Comme ça s'écrit…


La vie est-elle un roman ?

Posted in Djeeb,Réflexitude par Laurent Gidon sur 25 juin, 2011
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Nous vivons tous une belle histoire. Ou moins belle.
On se la raconte sans arrêt, chaque jour. C’est ce qu’on appelle notre expérience personnelle, notre mémoire, notre personnalité, notre nous-même qu’on a…
Les faits les plus improbables y prennent place dans un faisceau d’explications a posteriori qui donne un sens à l’histoire et surtout rend les faits inévitables. La preuve : ils se sont produits !
Quelles explications avons-nous pour les faits qui ne se sont pas produits ? Aucune. Pas besoin, puisque rien ne s’est passé vous dis-je. Ou alors ce sont des faits qu’on aura évités, et là les explications pleuvent puisque l’évitement deviendra le fait lui-même, selon notre propension personnelle à trouver des raisons à la chance.
Nous sommes programmés pour cela, pour tout voir sous l’angle d’une prévision à rebours, sinon la vie ferait trop peur.

Selon cette façon de tout mettre en relation, notre vie est un roman.
Pas forcément un roman dont nous serions le héros. Nombreux sont ceux qui abandonnent à d’autres le premier plan, passant leur temps à rejeter la responsabilité de ce qui leur arrive sur des personnages qu’ils dotent de pouvoirs supérieurs. Cela n’élimine pas l’insatisfaction, mais la rend plus supportable.
Ne croyez pas que je dédouane par cette réflexion ceux qui abusent de leur pouvoir, et abaisse ceux qui en manquent.
Un winner de notre société mercantile peut tout à fait se compter parmi les héros secondaires de sa propre histoire et confier à d’autres – souvent inattendus – la charge de ses tracas. Prenez un président de la république : dans le genre pleins pouvoirs, ce n’est pas mal, non ? Pourtant, je le soupçonne de croire, dans l’intimité de sa conscience, que tout ce qui l’accable provient des autres, ces inférieurs rampants auxquels il confère par là même un pouvoir supérieur sur lui-même. S’il se démène tant, ce n’est pas en action, mais en réaction.

Mais la vie n’est pas un roman. Elle est bien mieux que cela. Tout peut s’y produire. Toute probabilité ou prévision peut y être prise en défaut. Tout peut s’y créer. Et chacun y est créateur.
Perdez le temps que vous voulez à contester cette affirmation, et puis, le moment venu vous conviendrez, comme Monsieur Fernand convenait (qu’il n’aurait jamais dû quitter Montauban).

Cette réflexion me vient alors que remonte dans ma mémoire une critique sur Djeeb (Chanceur ou Encourseur, je ne sais plus). Le chroniqueur reprochait à l’auteur de ne pas assez clarifier les motivations du héros. On ne savait pas ce qu’il voulait. Aucun passé ne venait expliquer ses actions. C’était bien écrit, mais ça ne faisait pas un roman. Pas satisfaisant.

Je pense aujourd’hui que ce chroniqueur avait raison. Bien que racontant une histoire, Djeeb est plus proche de la vie que d’un roman. Pas notre vie quotidienne, bien sûr, faut pas exagérer. Mais LA vie, en ce qu’elle a de créatrice.
Comme la vie, Djeeb crée son parcours et le voit s’infléchir en fonction d’événements qui n’ont pas d’autre justification que leur occurrence. Ce qui s’y produit repose sur une logique imparable : dans le cadre défini, c’est possible. Et cette possibilité suffit à tout expliquer. Aurais-je dû écrire un roman, un vrai, où tout s’explique ? Répondre oui ou non ne changera rien à ce qui est. J’ai choisi la vie, pas le roman. Aussi imaginaire qu’ils soient, les Djeeb reflètent plus de réalité que de romanesque dans leur construction même.

Maintenant, essayez de voir votre vie comme Djeeb. Tout y est possible, tant que c’est dans le cadre. Et même, des événements impossibles peuvent se produire, puisque votre perception du cadre n’est pas complète.
Qu’allez-vous faire ?
Vous recroqueviller de peur en attendant la mort ?
Tenter de tout maîtriser, prévoir, calculer (en pure perte, le cadre est trop vaste) ?
Jouir de maintenant et de la seconde qui vient, en la rendant plus belle ?

En vérité je vous le dis : soyez Djeeb chez vous, ici et tout le temps.

Annecy 2018, forum olympique

Posted in Admiration par Laurent Gidon sur 23 juin, 2011
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Hier, en passant chez mon comptable, je découvre… qu’encore une fois je ne vais pas payer d’impôts, faute de revenus suffisants, ce qui m’embête parce que j’aimerais pouvoir mieux contribuer à l’épanouissement financier de la société.

Non, c’est pas ça : coupez, on la refait. C’est vrai, pour les impôts, mais ce n’est pas le sujet.

Donc hier, en sortant de chez mon comptable, je découvre que l’entreprise voisine est une agence de conseil en communication nouvellement installée dans ces locaux et avec laquelle j’avais eu des contacts voici une dizaine d’années. Content de voir que ce professionnel avait survécu aux crises successives qui nous accablent, mon bon Monsieur, je pousse la porte et tombe sur un second professionnel nouvellement engagé par le premier. Bref… la discussion à trois s’engage, sur l’air de «tu vas bien tu fais quoi?»
Je fais quoi ? Entre autres, je travaille pour la candidature olympique d’Annecy 2018

Un ange passe avant de s’enfuir à tire d’aile.
Ricanements.
Puis injonction : « ne parle pas des JO, pas ici, pas avec nous ! »

Croyant retrouver d’anciens collègues, je tombe sur un repaire d’anti.
De ceux qui salopent la région en taguant tout ce qui se rapporte à la candidature.
De ceux qui venaient déposer des étrons humains dans la boîte aux lettres du Club 2018. D’accord, c’est bio comme activisme, mais il faut imaginer tout le parcours du colis, depuis la récupération à l’orifice de production jusqu’à la dépose sur site en passant par les stockages et manipulations successives, pour se faire une idée de l’abnégation de ces militants. Des acharnés avec lesquels j’ai pu débattre lors d’une réunion politique. Hermétiques à toute argumentation, mais prompts à sortir la bombe de peinture ou la crotte postale.
Enfin, ceux que j’ai en face de moi sont plutôt du genre gueulard. Ils laissent la merde aux autres mais n’hésiteront pas à sortir les grands mots. Le patron me le fait savoir avec fougue et vigueur, finissant par claquer la porte de son bureau pour s’y enfermer et bouder, puis en jaillissant pour me virer manu militari de son agence.

Sujet sensible, ces JO annéciens.

J’ai d’ailleurs été moi-même plutôt contre au début, parlant sans vraiment savoir de gabegie et de compromissions en chaîne. J’avais plutôt tort.
Depuis, je me suis vraiment penché sur le dossier. Et sur les gens qui y travaillent. Je les ai rencontrés, interviewés, j’ai lu ce qui était prévu et comparé avec ce qu’on me disait, de pour comme de contre.
J’ai été convaincu par deux éléments parallèles : la modestie du projet, et la sincérité de ses promoteurs.

Ce sont des gens de la montagne, comme moi, qui vivent ici parfois depuis avant ma naissance, et n’ont aucune envie de voir saloper leur cadre de vie et celui de leurs enfants. Ils ont bossé pour répondre au cahier des charges en dépensant une fraction de ce que dépensent les candidatures concurrentes. Ils ont surtout parié sur la fin du gigantisme olympique et un retour aux valeurs d’entente, de respect, de nature. Ils se sont adressés à des organisations indépendantes pour à la fois proposer des solutions environnementales et évaluer l’impact du projet.

Avec des gens comme ça, avec un projet ainsi conçu, avec des retombées environnementales positives qui vont nous faire gagner vingt ans sur la nécessaire évolution des comportements, avec des chefs d’entreprises qui parlent enfin d’assumer leur rôle social et écologique au lieu de se replier sur leurs profits à court terme, avec tout ça oui, je soutiens Annecy 2018.
Je m’y suis donc engagé, professionnellement.
Parce qu’à un moment, il faut prendre ses responsabilités.

Les JO 2018 vont avoir lieu, de toute façon. Autant qu’ils aient lieu chez moi, avec modestie, d’une façon saine et positive, en défendant des valeurs auxquelles j’adhère, plutôt que de s’en débarrasser en laissant la Corée ou l’Allemagne assumer la dépense et flatter les sponsors.

Le 6 juillet prochain, le Comité International Olympique prendra sa décision. S’il se fonde sur la qualité du dossier plus que sur des considérations géopolitiques ou sur le poids financier, Annecy devrait l’emporter.

D’ici là, j’aurais fait ma part et assumé mon soutien.
Notamment au travers d’une série de films courts que j’ai eu le plaisir d’écrire en collaboration avec le Club 2018. Ils seront diffusés sur France Télévision à partir de dimanche.
Du concepteur (moi) aux différents producteurs, chacun a travaillé sans compter et réduit sa facture pour l’occasion. Pas un euro d’argent public n’a été dépensé dans cette campagne.

Maintenant, c’est à vous de voir. Je suis prêt à en parler.

Are you experienced ?

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 22 juin, 2011
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Hier soir, c’était fête de la musique.
Et faut reconnaître, dans le quartier ça a été sa fête !

Mon fils m’a piqué la rallonge à enrouleur pour tirer son ampli au centre du lotissement. Tout les potards au max (rappelez-vous, un ampli c’est On ou c’est rien), et c’était parti à grands coups de médiator sous l’œil ahuri des voisins. Sans parler des oreilles.

Perso, je suis resté légèrement en retrait avec un bon gros sourire banane. S’éclater, c’est un peu une question de moyens et beaucoup une affaire de disponibilité.
Jusqu’à ce que mon fils se tourne vers moi pour me tendre la guitare.
Un indice quant à mon état d’esprit : j’ai touché ma première guitare à Noël dernier…
Devant nous, un parterre de gosses hilares cutés sur le goudron. Moyenne d’âge dix ans. Dopés au Colonel Reyel, avec des dents pleines de bagues. Et une rangée plus lointaine d’adultes outrés. J’entendais leur pensée : « Tu vas laisser encore longtemps ton gamin faire ce raffut ? »

Alors j’ai pris la guitare. Potards au max. Avec pas mal de flanger et un max de reverb. Disto ? What disto ?
J’ai enchaîné les trois ou quatre riffs que je connais. Et surtout je me suis lâché sur une version impro de Interstellar Overdrive, parce que c’est facile et que ça fait un boucan inouï (enfin, inouï en 1966… année de ma naissance d’ailleurs).

Bon, j’admets avoir eu un peu de mal à replacer les power chords de Cocain, mais globalement j’ai été parfait.
Tel quel : je me suis dit que j’étais parfait. Peut-être pas en tant que guitariste, mais en tant qu’être humain.

Et j’ai un scoop pour vous : vous êtes parfaits aussi !
Nous sommes tous parfaits pour éprouver l’expérience de ce que nous devons vivre.
Le monde est parfait tel qu’il est, parce qu’il EST l’expérience (42, bordel !).

Disons que, pour moi hier soir, l’expérience était de me lancer sans filet mais avec ampli devant tous les voisins et de faire preuve d’enthousiasme et d’incompétence à parts égales. J’aurais pu jouer l’adulte et dire à mon fils que non, je n’allais pas le faire, y a des limites. Ou faire durer le truc assez longtemps pour qu’un furieux viennent me désosser l’Ibanez en travers de la gueule avec le Roland en pastille digestive.
Mais non, l’expérience a été ce qu’elle devait être.

En fait, j’ai l’impression qu’il existe au moins deux types d’expérience.
En relation à soi-même.
En relation avec les autres.
C’est schématique, mais ça couvre large. Les deux sortes sont très fortes, sans que j’y mette la moindre hiérarchie. Et, à l’instar d’autres formes d’expression artistique, publier un livre cumule les deux types d’expériences.
D’abord entre soi et soi lors de l’écriture, et chacun vivra l’expérience avec l’intensité qui lui est propre.
Puis en relation avec l’autre lors de l’édition, de la publication et des réactions qui ne manquent pas d’arriver (le manque de réaction faisant aussi partie de l’expérience).

Je me remercie donc de m’avoir fait vivre tant d’expériences d’écriture. Je vous remercie d’avoir démultiplié ces expériences par votre simple existence, gentils éditeurs et lecteurs.
Et je remercie mes voisins, parce que franchement, ils le méritent !

Et vous, are you experienced ?

Patti s'éclate mais Jimi rit !

Il était une foi

Posted in Admiration par Laurent Gidon sur 20 juin, 2011
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Jean-Paul Malrieu est un farceur.
Il est aussi scientifique et auteur d’essais assez bien documentés sur l’état de notre société. D’ailleurs, on peut lire avec profit ses analyses des sorties de route de la science ou de l’économie.
Mais c’est d’abord un gars qui aime bien rigoler.

Par exemple ce matin, sur France Culture, il traite Alain-Gérard Slama – notre thuriféraire radiophonique et quotidien du libéralisme, selon lequel cette douce pensée économique « n’a rien d’une idéologie mais se contente d’affirmer le primat de la liberté »… ben voyons !) – Malrieu donc traite Slama d’homme de foi. Bonne blague.
Suit une démonstration sur les rapports de force dans l’économie actuelle tels qu’ils se sont déployés depuis une trentaine d’années, et sur la violence qui les secoue. Une violence exprimée assez bien selon Malrieu dans le fait, pour une banque, de prendre l’argent de la BCE à 1% d’intérêt pour le prêter à 6% à la Grèce sous prétexte d’un risque qu’on a soi-même créé et évalué.

Alain-Gérard n’écoute pas.
Il n’a pas besoin, il croit ce qu’il sait et sait ce qu’il croit.
Quand il reprend la parole, patelin et rassurant, c’est pour dire (je préfère citer, sinon on croirait que j’exagère) :

«Est-ce que les défaillances de la technologie ne seront pas vaincues et réparées par une technologie supérieure ?»

Comprenez : est-ce que ce n’est pas avec plus de libéralisme qu’on résoudra les excès du libéralisme ?

Malrieu se retient de pouffer. Il tente d’expliquer une fois de plus la façon dont le libéralisme s’abandonne à des mécanismes de recherche d’intérêt maximum. Il redit que cette doctrine se fonde sur la croyance que les questions d’intention et de confiance seront résolues par l’action infiniment supérieure du système (= Dieu ?). Le libéralisme exige une confiance totale – une foi – dans le système. Malrieu parle aussi de l’intrication totale entre les instances de régulation et les intérêts financiers.

Tout à sa foi, Slama répond, impérial : « Mais vous ne croyez pas que le système est tout à fait en mesure de le corriger, ça ? Par l’optimisation ? Par l’intérêt bien compris ? C’est quand même intrinsèque à la pensée libérale, non ? » Et de citer quelques noms de penseurs.

Malrieu rigole. Son rire lui permet juste de glisser : « Sauf que ces correctifs fonctionnent vraiment mal, quand même, vu ce qui se passe… »

Très fort, Slama octroie au penseur un « Vous m’avez traité de sourd, mais je vous écoute… », comme un curé de campagne, les yeux mi-clos, écoute la confession en se préparant mentalement à l’absolution. Et de se rengorger, tout fier d’avoir prêté cette oreille généreuse au scientifique sans rien changer au fondement de sa foi, autosatisfait même de n’avoir pas excommunié Malrieu comme l’hérétique qu’il est aux yeux du dogme.
C’est que Slama est libéral, mais sans idéologie. Il parle de la réalité, lui. Pas de religion. Et la réalité est libérale, na !

Malrieu rigole, forme suprême d’élégance quand la bêtise donnerait plutôt envie de pleurer.

Ceci dit, je suis très content que France Culture laisse chaque matin la parole à un Slama, et à tout un éventail d’autres, comme à Autain ou Adler. C’est en écoutant des avis différents que l’on peut se former le sien et repérer les hors-champ ou biais de chaque argumentation (ça a l’air très bête et très banal écrit comme ça, et pourtant ça me semble juste).
La diversité apaisée, tenez : s’il me fallait une foi, ce serait celle-là.

Retour du soir

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 18 juin, 2011

De la ville au village, il faut à un moment prendre plein ouest. La ligne droite – denrée rare dans nos montagnes – vient buter sur une colline. Derrière cet obstacle, mais de mai à juillet seulement, le soleil se couche hors des heures de bureau.
La fin tardive de certains entraînements m’amène parfois à courser l’astre. Je le vois qui fuit devant moi, rouge de honte. Une parallaxe suractive accélère sa fuite à mesure que j’approche. Forcément, j’accélère aussi. Arriver au sommet de la colline avant qu’il ait disparu à l’horizon serait une satisfaction. Parfois je réussis et le couchant m’éclabousse au sortir de l’ombre. Il m’arrive alors d’éclater de rire.

Le livre que je lis en ce moment soutient – entre autres – que nos cerveaux sont programmés pour préférer des petits plaisirs réguliers à un énorme bonheur sans durée. C’est scientifique.
L’empirisme de mes chasses au soleil m’amène à une conclusion assez proche. Et je vais continuer.
Aucun surfeur ne me contredira : la plus grosse vague du monde n’effacera jamais l’espoir que demain, derrière la dune, la mer se lèvera de nouveau.

 

Le choix et la faute

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 16 juin, 2011

Une discussion animée avec mon beau-père a failli s’achever sur des mots un peu rudes. Chacun accusant l’autre de camper sur ses positions, confit dans ses certitudes. Chacun persuadé d’être aussi souple que l’autre est rigide.

Nous avons parlé de beaucoup de choses, mais l’abcès s’est fixé sur la production de drogue, en Afghanistan ou en Colombie. Pour l’un, les paysans locaux choisissent la culture la plus rentable et sont donc responsables de l’origine du trafic. Pour l’autre, les producteurs sont sous la coupe de gangsters maffieux qui les obligent à cultiver pavot ou coca au lieu de bêtes concombres : la faute aux maffieux !
Aucun des deux ne dispose d’informations fiables sur la réalité. De toute façon, on trouverait sans doute des témoignages corroborant les deux thèses, cela ne prouverait rien.

Ce qui est en jeu, là, ce n’est pas la réalité – probablement multiple et contrastée – de la production de drogue, mais ce que chacun croit de l’homme.
L’un croit que revient à chaque homme le choix de sa vie, et donc que la responsabilité collective d’une situation porte sur la somme des responsabilités individuelles de base. Chacun sa faute.
L’autre croit que les choix d’une élite – politique, financière ou maffieuse – pèsent sur l’ensemble d’une population, et donc que la responsabilité remonte à la tête, la base ne pouvant que souffrir ou partir. La faute au chef.

Il n’est pas question ici de refaire le monde, juste de prendre conscience de la façon dont l’idéologie façonne la pensée. L’idéologie n’est pas qu’une affaire d’état. Nous en sommes tous imprégnés, chacun selon une couleur dans laquelle il est difficile de distinguer les couches et mélanges successifs.
Ce que nous savons, c’est ce que nous croyons savoir.
Ce que nous pensons, c’est avant tout ce en quoi nous croyons.
La façon dont nous percevons une information, agissons ou réagissons, est orientée par ce que nous croyons.
Sauf que nous ne voyons pas ce que nous croyons, l’architecture de notre idéologie intime.
Nous ne voyons pas la maison que nous habitons, à moins d’en sortir.
Sortir de nos croyances ?
Allez, c’est parti : le premier dehors appelle les autres…

Étoiles en mères

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 15 juin, 2011

La grande ourse s’obstine à traverser nos nuits de juin juste au-dessus du jardin. Pourtant personne ne la regarde.

Ou alors il faut imaginer une armée d’amoureux discrets, persuadés d’entretenir chacun une liaison secrète avec la constellation. Ils sont là, dans le même silence que moi. Et ils offrent leurs yeux.
La somme de leurs vibrations solitaires crée une énergie que nous rendons aux étoiles. C’est peu, mais c’est le moins que nous puissions faire. Après tout, nous sommes parents.
Cette lumière qui vient frapper ma rétine, ces quelques photons en maraudes, ils ont traversé l’incommensurable depuis leur forge à atomes. Il s’en produit, là-bas, et plus près aussi, des assemblages inédits qui attendent leur plan de montage.

Nous venons tous de là, enfants des étoiles, bouillon recyclé et à peine réorganisé par la vie. Et nous nous dressons, fiers, uniques, assurés de notre supériorité sur la simple matière, en nous demandant « pourquoi tout cela ? ».

Pour nous, probablement. Sinon, ce serait un sacré gâchis d’espace et de temps.

 

Question d’âge

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 11 juin, 2011

Pour ses 10 ans mon fils a demandé une guitare électrique. Sûr de son choix.
Il n’a jamais touché l’instrument de sa vie. Quelques leçons de piano données par ma mère l’ont laissé froid.
Mais la guitare, il la veut. Et électrique.
Pour quoi faire ? je lui demande.
Haussement d’épaule agacé. Un père ne comprend jamais rien.
Démon du rock !

Alors guitare, avec l’aide des grands-mères pour réunir le budget.
J’ai beaucoup cherché. Comparé. Je l’ai emmené dans les quatre magasins des environs, essayer des modèles et des amplis. On a purgé tous les catalogues. Trois produits se sont détachés : une ESP toute en angles noir goudron, un pack Lâg avec copie de strato et ampli Vox 10, et une gratte d’occaz avec des micros pas d’origine mais pure balle disait le vendeur.

C’est la gratte usagée qui l’a emporté. Une Ibanez Ergodyne noire mouchetée de micro paillettes. Avec un cube Roland pour que ça sonne.

Mon fils passe la sangle, empoigne un médiator, pousse tous les potards au max et déchire la soirée à grands moulinets façon Pete Townsend. Il ne touche pas le manche.
Quand la nuit tombe, je lui montre qu’il peut faire d’autres notes en intervenant sur les cordes.
Haussement d’épaule. Pfff. Papa n’est qu’un vieux nase.

Le lendemain on dirait que la main gauche a trouvé la direction des frettes. Ça hurle dans la chambrette, sur plusieurs tons. Un ampli, c’est On ou Off. Là, c’est On.

Deux jours plus tard, la main court sur le manche – la main, pas les doigts – et la saturation fait le boulot pour que tout cela ressemble à des notes en accord.
Le médiator a pris du rythme.
Je reconnais des riff piqués à Clapton.
D’accord, Cocain c’est simple, mais quand même.

À force de courir les boutiques je me suis pris à rêver aussi d’une gratte à brancher. J’ai même flashé sur une Lâg Roxane, pour sa légèreté et sa symétrie superbe. Et sur le Vox Night Train, si délicieusement vintage. Mais je n’ai plus l’âge.
Moi, au lieu de me jeter sur la chose pour la plier à mes désirs, je l’approche doucement, j’ose à peine y mettre les doigts, avec la crainte de la fausse note. Je n’en tire rien, ni musique ni plaisir. Pétrifié par la peur.

Sans peur et sans reproche, mon fils fête ses 10 ans en violant un bout de bois verni et quelques cordes tendues.
Ce qu’il tient serré à hurler, ce n’est pas le manche de sa guitare, mais le relais que j’ai l’impression de lui avoir passé.
Au bon moment…

 

Les choses changent

Posted in Vittérature par Laurent Gidon sur 10 juin, 2011

Big scoop : puisque tout change, ce blog aussi.
Déjà, on change le titre.

L’ancien énonçait publicitairement et sans vergogne « Aria, Djeeb, Blaguàparts… what else ? » en soutien affiché à quelques publications.
C’est fini tout ça. Plus de promo, plus besoin, vous êtes grands et vous savez quoi lire, on va arrêter de vous le chanter.

Ensuite ?
Ben rien, c’est tout. Un blog d’écriveur sans pub et sans promo, on ne va pas en faire un cake.
Le reste, ce sera la vie comme elle s’écrit. La vittérature, quoi.

Tenez, la prochaine fois je vous parle des 10 ans de mon fils cadet.

Face au bouc

Posted in Réflexitude par Laurent Gidon sur 9 juin, 2011
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Une tactique électorale efficace et qui a déjà fait ses preuves consiste à désigner les responsables ou les bénéficiaires indus d’une situation perçue comme anormale ou détestable.
La réaction vertueuse est donc de s’insurger contre cette stigmatisation de boucs émissaires. Attiser la jalousie et le ressentiment, c’est mal, très mal, on sait où ça mène (droit sur le point Godwin).
C’est d’autant plus mal qu’en général cela détourne les yeux et les pensées du vrai problème.
Mais comme ça marche à court terme, on recommence dès que le besoin (la chute ?) se fait sentir.

On l’aura tous vu, ce printemps le bouc est fainéant. Il capte le bon argent de nos impôts et taxes pour se la couler douce dans le drapeau.

Une image, un message : propagande

L’image est superbe. Elle représente pour moi le seul usage sensé qu’on puisse faire d’un drapeau.
Mais dans l’esprit des lecteurs déjà conquis à la cause et des simples passants qui doutaient encore (n’oublions pas qu’une couverture de magazine fonctionne comme une affiche et a le même impact), ce magazine – qu’on ne peut plus appeler organe de presse mais outil de propagande – concrétise l’idée que les « assistés », non seulement dorment en comptant sur notre fric, mais en plus le font en foulant du cul tout ce que la douce France représente (Ah, ce drapeau !).

Bien sûr, les vertueux professionnels se récrient. Pour rien : tout le monde s’attend à ce qu’ils bêlent, ils font juste opiner leurs affiliés (et j’en suis, j’opine, mais merde : le problème n’est pas là !) et ricaner le camp adverse.
Camp qui a doublement raison de ricaner.

Car il y a bien un problème avec le RSA : en juillet 2010, près de 1,8 millions de foyers le touchaient. Soit, en gros, un quinzième des foyers français. Vous trouvez ça normal ? Je veux dire : trouvez-vous normal qu’un foyer sur quinze doive compter sur la solidarité nationale pour seulement survivre ? Qu’un foyer sur quinze soit constitué de personnes considérées comme inutiles ?

Le vrai problème, masqué par la stigmatisation comme par les bêlements, me semble là : notre société ne sait pas reconnaître et valoriser l’utilité de ses membres. Lorsqu’on fustige les assistés, en espérant bien que les vertueux vont foncer sur ce chiffon rouge, on gagne les voix de tous les jaloux sans que personne ne se pose la question des causes et des responsabilités imbriquées.
Et en déplaçant le débat de ce problème de fond vers une contestation de forme sur la stigmatisation, les salopiots qui nous dirigent et voudraient continuer à le faire organisent encore une fois le hold-up sur la pensée.

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