Comme ça s'écrit…


C’est sûr, faut Imaginales…

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 26 mai, 2008
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Il n’aura échappé à personne (surtout pas à mon épouse et à mes enfants) que je n’étais pas là pendant 4 jours.
Et pourquoi donc, dis donc ?
Eh bien parce que Le Navire en Pleine Ville fait bien son travail et s’est donc débrouillé pour que l’auteur d’Aria des Brumes soit invité aux Imaginales, le très excellent festival des mondes imaginaires d’Épinal. Et comme l’auteur n’était pas disponible, j’y suis allé à sa place (gag existentiel).

Donc, les Imaginales au pas de charge… pour les détails, faudra imaginer ou aller voir les photos sur le blog de Markus Leicht.

Jeudi 22 aux aurores, retrouve Marc Vassart et Alfred Boudry (traducteur et auteur Atalante) en bordure d’autoroute, fonçons vers Epinal en cueillant Patricia Gaillard (conteuse qui compte) à Saint-Amour, arrivons juste à l’heure pour percevoir badges et chambres d’hôtel, rencontrer Claude Ecken qui m’annonce avoir chroniqué Aria des Brumes (alors que moi pas au courant = honte), rencontre Pierre Bottero (auteur de la série Ewillan), lui promets de me jeter à ses pieds publiquement de la part de mon fils pour le remercier d’écrire ses livres, et le fais devant le public du Magic Mirror lors du premier café littéraire en compagnie de Sean Russel, Jean-Philippe Jaworsky, et donc aussi de Pierre Bottero (qui ne sait plus où se mettre devant tant d’effusions), enchaîne quelques dédicaces, retrouve Karim Berrouka, Magali Duez, Nathalie Dau, Li Cam de Griffe d’Encre, ainsi que Draco qui se fait passer (à merveille) pour Jeanne A. Debat, et toute l’équipe de djeuns qui n’en veulent avec lesquels je vais passer les meilleurs moments de ce festival (Vordaï, Gemme, Daelf, Maere, Yap, Nicky, Shigure, Fifo… chacun reconnaîtra les siens), commençons la soirée dans un boui-boui à pizza et pasta, la finissons autour de bières au sirop avant le retour déjà matinal en trottinette (Dieu ose tout) vers l’hôtel où j’allume la télé pour tomber sur une émission consacrée aux Imaginales sur une chaîne locale, d’où extinction vers 3 heures du mat’.

Vendredi 23, petit déjeuner les yeux dans le vague (manque de sommeil), prise de poste dans la bulle livres devant ma pile d’Aria des Brumes, constate que mon voisin de tablée sera Pierre Pelot soi-même, discute pendant plusieurs heures (en cumulé) avec Gisèle et Michel, couple de fans absolus de Pelot (le Monsieur affirme avoir tous ses textes sauf cinq, ce qui fait quelque 212 livres, revues, magazines ou BD) qui viennent rencontrer le Maître pour la première fois et n’osent l’aborder (le Maître n’étant pas encore là, c’est pas grave), jusqu’à ce que j’arrive à faire la connexion entre eux et le grand Pierre dans un moment magique d’une émotion poignante (oui, je poigne à mes moments perdus) où il apparaît que Michel détient des parutions que Pelot lui-même a oubliées, qu’ils ont tout pour se plaire, que la vie est belle (et moi, petite souris, je me gave de ces miettes de bonheur). Soirée Griffe d’Encre pendant laquelle Timothée Rey ne sait pas comment se débarrasser du reblochon odorant que je viens de lui offrir en représailles contre sa chronique d’Aria, Magali Duez me coache pour une conférence à venir sur le thème « Futurs en dérive » (on est mal barrés), et Nathalie Salvi illumine tout de son sourire.

Samedi 24, ça dédicace au ralenti, mon autre voisin de tablée (Jacques Modoloni) tente de me piquer mes rares lecteurs dès que paraît le carnet de chèques, Pierre Pelot m’enjoint bourrument de cesser de l’appeler Monsieur, pique-nique gargantuesque au bar de la bulle livres pour cause de météo grinçante (ah, le foie gras de Jean-Claude Dunyach !), rencontre Muriel Carminati dont la pêche et le sourire me donnent la pêche et le sourire, rencontre deux jeunes filles connaissant ce blog par l’intermédiaire de Magda et dont j’ai bêtement oublié de noter le nom pour les remercier ici (laissez-moi un message siouplaît), écoute Marc Vassart nous expliquer que, n’en déplaise aux auteurs catastrophistes, l’humanité va peut-être se débrouiller pour survivre mais que ce sera probablement pire, passe aux toilettes juste derrière Henri Loevenbruck une des stars du salon (il est propre, ça va), me fais exploser les oreilles par le big brass band du concert lors de la remise des prix (mais que c’était bon !), rigole comme tout le monde au lapsus du Maire voulant citer Actu-SF mais n’arrivant qu’à bafouiller « Actu et fesses », fonds d’émotion devant l’émotion de Nathalie Dau qui reçoit son prix dans un état proche de l’évanouissement, entame la soirée avec Pierre Gévart, quelques autres et quelques bières, avant de la finir avec la bande des djeuns et Sir Alfred à la Baie d’Along (que je vous recommande).

Dimanche 25, petit déjeuner avec Sire Cédric et Robert Belmas qui a eu le prix Une Autre Terre à la place de Marc Vassart, dédicaces ronronnantes, déjeuner au Bureau avec l’équipe de l’Atalante et notamment la charmante Maria-Soledad (de Nantes), préparation sophro pour la conférence « Futurs en dérives », croise Vanessa Du Frat qui quitte tout juste les genoux de Bernard Werber, puis conférence elle-même en compagnie de Jacques Mondoloni, Elisabeth Vonarburg et Bernard Werber, où je ne dis pas plus de bêtises que les autres, finis sur une tentative de happening total en incitant toute l’assistance à se frotter différemment les uns aux autres (« Allez-y, faites-le, n’attendez pas demain pour commencer à changer le monde ! »), prestation remarquée puisque une dizaine de personnes voudraient se faire dédicacer Aria dans les dernières secondes, alors que Marc Vassart a déjà le pied sur l’accélérateur : c’est fini, il faut rentrer.

Dernier tour de piste, dernières signatures, des bises, des poignées de main, des promesses d’amour et de lendemains qui rêvent, et Pierre Bottero qui m’en serre 5 en avouant avoir du mal à m’appeler Don (Pierre, j’avoue que moi aussi, et c’est pour ça que je ne m’appelle pas ainsi).

Voilà, on part, à l’an prochain, merci Stéphanie.

Juste un détail pour conclure. Bernard Werber à côté duquel j’étais installé lors de cette dernière conférence a eu un geste d’intérêt qui m’a touché : en début de débat, il a simplement pris mon livre et en a parcouru la quatrième de couv pour voir de quoi ça parlait. Donc, quoi qu’en pense le sérail et pour citer Jean-Michel Ribes : Merci Bernard !

Et là, c’est bibi Lo au bord de l’eau, entre Daelf et Maere

(ce qui explique que je les confonde un peu).

Le salon des oubliés

Bon, à force de pas prendre de notes, j’ai oublié des tas de gens super bien. A commencer par Jeanne A. Debats, dont je suis en train de lire La Vieille Anglaise et le Continent (c’est court, mais je prends mon temps, quand j’aime j’ai le droit).

Karine, alias Lhisbei du RSF Blog, toujours si souriante et équipée d’un mari/copain/compagnon/porteur de sac tout aussi souriant (guettez le RSF blog, on nous y promet des photos d’Epinal).

Thomas Day, dont le t-shirt rouge avec faucille et marteau dorés s’accordait parfaitement avec le costume super 100 gris souris du maire d’Epinal lors de la remise des prix.

A l’ombre des morilles en fleurs

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 20 mai, 2008
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Adresse à l’usage de ceux qui viendraient en ces lieux pétris de l’espoir fou d’y trouver des morilles : il n’y en a pas, ni de martingale pour les débusquer. C’est capricieux la morille, surtout avec Google. En revanche, vous trouverez ici de quoi assouvir vos envies de lecture pour les livres que j’écris. Faites comme chez vous (faites-vous plaisir, quoi).

J’ai une théorie en ce qui concerne les morilles.

Pour en trouver dans un endroit donné, deux conditions complétives doivent être réunies :

1- il faut qu’il y en ait,

2 – il faut qu’on puisse les voir.

Voilà, ça n’a l’air de rien, mais pour peu que vous ayez déjà cherché quelque chose sans le trouver, vous voyez très bien ce que je veux dire par-là.

Certains appellent ça la théorie du réverbère, celle qui nous pousse à chercher nos clefs uniquement dans le cône de lumière éclairé par un réverbère. Elles peuvent être tombées ailleurs, mais comme on n’y voit rien, pourquoi chercher ailleurs, hein ?

Mais la théorie des morilles me paraît plus riche. En fait, dans l’histoire des morilles, on peut introduire un élément supplémentaire. Que dis-je un élément… soyons fous, introduisons deux éléments supplémentaires : le temps et l’espace.

Ce qui nous amène à la double question suivante : pour trouver des morilles, jusqu’où allons-nous chercher, et jusqu’à quand ?

C’est très intéressant comme question, dès qu’on s’y arrête un instant. Par exemple, si je n’ai rien trouvé à un endroit où je pensais en trouver (parce qu’il y en avait l’an dernier, par exemple), dois-je continuer à chercher plus loin ou chercher mieux là où j’ai déjà cherché ? Si je décide d’aller voir plus loin, il faudra bien que je m’arrête à un moment, et même alors, ai-je intérêt à faire un pas de plus, pour voir ? De même, si au bout d’un certain temps de base (disons une heure) je n’ai rien trouvé : quelles chances ai-je de trouver des morilles en rajoutant cinq minutes de recherche ? Et une minute de plus après les cinq minutes ? Et aussi : est-ce que le temps passé à chercher des morilles sans en trouver est du temps perdu ?

Les esprits chagrins se demanderont sur quel collier je compte enfiler ces tristes perles. Qu’à cela ne tienne, expliquons-nous. Sachant que vous êtes sur un blog d’obédience littéraire, vous verrez tout de suite quel enseignement tirer de la théorie des morilles et de ces questions corollaires, disons… en l’appliquant au travail sur un manuscrit. Jusqu’où chercher à l’améliorer, et combien de temps passer à cette recherche avant d’estimer qu’on ne fera rien de mieux ? Le lecteur fera-t-il la différence ? (non, bien sûr, puisqu’il n’aura pas lu les versions non-corrigées) Est-ce que cela changera quoi que ce soit au monde qui nous entoure ?

Mais vous pouvez aussi vous risquer dans le grand rien et appliquer ces fécondes interrogations à votre vie entière. Nous passerions alors d’une causerie littéraire à un grand fourre-tout existentiel, mais pourquoi pas… Alors, faut-il vivre jusqu’à avoir trouvé une morille ? Si je vivais un instant de plus, aurais-je vraiment une chance de trouver une autre morille ? A partir de combien de morilles trouvées peut-on estimer avoir réussi sa vie ?

Et surtout : il y a deux conditions complétives à réunir pour trouver le sens de sa vie :

1 – il faut que cette vie ait un sens,

2 – il faut que nous soyons capables de le discerner.

Bonne nuit les petits… Muhahahaha !

Comme un doute

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 16 mai, 2008
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Dieu a tout foiré sa création. Il a donné le libre arbitre aux hommes et ils en ont profité pour se foutre sur la gueule pendant des millénaires et pourrir la planète sur les cinq dernières minutes.

De lui-même, Dieu n’avait pas complètement capté a quel point il s’était gâché. Parce que d’abord sa création ressemblait plutôt bien à ce qu’il avait en tête (ce qui prouve que Dieu, ce dieu-ci en tout cas, a une tête à défaut de cœur). Son idée de départ avait eu toute la place et le temps de se développer. Ça collait pas mal, il l’avait voulu comme ça, avec ces détails mal cadrant pas classiques qui en faisait une création bien à lui et digne de son intérêt. Il regardait son petit univers avec l’œil du papa qui ne verra jamais les défauts de son gamin, ou alors il les trouvera charmants, pleins de personnalité… Presque des qualités, pour un dieu qui n’est pas à une entourloupe près.

Il avait de l’entraînement, Dieu. Il avait déjà posé quelque part une création qui lui avait demandé pas mal de boulot, et ça lui avait appris – croyait-il – les pièges à éviter pour pondre un truc qui lui ressemble et qui plaise un peu autour. Et puis de toute façon, c’était le seul genre de création dont il se sentait capable et il ne savait pas trop s’il pourrait arriver à maquiller autre chose.
Enfin bon, la question ne se pose plus, sa création est comme ça et elle lui convient. Ne parlons pas de fierté, juste de l’honnête satisfaction du travail accompli. Dieu est comme ça : quand il a bien bossé ça lui met le cœur en joie (ah si tiens, il a un cœur), et il ne voit pas que tout est foiré.

Il a fallu qu’un de ses potes, dieu lui aussi mais d’un autre univers par là-bas à l’Ouest du Big Bang, lui mette le nez dedans. Et Dieu vit que cela n’était pas bon.

Allez, je ne vais pas vous filer la métaphore jusqu’au jugement dernier. Ayant pris quelques avis épars, Dieu commence à brasser un certain doute. Ça lui tintinnabule entre les hémisphères. Des questions à la mords-moi le saint esprit… Et s’il avait perdu son temps avec cette création toute bancale ?
Et si le fait qu’elle ressemble bien à ce qu’il voulait y mettre ne justifie pas du tout l’ampleur des dégâts ?
Et si, malgré son immense talent (c’est un peu Dieu, tout de même), son entraînement dans la catégorie 400 pages création libre, sa dextérité technique et toutes les bonnes intentions qui l’animent, il n’était pas plus capable qu’un cloporte de magouiller une création qui tienne la route ? Et si Dieu devait passer à autre chose ?

Moi je vous dis, un dieu qui doute ce n’est pas bon pour le salut du croyant. D’autant que si ça se trouve, un coup de peinture et quelques serrages de boulons vont suffire à remettre l’affaire sur les rails. Il y faudrait un avis constructif. Une sorte de surdieu, compétent et autorisé. Avec du doigté aussi, pour une sombre question de caresse et de sens du poil. Ça va peut-être prendre du temps, mais on en a, non ? Ah, pas tant…

Sinon, je vous conseille d’aller voir comment s’y prend une vraie déesse sur une création qui le vaut bien. Suivez ses rapports d’étape, on y apprends avec bonheur comment ça avance, recule, coupe et ronronne. Vas-y Irène, on te suit !

(à toute personne qui s’indignerait de l’usage que je fais du nom de dieu, je répondrais qu’elle a raison et que pardon, désolé, tout ça, ne m’en veuillez pas ou veuillez m’en tout plein, je ferai mieux la prochaine fois)

Un bout de route ensemble

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 10 mai, 2008
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Tout a déjà été dit sur La Route, de Cormac Mac Carthy. Et son contraire. Ce que j’ai lu de mieux vient sans doute du blog de Marco, il y a déjà quelques semaines, sous le titre « Les histoires les plus simples ».

Alors je ne vais pas en rajouter.

En fait si. Parce que ça me trottine, cette affaire de route, un peu comme m’avait fatigué l’affaire bienveillante l’an dernier. Comment un livre dont tout le monde parle, que tout le monde a lu ou doit lire, que tout le monde a disséqué en public sans se priver, comment un tel livre peut-il encore me faire envie ? Je me connais, je vais résister à la mode et m’enorgueillir discrètement de ne pas avoir cédé.
Et pourtant, dès que la couverture blanche au bandeau rouge s’est affiché dans le rayon nouveautés de ma bibliothèque villageoise, je l’ai pris. Pour voir.
Je m’y suis engagé à reculons. On m’avait tout dit, la rudesse, l’âpreté, cette langue qu’on qualifiait de sèche, ces références bibliques qui me passeraient au-dessus du citron (bonne manière de ne pas me le presser).
On avait tellement glosé que l’on avait oublié l’essentiel, ou alors je n’ai pas su le trouver dans la masse : ce bouquin est une expérience personnelle, tellement intime qu’elle est intraduisible en quelques mots. Même les miens, donc je ne vais pas essayer.

Tout ce que je peut dire, c’est ça : La Route est un livre qui oblige à se positionner. Il m’a confronté au bout de ma route, quand il n’y a plus rien. Que me reste-t-il ? Ça me regarde. Ça vous regarde si vous le parcourez.

Il vient un moment où il faut s’arrêter, regarder et se taire ; et là, c’est le moment.

Vous pouvez répéter la question ?

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 6 mai, 2008
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On pourrait commencer par « Il y a une chose à laquelle un tout petit tout jeune tout nouvel auteur (vous me reconnaissez ?) n’est pas préparé… » Mais en fait, il y a plein de choses auxquelles on n’est pas préparé, dès qu’on se lance dans un domaine inconnu, ou qu’on change de chaussures.
Donc, parmi tous les trucs qui m’ont cueilli sans préparation, s’il y en a un qui m’a bien fait pousser les cheveux dernièrement, c’est de construire un chalet de madriers à toit plat au fond du jardin. Mais c’est assez loin du sujet de ce blog, revenons à nos questions.

Donc ouais, voilà, on y arrive… votre humble serviteur, tout rose avec la fierté, s’est vu proposer des questions par des gens très bien qui avaient la ferme et légitime intention d’obtenir des réponses pas trop tartes.

J’en entends dans le fond qui leur auraient conseillé de s’adresser ailleurs… C’est vrai. Enfin, c’était un peu vrai, au moins au début. Parce que, répondre sereinement à « dans le roman tout est écrit au présent, ce n’était pas un peu casse-gueule ? » ou à « D’où vous vient l’acuité socio-communautaire qui caractérise Aria des Brumes ? » sans bafouiller des « ben… chais pô, ça m’est v’nu comme ça », je trouve que ça mérite un peu d’entraînement. Ou de temps. Ou de réflexion. Ou de talent. Ou de faire appel à un ami tout en sortant un joker à 50%. Bref, sur le coup, ça m’a cueilli sévère.

Mais…
D’abord, le temps de la réflexion, je l’ai pris. Et ce n’était pas du temps perdu, croyez-moi (oui, croyez en moi, le sens de la vie c’est par là). Je ne suis pas un théoricien du truc journalo-médiatique, mais j’ai un peu l’impression maintenant qu’une interview bien menée aide autant l’auteur que le lecteur à en savoir plus sur ce qu’il a prosé. Ça l’oblige à réfléchir, l’auteur, sur des questions qu’il ne se serait peut-être pas posées lui-même. Sur le coup, il se prend au jeu, oublie la promo et s’allonge sur le divan pour sortir des trucs du profond de chez lui en bas.
Par exemple, on lui demande « Le personnage de Shepher fait preuve d’une passion et de blessures morales qui le distinguent des autres personnages. Est-ce le point de vue et le questionnement personnels de l’auteur qui s’expriment et se libèrent à travers lui ? » Pour répondre avec un rien d’honnêteté, il faut creuser. Lâcher le voile, tomber la carapace, écorner le masque, dites-le comme vous voulez, se foutre un rien à poil, quoi. Ou alors on raconte des vernes et c’est tant pis pour tout le monde (bon, peut-être pas le monde entier… disons l’auteur, l’interviewer et les lecteurs).

Alors on saute de question en question comme dans un poker déshabilleur. Les premières, c’est facile, elles reviennent souvent, c’est le parcours imposé nécessaire pour faire connaissance, on voit trois cartes, pas de souci, mise minimale. En général, ces questions tournent autour du thème du livre, de sa genèse, et pour un primo-publiant, sur la rencontre avec l’éditeur. Pas de quoi mettre la liquette en danger, même s’il y a déjà moyen de livrer un peu de croustillant, surtout dans la façon de répondre la même chose à une même question, mais différemment. Je n’ai pas de conseil à donner, mais j’en ai déjà donné dans un illustre billet titré « ça parle de quoi donc », où j’expliquais combien il est futé de se préparer à répondre aux questions de base. Alors on y va cool, on répond sans stress, l’interview quel bonheur !
Et puis toc ! l’interviewer abat ses cartes maîtresses. Rendez-vous compte, il a peut-être une couleur ! Je veux dire : une tonalité, une idée à lui sur ce qu’il veut savoir, une lecture personnelle du livre qu’il traduit en questions bien précises. Sur Actu-SF, la tonalité est nettement socio-politique. Chez Les Histoires Sans Fin on est plus dans la technique d’écriture et la relation avec le lecteur. Pour Ado-Livre, les questions tournent autour du travail d’auteur et de l’orientation jeunesse.
Pas question de bluffer. Il faut se positionner, chercher les pourquoi et les comment de ce truc, ce livre, là, qui jusqu’ici tenait tout seul sans avoir à se justifier. Alors, quelle est ma vision du monde qui transparaît dans Aria des Brumes ? Quel est le personnage auquel je m’identifie, ou celui qui pourrait me représenter en société quand je ne veux pas sortir sans costume ? Et quel message pensais-je délivrer à la jeunesse avide de repères en écrivant cette petite histoire ? Et pourquoi avoir choisi la SF pour délivrer ce message ? Et pourquoi ai-je évité le thème de la religion ? Et quelles conclusions tirer de cette expérience ?

Que puis-je répondre, moi qui croyais encore il y a peu avoir pondu une petite histoire juste pour faire plaisir à mon épouse ? Alors j’ai réfléchi. Ce sont de bonnes questions et je vous remercie de me les avoir posées.

Maintenant, j’ai vu dans le programme des Imaginales que j’allais participer à des cafés littéraires, avec des pointures comme Pierre Bottero (mon fils dévore ses bouquins) ou Monsieur Werber himself. Et là, pas de temps de réflexion, le saut dans le vide, élastique distendu et trouillomètre à zéro. A ne pas manquer si vous voulez me voir bafouiller « ben… chais pô, ça m’est v’nu comme ça ».


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