Comme ça s'écrit…


Ça parle de quoi donc ?

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 30 octobre, 2007
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Mettez-vous à ma place (et vous êtes nombreux, pas vrai ?) : vous avez écrit un roman (ou autre chose), et malgré votre timidité maquillée en modestie, vous aimeriez bien le faire lire à des vrais gens.
Donc vous vous bottez les fesses et vous en parlez autour de vous, genre :
« … Bonjour aussi. Tu vas bien ? La météo, ça s’arrange pas, hein ? Saleté de réchauffement climatique. Tu sais que j’ai écrit un roman ?
— Ah ouais, ça parle de quoi ?
— Heu… »
Le piège.
Depuis des semaines si vous êtes rapide ou des années si pas, vous trempez dans cette histoire qui… que… Et voilà qu’un impatient de lecteur potentiel veut savoir de quoi ça parle avant même d’avoir lu. Impensable !
Et pourtant, la moindre des politesses avant de piéger quelqu’un à lire trois cents pages qu’il n’a pas choisies, c’est de lui faire la quatrième de couverture. Sauf que, c’est un métier, et ce n’est pas le vôtre.
Alors vous faites pitié.
« Ben, tu vois, c’est sur une planète, Aria la planète, comme le titre, Aria des Brumes, alors y a ce mec incroyable qui est tellement fort que quand il vient sauver la planète tous ses copains meurent… Non attends, c’est plutôt une sorte de réflexion sur le libre arbitre, ce qu’on fait et qu’on ne fait pas quand on est obligé à rien. Ou plutôt ce qu’on est quand on n’est plus rien. Mais surtout c’est une aventure, ça bouge, on ne sait jamais ce qui va se passer après. En fait, on peut dire que ça raconte l’accouchement d’un être humain par lui-même, mais tu comprends, pas tout seul parce qu’on ne peut pas être humain tout seul, il faut que… tu vois ? »
C’est confirmé, vous faites pitié.

Il n’est pas dans mes habitudes de donner des conseils à deux balles, pourtant : quand vous avez écrit un livre et que vous comptez en parler aux vrais gens, préparez à l’avance les deux ou trois phrases qui vont vous tirer de l’embarras dès que vous aurez suscité une légitime curiosité.
Exemple :
« Aria des Brumes, ça parle d’une planète où les hommes ne peuvent plus avoir recours à la violence. Une sorte de Super Rambo qui a perdu tous ses pouvoirs se retrouve piégé dans cette société vraiment très bizarre pour lui. Il doit apprendre de nouveaux comportements, de nouvelles relations avec les autres, et quand la violence finira par arriver de l’extérieur, il va devoir choisir son camp. »
C’est sûr, c’est un peu poseur et ça ne dit pas tout. C’est normal, il faut choisir un angle. Ou un autre :
« Aria des Brumes, c’est l’histoire d’un soldat envoyé sur une mission qui foire total. Il s’aperçoit alors que ses chefs lui ont menti sur toute la ligne pour l’envoyer au casse-pipe. Il aimerait bien se venger, ou au moins retourner chez lui, mais il est trop occupé à essayer de survivre. »
Et il y en a plein d’autres. À préparer et à choisir selon le public cible. Le but, c’est d’amorcer la discussion. Après, laissez l’interlocuteur poser des questions. S’il n’en pose pas, foutez-lui la paix et parlez du temps qu’il fait ou du nucléaire iranien.
Si j’avais suivi mon propre conseil, ça m’aurait évité de faire pitié en bafouillant des âneries sans queue ni tête quand on m’a demandé « et ça parle de quoi donc ? »
Mais bon, après tout vous faites comme vous voulez.

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Noël en pente raide

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 26 octobre, 2007
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Vu d’ici, cette histoire a un côté circulaire. Je l’ai commencée avec une planète à sauver… et me voici, au bout de trois cents pages, avec cette même planète, toujours à sauver.
Il a dû se passer plus de trucs que prévu sur Aria. J’accuserais volontiers le rythme d’un chapitre par jour, si j’étais d’une mauvaise foi pourrissante. Mais non, ce n’est pas ça.
Alors quoi ? Rien d’autre que de l’arithmétique et un calendrier.

D’une part, je finis le chapitre 13 alors que je ne m’en suis accordé que 14 (le billet « Bascule… »). Un chapitre et l’épilogue, c’est tout ce qu’il me reste pour résoudre les problèmes en cours, faire exploser la menace qui couve, sauver Aria, et accessoirement rendre mon héros un peu plus humain.
D’autre part, nous sommes le 24 décembre. Et pas moyen de trouver un cadeau de rechange dans cette campagne normande (à part une motte de beurre ou une bourriche de moules, à la rigueur, c’est bon les moules au beurre, Chérie…).

Alors c’est le grand schuss. Je fais fumer le clavier et cracher l’imprimante. Pete Townsend les doigts en sang sur sa Gibson, Live at Leeds (c’est une image).
Côté récit, forcément ça finit par se voir. Le chapitre 14 est une cavalcade immobile qui boucle toutes les questions en suspend et se clôt sur un duel express (rassurez-vous, futurs lecteurs, tout à changé depuis). Et l’épilogue… eh bien l’épilogue est pire encore. Bataille dans l’espace et sur Aria, déchaînement de pouvoirs occultes, pièges, trahisons, extorsions : ce n’est plus un épilogue, c’est Dartagnan contre Battlestar Galactica. Pas le temps d’affiner, il faut finir !
Le soir venu, promesse tenue : Aria des Brumes a son point final et mon épouse son cadeau tout fumant. Fin de l’acte I.

Je peux danser partout dans la maison en criant que « j’ai écrit un roman ! » La famille penche pour un internement, mais pas un soir de Noël, quand même… N’empêche que je suis tout rose avec la fierté, sans me rendre compte que le résultat de tous ces efforts n’est pas… enfin… terrible.

D’avisés conseilleurs vont m’alerter sur le fait qu’à force de dire du mal de ce bouquin, personne ne voudra plus le lire. Ils ont raison.
Alors je rappellerai que, même s’il m’arrive de bêcher salement le jardin, avec un peu de temps et de travail les fleurs finissent par être jolies. Pourquoi cacher qu’Aria a d’abord été un monstre bancal, un premier jet qui a fusé sans autre envie que de me (et nous) faire plaisir ? Ça brouillonne ? Normal, c’est un brouillon.
Pas présentable peut-être, mais au moins, il existe. Il y a la matière. Il n’y a plus qu’à travailler. Avec du temps, de l’aide et des conseils. Je n’y arriverai pas seul. Le plus dur reste à venir : oser le faire lire dehors.
On en reparlera…

Dieu, la bascule (et autres trucs)

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 24 octobre, 2007
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Revenons sur une notion aussi hasardeuse que pénible à soutenir : l’auteur est-il Dieu ?
Croyez-moi, oui ! Et c’est le pied. Écrivez, faites lire, et vous serez Dieu dans deux mondes.

Dans votre roman, vous faites ce que vous voulez, tant qu’on y croit, vous pouvez même vous inventer des contraintes rien que pour le fun.
Par exemple, cette idée de bascule dans le récit (le point 2 d’un billet précédent sur la trame)… sans rien dire à personne, je me suis amusé à la placer après le chapitre 7. Je veux qu’elle soit au milieu du récit, donc il me faudra 7 autres chapitres ensuite, pas plus, pas moins. Je pousse même le vice jusqu’à compter les caractères pour qu’il y en ait exactement autant avant et après. Comme j’ai déjà un prologue, j’ajouterai un épilogue, question de symétrie. Lequel épilogue sera aussi conté par le héros lui-même, c’est normal. Et mon chapitre bascule ne pourra pas être un chapitre standard. Il viendra s’intercaler, sans numéro, entre le 7 et le 8 pour fournir un axe à la symétrie. Il reprendra bien sûr la narration directe du prologue… je l’appellerai donc « interlogue ». Dieu se marre tout seul.

Et Dieu, vous l’êtes aussi dans l’imaginaire du lecteur cobaye. Vous êtes omniscient et omnipotent car vous maîtrisez ce qu’il sait et ce qui se passera. Si vous êtes un mauvais Dieu, le lecteur ne sait pas ce qu’il doit savoir pour comprendre, ou alors il devine ce que vous lui cachez. Encore que s’il devine, vous pouvez toujours changer la suite (d’où l’intérêt de faire lire en cours d’écriture, MuuuuHaHaHaaa !). C’est manipulatoire en diable, et je certifie que si Dieu existe, c’est un tapoteur de clavier qui glousse en pensant aux réactions de son épouse quand elle lira son texte.

Voilà, écrire c’est drôle, mangez-en !
Mais préparez-vous à être contesté dans votre divinité. Inutile de vous dire qu’après travail, la bascule n’est plus du tout au milieu, la symétrie s’est évaporée dans les limbes, le bouquin a gagné ce que mon ego y a perdu et c’est tant mieux.
Pourquoi, comment ? On y reviendra quand vous aurez rencontré l’éditeur (oui, j’ai un éditeur et j’en suis ravi).

Résumé 1 – le flashback des flashbacks

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 23 octobre, 2007

Hop hop ! Il est grand temps de penser aux joyeux compagnons qui nous rejoignent à bord et se sentent une grosse crampe rien qu’à l’idée de relire toutes mes fadaises passionnantes explications déjà en ligne.

Donc un petit retour sur les retours sur l’écriture de ce futur monstre littéraire à venir (n’ayons peur d’aucune redondance).

1 – Pas encore Aria

Où j’avoue qu’au début Aria des Brumes n’est qu’une nouvelle qui finit sur une seule patte.

Je cite : « Alors voilà, ils approchent de leur premier objectif, ils nous ont bien expliqué comment ça allait se passer, baigné dans l’huile, rien qui grince, du tout cuit. Le narrateur est un membre du commando, le héros, pour vous dire qu’il s’y connaît. Tout se met en place comme prévu, on va voir ce qu’on va voir.
Et bien sûr : Patatra !  »

Mais, mais, mais… que va-t-il donc advenir ?

2 – Faut que ça reparte !

Effectivement, la nouvelle initiale étant ce qu’elle est (son titre temporaire : Landing), j’ai du mal à poursuivre.

Heureusement que : « Là-dessus, brique après brique, les pourquoi et les comment se mettent en place. Il se passerait ceci sur cette planète, et c’est pour cela que la mission initiale a échoué, et il faudra que le survivant fasse ceci pour survivre encore un peu, mais vu la situation, les habitants de la planète vont… et patati, et patata. C’est parti ! »

Voilà, tel quel. Je donne à lire à mon épouse, elle veut la suite. L’aura-t-elle ?

3 – Des Brumes et des Ombres

Offrons-nous une petite digression à la poursuite du titre. Aria des Brumes ? Que nenni ! Aria des Ombres…

Pourtant : « un simple coup d’œil sur le rayon SF d’une librairie montre que des ombres, il y en a partout, par paquets de trois tomes. Trop vu, plus classe du tout pour un titre. Alors j’ai mis brume à la place. J’ai bien fait, c’est mieux. Et puis il n’y a qu’une lettre qui change (je serais Oulipien que ça me ravirait les neurozygomatiques). Voilà : Aria des Brumes ! C’est posé, on n’y touchera plus. »

Ah, aaaah, l’embrouille se débrouille. Mais qu’ai-je fait de ma femme ?

4 – Demain sera toujours demain

Pourquoi l’écrivain écrit-il ?

L’écrivain, je ne sais pas, mais moi c’est pour épater ma douce. Alors, je m’y engage.

La preuve : « Bon, autant dire que si je lui promets « la suite demain », ce sera demain et rien d’autre. Pas question d’essayer d’y couper. L’avantage indéniable, c’est qu’un raconteur tantinet cossard se cravache au boulot pour mériter les honneurs quotidiens de sa belle.
Nous somme début décembre 2005…/… on ne va pas y passer l’hiver, d’autant que, un soir de largesse irréfléchie, je lâche à ma douce qu’elle aura « la fin pour Noël ». Bonjour le cadeau ! »

Donc, Aria des Brumes n’est pas un roman de SF, c’est un cadeau de Noël à usage unique. Ou alors…

5 – Mais où donc cela va-t-il ?

Ou alors ce serait bel et bien un roman, mais avec une trame tellement inexistante que des lecteurs potentiels s’en émeuvent.

Rassurons-les de suite : « Une idée est-elle une trame ? Elle peut le devenir… Ce serait chouette dit le méthodiste. C’est un carcan rétorque l’anarchiste. Est-ce bien nécessaire, questionne l’àquoibonniste ? C’est pas le problème conclut l’auteuriste.
Disons juste que, en gros, je sais où je vais car :
1. Je veux qu’il se pose certaines questions au début
2. Je veux qu’une sorte de bascule du récit rende ces questions sans fondement en posant un wagon d’autres interrogations (admirez ma science des synonymes)
3. Je veux et exige (et croyez-moi, je vais généreusement me l’octroyer) que tous ces nœuds soient tranchés dans un affrontement final à double détente.
Oui, en effet, avec un contexte, un début, un milieu et une fin… on peut dire que j’ai une trame. »

Rassuré ? Hum…

Précisons que : « Il me suffit d’entendre ma douce remarquer en cours de lecture « Il devient bizarre, ce Shepher… » pour qu’une nouvelle inflexion vienne ajouter un faux pli dans la trame. Pas besoin de « tirer à la ligne » : ça se complique de soi-même, par respect du lecteur.  »

Et ça y est, je peux me prendre pour un auteur (voire plus).

6 – Dieu, la bascule (et autres trucs)

Ne reculant devant aucun sacrifice, je révèle enfin ma nature divine.

Et j’en abuse tant que : « Par exemple, cette idée de bascule dans le récit (le point 2 d’un billet précédent sur la trame)… sans rien dire à personne, je me suis amusé à la placer après le chapitre 7. Je veux qu’elle soit au milieu du récit, donc il me faudra 7 autres chapitres ensuite, pas plus, pas moins…. »

Mais, ballot que je suis, ne m’aperçois-je point que je suis en train de vous résumer un chapitre pas encore posté ?

Pardonnez mon étourderie, et revenez plus tard…

Mais où donc cela va-t-il ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 22 octobre, 2007
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Effrayé (à juste titre) de me voir m’embarquer dans cette affaire sans but ni bagage, certain commentateur (coucou Wiliam) se demandait si j’avais une trame.
Bonne question.

Une idée est-elle une trame ? Elle peut le devenir… Ce serait chouette dit le méthodiste. C’est un carcan rétorque l’anarchiste. Est-ce bien nécessaire, questionne l’àquoibonniste ? C’est pas le problème conclut l’auteuriste.
Disons juste que, en gros, je sais où je vais car :
1. Je veux qu’il se pose certaines questions au début
2. Je veux qu’une sorte de bascule du récit rende ces questions sans fondement en posant un wagon d’autres interrogations (admirez ma science des synonymes)
3. Je veux et exige (et croyez-moi, je vais généreusement me l’octroyer) que tous ces nœuds soient tranchés dans un affrontement final à double détente.
Oui, en effet, avec un contexte, un début, un milieu et une fin… on peut dire que j’ai une trame. Rassuré, Wiliam ?

Mais, dès que j’essaye de raconter cette trame, on s’aperçoit qu’elle est plutôt lâche : le héros se retrouve seul après l’échec de sa mission de sauvetage, il découvre la réalité d’Aria, il découvre la seconde réalité d’Aria (l’avantage d’une réalité ambiguë, c’est qu’elle peut en cacher une autre), il va devoir encore sauver la planète.

Comme le suggérait acariatre, il va quand même falloir délayer un peu pour en pondre trois cents pages.
Mais je bois mon vin sans eau.
Et j’ai surtout une confiance inébranlable dans le travail en équipe. Il me suffit d’entendre ma douce remarquer en cours de lecture « Il devient bizarre, ce Shepher… » pour qu’une nouvelle inflexion vienne ajouter un faux pli dans la trame. Pas besoin de « tirer à la ligne » : ça se complique de soi-même, par respect du lecteur. Pour lui proposer chaque jour un nouveau chapitre, qui fasse avancer l’intrigue tout en rafraîchissant son envie de découvrir la suite, vous allez probablement inventer des péripéties, des histoires secondaires, mettre en jeu des personnages auxquels vous n’aviez pas pensé au début, mais qui s’imposent dans la progression de plus en plus touffue du récit. Et ça pousse, ça pousse…

Oui, vu comme ça, c’est du jardinage. On plante, on arrose, on amende le sol, on revient bêcher un bout de terrain où un truc a poussé sans prévenir, on tutorise les tiges ou au contraire on laisse buissonner, il sera toujours temps d’élaguer après.
Est-ce que j’ai aimé ça ? Oui.
Osons une comparaison à hurler : comme Dieu a dû aimer jouer à la création, quitte à en être déçu avec le recul. Sauf que moi, j’ai pu retravailler.

Voilà Dieu, maintenant… N’aurais-je pas pris un grand coup de gonfleur dans l’ego ?
Boarf, pas d’inquiétage, j’ai des arguments. Pour une autre fois…

Demain sera toujours demain

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 20 octobre, 2007

Pas de doute, ce blog part en vrille autour de mon nombril.
En même temps, on écrit souvent seul. Rendre compte du processus… c’est vite la foire à l’ego.
Sauf s’il nous prenait l’idée d’écrire en équipe. Peut-être pas toute une équipe de rugby, ni l’équipe de rédaction de Libé, mais une petite équipe à nous, à deux. Vous voyez ? Non, pas comme des pianistes à quatre mains, le clavier est trop petit. Faites un effort…
Là, désolé, retour à l’ego : il va falloir que je parle de ma vie privée.
Vous ne connaissez pas mon épouse. Moi-même, je suis sûr de ne pas avoir épuisé le sujet. Mais croyez-moi : par sa seule présence, elle incite quiconque à tenir ses engagements. Peut-être quelque chose dans son regard… C’est un truc à elle, je n’analyse pas, je subis.
Bon, autant dire que si je lui promets « la suite demain », ce sera demain et rien d’autre. Pas question d’essayer d’y couper. L’avantage indéniable, c’est qu’un raconteur tantinet cossard se cravache au boulot pour mériter les honneurs quotidiens de sa belle.
Nous sommes début décembre 2005. Le rythme est vite pris. Chaque soir, je lui remets un petit paquet de feuillets imprimés. Elle s’arme d’un crayon, signale les fautes, souligne les répétitions, interroge les imprécisions. Et à chaque coup de crayon, je me retrouve tout gamin, sur l’estrade de la classe, ces jours où je n’avais pas appris ma poésie. Pourtant, j’ai relu, j’ai fait tourner le correcteur d’orthographe. Pourquoi faut-il qu’elle use sa mine sur mon chapitre ? Parce que je suis aussi étourdi qu’un moineau et que Microsoft n’a pas encore son siège à l’Académie Française !
Bon, on ne va pas y passer l’hiver, d’autant que, un soir de largesse irréfléchie, je lâche à ma douce qu’elle aura « la fin pour Noël ». Bonjour le cadeau !
Alors je fonce. Et ça marche. Slalomant entre les jours sans, les déplacements, les week-ends interdits de clavier, j’arrive à pondre dans les quatorze chapitres en trois semaines. Heureusement que la météo est pourrie, et que mon agenda pro vous ferait prendre le désert de Gobi pour la place de la Concorde un soir de manif d’Act-up. Le temps est généreux avec moi, quoi. Alors j’en use, Aria s’étoffe. Ma belle et moi, on fait une bonne équipe. Je n’y pense pas alors, mais si plus tard on me demande pourquoi j’ai écrit ce livre, je pourrai toujours répondre : « pour épater ma femme ! » Comme motivation, on a vu pire.
Bien sûr, l’organisation du récit s’en ressent. Pour mériter le « Il se passe quoi après ? » tombé de ses douces lèvres, il faut que je colle un effet de suspens en fin de tous les chapitres (le cliffhanger, on y revient). Ça donne un premier jet alternant vitesse de croisière et gros coups d’accélérateur. Un père de famille qui jouerait les Fangio par intermittence, c’est l’accident assuré sur l’autoroute des vacances. Dans un roman, c’est juste une sorte de genre…
Et voilà. Grâce à mon équipière, de demain en demain, chevauchant mes promesses, je passe la fatidique centième page, puis la deux centième sans me relever, j’entrevois la rivière des tribunes dans le virage final des trois cents. Vive demain, puisque je pourrais y taper la suite !
Sauf que je ne suis pas Simenon (déjà que je ne suis pas Jack Vance, c’est confirmé), et quand Noël 2005 arrive, il me reste tout le nœud de l’histoire à dénouer. Et pas de cadeau de rechange…
Ah là, là, làààà ! Mais comment donc vais-je m’en sortir ?
Peut-être pas demain, mais bientôt…

Des Brumes et des ombres

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 19 octobre, 2007

Où en étions-nous ? Ah oui : le héros passe enfin la porte de sa chambre noire pour découvrir la réalité d’Aria.
Aria ? C’est le nom de cette planète où il va se passer plein de choses. En tout cas, c’est ainsi que je l’ai appelée, sans me poser plus de question. Parfois, je laisse les choses se faire toutes seules. Et il arrive que les choses soient gentilles avec moi, en tout cas elle n’ont pas toujours la méchanceté des choses dans les Dingodossiers de Gotlib et Goscinny. Mais cela nous entraînerait trop loin, mieux vaut qu’elles meurent, fi !
Donc Aria, une planète, des gens qui vivent dessus, des problèmes bien à eux.

Pour clarifier, j’ai balancé des notes dans un carnet, comme les pros. Ils ont raison, ça aide. Quant on débute, il ne faut rien négliger, mettre toutes les chances de son côté, soigner la méthode, prendre l’habit et les manies de l’écrivain, faire comme si. Je me demande s’il ne faudrait pas porter une veste en tweed avec des pièces ovales aux coudes. Vous avez un conseil ?
Sinon, je suis tout content avec ma planète Aria. J’ai même une idée de titre : Aria des Ombres. J’aime bien parce qu’on dirait un morceau d’opéra, un peu le chant des hébreux dans Aïda, bref, ça me paraît bien classe pour un titre.
Je n’ai plus qu’à mettre des ombres dans l’histoire (toujours cette logique qui me pinaille).
Facile, me direz-vous, dès qu’il y a un peu de lumière, on a de l’ombre aussi.
Trop facile. J’imaginais plutôt un truc où les méchants qui font très peur dans l’ombre s’avèrent être des gentils dès qu’on les voit en pleine lumière (la réalité est ambiguë, vous vous rappelez ?). Même alors, cela reste assez classique. On va voir.
Des méchants, donc. Ce serait eux, la Compagnie des Ombres. Genre bien mystère, truc grouillant caché qui lance pourtant des éclats incisifs dès que l’ombre est trouée par la lumière. Enfin, pour moi le truc avait une certaine tournure, il fallait creuser. Et puis j’avais beaucoup aimé l’Armée des Ombres avec plein de bons acteurs, dont Signoret et Ventura, vérifiez. Va pour les ombres…
Sauf que, un simple coup d’œil sur le rayon SF d’une librairie montre que des ombres, il y en a partout, par paquets de trois tomes. Trop vu, plus classe du tout pour un titre. Alors j’ai mis brume à la place. J’ai bien fait, c’est mieux. Et puis il n’y a qu’une lettre qui change (je serais Oulipien que ça me ravirait les neurozygomatiques). Voilà : Aria des Brumes ! C’est posé, on n’y touchera plus.

J’ai un titre, un prologue, deux chapitres, un héros, une planète et quelques notes. Vous allez voir, on va y arriver !
Comment ? Vous verrez, vous verrez…

Faut que ça reparte !

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 18 octobre, 2007

Donc, je me suis laissé en plan avec une histoire bancale.

La vie continue, le temps passe, les cigognes reviennent plusieurs fois avant que… Rien.
Souvent, je me remets devant cette fin de pas grand chose, en me demandant ce qui peut bien advenir (j’aime bien « advenir », mais je ne l’utilise pas dans le roman) de ce super soldat allongé dans une pièce noire.
Et un jour, j’ai une idée d’histoire avec des petites bêtes qui se nourrissent des émotions (un peu comme le Fourreux de Pelisse, dans La Quête de l’Oiseau du Temps – que je vous recommande), et crac ! V’là que ça vient ensemencer mon histoire bloquée sur son gisant. Ça poustoufle, non ? Moi ça m’émeut encore.
Alors je combine les deux, et je me lance dans le grand rien (un chapitre d’exposition, en narration indirecte, la nouvelle initiale devenant un simple prologue), avec une vague idée de contexte et un objectif : sortir ce mec de sa chambre noire. Je tiens même la première phrase : « La réalité est ambiguë. » Avouez que ça pose, non ? Si, vous avouez. Merci de.
Là-dessus, brique après brique, les pourquoi et les comment se mettent en place. Il se passerait ceci sur cette planète, et c’est pour cela que la mission initiale a échoué, et il faudra que le survivant fasse ceci pour survivre encore un peu, mais vu la situation, les habitants de la planète vont… et patati, et patata. C’est parti !
Mais je suis tellement noyé dans le contexte, qu’à la fin du chapitre 1, ce pauvre gars n’est toujours pas sorti de sa chambre.
Tant pis, j’attendrai le chapitre 2 pour qu’il sorte enfin… À ce moment, je m’aperçois que je n’ai aucune idée de ce qui l’attend à l’extérieur. Le contexte, c’est bien, mais maintenant il va falloir faire exister tout ça en vrai, avec du décor, des personnages, qui font des choses (oui, ils n’ont pas attendu d’être dans l’histoire pour avoir une vie, toujours cette sacrée logique…).

Il n’est pas dans mes intentions de vous bassiner avec mes petits problèmes d’auteur, mais créer un univers qui n’existe pas, ça se fait pas en six jours… Ou alors ça se saurait. Certes, Jack Vance y arrive très bien. Mais suis-je Jack Vance ? J’aimerais (et lui aussi, ça lui laisserait plus longtemps à vivre) mais honnêtement, non. Inventer des histoires qui se tiennent est un drôle de boulot. J’ai l’air de découvrir, et en fait je découvre… c’est bête, je suis dedans jusqu’au cou.
Qu’y a-t-il derrière cette fichue porte ? panique : je ne sais pas !
Qu’auriez-vous fait à ma place ? Donner le début à mon épouse (coucou, Chérie !) juste pour voir s’il y a matière à quoi ou qu’est-ce ? Vous êtes géniaux, merci !
Et Madame de lire, puis de dire : « Ouais… il se passe quoi après ? » Retour à la case départ.
Sauf que les plus fins psychologues d’entre vous auront noté le déclic. Un lecteur a demandé la suite. Et ça, pour un écriveur, c’est plus motivant qu’un coup de fouet avec lanière frottée au piment.
— Tu veux la suite ; tu l’auras !
— Quand ?
— Comment ça « quand ? »
— Demain !
— Quoi ?! D’accord… demain.
Voilà, tout est dit. Et parole, ça c’est passé comme ça. Mais ça ne s’appelle pas encore Aria des Brumes.
Pourquoi ? Demain…

Pas encore Aria des Brumes

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 17 octobre, 2007

« Il est de bon ton de parler de soi en ce début de siècle. En était-il autrement à la fin de l’ancien ? Non, bien sûr. »
Voilà, c’est le genre de phrase qui fait fuir. Pourtant, il faut bien commencer.
Donc au début, j’avais écrit une nouvelle.
Une nouvelle ? Tu parles… une proto histoire au fil de l’eau, sans savoir où j’allais. Il y avait cinq gars, autant dire un commando, qui venaient libérer une planète. Tel quel. La cavalerie interstellaire, John (Wayne), Arnold, Sylvester, Bruce et Clint en combinaison spatiale, avec des armes et des… trucs chimiques, comme vous n’en avez pas idée. Et ça cavalait dans la rizière (très classe, la rizière, depuis le Viêt-nam).
Bon. Ces justiciers en acier trempé m’ont lassé, ça n’a pas tardé.
Alors voilà, ils approchent de leur premier objectif, ils nous ont bien expliqué comment ça allait se passer, baigné dans l’huile, rien qui grince, du tout cuit. Le narrateur est un membre du commando, le héros, pour vous dire qu’il s’y connaît. Tout se met en place comme prévu, on va voir ce qu’on va voir.
Et bien sûr : Patatra !
Tous cassés les beaux militaires. Une envie, comme ça. Poser des types indestructibles avec une mission tout bien pour rentrer avec les honneurs, et les bousiller en une demi-page.
Je ne sais pas pourquoi, je laisse un survivant. Le narrateur, bien sûr. Sinon il n’y a pas de logique. Même quand vous écrivez une histoire imaginaire, il faut de la logique. Plus même que dans une histoire classique (les pros disent « littérature blanche »). Sinon, le lecteur se met à pinailler. Il ne veut plus y croire. Des vaisseaux qui dépassent la vitesse lumière, ça passe. Mais un mort qui raconte l’histoire, non. Comment il fait, hein ? Il revient d’entre les morts ? Il enregistre son histoire en pleine bataille pour la laisser à l’édification des générations futures ? Peuh ! Y a une erreur de logique. Le lecteur se sent tout de suite plus malin que l’auteur, et il a raison. C’est à l’auteur de lui fournir de quoi croire à l’histoire. Point !
Donc logique, le narrateur survit. Et moi, tout penaud d’avoir détruit mon texte avec une chute qui n’en est pas une, je pose le clavier et je passe à autre chose.
Comment ces quelques pages vont devenir un roman édité et publié ? Facile, vous le saurez la prochaine fois.
(vous notez le cliffhanger ? j’y reviendrai)


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