Comme ça s'écrit…


Les Ravageantes (à manipuler avec précautions)

Posted in Promo,Réflexitude par Laurent Gidon sur 18 juillet, 2015
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Sur le blog d’une de mes relations ainsi que sur ses dépendances facebook, une sorte de débat fait rage pour décider quelle part de travail et quelle part de talent doit entrer dans l’élaboration d’un écrit publiable. Ce qui me rappelle la position de Cyrulnick sur l’inné et l’acquis, soit en gros 100 % pour l’un et 100 % pour l’autre.
À ma remarque sur la question que personne ne semble poser – à savoir, quelle est l’importance d’avoir quelque chose à dire ou à écrire – on m’a répondu qu’il n’y avait pas débat : c’est acquis.
OK, c’est acquis, mais à qui ?
La capacité d’imaginer une histoire est sans doute propre à chacun. De toute façon, tout le monde rêve, c’est un signe. Mais, avoir quelque chose à transmettre, et surtout s’interroger sur le fond de ce que l’on transmet, ce n’est pas donné à tout le monde.
Il faut chercher. Aller au-delà de l’histoire et se demander « qu’est-ce qu’il y a de moi, là-dedans ? ». Et même : « qu’est-ce qu’il y a de moi dont je n’avais pas conscience ? »
C’est en interrogeant ma réputation de Bisounours de l’imaginaire – réputation liée à l’élaboration de cette anthologie non-conflictuelle – que je me suis repenché sur certains textes courts déjà publiés.
Ce sont des nouvelles assez dures, voire carrément désespérantes. Il y a du sang, des morts, du sperme et bien peu d’avenir. Et pourtant, ces textes respectent déjà – avant même que j’en aie formulé le dogme – une narration non-conflictuelle. Un truc de Bisounours, quoi. Mais avec de la tripaille.
D’où l’idée de les réunir dans un recueil numérique pour que de nouveaux lecteurs les découvrent, les retrouvent, voire fassent d’éventuels rapprochements entre les textes.
Le titre : Les Ravageantes
Le sous-titre : 4 histoires avec dégâts !
Les formats : ePub et Mobi.
Les plateformes : Amazon et Kobo Fnac
Le prix : 2,99 €
Pas de DRM, bien sûr.
Chaque format est lisible sur n’importe quel écran, smartphone, tablette, PC ou liseuse électronique, grâce à des applications gratuites faciles à trouver.
Un extrait gratuit permet de se faire une idée, mais j’enverrai un texte complet à tout commentateur qui me le demandera gentiment.
Le sommaire :
Admettons l’origine du monde a été lauréat du concours Dreampress Andrevon en 2008. Histoire assez morbide touchant au fantastique, qui traite de la façon dont notre imaginaire est colonisé par les histoires et les mythes dans lesquels nous baignons tous.
Viande qui pense a été publié dans la revue Bifrost en 2009. Pure science-fiction dystopique où les déclassés d’une société hyper compétitive n’ont plus pour survivre que les emplois mercenaires proposés par des officines de sécurité privées intervenant sur les points chauds du monde.
Les Intrusions granuleuses, publié dans l’anthologie Borders des éditions CDS en 2010. Space opera intimiste où les membres de la diaspora galactique ne comptent plus que sur un espace de rêve commun pour conserver leur humanité, jusqu’à ce que le rêve tourne au cauchemar.
Dégradations, publié dans La Revue Littéraire (éditions Léo Scheer) en 2010. Le cerveau n’étant que le support physique de notre conscience, au même titre qu’un disque dur ou qu’une bande magnétique, que reste-t-il quand le support se dégrade ?
Les apparences sont trompeuses : les Ravageantes ne relèvent pas de l’autopublication.
Ces textes ont déjà été travaillés avec un éditeur professionnel, puisqu’ils ont fait l’objet de publication dans des revues de qualité, ou ont été lauréat de concours. Le résultat était donc présentable. Je me suis tout de même fendu d’une relecture appuyée et de corrections qui dépassent le simple lissage. Bref, ces quatre nouvelles me semblent représentatives autant de ce que j’écrivais dans les années 2008-2010, mais aussi de mon niveau d’exigence actuel (eh oui, on progresse).
Bref, une bonne lecture bien rafraîch’ pour cet été explosif.

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Et pendant que je numérise, je lis du Houellebecq (La Possibilité d’une île) en hésitant entre l’ennui et la fascination. Ce type est quand même très fort.

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Le temps de la blessure

Posted in Réflexitude,Vittérature par Laurent Gidon sur 9 juillet, 2015
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Le temps d’avant la blessure, qu’est-ce que c’est ? Rien. Autre chose. La blessure arrive sans prévenir.
Avant, personne n’a conscience d’être « avant ». Rares sont ceux qui se disent « dans cinq minutes – ou dans trois secondes – je vais avoir un accident ».
Il est possible d’être prudent, ou de bien se préparer, pour éviter la blessure. Mais comment éviter l’imprévisible ? Comment s’y préparer ? C’est une des thèses de Taleb : une grande préparation entraîne une faiblesse plus grande encore face à ce qui survient hors de la zone préparée. La seule certitude face au risque, c’est l’incertitude.
Mais ça, c’était avant.
La blessure intervient comme une douleur vive qui tranche le temps.
Une brève hébétude peut suivre. Cet instant suspendu où l’on se demande si c’est grave. On essaie de bouger, on tâte : est-ce qu’il y a du sang ?
Ou alors une bascule immédiate, nuit totale.
Mais si ça bouge encore, s’il n’y a que peu de sang, la bascule est plus lente.
Il faut se prendre en charge. Infléchir le temps, passer du mode normal – ce qu’on avait prévu de faire « avant » – au mode sauvetage ou évacuation. Faire des choix rationnels qui n’ont plus rien à voir avec nos envies ou nos plans : est-ce que je peux rentrer, appeler à l’aide, réduire les dégâts en urgence ? Est-ce que je peux continuer ce que je faisais en reportant les soins à plus tard ?
De toute façon, la bascule de temps se fera.
Une douleur s’installe, un signal qu’il y a quelque chose à faire. Un diagnostic à poser. Le temps de la blessure s’empare de la réalité et ne la lâche plus.
Attendre au poste de secours, aux urgences, sur place après avoir lancé l’alerte.
Attendre et gamberger. Qui va ramener ma voiture ? Qui va s’occuper des enfants après l’école ? Est-ce que je vais pouvoir assurer ce rendez-vous demain ? Et ce boulot à rendre pour vendredi ?
C’est la blessure qui donne le rythme.
Il faut se couler dans son temps et souvent dans celui des autres, puisque de toute façon on y tombe, pieds et poings liés.
Le temps des services de secours.
Le temps de la médecine.
Le temps de la cicatrisation.
Le temps de la convalescence.
Tentation permanente de négociation : aller plus vite, gagner du temps, voir le médecin, le radiologue, le chirurgien, le kiné, ôter les points, les pansements, le plâtre, marcher sans béquilles, sans attelle, espacer les soins… Reprendre la main !
Vouloir gagner ce temps conduit souvent à en perdre plus encore.
Soit en allant trop vite, ce qui ramène à la case départ : le corps et ses exigences mènent le bal.
Soit en cédant à la colère, l’impatience qui détruit le temps plus sûrement qu’un coma.
Alors qu’il suffirait d’écouter. Ramener le cri des douleurs à quelque chose d’audible, de compréhensible.
Occuper ce temps par un dialogue avec soi-même, laisser parler le corps. Lui donner ce temps, puisque de toute façon il se l’est approprié.
Le temps de la blessure, c’est avant tout un temps pour soi.

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Pendant que je me répare, je replonge dans les romans Navajo de Tony Hillerman. Voleur de temps, d’abord, puis Coyote attend, qui fut ma première rencontre éblouie avec l’auteur, voici plus de vingt ans. Étrange : sans intention de ma part (choix de livres datant « d’avant »), ces deux titres parlent du temps et de ce qu’on en fait.


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