Comme ça s'écrit…


Weather bitch !

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 21 avril, 2008
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La météo est une saleté.

Attention : pas la noble institution française de prévision, mais, et par glissement sémantique, les conditions météorologiques qui prévalent au long de ce printemps pourri. Entendez par là que l’auteur en dédicaces est un peu comme le paysan de naguère. Il y a trois sortes de temps qu’il n’aime pas : le beau temps, le mauvais temps, et le temps en général.

Cette brève et réfutable introduction pour vous dire que, quand on prévoit de rencontrer la foule des lecteurs enthousiastes lors d’une après-midi de dédicaces dans une grande (la plus grande ?) librairie de la ville, on la trouve un peu amère de ne voir arriver qu’une personne par heure sous prétexte qu’il fait enfin beau après une semaine de pluie.

Oui, j’ose l’admettre ici, la foule enthousiaste a préféré courir la montagne ou les terrasses ensoleillées plutôt que venir cueillir sur mon visage le sourire qu’aurait fait naître sa visite. Et s’il avait fait mauvais ? On m’aurait sans doute expliqué que, lassée par la persistance de ce temps de merde, la foule enthousiaste a préféré rester à la maison regarder Derrick. J’aurais compris tout aussi bien…

Oui, cet enfoiré de soleil a détourné les annéciens du grand raout culturel que représentaient quatre auteurs alignés pour lui parler de leurs œuvres et au besoin les lui vendre, sans oublier de les signer en ajoutant quelques mots dont la drôlerie bien sentie et personnalisée les aurait fait se gausser d’émotion sincère lorsque, dans quelque vingt ou trente ans, ils auraient ressorti le volume poussiéreux mais religieusement conservé pour l’édification des générations futures. Weather Bitch !!! (judicieusement traduit « Météo pouff » dans un épisode de Friends, mais ce n’est pas le sujet)

D’autant qu’en matière d’auteurs, nous étions cinq et non quatre, de plus adjoints d’un éditeur qui – sacerdoce – se déplace pour accompagner chacun de ses poulains (en l’occurrence Joëlle Incandela, une pouliche donc) sur leurs lieux de dédicaces. Bref, une brochette de six, à faire peur, le long d’une table jonchée de chefs-d’œuvres, et miraculeusement laissés en paix tout au long de l’après-midi sous le fallacieux prétexte que dehors il faisait bon. Nous avons parlé entre nous, échangé des recettes de cuisine, discuté tricot et patron de gilet au crochet, promis de partir en week-end ensemble et compté sur les doigts d’un manchot le nombre de nos exemplaires vendus. C’était très fun et totalement décomplexé. J’ai bien aimé. Même quand ma mère est venu m’acheter un exemplaire, par pitié.

Carl, Shepher et Flume, comme je ne les avais encore jamais vusUn grand moment d’émotion aussi, quand Anilori (rencontrée virtuellement sur le forum Outremonde) s’est timidement approchée pour m’offrir un FanArt d’Aria qu’elle avait dessiné pour moi tout seul. Mon premier FanArt !!! Tellement premier que je ne savais pas ce que c’était… la honte. Je vous explique : c’est une œuvre d’art inspirée d’une autre œuvre (d’art aussi, donc : chouette !). C’était d’un beau ! Presque aussi jouissif que la tête des autres auteurs à mes côtés (désolé les gars, j’ai mon FanArt et pis pas vous, mais ça viendra, persévérez). Merci Anilori, t’es super !

Ceci dit, Monsieur et Madame Decitre, je suis prêt à recommencer l’expérience et faire front à la foule enthousiaste dans votre bien beau magasin quand vous voudrez. Veillez juste que ce soit un jour où la météo ne prévoit ni beau ni mauvais. Vous verrez, on fera un carton !

Voilà, Don Lo et ses petits camarades. Ne les dérangez pas, ils sont au fond du magasin pour la sieste.

Je pose 40… et je retiens quoi ?

Posted in Promo par Laurent Gidon sur 10 avril, 2008
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Après m’être bien couvert de ridicule à défendre publiquement des positions qui ne regardent que moi, me voici prêt à reprendre la casquette du jeune auteur enthousiaste, tout frétillant à la lecture des critiques sur son livre tout neuf.

Non, attendez, encore un truc… Ceux qui ont regardé le remarquable « 68 » de Patrick Rotman ont-il été, comme moi, sensibles à la troublante similitude entre cette année-là et ce que nous vivons en ce moment ? Des JO ternis par la violence avant même leur ouverture, un bourbier de guerre où l’on ne sait plus qui soutenir (ceux qui meurent : je suis toujours du côté de ceux qui meurent, sauf lorsqu’ils prennent les commandes d’un avion de ligne), de l’agitation dans nos belles démocraties, agitation qui voit s’élever pour ou contre elle des voix intellectuelles et discordantes… et pourtant. La similitude s’arrête là.

Où sont en 2008 les rêves de vivre ensemble, de flower power, d’amour libre et de course nu dans les prés verts ? Où sont surtout les Janis Joplin, les Jimi Hendrix, les Jim Morrison… tous les talents qui portaient ces idées avec autant de naturel que le poil long et les cotons indiens, qui posaient les bases musicales et poétiques de toute une génération de contestants, qui mettaient un peu d’éternité dans la révolte ? Où sont-ils, ceux d’aujourd’hui dont le son, les mots, l’énergie, nous feront encore vibrer 40 ans après ?

En 2008, qui prend le relais dans le gueuloir ? 40 ans de posés, et je ne retiens rien de mieux que le son de 68. Est-ce l’argent ou le goût des gens, mais on a les grands artistes qu’on mérite.

Donc, c’est fini tout ça, je ne vous embête plus avec mes rengaines, et revenons à nos moutons : Aria des Brumes.

Il y a un gars, un gars qui n’a peut-être pas la visibilité des Doors, des Who ou des Led Zep, mais dont la voix d’aujourd’hui m’a fait chaud tout partout. Non, il ne chante pas dans le micro (encore que, peut-être…), non il ne se secoue pas sur scène devant des milliers de hippies subjugués (encore que), mais il lit et il écrit.

C’est Thimotée Rey. Vous en avez lu de lui, si vous choisissez bien vos anthos de l’imaginaire et vos fanzines. Il publie à la mitraillette, des nouvelles et des illustrations, voire des recettes de cuisines qui font passer Einstein pour un aimable touilleur.

Ce Tim’O vient de me faire le grand honneur et le confondant plaisir d’écrire une critique sur Aria des Brumes. Il n’est pas question que j’en donne des extraits ici : un tel monument (sa critique) doit être pris dans son ensemble et fouillé jusqu’au plus profond recoin. Alors allez-y, c’est sur Parchemins & Traverses, éditeur et chroniqueur de l’imaginaire. Prenez votre temps, c’est du lourd, de l’analyse érudite, de l’argumentation comme j’en ai rarement lu, une critique rétroactive qui transformerait presque son objet en chef d’œuvre (heureusement que TimO nuance son propos et évite ce travers).

Timothée, tu es peut-être pour moi ce qu’il restera de 2008 (bon, au moins de son début).

Tamtam de la Flamme

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 8 avril, 2008
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Difficile de se concentrer sur la littérature, non ? Ecrire de jolies histoires, jouer à « t’as vu mon beau style », signer des bouquins… Ce n’est pas la flamme olympique qu’un rambo chinois en survêt bleu et lunettes noires a pris des mains d’un athlète et pour l’éteindre sans explication, c’est la mienne.

Plus la flamme, cramé, vidé. Marre du tamtam !

Parce que les forces de l’ordre françaises ont bousculé, matraqué, trainé par terre des gens qui voulaient manifester avec un drapeau de la paix.

Parce que des manifestants ont eu la bêtise de se tromper de cible en sifflant les athlètes et la flamme, tombant dans le piège provocateur qui décrédibilise toute position pourtant sensée.

Parce que l’empire du milieu a beau jeu de nous faire la leçon après ce fiasco qui ne souffre aucune comparaison avec la dignité de la marche pour Ingrid Bétancourt.

Parce que les ricaneurs (non Richard, pas toi) qui gloussent à juste titre contre les nouveaux vertueux anti-olympiques vont bientôt avoir raison : à quoi sert d’exiger la perfection autour des JO quand on fait toutes ses courses en Chine depuis des années sans rien dire ?

Parce que les belles idées qui auraient peu faire avancer le respect des droits de l’homme (vous avez vu comme ça devient un gros mot ?) vont être jetées avec l’eau de ce bain polémique.

Parce que tout mode d’action individuel ou collectif en faveur du Tibet va être maintenant entaché des conneries et violences échangées de part et d’autre de cette fichue flamme.

Parce qu’on n’a plus une chance de toucher les décideurs de tous poils là où ça les fait réfléchir : au portefeuille.

Ah si tiens, on peut encore ! Je persiste : ces JO, je n’en verrai pas une image. Je suivrai les résultats des sportifs, mais je ne verrai pas un sponsor, pas un logo de chaîné télé, pas un drapeau (ni chinois, ni autre, avec ou sans menottes). Et je continue d’envoyer mes mails de refus à tous ceux qui croient me faire plaisir en « m’amenant chez moi la fête des jeux ». En ce qui me concerne, leur pognon est perdu (pas pour tout le monde, hein ?).

Allez, pour finir, une petite citation de Jiang Yu, la porte-parole de la diplomatie chinoise:

« Nous espérons que les personnalités du monde politique peuvent appréhender ce sujet en dirigeants politiques et seront capables de gérer les relations Chine-USA en pensant à la stratégie à long terme. »

Manier la promesse et la menace… tout un art.

Y en a marre. Je vais me remettre à écrire, des trucs qui font rêver un peu. Mais pas tout de suite.

Les yeux fermés sur France Inter

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 7 avril, 2008
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Entendu ce matin sur France Inter, une question d’auditeur qui demandait à chacun de prendre ses responsabilités en boycottant les images des JO de Pékin.

Voilà. Même à la radio, on peut fermer les yeux pour ouvrir le Tibet. Bien sûr, la réponse de Stéphane Diagana a été un modèle de mesure : il s’agirait d’initiatives individuelles qui ne concernent que leurs auteurs et dont l’efficacité ne dépassera pas le cercle privé.

Bien. Stéphane a raison. Quand on court le 400 mètres avec autant de haies et aussi peu de secondes, on porte la flamme olympique avec une fierté qui n’a pas à se justifier. Et quand on porte la flamme, on ne dit pas n’importe quoi. Nous en revanche, nous n’allons pas nous priver.

Donc, voici du n’importe quoi :

« Il n’y a pas eu de répression au Tibet… Les Jeux Olympique seront un grand succès ! » Son Excellence l’ambassadeur de Chine à Paris

« Ces jeux ne sont pas une fête mais une défaite pour l’olympisme. Aussi, je n’en regarderai pas les images. » Roger Bambuc

« Disons merde aux entreprises qui croient dorer leur image en l’associant à un drapeau rouge sang : elles finiront par rectifier leur mauvais calcul ! » Don Lorenjy

J’ai une grande confiance dans le capitalisme pour savoir faire et refaire ses comptes. Il n’est ici question que d’argent. Plus nous serons nombreux à déclarer aux entreprises qu’elles balancent leur argent par les fenêtres cathodiques, plus les conditions en Chine auront de chances d’évoluer.

Ah oui, aussi : la Chine est la plus grande dictature capitaliste. Les dirigeants chinois ont eux aussi une calculette dans la tête.

Fermer les yeux pour ouvrir le Tibet

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 2 avril, 2008
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Bon… une fois n’est pas costume, je vais entêter ma casquette de militant.

Voici une petite phrase que je me suis pondu au débotté avec la colère, en lisant le courrier des lecteurs de Télérama ce matin. (Patrick, de Bévézé, nous disait que « … audace pour audace, je propose modestement qu’à son niveau chaque téléspectateur qui veut signifier sa colère s’engage à refuser de regarder une seule minute de programme télé consacré aux JO.« )

Donc, je m’engage, et en ces termes :

« Par la présente, j’indique à toute entreprise, toute marque, toute enseigne, toute association ou tout État qui apporterait son soutien financier, logistique ou politique aux Jeux Olympiques 2008, qu’en solidarité avec le Tibet libre je ne regarderai, n’écouterai ou ne lirai aucun compte rendu ou reportage sur ces Jeux Olympiques dans aucun média que ce soit, et donc que son investissement sera de l’argent perdu en ce qui me concerne. »

Voilà. Si vous voyez quelque chose à ajouter ou retrancher, signalez-le moi. Je modifierai. Ensuite, il n’y a plus qu’à copier et envoyer à tous les sponsors, toutes les chaînes, tout le monde, quoi. On commence ?

Total Contrôle

Posted in Textes par Laurent Gidon sur 1 avril, 2008
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— Cessez de racontez des histoires, voulez-vous ?

Mais je ne peux pas. C’est la seule chose que je sache faire. Vous ne pouvez pas exiger ça de moi. Autant demander à un escargot de ne plus baver devant une salade…

— Nous sommes dans l’obligation d’insister.

Insistez donc ! Je vous dis que je ne peux pas. Vous insistez et je me répète : chacun son rôle. C’est du théâtre, la scène est posée, mais la pièce ne va pas déplacer les foules.
À l’affiche : les hommes en gris et le raconteur d’histoires. Four garanti ! D’autant que vous ne faites peur à personne… enfin, pas trop.

— Le comité des lectures a identifié des éléments dangereusement instables dans vos histoires.

Évidemment… Sans un peu d’instabilité et de danger, l’histoire ne vaut pas la peine d’être racontée. Après, les effets que ça aura sur les esprits… Vous êtes bien placés pour savoir qu’ils sont imprévisibles.
Ça vous ennuie, hein ? Ça vous enquiquine de ne pas tout prévoir.
Par exemple, avez-vous prévu l’explosion de folie que je pourrais faire éclater ici, maintenant ? Laissez-moi y penser un instant…

— Ne tentez rien, je vous prie. Vous êtes sous contrôle.

Bien sûr. Qui ne l’est pas. J’ai bien la lampe dans les yeux. J’ai senti la toile amovible qui va capter mes humeurs sur le fond de la chaise. J’ai vu « La vie des Autres », vous savez ? Ah, cette magistrale séquence d’introduction où l’on suit en parallèle l’interrogatoire et le cours dispensé d’après l’enregistrement de cet interrogatoire. Ce moment glaçant où l’on en vient à justifier les moyens déployés pour faire craquer le suspect, puisqu’on a la preuve qu’il ment.
Il ment ! Donc toute technique d’interrogatoire se justifie, non ? Il n’est plus suspect, mais coupable ! Il ne reste plus qu’à presser suffisamment pour savoir coupable de quoi.
C’est justifié. L’interrogateur est dans son droit. D’autant qu’il reste humain. Comme vous.

— Nous allons devoir prendre des mesures contre vous. La loi nous y autorise.

Vous voyez ? Humains…

— Mais nous préférons toujours chercher d’abord l’accord du suspect.

Vous voyez bien…

— Signez cette renonciation, et les poursuites seront abandonnées.

Moi je veux bien. Signer, c’est facile. Ça n’engage à rien, n’est-ce pas ?
On ne va pas se raconter d’histoire : ce qui nous lie, c’est bien plus qu’une signature.

— Cette signature vous liera à la société…

Mais je suis déjà lié à la société, pauvres grisous. Plus que vous avec vos engagements d’officiers sous serment. Plus que vos chefs avec leurs ambitions de chef du dessus.
La société, moi, je la rêve ! Elle m’habite, me construit comme je la construis, m’arrondit quand je me durcis, me retient quand je trébuche. Elle me nourrit. Et vous ?

— Nous ne sommes pas en cause.

Rassurez-moi : je ne suis pas seul, ici ?
Nous sommes bien en contact, en interaction ?
Peut-être croyez-vous encore que nos rôles respectifs dépassent notre humanité… Que vous devez continuer à m’oppresser, que vous devez… faire abstraction de ce qui nous lie.
Peut-être croyez-vous que vous avez trop à perdre à dire non. Alors qu’en limitant votre humanité à votre fonction, c’est vous que vous perdez.
Tenez, je vais vous raconter une histoire…

— Cessez immédiatement !

De quoi avez-vous peur. Juste une petite histoire…

— Gardien !

L’histoire d’un raconteur d’histoire dont les histoires se réalisent. Ça vous dit ?

— GARDIEN ! ! !

Une histoire où vous n’existez pas.

— …


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