Comme ça s'écrit…


Viande qui pense

Posted in Lecture par Laurent Gidon sur 29 mai, 2009

Oh happy me !!!

Rappelez-vous, voici quelques mois je faisais une pause et vous tenais longuement la jambe avec mes idées sur la guerre, la conscription, les théâtres d’opération lointains et nos soldats qui rentrent (le 27ème BCA d’Annecy est revenu d’Afghanistan voici deux semaines, je pense à eux aussi).

Il faut m’excuser, j’étais en plein dans la rédaction d’une nouvelle qui, ma foi, me tenait aux tripes.

Et – Oh bonheur ! – je viens d’apprendre que ce texte a été retenu pour publication dans une des revues françaises de référence en matière de SF, revue qui a publié des pointures internationales comme Andrevon, Jeury ou Vance. Soyons honnête, je me hausse un peu du col avec ce name dropping. C’est juste histoire de dire combien je suis content et flatté.

Bon, comme ce n’est pas pour tout de suite, je vous mets l’intro, histoire de (me) faire patienter.

Viande qui pense

« Voilà, c’est vous. Ça vous plaît ? »
Sylvie Lainé – Subversion 2.0

Nous sentions que la guerre allait venir. L’économie du temps de paix arrivait au bout de son souffle, et moi aussi. Mon quotidien était une pure impasse, à peine bordée par les attaches et devoirs familiaux. La guerre, oui, une bonne guerre ! Je ne le formulais pas comme ça, bien sûr. Juste l’envie de changer de peurs, et de retrouver l’action.
Je n’étais pas le seul ici, dans les hauteurs. Malgré l’ambiance artificielle des montagnes changées en parc d’attractions, nous étions de plus en plus nombreux à broyer du noir. Les actifs continuaient de venir s’offrir la neige à plein tarif, mais la légèreté n’y était plus. Les fêtes avaient un goût forcé, pour autant que je puisse m’en rendre compte d’après les échos qui parvenaient jusqu’aux rues pisseuses du Réservoir.
Nous avions échoués là, Patricia et moi et les deux enfants, depuis que j’avais perdu mon boulot de guide. Plus jamais je n’emmènerai les gosses de riches tâter du grand frisson en se lâchant les spatules. Hors d’usage, le free-rider. Un dévalage dans un couloir, une grosse barre rocheuse mal anticipée, une réception craquée sur un rognon de glace vive, le tout sous les yeux des clients. On m’en avait tiré en hélico, après les skieurs payants, rapatriés vers leur suite grand confort avec une ligne de bonus au bar, pour compenser le stress. L’assureur m’avait désigné comme seul responsable. Qui irait blâmer l’insistance des touristes pour que je me jette là-dedans ? Tous les frais à ma charge, et la chirurgie réparatrice trop coûteuse : mon genou n’a jamais voulu se remettre, fin de carrière. Boiteux, j’ai d’abord été relégué aux remontées, puis remercié. Il avait fallu économiser trois sous en descendant loger au Réservoir. Mes journées étaient mortes. Pour me sentir un peu vivre, il me restait des souvenirs et des rêves. Et les promesses guerrières des infos. Elles me glaçaient, mais je n’avais plus que ça.
Quelque chose allait bouger. Il suffisait de regarder autour, de lire les gros titres, de compter les boîtes qui fermaient, les « remise de peine » éjectés de taule et les queutards aux guichets du RevDom. On augmentait préventivement le volume de bidoche à canon. Les spots de recrutement des agences d’intervention canardaient les écrans. Bientôt, l’armée régulière allait relancer la conscription. J’hésitais entre la peur et l’espoir. Côté montagne, c’était mort, fini. M’engager ? L’horreur. La discipline, les armes, l’entassement… l’horreur. Pourtant, qu’espérer d’autre ?

Pat nous maintenait à flot avec son job tout sourire à l’accueil d’un palace. Juste de quoi rester parmi ceux qui pouvaient encore servir. Pour les enfants, cela ne suffisait plus. Je croyais lire mon inutilité dans leurs yeux. Ils m’accusaient de tout, de leurs copains perdus, de la descente au Réservoir, du centre caritatif d’éducation qui leur broyait déjà l’avenir. Ça me faisait vomir d’y penser, mais la guerre pouvait refaire de moi un héros. Le cœur d’un gamin de sept ans et d’une gamine de onze, ça ne se gagne pas en regardant tomber le temps. Difficilement, l’idée d’y aller a fait son chemin.
Pat aussi ne me regardait plus de la même façon. Chaque matin, elle partait bosser en me bouffant des yeux. Pour emporter ce qu’il restait à voir, au cas où je ne sois plus là à son retour ? On a fini par en parler. Elle entendait des trucs, à l’hôtel. Les friqués, les politiques, les maffieux, tous ceux qui avaient quelque chose à défendre et de quoi le défendre. Ça causait dans les salons du hall. La tension était montée. Il fallait que ça pète d’en haut avant que ça mollisse du bas. Comme une avalanche.
― Tu devrais y penser. Avant d’être obligé, je veux dire. Il n’y a pas de honte. Pars avant qu’on t’enrôle dans la Régulière. Tu seras mieux payé. Et tu auras peut-être le choix. Pour l’affectation, je veux dire. Enfin, tu vois…
Ce qu’elle m’a dit m’a foutu un coup. Elle m’y voyait, soldat. Pourtant, elle n’aimait pas l’armée. Son père… Trop de déménagements, trop d’éducatifs au garde-à-vous. Pour qu’elle m’y pousse comme on planque des saletés sous le tapis, il avait fallu qu’on soit tombés bien bas.
― Et puis, on ne sait pas. Peut-être qu’il faut, tu vois ? Défendre quelque chose. Faire son devoir…
Et ça, c’était nouveau. Un argument pourri, qui ma relégué encore plus profond dans mon estime de moi.

… la suite, pas avant l’automne prochain.

De la parole comme d’une molécule

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 25 mai, 2009
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J’emprunte ce titre à Boris Cyrulnik, bien que cet emprunt soit abusif (lisez Cyrulnik, vous saisirez), parce qu’il me convient parfaitement aujourd’hui.

Dans Le Monde, Julien Coupat parle. Et cette parole, comme une molécule d’endorphine, me fait du bien.

Ce qui me fait du bien, ce n’est pas son style, ses formulations parfois fumeuses, voire poseuses (en la matière, je ne suis d’ailleurs pas en reste).
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas son analyse de la situation politique – il parle de régime – ou de l’affaire qui porte son nom.
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas sa vision depuis l’intérieur de nos prisons, et le parallèle qu’il fait avec l’extérieur, et même avec l’école.
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas sa vision d’une révolution par la rue, en marche, attendue, nécessaire et imparable, toujours plus inéluctable à mesure que le régime croit resserrer son emprise.
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas l’acuité de sa remarque sur la catégorisation de la menace, qui permet de réprimer non pour ce que l’on fait (les casseurs cassent), mais pour ce que l’on est (les anarcho-autonomes n’ont pas besoin de passer à l’acte).
Ce qui me fait du bien, ce n’est pas  sa façon de stigmatiser notre société pour ses dysfonctionnements, d’attendre qu’elle meurt toute entière sans tenter de sauver ce qui le mérite, et comme il le dit lui-même : « On nous suspecte …/… de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. »

Non, ce qui me fait du bien, c’est tout simplement que cette parole ait pu s’exprimer et venir jusqu’à moi. Même avec ses provocations, ses outrances. Tout n’est pas encore bloqué.

Bien sûr, un artiste de la dialectique dirait que c’est un piège. Que ce discours de Coupat n’a été transmis que pour me faire croire qu’il reste un espoir de liberté, pour m’endormir.
Mais c’est le problème des bonnes molécules : elles font du bien, d’où qu’elles viennent.

Si j’osais, je ferais un parallèle avec un personnage que j’aime bien : Djeeb Scoriolis.
Ceux qui liront Djeeb le Chanceur jusqu’au bout verront ce que je veux dire. Il y a peut-être du Coupat en lui, à côté d’une bonne dose de John Lennon mâtiné de Groucho Marx. Pas dans ce qu’il fait, mais dans ce qu’il est, comment les autres le voient, la dissonance dangereuse et les vilains résultats que cela peut donner. Un gars capable de se faire foutre en taule comme de pousser à tout casser, certes, mais avec l’amour de l’art, une certaine idée de la vie, un bon gros sens moral… et le regret de ses excès.

La repentance n’a jamais fait relever un mort. Djeeb le Chanceur n’est qu’un livre.

La morale, un gros mot ?

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 17 mai, 2009
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Selon un procédé bien éprouvé, je vais parler d’un sujet que je ne maîtrise pas, et sur lequel je n’ai pas grand chose à dire, ce qui se justifie par le fait de n’y avoir aucune légitimité. Vous êtes prévenus, ça va être n’importe quoi.

C’est venu de l’interdiction de l’exposition Our Body. Le truc fait polémique, on en parlait encore sur France Culture ce vendredi, et comme j’étais pour une fois en bagnole, j’ai entendu un peu.
Le meneur de débat posait que l’expo (et son interdiction) devait être analysée selon trois thèmes : le juridique (y a-t-il eu trafic de corps ?), l’art (en est-ce ?), le voyeurisme (ce qui émoustille le spectateur, est-ce condamnable ?). Sans questionner le fait majeur pour moi : le rapport à la mort.

Our Body, ce n’est pas seulement de l’art qui représente le corps, ce SONT des corps.
Qui ont été vivants.
Qui ont été des personnes.
Qui ne représentent rien mais qui sont, ou ont été.
Qui font partie de nous, si l’on se considère un tant soit peu humain.

Vous allez me traiter de sainte nitouche, mais voir mon semblable ainsi exposé, ça me gêne. Comme m’avait gêné la scène de dissection dans Providence d’Alain Resnais. Le corps, non pas utilisé (= rendu utile), mais montré, juste pour provoquer une réaction. Le fait qu’il soit mort n’arrange rien, au contraire. On a beau dire, la mort reste le dernier continent mystère (désolé Bernard). Chacun s’en accommode à sa sauce, avec beaucoup de foi, d’inconscience ou de peur, mais il demeure pour moi que la façon dont une civilisation traite la mort est un bon indicateur de l’état de sa société. Désolé, c’est une position morale.

Peut-on faire de l’art avec la mort ? Pour moi, non. C’est une position morale. Avec la vie, oui. On peut se mettre en spectacle, se faire souffrir s’il le faut. Mais la mort de mon semblable constitue pour moi la barrière. Au-delà, il n’y a plus d’art. C’est ma position morale.

Alors, l’interdiction… Pendant qu’ici et là on débat et polémique sur des données théoriques (esthétisation du mal, champ d’expérimentation, tartuferie…), une institution a tranché. Une interdiction est venue nous rappeler la limite morale que tolère notre civilisation. Là, il n’y a pas de débat : l’autorité siffle la fin de la récré. La morale. Ce que l’on fait avec la mort. La morale. Ce que l’on accepte de spectacularisation à partir de la mort de son prochain. La morale. Ce que l’on respecte, pas forcément naturellement, mais parce que le fait de vivre ensemble nous y oblige. La morale.

Dans cette société où tout peut s’autoriser, à partir du moment où ça rapporte, ce coup de morale m’a fait du bien. Je me suis senti moins seul à souffrir du mal de l’autre. Morale : un gros mot ? N’importe quoi !

La ligue des représentants extraordinaires

Posted in Djeeb,Promo par Laurent Gidon sur 14 mai, 2009
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Ne vous arrêtez pas à tout ce que ce titre peut avoir de pompeux et de bassement flatteur. Il ne s’agit que de ressenti, totalement personnel et subjectif donc, qui ne vise à aucune flagornerie.

Hier matin, à 10 km d’Arles. Le ciel était bas. Une vapeur matinale engourdissait la campagne, abaissant le ciel jusqu’au miroir des rizières récemment mises en eaux.

/’tain, ça sonne bien comme ça, on continue dans ce style néo quelque chose ?/

Le Mas de Vert a surgi d’un virage et s’est fixé au centre du pare-brise comme saisi dans un travelling avant suite à un panoramique serré. Harmonia Mundi !
Pour beaucoup, ces deux mots d’un autre âge n’évoquent rien. Pour certains, il s’agira d’un diffuseur distributeur parmi d’autres.

Petite mise au point pour ceux qui, comme moi il y a encore un an ou deux, ignorent la mécanique subtile du DD. Le diffuseur dispose d’une force de vente qui va à la rencontre des libraires pour leur proposer le catalogue et les nouveautés de plusieurs éditeurs.  De sa connaissance desdites nouveautés dépendra l’intérêt du libraire, le volume de la commande initiale, la mise en place (un exemplaire invisible en rayon ou toute une pile sur une table) et donc la réussite du lancement. Le distributeur, lui, dispose de la plate-forme logistique permettant d’approvisionner les libraires. Harmonia Mundi (quelle beau nom !) est le diffuseur distributeur de Mnémos, qui va publier… devinez quoi ! Fin de la mise au point.

Plus rares seront ceux qui y reconnaîtront le premier et l’un des plus discrets, des plus exigeants et pourtant des plus successfull labels de musique classique en France.
Mais ce n’est pas la question. La vénérable bâtisse dont les longues dépendances percent la brume et nous invitent en ce petit mercredi matin n’est autre que le lieu magique d’où partiront, d’ici moins de deux mois maintenant, vos précieux exemplaires de Djeeb le Chanceur.

Ma mission, puisque je l’ai acceptée : donner envie aux commerciaux de donner envie de Djeeb aux libraires.
Comment, à 8h30 de ce matin frileux, après une courte nuit suivant un repas bien festif, motiver 15 représentants littéraires aussi avides d’arguments commerciaux qu’à la recherche d’un artifice caféiné pour garder les yeux ouverts ?

Oui, comment… vous avez 20 minutes.
C’est en tout cas le temps que j’ai eu pour leur présenter Djeeb le Chanceur ainsi que toutes les bonnes raisons d’inciter les libraires à inciter leurs clients à le lire. Oui, le parcours littéraire est une chaîne sans fin.
Donc il y a là Thierry, qui va nous représenter sur Rhône-Alpes, Boris, sur Nord et Belgique et avec qui j’ai passé toute la soirée à discuter sévère, Sylvie qui m’avait gentiment recommandé de rester calme, Gilbert (croisé à Epinal l’an dernier, représentant sur l’Est), Armand, Sandrine, Violette qui les nourrit d’informations choisies bien compilées, et une dizaine d’autres, suspendus à mon discours. Une armée qui attend son ordre de bataille et qui a le talent de me faire croire que mon livre est le plus important de tous ceux qu’ils auront à défendre. Ambiance…

Soyons honnête : j’avais très peur d’eux.

Pas qu’ils me sautent à la gorge, non. Peur de les décevoir. Ils sont nos Super Héros. Ils ont tous les pouvoirs, ils vont se battre pour nous, ils sont grands, ils sont beaux. Tous ou presque m’avaient reconnu et n’avaient que Djeeb sur les lèvres : Claire Couturier, responsable de la communication chez Mnémos, avait bien fait son boulot. Il ne me restait plus qu’à faire le mien. Mais lequel ?
Leur raconter Djeeb ? Un bon début, mais pas plus.
Leur parler du style, de l’ambition littéraire, de la démarche de l’auteur (se faire plaisir en toutes choses) ? Pas mal, mais pas suffisant.
Leur dire que ce bouquin est super, qu’il faut en faire un succès, motiver les libraires, convoquer la presse, booster le buzz, canarder le public, faire donner la troupe… Hum, était-ce bien mon boulot ?
En fait, j’avais tort de m’en faire.
Les représentants de chez Harmonia Mundi sont des gens extraordinaires. Des auteurs et des éditeurs, ils en voient plein. Des primo-romancier qui patinent et s’égarent, ils ne les comptent plus.
Mais ils savent recadrer. Poser la bonne question.
« Ça peut se lire à partir de quel âge ? » Allez, disons 15 ans, pour un lecteur un peu aguerri et prêt à faire l’effort d’un style généreux.
« Vous croyez que ça peut intéresser au-delà du cercle des lecteurs de Fantasy ? » Oui, bien sûr, d’ailleurs ma voisine l’a lu, et aux dernières nouvelles elle n’est d’aucun cercle.
« Vous êtes disponible pour vous déplacer et faire des dédicaces ? » Ouiiii, j’adore, emmenez-moi, prenez-moi, dédicacez-moi… Hum. Faut peut-être que je me calme, merci Sylvie.

Voilà, c’est fait. Célia Chazel reprend la parole pour présenter les autres sorties et une nouvelle collection chez Mnémos. (Vous en saurez plus… bientôt)
Moi, je souffle. 20 minutes sous adrénaline, le plus long run de ma carrière de rider. En Arles, avec 0% de pente et à 300 km des premières neiges. À jouer ma vie pour un livre, j’étais en plein trip.

A un moment, Bernard Coutaz est entré dans la pièce. Il est le fondateur d’Harmonia Mundi et tient la barre depuis plus de 50 ans. Vieux monsieur très digne et très smart, il s’est assis discrètement de côté et m’a écouté pérorer. Face à ses quinze professionnels du livre, j’ai ressenti sa présence comme la main d’un ange berlinois de Wenders, posée sur mon épaule, compatissante. Et puis il s’est levé et est ressorti sans que personne ne semble le voir. Peut-être que tout le monde m’écoutait, finalement. Allez savoir si je les ai convaincus ou déçus. De toute façon, ce n’est pas la question. Ce sont des pros, il vont faire le boulot et on se retrouve en novembre chez Drouant.

Ah oui, un dernier truc : on les voyait, ces extraordinaires représentants d’Harmonia Mundi, parce que Djeeb le Chanceur sort en juin. Fin juin. Notez ! Quitte à promoter, autant le faire bien.

Things to do in Paris when you’re dead

Posted in Non classé par Laurent Gidon sur 11 mai, 2009
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J’étais mort, et je ne le savais pas. Mais quelque chose m’a ressuscité. L’autre, mon ami, mon frère : l’humain.
Dis comme ça, on peut trouver que je grandiloque ma mère. Et c’est vrai, j’image un peu, j’exagère, je chantourne.
Pourtant, c’est pas loin.

On était debout depuis quatre heures du mat’ pour descendre des montagnes jusqu’à la Capitale. J’étais mort de fatigue, mal dormi, trop de train, de métro, de Louvre et de tombes égyptiennes. Ça vous détruit, sur la durée.

Mais comme j’avais un peu préparé mon voyage parisien, vendredi dernier j’ai pu rencontrer Irène Delse, Fred Ricou et sa copine Sandrine (qui travaille chez Archipel). Pour se redonner un peu d’envie de vivre, rien ne vaut quelque bières et autant d’amitié avec des gens bien. On a parlé, de livres, de villes, de tout et jamais de rien. C’était bien.

Ce qui fait que le lendemain, à nouveau démoli par quelques excès by night, je me suis refait la même prescription. En changeant de lieu, mais pas d’ordonnance. Cette fois-ci, c’est chez Scylla que j’ai cafeté avec Célia, Stéphane Beauverger, Benjamin, Anne, Olivier, et bien sûr Xavier, maître des lieux. On a parlé, de livres, de films, de séries télé, de gens, et c’était bien.

Voilà, rien d’autre. C’était juste pour dire qu’Internet c’est de la balle, mais que la vraie vie ça enfonce tout. Vous le saviez ? Moi aussi. Mais ça méritait une piqûre de rappel.

Et Djeeb, pendant ce temps ? Il prépare son voyage à Arles (moins portuaire comme ville, mais tout aussi importante qu’Ambeliane, si on regarde bien). On en reparlera.

The Djeeb project

Posted in Djeeb par Laurent Gidon sur 4 mai, 2009
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The Djeeb project

Pour anti-citer Gustave – qui m’a offert une de mes plus jeunes et plus belles émotions de lecture avec Salammbô, mais dont je n’ai jamais pu lire Emma Bof ; enfin, merci quand même – « Djeeb Scoriolis, ce n’est pas moi ». Puisque je ne m’appelle pas comme ça.

Au départ, même, Djeeb ce n’était rien. Un ectoplasme. Un support à rêve, pas plus. Le cintre mal épaulé sur lequel j’allais suspendre l’histoire que j’avais bien l’intention de vous tricoter.
Ce n’était donc qu’un nom étiquette posé sur une boîte encore vide.

Quel est le projet, dans tout ça, et surtout dans si peu ?
Je ne sais pas vous, mais je n’ouvre pas un magazine d’écrivure ou une émission littériale sans qu’on ne m’assène à un moment ou à un autre la jolie expression de « projet littéraire ». Avant, un livre devait déjà avoir un thème. Maintenant, c’est l’auteur qui doit avoir un projet. Le plumitif comme petite entreprise, l’écriveur bien inséré dans la vie économique qui parapluise sous l’Hadopi (je suis contre, je vous dirai pourquoi un jour), ne sort pas sans son projet littéraire, histoire de faire sérieux au milieu des journalistes, critiques ou présentateurs télé qui vont parler de lui tout en gagnant dix fois plus.

Donc, n’écoutant que la voix de ma conscience, qui imite à s’y tromper celle de mon banquier, je me suis trouvé un projet en ce qui concerne Djeeb le Chanceur (piqûre de rappel : ce roman d’aventure qui sort en juin prochain, éditions Mnémos, diffusion distribution Harmonia Mundi, auteur Laurent Gidon).

Et ce projet, le voici : partir de rien pour arriver quelque part.

Vous noterez l’intense modestie du propos, mais aussi sa richesse en germe.
Avec un tel projet, s’il se réalise, tout peut arriver. De plus, si je me loupe, ça ne se verra même pas. Parti de rien, j’aurai au moins écrit 500 000 signes, lesquels ont d’abord trouvé leur place sur mon disque dur avant de migrer vers celui de Célia Chazel, puis transiteront par l’imprimeur et finiront par encombrer les rayons et les tables de nombreuses librairies, ce qui fait toujours quelque part. 500 000 signes écrits en été.

Modestie et vastitude, voici donc l’ambition du projet Djeeb.
En piochant l’histoire et en carrelant les lieux qu’elle traversait, je ne me suis attaché qu’une seule règle : faire confiance à mon imagination. Car il a fallu imager, voir les lieux et les gens, percevoir les gestes, les réponses, se poser les questions. À partir de rien.
De Djeeb le Chanceur, rien n’existe, ou plutôt rien ne préexiste. Tout est sorti de là (dis-je en me tapant le front, là), sans recherche documentaire, sans justification, sans autre envie que de voir ce qui sortait. Parce que j’y croyais. Pas comme une performance (Henry the horse dances a waltz) ou un relevage de défi. Non. Vraiment comme un acte de confiance et de curiosité qui pousse vers l’avant.
Je ne sais pas comment les autres s’y prennent. S’ils décident dès le début d’écrire un grand roman. Ou de calibrer un best seller. Et je ne veux pas savoir, pas connaître la recette. Y aller à l’aveugle, réinventer le truc, c’est ma coquetterie à moi. Une sorte de projet, tenez, petit projet de rien.

Et alors ? me direz-vous. Qu’est-ce que ça peut faire. Qu’est-ce que ça peut NOUS faire.
Rien.
Si, du bien, peut-être. Parce que les bons moments passés ensemble font du bien, et parce qu’en lisant Djeeb vous serez un peu avec moi.
C’est la petitesse et la grandeur du projet. En partant de rien et de nulle part, on est tiraillé entre deux forces. L’une, centrifuge, pousse à tourner en rond autour de soi-même. Alors que l’autre – et c’est heureux – vous jette dehors pour aller voir plus loin, inventer ce qu’on croit ne pas encore exister (mais ça se discute, tout a peut-être déjà été écrit), produire des endroits improbables qui tiennent en funambules parce qu’il y a la manière, ce truc qui fait que si je le dis, comme ci et comme ça, en lisant vous y croirez, et brasser, brasser tout ce décor pour lui donner le volume de l’intrigue, le chatouillis du « qu’est-ce qui se passe après ? ». Du plaisir à écrire, et peut-être du plaisir à lire. Voilà ce que ça peut vous faire : plaisir. Un beau voyage vers autre part. Des vacances ailleurs, pendant que le monde tourne. Cet ailleurs, vous le verrez, mais aussi un peu du dedans de moi. Faut vous y faire.
Tenez, un autre jour je vous dirai quoi.

En attendant, le Cabinet de curiosités de Eric Poindron donne l’adress de ce blog, mais aussi celui de Marco, en reprenant un si joli billet de Loïs (qui ne sait pas en faire des moches). Résultat, on a moins de chasseurs de morilles en visite. Allez, courage les gars : c’est capricieux la morille, ça se mérite mais c’est bien bon.


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