Comme ça s'écrit…


Ce contrebandier de Clint !

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 20 septembre, 2016
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1999, Clint Eastwood produit, réalise et joue dans True Crime, en français Jugé Coupable.

McCormack-Eastwood

McCormack-Eastwood

Dans une des premières scènes, il séduit une collègue journaliste, personnage joué par Mary MacCormack. La femme, bien que très tentée, finit par refuser l’invitation et laisser la star seule au bar.
En 1999, Eastwood  a 69 ans.
Mary MacCormack n’a elle que 30 ans.
Si elle le repousse, ce n’est pas parce que Clint affiche plus du double de son âge, mais parce qu’il est marié et que ce serait une bêtise. Ce qui ne la sauvera pas puisqu’elle meurt dans la séquence suivante.
Le lendemain, la caméra saisit Clint au lit avec une autre femme d’une trentaine d’années, jouant l’épouse du supérieur de la star.
Plus tard dans le film, Clint entre dans une épicerie où une jeune fille habillée d’un boléro de Skaï noir des plus révélateurs se retourne sur lui et le détaille d’un air gourmand. Elle a la vingtaine mais craque visiblement au premier coup d’œil pour se presque septuagénaire.
Enfin, on découvre l’épouse acariâtre du personnage de Clint, incarnée par Diane Venora, 47 ans à l’époque, donc de plus de vingt ans sa cadette.
Si elle lui en veut c’est parce qu’il ne s’occupe pas assez de leur fille de 5 ans.
Parce que, oui, à 69 ans, Clint n’est pas à la retraite mais demeure un journaliste plein d’allant qui parviendra malgré une cuite sévère à sauver le coupable (qui donc ne l’était pas, désolé si je spoile).
La séquence finale voit Clint tenter encore une passe de séduction sur une vendeuse (incarnée par Lucy Liu, 30 ans à l’époque), laquelle, charmée, ne refuse que parce qu’elle a déjà un petit ami.
True Crime relate efficacement l’enquête expresse d’un journaliste qui tente de sauver un condamné à mort quelques heures avant l’exécution. Pourquoi avoir parsemé le film d’autant de scènes parasites laissant entendre qu’un homme plus que mûr représente le fantasme sexuel de toute femme le croisant ?
Quel message Clint voulait-il faire passer ?
Je ne sais pas. Si cela se trouve, c’est un simple réflexe ancré par un siècle de cinéma, hollywoodien ou non. Comme l’avait dit Virginie Despentes lorsqu’on lui demandait s’il avait été difficile de faire jouer des scènes lesbiennes à Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle dans Bye Bye Blondie : elle rétorque en substance qu’il lui aurait été beaucoup plus difficile de leur faire simuler la gérontophilie en les pendant au cou de stars masculines cacochymes rendues irrésistibles par la magie du scénario, ainsi que cela se pratique tant dans le cinéma de mecs. La gérontophilie passant comme plus normale que l’homosexualité.
Et c’est peut-être là le message glissé en contrebande par Clint Eastwood : on vous fait croire n’importe quoi, sans que vous vous en rendiez compte.
Pour que la gérontophilie des starlettes devienne un cliché invisible, il a fallu frapper fort et longtemps.
Mais c’est réussi, on marche, Grace Kelly (1929) craque toujours pour Cary Grant (1904) ou James Stewart (1908), qui sont siiiii craquants avec leur charme grisonnant.
L’inverse ferait rire ou signerait un drame de l’attachement au passé (Sunset Boulevard ou Fedora, sacré Billy !) et ce serait LE sujet du film.
Quand un plan impitoyable montre Clint torse nu, affichant tout l’impact de l’âge sur sa chair, je me dis qu’en tant que metteur en scène il a voulu cela.
Il n’est pas dégoûtant, il est juste très vieux, cela se voit et accentue le décalage avec la fraîcheur de la jeune femme en nuisette allongée sur le lit. Que remarque le spectateur ? Que Clint n’est pas si mal conservé, peut-être.
Et Clint lui-même, habitué des scènes volontiers masochistes, se marre : vous n’avez rien vu de ce que je vous ai montré !
Combien d’autres clichés se sont ancrés en nous, insidieusement, jusqu’à nous sembler évidents ? Des idées naturelles du type « il n’y a pas d’autre solution que le combat à mort contre cette menace » ou « le plus méritant doit l’emporter » ?
Nous baignons dans des mythes qui biaisent nos regards sur le monde, de façon d’autant plus efficace qu’elle est cachée. Et parfois, un raconteur contrebandier nous permet d’en prendre conscience.
Merci monsieur Eastwood, je vous ai reconnu.

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Quand je ne regarde pas de film, je lis La Montagne de Minuit, de Jean-Marie Blas de Roblès.

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Ce qui vient et ce qu’on en fait

Posted in Promo,Réflexitude par Laurent Gidon sur 4 septembre, 2016
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Le passé me semble sujet à caution. C’est ce qu’on se raconte, avec tant de variations subjectives d’un raconteur à l’autre que… Bon, c’est le passé.
Le présent ne dure pas. Malgré la forme du mot « maintenant » – ce qui est en train de maintenir – on ne maintient pas le présent, il nous file entre les doigts, c’est déjà du passé, n’en parlons plus.
Et le futur ? Chassons d’emblée le point Lapalisse : il suffirait d’attendre assez pour que le futur devienne présent. Donc passé. Cela semble idiot, mais j’y reviendrai. Sinon, le futur, c’est ce qu’on en fait. Tous.
Si on y réfléchit, assez peu de d’événements se produisent de façon fortuite. À part la météo, la tectonique, les éruptions solaires, les chutes d’astéroïdes et les pannes (encore que, obsolescence programmée, tout ça)… cela me semble tout, corrigez-moi si je me trompe.
Le reste, la politique, la guerre, l’économie, même l’accident ou la maladie, est de notre fait, directement ou indirectement, personnellement ou globalement. Et peut donc être défait avant de se précipiter dans le présent.

Cette longue introduction pour rappeler qu’il n’y a rien de définitif ni d’inévitable dans ce qui se profile. Nos décisions modifient l’avenir à chaque seconde.
Dans son édito du We Demain n°15, François Siegel rappelle que « Non, la résignation serait notre plus grande erreur. Plus que jamais, l’antidote réside dans notre capacité à bâtir un futur désirable… »
Notre capacité, ou notre envie ?
Depuis quelque temps, des initiatives fleurissent dans le monde de la SF pour inciter les auteurs à inventer des futurs désirables. Il y a eu Contrepoint, le concours des Indés bien sûr, et ce tout nouveau Avenirs Radieux chez Rivière Blanche. En avez-vous croisé d’autres ?
Ne sont-ce que des trucs de Bisounours ? De la littérature marginale et sans poids ? Non. Il nous faut des Houellebecq pour mettre le sel sur la plaie, nous dire là où ça va mal. Mais il nous faut aussi des Éric-Emmanuel Schmitt. Et je ne cite que deux auteurs dont le talent m’a touché, vous compléterez la bibliographie. Il nous faut donner du poids aux histoires qui donnent envie de faire l’avenir au lieu de s’en défier. Décrire l’utopie, ce n’est pas ailleurs et demain, c’est ici et maintenant, sinon demain n’existera nulle part, ou sans nous.

L’avenir n’est pas qu’aux politiques, aux ingénieurs et aux financiers. Personne ne fait rien tout seul, et les politiques, les ingénieurs, les financiers, devront s’appuyer sur énormément de monde pour atteindre leurs objectifs. Faire croire énormément de monde à ce qu’ils proposent. Ou au moins compter que ce monde s’y laisse entraîner, résigné, vaincu par les histoires et les mythes qu’on lui raconte depuis des siècles.
Écrire ou filmer des histoires d’un demain qui donne envie, d’un avenir désirable, ou au moins vivable, voilà ce qui fera évoluer les croyances, les décisions, les actes. Apporter une alternative à ce qui paraît inévitable pour qu’un plus grand nombre de nos contemporains se sentent concernés, acteurs et non esclaves de ce qui vient. Réveiller l’envie de décider et agir.
C’est l’affaire des artistes, auteurs, scénaristes, mais aussi des éditeurs, des producteurs, de tous ceux qui font exister ces histoires à grande échelle, mais encore de ceux qui les lisent ou les regardent et in fine « font le marché ».
Chacun a sa responsabilité. Celui qui invente, celui qui diffuse, celui qui reçoit. Chacun, de son côté et à son niveau d’influence, agit sur ce qui vient. Arrêtons de nous plaindre, et votons par nos actes quotidiens POUR l’avenir que nous désirons. Pas contre.

Et attendre pour laisser l’avenir passer, alors ? Aussi bête que cela puisse paraître, il me semble y voir une forme de présence spirituelle au monde. Attendre, c’est le privatif a- devant le verbe tendre : celui qui attend n’est pas tendu. Il se détend, il regarde passer le temps, ne cherche pas à y imprimer sa marque, fait confiance à la bénignité des choses et des êtres.
Attendre et regarder avant d’agir, au lieu de courir et ne plus pouvoir que réagir avec un temps de retard.

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Pendant que je regarde passer le temps, je lis We Demain bien sûr, et aussi La Physique de la Conscience de Philippe Guillemant et Jocelin Morisson.

Quant à vous, lisez Dimension Avenir Radieux, ma nouvelle Sous leurs regards y est, avec plein d’autres utopies. (c’est de la promo, ça ne tache pas)


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