Comme ça s'écrit…


Pensées suédoises

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 18 avril, 2020

J’aurais apprécié que notre gouvernement(clic) nous informe et nous conseille au lieu de mentir, d’interdire et punir(clic).
J’aurais préféré que notre gouvernement soit cohérent et nous fasse confiance pour adopter les mesures de distanciation sociale, aussi bien pour aller travailler (indispensable!) que pour prendre l’air sur la plage ou en forêt (facultatif donc réprimé).
Devoir expliquer une décision permet d’en dépister les erreurs logiques.
L’imposer sert souvent à faire l’économie de la réflexion.

Pour avoir les derniers chiffres : clic

En Suède (clic), le gouvernement ne confine pas de manière autoritaire. Il ne décrète pas les gestes barrière : il incite, recommande, conseille, voire prie la population de suivre certaines règles de prudence appuyées par une information précise et claire.
Si l’on compare les taux d’infection, de maladie et de mortalité liés au Covid-19 entre la Suède et la Norvège contiguë, mais qui elle confine sa population, on constate qu’il n’y a pas de différence notable (carte ci-dessus, que vous pouvez actualiser d’un clic).
Obliger les gens à rester chez eux et les punir s’ils contreviennent n’apporte donc rien dans la lutte contre l’épidémie.

Lorsque je parle de la Suède autour de moi, on me répond que c’est une autre mentalité.
Je suis d’accord, un mentalité éduquée par des décennies de gouvernance fondée sur la confiance à double sens.
Des gouvernants qui s’appliquent à se montrer dignes de confiance jusqu’à l’anecdotique et des administrés qui font confiance autant qu’on leur fait confiance.
Une évolution récente (hausse de la criminalité suivant la hausse du taux d’immigration) montre l’importance de l’éducation culturelle sur le long terme.
On note ainsi une surreprésentation des immigrés récents dans les malades du Covid-19 en Suède, résultat d’une faible appropriation culturelle du modèle suédois par une frange récente de sa population.
Il est d’ailleurs permis de se demander si, une fois expurgés de cette surreprésentation immigrée réfractaire, les chiffres du modèle suédois faisant primer le conseil sur la contrainte ne prouveraient pas une efficacité supérieure à celle du confinement autoritaire.

Mais, nous ne sommes pas suédois.
Une formule décrit assez bien ce que nous vivons en France : la confiance se gagne goutte à goutte et se perd au litre.
Combien de temps nous faudra-t-il pour accepter collectivement les recommandations d’un gouvernement qui nous ferait confiance et dans lequel nous pourrions placer notre confiance ?
La question est systémique et ne tolère donc pas de réponse unique. Chacun doit faire sa part d’évolution pour que quelque chose change. Mais, comme le dit Anne-Sophie Chazaud, le renoncement aux libertés est souvent sans retour : « Il n’est guère besoin d’anticiper une dystopie catastrophiste pour imaginer que, pour les mêmes raisons d’encadrement sanitaire du biologique humain, un quelconque exécutif puisse ensuite étendre ce contrôle prophylactique aux patients porteurs du VIH afin de s’assurer de leurs contacts, de leurs rapports sexuels, ou s’assurer au nom d’un contrôle bénéfices/coûts que des personnes en surpoids ne vont plus acheter de produits jugés néfastes pour leur santé, pour ne prendre que ces quelques exemples. »
L’épidémie actuelle est un bon test, grandeur nature.
Une sorte d’épreuve anticipée de ce que nous aurons à vivre lorsque l’emballement climatique ne nous laissera d’autre choix.
Le cours de la culture suédoise sera-t-il le must de la rentrée scolaire 2020 ?

Allez, une petite blague pêchée dans les commentaires d’un article…
Commentateur : « Encore un effort, les complotistes, et vous allez nous prouver que c’est Macron qui a inventé le Covid19… »
Réponse immédiate : « Il en serait bien incapable. »

Edit du 2 mai : le nombre de cas et le nombre de morts recensés en Suède semble augmenter fortement par rapport à d’autres pays confinés (Norvège, Danemark).
L’honnêteté ou la prise en compte du réel m’oblige donc à revenir sur ma position ci-dessus concernant l’efficacité de la contrainte. Sur le long terme je reste convaincu qu’il vaut mieux faire confiance que contraindre et punir, surtout si l’on se place dans une dynamique d’évolution de l’humain vers plus de conscience et de liberté. Cette dynamique peut toutefois se trouver freinée ou brisée par des comportements rétrogrades tels qu’on les constate partout, en confinement comme ailleurs.

———————–

Côté lecture, Ateliers de Jean-Claude Carrière continue de me ravir.

7 Réponses vers 'Pensées suédoises'

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  1. jérémie maxit said,

    Merci pour cet article et pour mettre un peu d’eau dans ton vin sur la Suède, encore un article du diplo ! « Privatisation de l’école, le fiasco suédois ».

  2. Gilles said,

    Je suis assez suédois pour l’exemplarité à exiger de manière intransigeante de nos dirigeants.
    Moins pour le reste, par exemple qu’on préfère y « confier des enfants à un homme violent plutôt qu’à une pute » comme titrait un article consacrée à Eva Marree Kullander Smith (https://fr.wikipedia.org/wiki/Eva_Marree_Kullander_Smith). Touours pour l’eau dans le vin : https://www.courrierinternational.com/article/2010/09/30/la-face-sombre-d-un-pays-modele


    • Je comprends ta position, je la partage et je n’idéalise pas le « modèle suédois » : le réel est multiforme.
      (et merci d’être passé, désolé pour le blocage de ton commentaire, c’est pas moi c’est WordPress qui n’aime pas les liens multiples assimilés à du spam)

  3. Gérard BESSON du Montagnon said,

    Bel article ! Le covid-19, c’est juste une mise en bouche en vue du réchauffement climatique. Il faut tomber le masque !
    Je reviens très bientôt ! Maintenant que je sais où trouver !


    • Merci Gérard, content de te retrouver ici 😉

  4. Cléa Cassia said,

    Intéressant ce constat. Vu d’ici, cette confiance, ça parait presque courageux.

    Mon père regarde tous les jours les chiffres annoncés par le gouvernement. Les cas déclarés et les décès.
    Il se trouve que, au fil des jours, le nombre de cas déclarés subit des diminutions rétroactives sans que cela ne soit expliqué nulle part.
    On les soupçonne de tout faire pour donner l’apparence qu’on ne rattrape pas les mauvais élèves en nombre de cas déclarés.

    A partir de là, on peut douter du bien fondé de toutes leurs décision, j’en ai bien peur… ça n’arrange pas la défiance – et décourage la confiance.


  5. […] les toits.J’ai voulu me taire pendant ce second confinement, pour protester – je préfère l’appel à la responsabilité plutôt que l’interdiction et la répression – pour protester donc, mais silencieusement, […]


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