Comme ça s'écrit…


Ouizzz, je suis Wizzz… et vouzzz ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 30 septembre, 2008
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Ceux qui ont de la mémoire et un rien de persévérance se rappellent que je me suis jeté tout nu dans MySpace. Après avoir réussi à me débarrasser de Tom comme ami, j’admets qu’il ne m’y est rien arrivé de bien passionnant, mais c’est de ma faute, je ne dois pas assez nourrir mon espace (c’est glouton, un espace, on n’a pas idée).

Aussi, fort de cette non-expérience, je viens tout à trac de la réitérer. Voilà, c’est fait, j’ai mon Wizzz. (là, l’internaute pas trop manche de la souris clique sur « Wizzz » et s’y retrouve)

C’est la même chose que MySpace, mais dans la sphère d’influence de Télérama (que j’aime beaucoup, dussé-je passer pour un BoBolâtre ranci d’autosuffisance élitiste et connardisante (ah non, ça c’est le Cafard Cosmique)). J’ai fait un tour chez les autres wizzzards, c’est pas mal, il y a plein de photos et de vidéos intéressantes, avec plusieurs espaces qui créent l’événement en lançant des sortes de challenges… Pas mal, quoi, dans le genre communautaire qu’aime bien Leo Scheer.

L’intérêt du Wizzz ? Retrouver des gens qu’on connaît déjà, et en rencontrer d’autres, mais surtout avoir de quoi dire sur ce blog, c’est à dire pas grand chose aujourd’hui, mais c’est toujours ça.

Et vouzzz, ça vazzz ?

Peut-on écrire n’importe quoi ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 29 septembre, 2008
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Peut-on écrire n’importe quoi ?
Oui, il y a cette question qui, pour moi, assure la même fonction dans les milieux journalistico-littéraires que celle tenue par « Peut-on rire de tout ? » dans les dîners en ville ou dominicaux (donc à la campagne et en famille, ou alors, changez de famille pour une qui vit à la campagne). D’ailleurs, pour « Peut-on rire de tout ? », ma réponse perso étant très proche de celle de Desproges, je ne vais pas vous encombrer avec.

Mais pour « Peut-on écrire n’importe quoi ? » mon avis est moins tranché.
J’aurais d’abord tendance à dire, oui, on peut écrire n’importe quoi, tout en se tenant prêt à en assumer les conséquences. Là, je fais le gars bien responsable, mais quand même, de quoi parle-je en termes de conséquences, hein ? Je parle de conséquences du même ordre, c’est à dire de l’écrit, voire de la parole, même les bonnes grosses insultes qui tachent. Mais que des mots, rien d’autre.
Genre, si j’écris de manière bien provoc « L’église catholique est la première secte à avoir institutionnalisé la pédophilie grâce au célibat des prêtres combiné au service de la messe par des enfants de chœur », je m’attends à être contredit à l’écrit comme à l’oral, voire vilipendé (« tu vas voir, espèce d’hérétique apoplectique, pas la peine de crever avec une petite laine, ça va chauffer pour toi de l’autre côté ! »), mais pas à me faire tomber dessus à crucifix raccourcis par les hordes croyantes qui viendraient crever les pneus de mon scooter, conchier mon jardin, ou pire, taguer mes volets pour que je ne sois pas oublié lors de la prochaine colère du souffle divin.
Vous voyez le truc ? J’écris une connerie (oui, c’était une connerie, tout le monde le sait, mais c’était un exemple) donc on m’écrit en retour et en colère, si besoin. Ça, c’est la tendance 1.

Mais, dans notre monde, si vous écrivez n’importe quoi, les conséquences peuvent dépasser de loin l’ordre de l’écrit. Ça commence par une fatwa ou un lynchage villageois (me rappelle plus le nom de ce romancier qui avait dû quitter sa maison sous les jets de pierre de ses voisins trop bien décrits dans son roman), ça va jusqu’à la bombe chez l’éditeur. Donc, il vaut mieux faire gaffe à ce que l’on écrit, ne pas froisser, rester dans le lisse et consensuel. Tout le monde ne peut pas se prendre pour un Nabe. Et ça, c’est la tendance 2 : pas un pli qui dépasse, sinon, c’est trop dangereux.

Ouais, d’accord, mais quand même… Ce ne serait pas un peu donner raison à ceux qui sortent des clous et vous répondent par le bourre-pif à une simple émission de mots écrits, même si très cons (les mots) ? C’est comme de débattre de la présence française en Afghanistan dès qu’on s’aperçoit que la guerre peut faire des morts des deux côtés. Je vois là une hypocrisie sans nom qui commence par « Hou là là, on savait pas que c’était dangereux d’aller faire les gendarmes là-bas » et qui finit surtout par donner un blanc-seing au Talibans qui sauront que, plus ils y vont fort, moins on les en empêchera.
Pareil pour écrire n’importe quoi. Si on pense que c’est important d’en avoir le droit et que ceux qui nous menacent de conséquences, moins bien écrites peut-être, mais beaucoup mieux tapées, ont tort, hé bien on écrit n’importe quoi… et surtout on surveille ses arrières. C’est triste, mais céder à la force renforce la force, et on finit par ne plus rien avoir à céder. Donc bravo à tous ceux qui y vont, jusqu’au bout, et je vous promets que, dès que j’aurai une idée qui dérange un peu, je l’écrirai bien fort, na !

Et peut-être qu’on arrivera à généraliser ce qui s’est passé dans l’affaire Siné Val de cet été : il a été dit et écrit n’importe quoi de tous les côtés, mais personne n’a menacé de casser la gueule à quiconque. Aussi con que cela ait pu paraître, l’ensemble a été pour moi emblématique de ce qu’un débat, vif et passionné, doit rester, avec des conséquences de l’ordre de l’écrit (voire de l’interdiction d’écrire, pauvre Nabe !) mais sans coups ni bombes échangés. Civilisé, quoi… Humpf, bon… un peu.

Parfois Desproges me manque… C’est Coluche qui doit bien rigoler avec lui, là-haut, enfin… ailleurs.

Ce n’est pas passé loin…

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 27 septembre, 2008
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En guise de préambule, je m’en vais tordre le cou à une légende qui affirme – sans rire – qu’au moment de mourir on revoit toute sa vie en un instant. J’aimerais bien savoir qui a pu colporter de telles fadaises. Un mort ? Seul un cadavre détient à mon sens la légitimité pour nous raconter comment ça se passe. Et ça doit être chouette, l’après, parce que peu d’entre eux sont revenus nous en parler. Il ne veulent pas en rater une seconde, ou alors c’est pour lancer un truc, genre revival religieux.
En tout cas, je peux vous dire à titre personnel que j’ai eu juste le temps de me dire « Quel con ! » avant de sentir que c’était fini.

Heureusement, je me suis raté. Heureusement pour moi, s’entend, parce que je comprendrais très bien que peu d’entre vous en aient quoi que ce soit à talquer.

Donc, et pour revenir au caractère littéraire quoique nombrilatoire de ce blog, un conseil à tous les wannabes écrivains qui comptent faire carrière au-delà du premier manuscrit : n’allez pas faire le jeune homme dans un skate park quand vous avez clairement passé l’âge. En tout cas, pas sans casque.
Pourtant, je tiens à ce que mes fils mettent leur casque, eux. Mais comme il s’agissait de les accompagner pépère, que je n’avais pas l’intention d’envoyer le pâté ou d’y aller tampon, je me suis jeté sans protection.

Montrez-moi un gars, un seul, qui s’est levé le matin en se disant : Tiens, aujourd’hui je vais avoir un accident ! Non, ces trucs-là, ça frappe sans prévenir, et tant pis. En conséquence de quoi, je me suis vautré sévère et par surprise. Le temps de sentir que tout partait, que j’allais m’écraser à plat par terre depuis bien haut, sur le dos, la nuque sur le bord métallique du module, le temps de me dire « Quel con ! », et noir total.

Pas ma vie en une seconde, pas même la dernière journée, rien.

Je me suis réveillé avec des picotements partout et des têtes penchées sur moi, une voix qui disait « Papa, ça va ? T’es tout blanc, ça va ? »
Non, ça n’allait pas.
Douleur dans le dos, tambour siffleur dans les oreilles, des kangourous plein la tête et une envie de tout vomir sans même me retourner.

Bon, je rassure tout le monde, ça va un peu mieux. Un bout de réflexe m’a fait éviter la fracture de colonne au niveau des cervicales, avec au choix décès immédiat (rupture du bulbe rachidien, tout ça) ou tétraplégie jubilatoire (tous ces films en retard que je vais pouvoir me mater en attendant le siècle prochain dans mon fauteuil).

C’est sûr, ça fait mal, le dos en vrac, les coudes épluchés, un morceau de bassin fracturé (oui, c’est l’os iliaque droit qui a pris le plus gros de l’impact, en fait) mais sans déplacement, bref, c’est comme une côte cassée : il n’y a qu’à attendre que ça passe pour revenir se rouler sur le tatami avec les copains en jupe noire.

Morale de cette histoire : vue de près, la mort c’est très con et très court.
Et ne partez pas rider sans casque, même si c’est juste pour aller acheter le pain.

De ce qu’on va lire… et du comment

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 25 septembre, 2008
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Tout lecteur bien né et un tant soit peu curieux sait maintenant que l’avenir de la lecture est au support numérique. Encore que… le débat semble loin d’être clôt, pour cause d’offre technique balbutiante, de DRM captifs, de stress olfactif (le nombre de gens qui regrettent déjà la bonne odeur d’encre fraîche du livre papier !) et de plein d’autres trucs dont je n’ai même pas idée.

Bien que la tendance actuelle soit d’affirmer que livre papier et livre numérique sont partis pour cohabiter longtemps (et donc que le débat pour/contre n’a pas vraiment lieu d’être), il m’a semblé naturel d’apporter ma pierre à l’édifice critique qui ne manque déjà pourtant pas d’étages. Deux pierres en fait, parce que la générosité m’esbrouffe.

Sur le plan du contenu, j’ai peur d’une chose : que le livre numérique, débarrassé des coûts de support, devienne une immense foire-à-tout (proche de l’offre de lecture déjà disponible sur Internet) où il sera quasi impossible de se faire une idée avant d’acheter. Déjà que, malgré les frais de fabrication et de vente physique, on nous imprime de la bouse à la tonne, cela augure mal du débit du robinet à purin lorsque ça ne coûtera plus rien.
Que risque-t-il de se passer ?
Soit les lecteurs se replieront sur les lectures « légitimes », c’est à dire légitimées par la critique, qui marche avec les grands éditeurs, ou par la communication publicitaire avec les grands moyens que cela exige ; et donc ne s’intéresseront qu’à une toute petite partie émergée de l’iceberg littéraire, le reste de la production ne sortant plus jamais la tête de l’eau.
Soit ils s’organiseront en communautés de bouche-à-oreille pour ne lire que ce qui a été avalisé par leurs connaissances et contacts Internet, avec pour effet une atomisation du lectorat assez proche de sa structure actuelle, mais exacerbée et de plus en plus cloisonnée en niches étanches. Il sera alors facile aux éditeurs de proposer les bons textes aux bons lecteurs, mais très difficile d’élargir leur lectorat.
À titre personnel, je crains de ne plus m’y retrouver, déjà que je passe à côté de plein de trucs supers… Dommage.

En termes de contenant, je me demande comment les maisons d’édition feront pour se distinguer visuellement et maintenir leur approche graphique (format, maquette, typo, couverture) une fois lissée par le lecteur électronique. On pourrait croire que ce n’est pas un critère majeur, mais je soutiens qu’un livre Acte Sud n’est pas le même objet qu’un livre Sabine Weisspieser, sans parler de la Pléiade. J’apprécie qu’un éditeur, en tant que passeur de textes, fasse des choix qui ne sont pas qu’éditoriaux, et je ne vois pas encore comment cette démarche distinctive pourra perdurer sur un autre support que papier. En fait, je suis déjà assez agacé lorsque des éditeurs différents, utilisant les mêmes outils de mise en page, m’offrent des maquettes interchangeables (Ah, ces reprises des titres de chapitre en vertical dans la marge !). L’objet livre fige le design, l’ancre dans une époque ou une mode (pour le meilleur ou pour le pire, mais cela fait partie de la manière de lire). Le lecteur numérique s’affranchit du temps et nous mettra peut-être tout sur le même plan, les classiques comme les nouveautés.

Voilà. Ce n’est peut-être pas grand chose au regard des promesses certaines de l’e-book, et en plus ce ne sont que des questions auxquelles je ne suis pas assez calé pour répondre. Il y en a d’autres. Que deviendront les bibliothèques publiques, en tant que lieu d’échange, quand on se fournira en ligne, et comment « rendra-t-on » les livres électroniques empruntés ? Comment traiterons-nous nos « lecteurs numériques » au quotidien, si l’on s’intéresse à l’écart de conséquences entre un écran abîmé et un livre froissé ? Quel sera notre rapport au texte lu sous forme électronique – et donc évolutive – lorsqu’on ne saura plus s’il s’agit de la version définitive, ou si l’auteur n’a pas mis en ligne une version plus récente, modifiée, améliorée. C’est déjà le cas pour les DVD : tout le monde ne voit plus le même film, alors de quoi parle-t-on, lorsqu’on en parle ? Quid du prix d’achat, lorsque les revendeurs pourront solder, brader, sans vendre à perte puisqu’ils n’auront pas de coûts réels ? Ne faudra-t-il pas attendre pour acheter, et donc risquer d’oublier ou frustrer les auteurs de leurs chiffres de vente alors que leur œuvre nous intéresse ?

Et moi, ne serait-il pas temps que je me taise ?
Si !

On peut lire des tas d’articles sur le sujet. A part Irène, les plus calés me semblent être La Feuille et François Bon

Adieu bientôt

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 21 septembre, 2008

Notre petit chat se meurt.
L’expression a un côté vieillot, mais elle décrit précisément ce qui se passe sur le tapis du séjour. C’est de l’ordre du temps suspendu, de l’action arrêtée, de la décision entérinée.
Notre petit chat est couché, les pattes repliées, le cou étendu devant lui et le menton posé au sol. Il respire avec difficultés. Parfois, une toux crachante le secoue à le déchirer. Chaque fois, nous croyons que c’est la dernière. Mais un couinement bulleux nous apprend que la machine embourbée repart.
Depuis quinze jours, nous avons tout tenté. Antibiotiques, antidiarrhée, perfusion sous cutanée de réhydratation,  inhalations… Un acharnement sans résultat. Et de la colère. Il n’a pas trois mois. Pourquoi cette petite bête ne fait-elle pas un effort pour s’en tirer ? Elle ne mange plus, ne boit plus, ne se lave plus. Elle pue. Le poil collé crotté, elle se meurt et elle pue. Les enfants vont pleurer, ça nous révolte.
Le petit chat ne se révolte plus. Il a accepté. Il nous cherche un peu de ses yeux englués. Il nous suit en tremblant sur la pointe des pattes. Un câlin encore, peut-être le dernier. Non, il tousse. Ça repart. On voudrait l’aider. On ne peut pas. On dirait qu’il le sait : le câlin lui suffit.
Il va tenir un jour encore, peut-être deux. Il n’a pas peur, il ne s’énerve pas, pas de colère non plus. Nous voudrions bien accepter comme lui. Il va se laisser aller. Il y a pire, partout dans le monde, mais là, sur le tapis, c’est moche. C’est sûr, les enfants vont pleurer.

Je sais, ça ne fait pas un billet de blog.

Mais je me dis que, dans quelques temps, de son bref passage dans la famille il ne restera plus que ces quelques lignes et – ouf – des photos.

Votre agent m’intéresse…

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 19 septembre, 2008
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Il est de coutume d’affirmer qu’en France, se faire représenter chez un éditeur par un agent est la meilleure façon de ne pas être publié. C’est la coutume, je n’y dérogerai pas (je sais me tenir, que Diable !)

Il y a des exceptions, bien sûr (Marc Levy, Pierre Assouline, Michel qui cherche son bec, Christine Angot (tiens, on va voir venir du monde)… et d’autres), qui comme toutes exceptions confirment la coutume, c’est bien connu.
Pour les autres, les petits, les sans grade ni best-seller, les écrivaillons comme vous et moi (bon, d’accord, surtout moi), faut pas rêver : un agent, c’est la porte dans le nez. D’autant et d’ailleurs que, dans sa grande mansuétude (l’agent est mansuet, c’est bien connu aussi), l’agent vous entraînera à recevoir dans le nez la porte des éditeurs en vous claquant la sienne bien propre. Merci.

Mais pourquoi, me suis-je dit au saut du lit – oui, je saute du lit quand d’autres ne font qu’en tomber – pourquoi donc les éditeurs français se passent-ils des talents et du labeur des agents, alors que partout dans le monde (chez les anglo-saxons, quoi) on n’imagine même pas d’écrire à sa grande tante sans qu’un professionnel n’intermédiarise, hein, pourquoi ?
Parce qu’ils veulent continuer à bien se la fendre en parcourant les manuscrits ineptes de wannabes hargneux qui collent les pages 120 et 121 juste pour voir si leur prose a été lue jusque-là ? Ouais, bof, c’est un peu court comme explication. En plus, passer par les agents ne fermera pas le robinet à manuscrits qui continueront à inonder leurs boîtes, alors…
Non, il faut chercher plus loin, ou plus près…

Et soudain, la lumière se fit ! Notez bien ce qui va suivre :

Les grands éditeurs français ne veulent pas des agents parce que les petits éditeurs font le boulot.

Voilà. C’est la raison même de cette pléthore de maisons talentueuses et fugaces qui mordent dans le wannabe et se renouvellent comme la dentition roulante d’un squale. J’exagère, bien sûr, j’adore les petits éditeurs et ne les prends pas un instant pour des requins, au contraire, c’était juste pour l’impertinence de l’image.

Oui, ça se passe comme ça en France. Les grands éditeurs laissent les petits trier les manuscrits et repérer les bons coups, et puis ils les leur piquent.
Pour survivre, les petits éditeurs n’ont plus qu’à repérer de nouvelles plumes qui n’en veulent, vous, moi, votre voisine (pas la mienne, elle ne veut pas). Ils ne vendent rien ou très peu, l’auteur n’est que rarement payé de sa sueur, et de toute façon, dès qu’il commence à l’être, il fout le camp ailleurs.
Sauf qu’il est alors livré tout nu tout tremblant dans les longs couloirs obscurs de la grande maison, prêt à signer n’importe quoi avec deux ou trois zéros dessus. Parce que le petit éditeur est resté chez lui, alors qu’un agent aurait suivi. Mais c’est le jeu, ma Zézette, l’auteur n’a qu’à apprendre à lire un contrat tout seul, à ne pas s’emballer au premier cri de sirène et, pourquoi pas, rester fidèle le succès venu au petit éditeur qui l’a obligeamment découvert. Mais c’est rare.

On a bien sûr toutes les exceptions nécessaires, qui se pressent pour confirmer cette allégation : Fred Vargas est restée chez Viviane Hamy, Gavalda chez Dilettante, Millenium chez Actes Sud (faut dire, y avait plus personne pour renégocier), Angot chez… non, mauvaise pioche. Bon, vous voyez le topo.

Qui donc a intérêt à ce que cela perdure ? Tout le monde. Oui, même moi, qui suis content ravi d’avoir été publié par un petit éditeur à moteur.
Vous ne pouvez pas savoir le bien que ça fait de mettre, sur une lettre d’accompagnement de manuscrit « mon premier roman est paru chez Le Navire en Pleine Ville ». Ça ne m’empêche pas de rester fidèle au Navire, tout en proposant ailleurs ce qui ne correspond pas à sa ligne éditoriale bien arrêtée, quoique couillue. Et le Navire me le rend bien, qui décroche son mail pour menacer des pires avanies tout éditeur qui ne lirait pas ma prose avec bienveillance.
Voilà, j’ai un agent, qui s’appelle Hélène Ramdani, et je l’embrasse.

Si un éditeur, petit ou grand, voire un agent, se sent vexé par ce que j’énonce, je l’invite à me contredire argumentatairement. Bienvenue à tous.

Et si vous avez l’impression que ce billet défonce des portes béantes, vous n’aviez qu’à les refermer en sortant.

De quoi lire en attendant

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 16 septembre, 2008
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J’ai promis de vous tenir au courant des progrès de Djeeb chez les éditeurs.

N’étant pas à une carabistouille électorale près, je compte bien tenir mes promesses. Mais pas tout de suite.

Donc, et pour faire patienter, voici un petit texte à la noix que je m’étais offert en réaction à un péteux de forum qui nous pourrissait le php. Voilà.

La Raison ou la Vie

Fabulette sans conséquence

Un jeune pâtre de village en eut un jour par-dessus le paletot des moutons et partit au hasard se tailler sa part d’aventure. Malgré l’ineptie de son occupation quotidienne, ou grâce à la vacuité que celle-ci lui offrait, il se savait une intelligence plus que belle. Il en usait dans des démonstrations oiseuses tirées d’observations partielles sur ses contemporains et leur manque d’ambition, d’honneur ou de pureté. Son verbe était vif, mais n’osait la confrontation directe par peur de blesser, si l’on voulait en croire les raisons qu’il donnait de son silence en société. Il l’exerçait donc à faire assaut de rhétorique contre ses ruminants ou damer le pion des écureuils, contester les chants d’oiseau, réfuter le cours des ruisseaux… Toutes activités d’esprit sans conséquence. Seul le vent y trouvait sa part, gagnant une aide précieuse dans les éructations du pâtre.

Lequel laissa donc son troupeau à la garde des ronces et s’en fut, gambillant tout faraud au travers d’une forêt. Ce chemin des sous-bois, qui lui offrait toute la panoplie de ses débatteurs usuels, le conduisit par maints détours jusqu’à une clairière baignée de lumière. Le lieu était superbe, bercé de tranquillité et gardé par un sphinx.
Le pâtre, qui avait de la culture, vit là enfin une opportunité de se distinguer. Il s’approcha et questionna le sphinx, qui pourtant ne lui demandait rien :
« Quelles sera votre énigme ? Quel prix demandez-vous pour mon passage céans ? »

Ainsi brutalement relevé de sa sieste, le sphinx faillit choir du haut de sa colonne. Il ouvrit un œil enchâssé pour découvrir le jeunot qu’il trouva bien propret. C’était un sphinx sans réputation à tenir ni éloges à quêter : il referma les yeux.
« Passe ton chemin, dit-il au pâtre, et va courir le monde avant de revenir, bien chenu, me conter tes voyages.
— Ah mais non, ça ne vaut pas, lui répondit le pâtre. Il me faut une énigme, il me faut une victoire. Je ne peux me lancer ainsi dans la vie sans bagage.
— De bagage tu sembles déjà lesté, et de raison plus qu’il n’en faut pour exténuer toute une odyssée. Va, ne m’importune plus avant d’avoir trouvé, au fil de tes pas, une façon d’être toi sans contrarier quiconque tu croiseras. Va, le chemin t’est ouvert, il est long tu verras, n’en reviens qu’après en avoir contemplé le bout, et longuement. Va, c’est par-là ! »

Le pâtre trépigna, frappa du pied le bas de la colonne, harangua les bestioles qui s’assemblaient autour de la clairière. « Une question, que l’on me donne ! Une question, que je raisonne ! Une question, que je vous étonne ! Une question, ou je vous étronne ! »
En désespoir de cause, le sphinx se leva, arqua voluptueusement son dos comme un félin s’étire, salua d’un sourcil connivent quelques animaux ses amis dont il reconnaissait les museaux pointant hors des fourrés, bailla et prit enfin la parole. Sa question semblait ne receler aucun piège, la voici :
« Faut-il avoir raison, ou avoir vécu ? »
Le pâtre s’empara incontinent du problème, négligeant l’offre du sphinx pour un délai de réflexion. Son esprit tournait vite et fit rapidement le tour des solutions.

Avoir vécu ? Il était encore jeune et ne pouvait comprendre le tout de ce que cela signifiait. En revanche, il avait assez de raison pour savoir qu’une vérité d’aujourd’hui le sera encore demain, quoiqu’il ait bien pu vivre. Avoir raison est question de bon sens, et il en possédait plus que quiconque. Avoir vécu n’est qu’une question de temps, chacun en dispose à son gré et lui pas plus qu’un autre. Dans la raison était sa différence, le vécu viendrait bien à son heure le rattacher au troupeau de ses pairs. Et puis : fallait-il vivre, pour voir tout ce que sa raison lui montrait beau devenir terne et faux au fil des années ? Fallait-il vivre pour que vitesse, gloire et grandeur s’amenuisent d’eux-mêmes et finissent à petit pas prudents ? Fallait-il vivre enfin pour que ce qui lui était aujourd’hui méprisable devienne peu à peu respectable par compassion mimétique ? Non, bien sûr. La raison même tranchait là où un esprit faible aurait vu un dilemme. Il lui fallait toujours…
« Avoir raison ! » répondit-il sans crainte.

Et bien lui en prit, car rien ne sert de craindre quand la sentence tombe.
Le sphinx sortit sa lame et lui trancha la tête d’un geste précis qui l’envoya rouler seule à l’ombre des arbres. Le pâtre était en effet le premier en ces lieux à se tromper de réponse.

Table rase

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 12 septembre, 2008
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Aujourd’hui je fais ma chochotte. Je me dissèque le nombril et tant pis pour vous, visiteurs adorés.

Hier, enfin… un autre jour, j’ai fini mon troisième roman. C’est bien, c’est super, je suis vachement content et vous aussi, pour sûr.
D’abord je l’avais écrit tout bien, pendant les vacances (comme Fred Vargas, presque). Ensuite je l’ai relu, fait relire, laissé reposer, relu encore, corrigé et c’est marre. Ensuite j’ai tenté de l’envoyer intelligemment à des éditeurs, avant de m’apercevoir que j’avais tout foiré comme une chèvre, puis j’ai rattrapé le coup, et c’est parti, basta.
Les éditeurs n’ont pas encore répondu, ce qui prouve que Wrath a raison (bon, c’était il y a deux jours, ils n’ont peut-être pas encore ouvert l’enveloppe, mais ils auraient pu m’appeler, ils ont mon numéro, tout de même !).

Et après ?

Ben… rien.
Djeeb le Chanceur vit sa vie qui n’est pas la mienne. Quand on a balancé le manuscrit dans la nature, y a plus rien à faire.
Ou alors autre chose.

Ouais, commencer autre chose, une idée qu’elle est bonne !
C’est là que je me mets à faire ma mijaurée.

Commencer autre chose, quoi qu’on fasse, ça ne part pas de rien. Ce serait trop facile. L’imagination, la magie de l’inspiration, tout ça, que pouic. Il y a toujours quelque chose avant.
Une idée qui traîne ? OK, une idée qui traîne, par terre, dans le caniveau, là où on n’a pas envie de la ramasser, d’ailleurs c’est pour ça qu’elle traîne là. De quoi se générer un bon gros enthousiasme. Passons.
Ou alors une envie née pendant l’achèvement du projet d’avant… Mais née de quoi ? Des frustrations du projet : ce qu’on fait empêche de faire autre chose, alors on range dans un coin, pour plus tard. Sauf que dans son coin, ça vieillit, ça prend la poussière, ça rancit. Faudra faire avec.
Ou alors des bribes de trucs commencés pas finis. Qu’il faudra bien finir un jour. On essaie, on rajoute une ligne pour voir comment ça vient, comment ça sonne. Ça sonne pas, ça vient pas. On cherche un autre truc.

Pourquoi ? Après tout, personne ne me demande rien. Si ? Alors demandez plus fort, ça capte pas !
Sinon quoi ? La peur du vide. Faut faire autre chose, vite !
Vous pouvez me coller sur quatre cents mètre de falaise ou au sommet d’une tour, je regarde en bas sans frémir. Mais le vide d’après projet fini, ça, ça me les secoue. Je me sens en vrac. Je serais prêt à sauter sur un synopsis de collection Arlequin pour en tirer trois cents pages sans sortir du guidon. C’est grave Docteur ?

Oui, un peu. Alors je ramasse les bribes d’envies qui traînent et je les malaxe un peu, histoire de voir quel mortier ça va faire, quelles briques ça va pouvoir tenir. Pour la toiture, on verra plus tard.

Voilà, c’est ça. Quand on a fini, on ne fait pas naître un nouveau projet : on relève des ruines.

Hé, faut pas croire…

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 10 septembre, 2008
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Une lecture rapide du précédent billet pourrait faire croire à l’impétrant littéraire plein d’espoir (le wannabe, quoi) que le monde de l’édition est peuplé de sinistres cerbères dont l’unique tâche est de faire trembler l’auteur en devenir avant de refuser son manuscrit d’un revers méprisant, et si possible sous le prétexte le plus futile, et s’il n’a aucun rapport avec la littérature c’est tant mieux, bande de cuistres.

Dans une telle jungle, la moindre erreur serait sanctionnée par une immédiate et définitive mise au panier.
Alors bien sûr, offrir du « Chère Madame » à un monsieur vous reléguera sur une liste noire aussi verrouillée que la libido d’Angot* et qui ferait passer Fort Knox pour un gruyère souricier.

Hé bien non, faut pas croire.
Les éditeurs sont des gens suffisamment intelligents pour ne pas s’arrêter à de telles vétilles, ou suffisamment pressés pour ne pas s’en apercevoir.

Attendez, avant de me classer parmi les thuriféraires lèche-botte du marigot germanopratin (c’est dingue comme j’aime ce mot). Je voulais juste dire qu’il vaut parfois mieux éveiller un intérêt amusé par une petite maladresse que de verser de l’eau tiède et calibrée à pleines pages.
L’envoi parfait n’existe pas. Alors continuez, n’ayez pas peur, la vie est belle et l’écriture encore plus.

Je vais finir par croire qu’il y a une sorte de complot ourdi par quelques blogueurs influents (Ha, Ha !) et coléreux pour décourager les écrivains en herbe. Comme s’ils comptaient par-là se libérer plus de place sur la table des éditeurs où leur manuscrit se placerait enfin en première position.

Je dis ça, je dis rien. D’autant qu’aucun des éditeurs que j’ai contactés aussi calamiteusement ne s’est manifesté pour me dire combien il avait ri de ma bourderie et que ça l’avait incité à lire mon manuscrit d’un œil reconnaissant pour cette bonne poilade. Aucun.

Donc quand même, ne rêvez pas trop. Écrivez, c’est mieux. Et puis si c’est bon, envoyez. Le reste ne dépend plus de nous.

*je n’ai rien contre Christine Angot, ni tout contre, et je ne sais rien de sa libido, et même si je savais, je n’en dirais rien : c’est juste pour mettre un nom qui fait venir du monde.

Spaghetti carbonara

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 8 septembre, 2008
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Ou comment passer pour une nouille et se cramer à vie auprès d’un ou plusieurs éditeurs en deux temps trois mouvements.

Temps 1
Mouvement 1 : prendre contact en posant une question dont la réponse est encadrée en haut de la page «soumission de manuscrit» sur le site de l’éditeur.
Mouvement 2 : envoyer le mail personnel (avec cher(e) + prénom) sur l’adresse d’un collaborateur au lieu de celle du destinataire nommé pour être sûr de passer à la trappe à Spam.

Temps 2
Mouvement 3 : mal se relire et s’apercevoir après envoi qu’un superbe « Chère » a été accolé au prénom d’un joyeux rugbyman portant moustache et tatouages.

A moins que les éditeurs ne soient dotés d’un humour en titane toasté, surtout les lundis sur le coup des 11 heures, je ne vois pas comment Djeeb, qui a pourtant triomphé des pièges d’Ambeliane, pourra s’en sortir avec les honneurs dans la jungle éditoriale. D’une manière générale, on se souviendra que les auteurs sont parfois moins malins (ou moins Chanceur) que leur héros…

Éditeur chéri mon amour, si tu passes par ces lignes, accepte mes plus humbles excuses et dis-toi que ce n’est pas si grave (le Cheyenne dixit).

Bon, qu’est-ce que je fais moi, maintenant, pour décoller les pâtes brûlées du fond de la gamelle et rattraper le coup ? Des idées ? Quelqu’un ?

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