les vitres de l’auto.
Se donner du mal pour faire passer un message alors que l’on n’attend ni reconnaissance personnelle ni même une réponse, voilà qui vient à contre-courant de notre ère du rentable.
Où est la productivité ? Le retour sur investissement ?
Qu’en dirait Donald Trump ?
Ne comptez pas sur moi pour dire du mal du prochain président des États Unis d’Amérique. L’insulter conforterait tous ceux qui ont voté pour lui dans leur choix. Ils n’ont sans doute pas remarqué les panneaux.
Je préfère leur souhaiter une belle journée et tout le bonheur du monde.
Les gens heureux, même à l’encontre de l’air du temps, éprouvent une certaine difficulté à être méchants et sont sans doute plus enclins à tendre la main à leur prochain. N’est-ce pas ?

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Je ne lis pas que des panneaux au bord des routes, mais aussi Freedom, de Jonathan Franzen. C’est de saison.

 

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