Comme ça s'écrit…


Il va (encore) falloir résumer

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 27 avril, 2009
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Voilà, ça y est, ça va recommencer.
Ne croyez pas que je me plains, non, non, je suis même plutôt content. Mais je me suis à nouveau fait piéger. Comme pour le premier, je n’étais pas prêt, la flasquitude même, alors que…

Dimanche, je vais acheter le pain et les croissants, et je tombe sur l’ancienne boulangère à la retraite revenue donner un coup de main.
– Alors, qu’elle me dit, toujours dans l’écriture ?
Elle est au courant, j’avais mis une affichette dans sa boutique à la sortie d’Aria des Brumes.
– Oui, toujours, que je lui dis. D’ailleurs, que je lui continue mode réflexe, j’en ai un deuxième qui va sortir fin juin.
– Ah, c’est bien, qu’elle me fait, et ça parle de quoi ?
– …

Un dimanche matin ! Avec pas même un croissant entre les dents ! L’horreur.

J’ai beau me secouer le coma, rien ne vient. Je bafouille un truc, genre « c’est des aventures, un peu de la Fantasy, vous savez ce que c’est ? Vous avez vu le Seigneurs des Anneaux ? Bin, c’est pas pareil… du tout. » J’ai payé et suis sorti la queue basse, en jurant mais un peu tard…

Donc, au boulot. Pour éviter ce genre de désagrément dominical (qui peut tomber aussi un mardi, notez bien), l’auteur un tant soit peu aguerri et professionnel se doit d’avoir en tête un résumé bref de son prochain livre, adaptable aux attentes de tout questionneur qui lui poserait un « et ça parle de quoi ? » tout à trac.

Dans le cas de ce dimanche matin, la boulangère était surtout polie, pas la peine de la gaver avec de grandes iloquences. Un bon petit pitch de l’histoire, et c’est joué.
Genre : « Djeeb le Chanceur, c’est l’histoire d’un artiste aventurier qui voudrait être le tout premier étranger à pénétrer dans la mystérieuse cité d’Ambeliane, juste pour la beauté du geste. Il réussit son coup, tente de visiter les beaux quartiers de la ville en s’appuyant sur ses talents spectaculaires, et tombe dans une invraisemblable série de traquenards. Il va mettre tout le roman à essayer de s’en sortir. »
C’est honnête, ça résume, sans encombrer avec autre chose que l’histoire.

J’aurais pu aussi m’appuyer sur un élément précis, comme : « Djeeb le Chanceur, c’est l’histoire d’un gars tellement épris du beau geste qu’il va aller jusqu’à signer sa propre condamnation à mort. Mais comme il trouve que l’élégance a des limites, il va tout faire pour échapper à cette condamnation, même s’il faut brûler toute une ville pour ça. »
C’est plus teasing, mais ça peut marcher aussi.

Je pourrais même lâcher les chevaux avec : « Djeeb le Chanceur, c’est une grande histoire d’aventure, d’amour et de mort. À cause d’une femme, le héros va être injustement condamné ; par amour pour une autre, il va tenter de survivre ; pour la revoir, il va devoir tuer, risquer de mourir et tout perdre en déclenchant un chaos qui le dépasse. » D’accord, ça grandiloque un rien, mais il y a de ça.

Après, pour ceux qui s’attacheraient au fond du truc plus qu’aux péripéties de surface, je pourrais dire que « Djeeb le Chanceur, c’est une histoire d’ambitions contradictoires. Pour atteindre leurs objectifs, des êtres s’utilisent les uns les autres. Certains arrivent à leurs fins, d’autres pas. Il n’y a pas de gentils, pas de méchants, juste de grands bonheurs et de tout aussi grands malheur qui se jouent sur un coup de destin. »

C’est la vie, quoi. Mais en mieux écrit.

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6 livres, et moi, et nous, et vous…

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 23 avril, 2009
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Il y a déjà quelque temps (hum… presque trois mois), Daelf Tagada a eu la bonne idée de me taguer dans une chaîne sur les livres qui nous représentent.

J’aime bien Daelf, elle est sympa, elle fait des belles mises en pages sur des projets foireux dont presque aucun des auteurs n’ose se réclamer ensuite, et elle est patiente. Ce n’est pas pour ça que j’ai traîné, juste parce que j’avais oublié. Donc, 6 bouquins qui me représenteraient.

Robinson Crusoe. Je suis fils unique (c’est mal, je sais, je n’y peux rien), et je suis sûr que, perdu sur une île déserte, je pourrirais la vie du premier humain échouant à mes côtés, même si c’est un jeudi. En voulant bien faire, et en regrettant ensuite. Heureusement, depuis un moment je tâche de m’améliorer.

2001 L’Odyssée de l’espace. La question du tout, de l’avant, du pendant et de l’après, du ici et du plus loin, du nous et du eux. Et puis une tendresse particulière pour ce talent à raconter une histoire qui touche chacun de nous sans pour autant y mettre de méchanceté, de violence ou de noirceur. La SF de l’espoir. La seule ?

L’œuvre de dieu, la part du diable. Dès le titre, c’est tout le contraire de 2001. Et pourtant, c’est mon préféré chez John Irving. Avec cette histoire pourtant bien cernée dans le temps et l’espace, il réussit à faire entrer toute l’humanité, presque toutes les grandes questions (d’où venons nous…) sans apporter de réponse mais en ouvrant des pistes que chacun peut suivre ou pas.

Mémoire de singe et parole d’homme. Le premier Boris Cyrulnik, le premier que j’ai lu, celui qui m’a fait dire pour la première fois « Oui, voilà, c’est ça, c’est nous ». S’il ne fallait garder qu’un seul livre, je jetterais la bible avec les autres et je prendrais celui-ci. J’ai rencontré M. Cyrulnik avant de l’avoir lu, au cours d’une conférence. J’ai tenté bêtement de faire le malin en lui proposant une image de l’innée et de l’acquis sous forme de cire maléable, mais résistante. Il m’a juste répondu « Jeune homme, avez-vous lu mes livres ? » Moi : « Non ». Lui : « Alors, commencez par les lire, et revenez me voir. » Ce n’était pas de l’arrogance de sa part, il avait raison.

La Condition humaine. Ma première incursion en science-fiction. Ne rigolez pas, pour moi c’en était : j’étais trop jeune, je lisais ce livre aux toilettes parce qu’il était posé là, et il m’emportait dans un monde dont je ne savais rien, que je ne situais pas, dont les habitants étaient des extra-terrestres au comportement à peine humain (pour autant que j’en savais), et c’était merveilleux. Dur, triste, morbide parfois, et merveilleux. J’avais 8 ans.

Salammbô. Ma première incursion en Fantasy. Allez-y, rigolez. Je l’aime pour ses excès et une qualité particulière : il fait tout pour le lecteur, lui donne tout, plus encore, trop même, décrit, dépeint, fait vivre, manger, parler et mourir plus de personnages que je n’en ai vu nulle part ailleurs ; et en même temps il se fout du lecteur, totalement, de ses goûts, de son besoin d’intrigue ou de rebondissements. C’est le meilleur et le pire de ce qui se fait et ne se fait pas. C’est l’ambivalence même. Celle de l’homme en général, et donc la mienne.

Toutes mes excuses maintenant aux auteurs que je n’ai pas cités malgré leur importance pour moi (parce qu’un seul de leurs livres n’y suffirait pas) :  John Brunner, Franquin, Hermann, Tony Hillerman, Henri de Monfred, Jack Vance, Morris West…

Je ne tague personne, ceux qui veulent relèveront chez eux et viendront linker ici.

Merci de votre attention, je retourne à mon Djeeb (qui avance bien, sacré Chanceur !)

Ravalement de burqa

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 21 avril, 2009
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Il y a des gens qui ont du talent, quand même ! Et l’énergie de s’en servir.
Prenez Philippe Caza : incroyable ! Avec la carrière qu’il a déjà derrière lui, il pourrait se retraiter heureux et regarder le monde s’enfoncer en se disant qu’il a déjà bien assez œuvré au renflouage pour se reposer un peu. Eh bien non. Il continue. Je ne suis pas chez lui, mais j’ai l’impression que tous les jours, il y a quelque chose qui l’énerve suffisamment pour qu’il retrousse les manches et balance sa colère dans un dessin. Un dessin avec du talent. Un dessin qui en dit plus que mille mots, et mieux, avec des couleurs.
Et comme ce n’est pas le dessinateur égoïste dans sa tour d’y voir, il partage. D’ailleurs, si vous ne connaissez pas ses lettre ouvertes (LO pour les intimes), numérotées déjà à hauteur du 299, ne perdez pas plus de temps : lisez-les anciennes ici, et abonnez-vous aux prochaines. C’est gratuit, mais pas sans effet sur la santé (mentale).

Pour revenir aux dessins (oui, dans les LO il n’y a pas que des lettres : quelques chiffres aussi, et des dessins), en illustration d’un texte de Taslima Nasreen, il y avait cette femme prise dans une burqa de briques.

© Philippe Caza

burka

Saisissant ! En quelques traits et presque une seule couleur, Caza a réussi à résumer tout ce que des siècles de conneries paroles répétées et déformées à l’envie ont pu faire de l’image de la femme pour certains hommes. Une menace, qu’il vaut mieux enfermer sous le plus solide des voiles pour éviter qu’elle ne répande le bonheur autour d’elle. Parce que le bonheur c’est sale, ça pue, ça donne envie de vivre au lieu de mourir. Conneries !
D’ailleurs, et c’est la force du dessin, on pourrait presque croire que c’est la femme qui, pour se protéger de tant de connerie, s’est blindée derrière ses briques.
Ça ne change rien : que ce niveau de séparation homme-femme soit exigé par les hommes ou vital pour les femmes qui vivent avec de tels hommes, ils ne sont pas près de se retrouver.

Et si vous regardez bien, aux USA c’est en train de devenir culturellement la même chose. Dès l’adolescence, filles d’un côté (Pom-pom girls et chick lit), mecs de l’autre (vestiaire suant et American Pie), en interdisant tout contact jusqu’au mariage, lequel mariage ne devient plus qu’un contrat entre deux parties qui s’ignorent et se sépareront dès non-respect d’une des clauses (voir quelques scènes de Burn after reading). Deux espèces séparées, réunies par un hasard génétique qui leur permet de procréer (donc ce ne sont pas deux espèces différentes, je sais, mais c’est une image). Bref, ça pue.

Mais le pire, c’est que ce dessin peut tout à fait représenter l’idéal féminin pour ceux qui y croient. Ceux qui ont tellement de problèmes avec la femme en général, qu’ils s’appuient sur une quelconque parole (tous les monothéismes se valent en la matière, dirait Michel Onfray) pour s’en protéger, l’enfermer dans leurs angoisses de peur d’avoir à l’écouter, la soustraire au regard des autres de peur de ne pas savoir la garder, la soustraire à elle-même de peur de la voir fleurir.

Oui, pour ces gens-là, une femme vêtue de brique est sans doute une image du bonheur parfait, sans souci, sans effort.

Ça me fait peur.

L’enthousiasme du correcteur de fond

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 18 avril, 2009
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Un truc pas facile à admettre quand on est Dieu, c’est que parfois, même quand Dieu a fait de son mieux, ça peut encore s’améliorer. Heureusement, Dieu a un éditeur, qui fait bien son travail de conseiller littéraire…

Bon, promis, j’arrête avec Dieu, y’en a marre.
D’autant qu’en écrivant Djeeb le Chanceur je me sentais beaucoup moins Dieu que pour Aria des Brumes. Pas une question de qualité ou d’ambition, entendons-nous bien : plutôt un état d’esprit différent.

Pour Aria, j’avais en tête un arrière-plan complexe que je faisais découvrir au lecteur au gré de ma divine volonté (qu’on va appeler l’intrigue, par commodité).
Alors que j’ai plutôt eu l’impression de suivre Djeeb, un peu comme un visiteur dans une maison étrange, qui pousse les portes sans trop savoir ce qu’il va trouver derrière. Une écriture de la cave au grenier, dans laquelle je me surprenais autant que le héros.

Et des surprises, il y en a. Pas toujours bonnes, d’ailleurs. C’est là qu’entre en scène Célia Chazel, de chez Mnémos. Par ses judicieuses remarques, elle me pousse à produire un texte définitif nettoyé de ce qui l’encombre ou le ternit. Sans corriger, juste en surlignant quand ça poisse, quand ça grince, ou – honte ! – quand ça se répète. Après, je me débrouille pour décrasser.

On pourrait croire que c’est énervant de se faire pointer les défauts de son travail. Eh bien pas du tout. Pas là, en tout cas, parce que c’est bien fait. Au contraire, ça donne envie. Plein de petits problèmes, de casse-tête lexicaux ou syntaxiques, à résoudre en les chantant (oui, je me chante mon Djeeb, pour voir si ça sonne). Et c’est cool comme job, je vous le conseille. Célia m’envoie les chapitres annotés par paquets de trois, et dès que j’ai fini de les traiter, je me surprends à attendre la suite avec impatience.
Déjà que je l’avais écrit pour le plaisir, voilà que je le corrige avec plaisir. On va finir par en faire un succès planétaire, non ? Hum… modestie, quand tu m’étreins !

Ah, au fait, pour les chasseurs de morilles (qui sont de loin les plus nombreux à visiter ce blog… qu’est-ce qu’ils doivent être déçus) : ça y est, le signe indien est vaincu, j’en ai trouvé dans la forêt au-dessus de la maison.

Ça menace un max (putain, 20 ans !)

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 15 avril, 2009
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Il y a des domaines où je n’ai aucune légitimité à causer. Plein, en fait. Et d’ailleurs, en général, je l’ouvre rarement sur ces sujets-là. Parce que je ne suis pas fin, mais je me soigne.
Par exemple, le sujet des jeunes filles jolies qui se comparent les frusques et les mecs en se posant des questions sur leur avenir ou sur leur prochaine sortie parce qu’elles ont 20 ans, je n’y connais rien et je la boucle. Parce que je suis un mec et que depuis que j’ai 17 ans je redouble.

C’est pour cette raison que je vais juste reprendre l’info suivante, sans donner mon avis : le magazine 20 ans menace de poursuivre ceux qui ont divulgué une information chiffrée sur les montants alloués par le magazine pour des contributions de rédaction ponctuelles. Autrement dit des piges, payées à la page. Des clopinettes, apparemment. Sauf si l’histoire est un hoax malveillant. Tout de suite, ça fait polémique.

Pas facile de vérifier, pour savoir qui a tort qui a raison. Je vous laisse vous faire votre opinion en suivant la liste d’articles connexes proposée par Irène Delse, qui s’y connaît (elle a tout juste 20 ans). Mais d’autres ne sont pas d’accord (ils n’ont peut-être plus 20 ans).

À titre perso, je m’en cogne. Sauf que menacer les blogs de poursuites pour les faire taire, ce n’est pas fin. Et ça ne marche pas. La preuve.

Au nom du Djeeb

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 14 avril, 2009
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Le problème avec les questions qu’on ne se pose pas, c’est que si un jour on se les pose, on a du mal à y répondre.
Par exemple : Djeeb, pourquoi s’appelle-t-il ainsi ? Hein ?

Quand on écrit une histoire avec des personnages, c’est toujours une vraie plaie de leur trouver des noms. Surtout les histoires de SF lointaine. Il faut que ça sente le futur, mais pas que ça sente l’effort. Pareil pour de la fantasy bien goûtue : pas question de s’embarquer dans une trilogie (que les grands anciens nous en préservent) à suivre la quête d’un jeune héros qui s’appellerait Jean-Paul, ça le fait pas, ou Shalmanhalamdan, ça encombrerait. Alors on cherche, on s’épine la tête, et on finit par trouver, sans trop savoir pourquoi ni comment.

Et puis parfois ça vient tout seul. Pour Aria des Brumes, il s’appelait Carl. C’est court et ça sonne, bien claquant en entame, rugueux au-dedans et coulant sur la finale. En plus, ça s’explique (attention, c’est du lourd) : Carl fait partie d’un commando de clones interchangeables, juste repérés par une lettre. Lui c’est le C. Les lecteurs attentifs l’auront sans doute noté : il y a Alex, Bjorn, Denn et Eric, et donc Carl. Rien que du court, facile à retenir, qu’on peut estimer choisi par les concepteurs du programme Automax pour humaniser un peu leur production, mais pas trop. Voilà pourquoi Carl (oui, c’est celui du milieu, entre AB et DE, un signe). En plus, ça se tape vite au clavier.

Et Djeeb alors ? Ben… rien. C’est venu comme ça, tout de suite, sans explication. Et c’est pour ça que c’est dur à expliquer. Je pourrais dire que c’est court et que ça sonne bien (on prononce Djib), mais ça ne me dit pas pourquoi c’est venu. Alors creusons.

C’est peut-être une référence inconsciente à la célèbre Jeep, pour créer un personnage tout terrain, multi-usages, plus révélé par ce qu’on en fait que par ce qu’il est. Il ne roule pas carrosse, Djeeb. Mais il avance, increvable, quelles que soient les embrouilles. Alors pourquoi pas une Jeep ? Peut-être.
À titre personnel, j’y vois aussi une résurgence du Jibe des véliplanchistes. La figure de base sur planche à voile, la plus simple tout en étant une des plus techniques, qui permet de changer d’amure sans se baigner. J’en ai bouffé, du jibe, avant d’en réussir un de présentable. Un Jibe bien exécuté signale d’emblée le rider upper class. Il faut qu’il soit coulé, bien engagé dans une courbe progressive, en gardant le planning (donc sans perte de vitesse), sans effort au passage de voile (ou alors c’est un racing jibe, rider couché sur la voile en amorce de courbe pour appuyer sur le rail de la planche et éviter la survente), en un mot le bon jibe est simple et élégant (ce qui fait deux). C’est tout Djeeb, simple et élégant, mais cachant une vraie complexité (essayez donc de réussir un jibe correct du premier coup : au mieux, vous empannez lourdement, au pire… open buffet pour les requins). En plus, j’aime bien l’idée de mouvement et de changement de direction. Ça colle aussi au personnage.

Parce qu’il faut vous dire que Djeeb n’est qu’un prénom, le patronyme étant Scoriolis. Cette fois, la référence est évidente. Je vous cite Wikipedia : « La force de Coriolis est une force inertielle agissant perpendiculairement à la direction du mouvement d’un corps en déplacement dans un milieu (un référentiel) lui-même en rotation uniforme, tel que vu par un observateur partageant le même référentiel. »
C’était inconscient de ma part – juste une question de sonorité – mais on retombe sur cette idée de mouvement dans un milieu, avec action à 90°. Djeeb n’est qu’un mouvement. Il se déplace dans un milieu (la ville d’Ambeliane) parcouru de forces et de tensions qui agissent sur lui et l’envoient toujours à angle droit de là où il comptait aller. Ça se tient.
En plus, si on veut psychanalyser le truc, on notera que c’est le nom de famille qui applique cette force inertielle. De là à dire que le passé familial de Djeeb est à l’origine de tout… ce serait un trop grand pas qui en plus nous jetterait dans la plus plate lapalissade.

Voilà, voilà. Tout ça juste pour un nom. Et court, en plus. Je me remercie de m’être posé la question. Et je retourne à mes corrections.

This is not entertainment

Edit : après contact avec Thomas Day, il appert que son message cité ci-dessous n’était rien d’autre qu’une pub très sympa pour la future sortie de Djeeb le Chanceur.

Ce qui fait de moi un grand idiot parano, alors que lui reste l’auteur de This is not America, que je vous conseille.

Je laisse ce billet intact pour bien me rappeler combien je suis bête et prompt à le montrer.

J’ai parfois l’air de faire le malin, comme ça, mais en fait il m’arrive de ne pas être très fin. Je me trompe sur les gens et leurs intentions, je m’engouffre dans les pièges en sifflotant, je me tape sur les doigts avec un marteau (ça n’a rien à voir, mais ça m’arrive). Donc, quand j’ai lu sur un forum que Thomas Day listait le prochain Don Lorenjy parmi les livres SF 100% divertissants à paraître, j’ai d’abord pensé qu’il était sympa, vraiment.

Il faut savoir que Thomas Day, c’est le nom de plume de Gilles Dumay, directeur de la collection Lunes d’encre, chez Denoël. Un pro, respecté pour la qualité de son travail, et qui porte des t-shirts bien trouants à l’occasion. Il avait lu Djeeb le Chanceur, en avait pensé assez de bien pour m’appeler et me dire que, même s’il ne pouvait pas le publier dans sa collection, il était prêt à le présenter chez d’autres éditeurs de ses amis. Entre temps, le contact avec Célia Chazel s’était noué, je n’ai donc pu que le remercier sans aller plus loin. D’où ma joie lorsqu’au détour d’un forum il cite mon Djeeb. 100 % divertissant, en plus. J’adhère.

Et puis… Et puis, quelques questions de forumeurs plus loin, j’ai l’impression que c’était juste une blague, un peu mauvaise, la formulation tendant à rappeler un razzie obtenu par Mnémos. Et comme j’ai tout de suite foncé pour appuyer cette offre de promo gratuite, je passe publiquement pour ce que je suis : provincial.

Maintenant, je ne sais plus. J’ai envie de lui voter la confiance, à Thomas Day.

Je viens de lire son dernier recueil, This is not America. Malgré deux nouvelles que j’ai trouvées dispensables (l’une un peu ennuyeuse, l’autre moralisatrice), il y avait cet American drug trip qui m’a vraiment mis le cœur en joie. Un truc bien vif, sans morale, traité comme un roman noir, gouailleur et plein de mauvais esprit. Tenez, il m’a rappelé l’Apocalypse selon Huxley de Jérôme Noirez, dans Ouvre-toi ! Une référence dans le décalage par rapport à l’environnement. Quelqu’un qui écrit ça sans s’occuper du qu’en dira-t-on ne peut avoir des intentions frauduleuses quant à mon Djeeb.

Mais il y a autre chose. 100% divertissant, ça me va bien comme qualification pour les aventures du Chanceur. Je ne sais pas si Thomas Day donne un tour positif à cette notion de divertissement. Je ne saurai sans doute jamais, sauf à lui demander. Mais moi oui, à 100%. Peut-être qu’il se paie gentiment ma fiole et surtout celle de mon éditeur. Mais ce n’est pas si grave, s’il a raison.

Parce que Djeeb, c’est ça : du pur divertissement, mais traité sérieusement. Pas prise de tête, comme on dit chez les anciens djeuns. C’est une histoire, seulement une histoire, avec du jus, du décor, de l’action, du goût et des odeurs, juste pour passer un bon moment, ailleurs, très ailleurs. Ça se lit sans se poser d’autres questions que « qu’est-ce qui se passe après ? » D’ailleurs, je l’ai écrit comme ça.
Bien sûr, en cherchant, on peut y trouver ma vision de l’homme et du monde, bien sûr. Mais ce n’est pas un dossier, un signal d’alarme ou le livre qui va changer votre vie. Juste l’embellir un peu, le temps de la lecture. En tout cas, c’est ainsi que je le vois.
Alors, si certains veulent s’en moquer en douce, tant pis. Constatant l’affront probable, Djeeb – le personnage – n’irait pas se fourvoyer à en demander réparation sur le pré. Il prendrait une longue inspiration, ferait le vide pour mieux percevoir l’harmonie qui l’entoure et s’imprégner de ce qui la trouble, puis trouverait en lui la pensée, le geste ou le son qui rétablirait l’unité. Il observerait alors avec une douce satisfaction ce retour aux valeurs esthétiques qui guident chaque instant de sa vie, et plus rien n’aurait d’importance.
Et moi… Eh bien, moi je ne suis pas Djeeb. Alors Thomas, Gilles, si vous passez par là, vous m’expliquez ?

Marc Vassart sait écrire des livres

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 2 avril, 2009

Le Serval noir, de Marc Vassart

D’abord les précautions : je connais Marc, je l’aime bien, j’aime bien ce qu’il écrit en général et en particulier sa démarche de surdocumenter la fiction. J’aime aussi ses positions et sa lucidité sur le monde. Un gars capable d’affirmer en public que la disparition des abeilles ne signera pas la disparition de l’homme puisqu’on trouvera probablement des Marocains pour polliniser à leur place, et moins cher encore ; un gars qui conclut que l’homme va survivre et que ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les survivants, un gars comme ça peut m’emmener en Afrique, je vais suivre.
Ces précautions posées, je peux dire que j’ai aimé Le Serval noir sans qu’on m’accuse de partialité. Enfin, pas trop.

Le pitch : un ethnolinguiste tente de sauver son département au musée de l’homme en allant chercher au Kenya une poterie sur laquelle il espère « lire » un enregistrement d’une langue perdue, probablement proche de la langue mère de l’humanité.

Que le Kenya d’alors (autour de 2030) attende les bombes américaines, que le scientifique s’y prenne comme un manche, que la poterie raconte autre chose que ce qu’elle aurait dû, et que l’auteur s’y connaisse un peu dans les domaines qu’il traite, voilà ce qui transforme ce pitch en presque 500 pages d’ethno-SF bien drôle.

C’est un sacré voyage. Tout sonne assez vrai. Connaissant un peu le parcours de Vassart, j’aurais tendance à le créditer d’une bonne précision dans ses descriptions d’une Afrique et d’Africains, peut-être pas toujours inattendues, mais en tout cas réjouissantes et « vécues ». Ce qui frappe, c’est la liberté qu’il prend pour tailler son histoire sans s’occuper de ce qui se fait en littérature. Ce n’est pas du prêt-à-porter. On vagabonde, on piétine un peu, on diverge et digresse, on se rencontre, on se croise pour rien parfois, on vire à 90° sans raison valable, parce que dans la vie c’est comme ça. Et puis soudain on saute dans le temps et dans l’espace, on plonge dans une Afrique vue de l’intérieur par ceux qui y sont chez eux. Et c’est bon.

Parler de thriller comme voudrait le vendre l’éditeur est un peu à côté de la plaque. C’est une balade, avec les bruits et les odeurs, dont le thème me semble être le contact des civilisations, sans qu’il y ait forcément choc. Comment on peut s’approcher, se frôler, se caresser ou se cogner parfois, sans se comprendre la plupart du temps, mais sans forcément se détruire. Et en cela, c’est de la SF comme je l’aime, ouverte.

Ce que j’ai trouvé drôle aussi, en lisant des critiques, c’est que thuriféraires et détracteurs me paraissent avoir raison les uns comme les autres. Les arguments portés contre ce livre sont justes, mais en font à mes yeux une partie de l’intérêt. On sent bien par exemple la liberté que l’éditeur a laissé à l’auteur pour trousser son récit à sa guise, et que Bifrost qualifie de manque de travail éditorial. On sent bien aussi la volonté de Vassart de nous en donner la maximum, côté documentation géographique, zoologique ou linguistique. Mais on aurait envie de le remercier plutôt que de crier à la surcharge wikipediesque. Dans Le Serval noir, c’est vrai, il ose beaucoup, au risque de perdre le lecteur. J’ai pris ça comme une marque de confiance.

La SF qui va (enfin) sauver le monde

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 1 avril, 2009
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Voilà, ça y est, ça nous manquait, mais c’est fait : un collectif d’auteurs de science-fiction a décidé de tourner le dos aux facilités de leur genre (souvent empruntées au thriller ou au roman de guerre) pour s’intéresser à une prospective plus utile, attachée à défricher et proposer de vraies solutions aux problèmes de notre monde.

Fini de tirer des sornettes d’alarme, fini les guerres galactiques, les gentillesses post-apocalyptiques, les uchronies bagarreuses, le cyberpunk massacreur et le planète opéra boum. On va penser po-si-tif ! Et ils vont l’écrire.
Nous allons enfin découvrir de quoi l’avenir pourrait être fait, et non défait. Au lieu de (pré)-voir , dans toutes les anticipations, nos arrière-petits-enfants s’entre-tuer, se torturer, se dépecer, se faire exterminer par des martiens à rictus ou par des catastrophes planétaires, nous aurons le plaisir de les suivre à la découverte de nouvelles façons de vivre ensemble, de se frotter les uns aux autres, de se parler, et accessoirement de se tirer du guêpier où nos errements les auront fourrés.

Ce nouveau courant, qu’on appelle déjà New Rub de l’autre côté de la toile, est appelé à faire fureur.
Il est vrai qu’il était temps. D’abord, à force d’imaginer le pire, les auteurs de toutes les mouvances SF précédentes avaient fini par le faire arriver, ce que nous constatons tous les jours un peu plus.
Et puis, si l’une des solutions littéraires, encore à expérimenter par ces nouveaux abolitionnistes des frontières humaines, réussit à prouver son efficacité dans la réalité, il faudra bien avouer que ce sera notre première et seule planche de salut. Un avenir radieux s’ouvre à nous, et ça commence aujourd’hui.

poisson_bocal


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